‹ Nouveaux éleménts d'hygiène [electronic resource]Chapitre 200 sur 267 · LES URINOIRS ET LIEUX D'AISANCES PUBLICS · texte numérisé non relu

LES URINOIRS ET LIEUX D'AISANCES PUBLICS

La rue. — On s'est expliqué sur l'orientation à donner aux rues et sur leur largeur par rapport à la hauteur des bâtisses (pages 382 et 389). Rappelons que les règles à cet égard sont susceptibles de modifications suivant les climats et les latitudes. Un principe qui ne peut fléchir, c'est la nécessité de l'insolation des locaux habités ; mais, dans les pays chauds, il faut bien n'accepter de soleil que la quantité qui ne menace pas de convertir la rue ou l'habitation en une fournaise. Pourtant, même dans les pays chauds, il faut craindre que l'on ne cherche à se protéger contre le soleil par l'étroitessé de la rue ; c'est un mauvais moyen, et il en est d'autres aussi sûrs, sans être aussi dangereux. Il faut un libre mouvement de grandes masses d'air dans la rue ; c'est pour cela que nous la redoutons étroite. Pour la même raison, l'hygiène préfère les rues longues, larges et en ligne droite, que les édiles modernes pratiquent pourtant avec quelque excès, aux rues courtes, fussent-elles larges, et aux rues longues mais étroites ou en lignes courbes. La multiplicité des angles, des courbes, et le resserrement des conduits aériens dans la ville, gênent l'ampleur et la rapidité des mouvements de l'air, tout en les rendant d'autant plus désagréables. C'est une part de pittoresque à sacrifier à la salubrité.

Les places, les squares, les plantations. — Tout ce qui diminue l'amoncellement des habitations, et en rompt la contiguité, ne peut qu'être bien accueilli par l'hygiène. Nous faisons assez bon marché du rôle chimique des arbres dans les villes ; la verdure souffreteuse qu'ils offrent aux yeux des habitants nous paraît aussi d'une gaieté relative. Mais un arbre tient de la place et empêche qu'on bâtisse là où il s'élève ; tant qu'il rendra ce service, il aura assez fait pour la salubrité de la ville. S'il y a suffisamment d'arbres ensemble, c'est une promenade; on y amène les enfants et les vieillards; beaucoup d'habitants ont ainsi l'occasion de passer quelques heures dans un air qui, pour n'être pas de première virginité, vaut encore mieux que celui des maisons.

Les urinoirs et lieux d'aisances publics. — L'hygiène paraît être, sur ce point, en lutte avec l'esthétique; ce qui lui arrive rarement. Mais, quoi? est-il plus indécent d'avoir des urinoirs publics et des lieux d'aisances aérés, ou bien de voir des individus de l'un et de l'autre sexe uriner dans le ruisseau en plein jour et de rencontrer, au matin, des fientes humaines le long des jardins publics et jusqu'au seuil des maisons? Sans parler de l'insalubrité, attachée comme toujours aux actes malpropres. La multiplication des cabinets et urinoirs à l'usage de tout le monde peut seule autoriser la police à être sévère pour les gens qui ne respectent pas la rue ; c'est aussi le seul moyen de faire prendre à tous, presque d'instinct, l'habitude de ne déposer les excrétions que dans les endroits où tout est disposé pour les recevoir et les éloigner sans retard. Remarquons que rien n'est plus simple que de donner à ces refuges l'extérieur décent, également éloigné du cynisme et de la pruderie affectée. On a des exemples qu'il n'est point prudent de dissimuler les urinoirs dans des bouquets de verdure. D'ailleurs, en raccordant toutes ces installations avec la canalisation générale, en leur affectant un personnel de garde et d'entretien, elles ne risquent nullement

A rnottld. — Hygiène.

LE GROUPE URBAIN

[Hygiène

de devenir des foyers de putridité. Disons-le encore une fois, ce résultat ne peut être obtenu qu'avec de Teau à profusion et la vidange par flottaison (Voy. page 606).

Etablissements insalubres. — Les administrations se conduisent, vis-à-vis des établissements insalubres intra-urbains, d'après les règlements existants et les pouvoirs que les lois leur ont conférés. Leur devoir est d'appliquer ces lois dans toute leur rigueur. N'est-il pas de l'intérêt de la masse des habitants de voir reléguer à distance de la ville les industries à poussières, à émanations, à résidus menaçants pour le sol ou l'eau (elles sont toutes dans l'un ou l'autre de ces cas, ou dans tous, à la fois) ? Rien que l'éloignément de ces hautes cheminées qui projettent par-dessus nos tètes des torrents d'acide carbonique, d'acide sulfureux, de charbon pulvérulent, serait un assainissement considérable. On compte, sans doute, sur la diffusion atmosphérique. Mais cette puissance de diffusion n'est pas illimitée, les faits le prouvent ; il n'y a, en somme, qu'une dilution très grande de principes étrangers. Or, tout porte à croire que l'air, dont nous vivons avant tout, n'admet pas impunément les impuretés, même à doses infinitésimales.

Si, d'ailleurs, on écartait énergiquement les grandes industries, on desserrerait du même coup le noyau dense de l'agglomération urbaine et l'on mettrait un frein à l'expansion inquiétante de presque toutes les villes modernes Au lieu d'ajouter incessamment des quartiers à la cité primitive, on créerait d'autres villes; trois ou quatre représenteraient le groupe unique et formidable que nous voyons se former sous nos yeux. Or, nous l'avons dit, les petites villes sont moins malsaines que les grandes, et, en règle générale, la mortalité croît comme le chiffre de la population dans chacune d'elles.

Nous joignons, sans hésiter, les tuyaux d'évent des fosses aux sources d'émanations insalubres qu'il faut supprimer de l'inférieur des villes. C'est, en d'autres termes, la suppression des fusses fixes elles-mêmes et de tout système qui prétend assainir la vidange par la projection des gaz stercoraux dans l'atmosphère.

Marchés. Abattoirs. — ■ Les villes ont le plus grand intérêt à posséder des marchés et des abattoirs, pour deux raisons principales : 1° par« e que le contrôle régulier des viandes et l'exposition publique des denrées alimentaires de toutes sorles attire naturellement les produits de bonne qualité et repousse les autres, qui craignent la lumière; 2° parce que la poursuite et la saisie des substances avariées, falsifiées, dangereuses, ne peuvent s'exercer complètement que là.

Nous ne voulons pas exposer ici le fonctionnement du contrôle ni de l'inspection des animaux de boucherie ou denrées alimenlaires, mises en vente dans les marchés. Ces détails relèvent de la Législation sanitaire. Rappelons seulemen t qu'il existe des lois, dans tous les pays, qui arment la police et protègent les consommateurs. E. Vidal a trouvé suffisantes celles qui sont en vigueur en France ; il ne reste qu'à les appliquer et à donner à tout le monde le moyen de s'en sersir, à la faveur de la généralisation des laboratoires municipaux d'hygiène.

spéciale.]

Page 1