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ARTICLE VIII

Le groupe rural

La santé et la vitalité des gens de la campagne, comme il vient d'être dit dans l'article précédent, sont bien supérieures à celles du groupe urbain. On se contente trop aisément, toutefois, de cette formule acceptée partout, et il semble que cette supériorité dispense les administrations et presque les hygiénistes de s'occuper des localités rurales. C'est là, néanmoins, une tendance regrettable. La vérité est que la santé des paysans est en souffrance, malgré les chiffres, par cette raison que leur supériorité sanitaire est certainement moindre qu'elle ne pourrait et devrait être.

1° Les localités rurales supportent plus intégralement que les villes les influences telluriques. Toutes choses égales d'ailleurs, en ce qui concerne la situation topographique, l'altitude, le climat, les villages reposent sur un sol qui n'est presque pas modifié par l'industrie humaine et que le séjour du groupe ne transforme pas notablement, puisque le groupe est faible. Il est vrai que les influences banales du sol sont moins dangereuses que celles qu'il acquiert en supportant les humains ; mais, quand on n'est pas menacé par celles-ci, on devrait atténuer les autres.

Cette circonstance et la médiocre envergure de l'agglomération d'habitations font que les villages ne sont nullement protégés contre l'impaludisme, si le sol autour d'eux est malarial. Les faubourgs des villes, en pareil cas, font écran pour le centre, en étant eux-mêmes assez maltraités. Les villages, avons-nous dit ailleurs, « sont tout faubourg ».

2° L'air qui circule dans les villages est vif et pur. Presque rien ne le sépare de la masse atmosphérique ni de ses mouvements. C'est, évidemment, un avantage. Par une compensation fâcheuse, mais qui pourtant n'équilibre pas ce bienfait, l'homme des villages ressent plus exactement que le citadin les propriétés physiques de l'air, le froid et le chaud, la sécheresse, l'humidité, la pluie. Outre que la masse des bâtisses ne contrarie guère le jeu des météores, les maisons rurales sont des abris imparfaits et, surtout, les habitants de ces localités passent plus de la moitié de leur vie, par état, au milieu des champs et des bois, bravant toutes les températures et souvent surpris par les revirements brusques du thermomètre, par les orages, les

LE GROUPE RURAL

[Hygiène

averses. Les maladies banales, dépendant de la climatologie, sont donc plus fréquentes à la campagne qu'à la ville. Cependant, le résultat définitif quant à la mortalité ne l'emporte peut être pas autant qu'on pourrait croire; parce que les paysans jouissent de la meilleure de toutes les protections : l'aguei rissement.

3° Le groupe rural puise sa plus réelle supériorité dans ces deux faits : la faibbs e numérique de la collectivité et le défaut de densité de l'agglomération. En France, il y a 70 lin h. par kilomètre carré ; mais, alors que les villes en comptent 386, les habitants des campagnes ne sont que 50 par kiîomèt. carré (Loua). Cela prouve, malheureusement, que les campagnes se dépeuplent au prolit des villes, mais cela explique la salubrité dans laquelle vivent les villageois qui persistent.

Cependant, envisagée au point de vue des souillures qui l'entourent ou la pénètren1, l'habitation rurale est loin d'être irréprochable. Il faut bien, pour qu'elle ne soit pas remarquablement insalubre, que les flots de l'Océan atmosphérique la battent incessamment; d'ailleurs, quiconque a observé la vie des champs, sait que l'on ne rentre à la maison, les trois quarts de l'année, que pour y manger et dormir : moyen infaillible de ne p is en ressentir l'influence.

Le paysan économise les portes et les fenêtres, qui paient l'impôt. Il loge sa famille et lui-même au rez-de-chaussée de sa maison, parce que Tony est plus tôt arrivé, et que le premier étage, plus sec, vaut mieux pour la conservation des grains et denrées. Il ne se préoccupe guères de faire la distinction de la pièce où l'on circule de jour, où l'on prépare les aliments, où l'on mange, de cAle qui abritera le sommeil des siens. L;i propreté intérieure n'est pas dédaignée; mais l'on revient souillé de boue et de sueur du travail des champs; on en rapporte une foule de choses et particulièrement des denrées alimentaires qui, pour peu qu'elles séjournent dans le logement, fermentent et sont un foyer d'émanations. Le maître fait volontiers communiquer sa chambre avec l'élable ou l'écurie; il n'aime pas être trop loin de ses animaux. Les écuries elles-mêmes ont rarement l'ampleur, la hauteur de plafond, les baies d'éclairage et d'aération qu'il faudrait; le sol en est très primitif, sans dalles ni paves, n'ayant ni pente ni rigole pour conduire au dehors l'urine, si abondante, des herbivores. Le fumier n'en est pas enlevé assez souvent; on le lais e sous les animaux le plus possible, pour que, tenant moins de pla e, il soit plus riche. D'ailleurs, quand on l'extrait, c'est pour l'accumules', baignant clans une mare de purin, tout devant la maison. — Il est vrai que, pour les humains, il n'y a pas de latrines; ou bien elles sont tellement primitives, que c'est une autre menace pour le sol, l'air et l'eau, autour de l'habitation.

Ces circonstances font soupçonner que la rue n'est guères respectée. Ce n'est presque pas une rue, mais une chaussée inégale et négligée, que bordent des maisons auxquelles elle sert de dépôt d'immondices; à moins qu'il n'y passe un grand chemin ou une route, (pie l'administration des pontset-chaussées protège à ce titre. Lu, du moins, il y a un sol en dos-d'âne, des rigoles latérales pavées, et il est défendu aux fumiers de s'y étendre.

spéciale.!

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