HYGIÈNE UU RALE
Ceci porte à croire que les villages pourraient être considérablement assainis, si les administrations d'arrondissement et celles des communes voulaient leur appliquer les règlements qui existent, toutes les lois que le législateur n'en a pas réservé l'obligation à des groupes d'un chiffre déterminé. La dispersion et la stagnation des immondices autour des habitations, l'insalubrité intérieure de celles-ci, offriraient un vaste champ à l'activité d'administrateurs intelligents.
4° L'alimentation, à la campagne, dans presque toute l'Europe, est essentiellement végétale; l'intervention delà graisse sous toutes ses formes en relève notablement l'infériorité. Ce régime est suffisant, puisque les ouvriers des champs accomplissent de grands et pénibles travaux, sans que la race en souffre. Pourtant, il est probable que les conditions seraient meilleures, si la viande y entrait pour une part plus sérieuse.
Les paysans n'ont guères jamais le scorbut; mais ils subissent de profondes disettes dans tous les pays où la culture ne porte que sur une seule denrée alimentaire et où les relations commerciales sont difficiles ou nulles. C'est encore chez eux que l'on voit les maladies céréales, ergotisme, pellagre.
Les entozoaires d'alimentation ne sont pas rares dans les groupes qui boivent des eaux non filtrées, ce qui est le cas ordinaire à la campagne, et n'imposent pas à leurs viandes une cuisson parfaite. On pèche peu sur ce second point, au village. Nous avons parlé ailleurs (page f>34) de l'approvisionnement d'eau à la campagne. Quant aux boissons alimentaires, nous n'avons rien à ajouter à l'hygiène générale.
5° Le travail rural peut être distingué en trois modes, selon qu'il s'exerce aux champs, aux vignes, au bois.
Le labour, à la charrue ou à la bêche, estime cause d'attitudes, de callosités, d'arthrites, de déformations professionnelles. Les cultivateurs gardent presque l'inclinaison du corps en avant, vers la terre qu'ils travaillent sans cesse.
La semaille expose l'agriculteur à la poussière du blé chaulé (à la chaux, au -sulfate de cuivre, etc.). Dans le temps de la fauchaUon et de la moisson, il subit les émanations odorantes des herbes coupées, probablement très inoffensives et qui ne sont pas la cause de la fièvre de foin (/Jeu asthma). Les barbes des épis, les aiguillons des chardons, les échardes de paille, causent des piqûres aux doigts, des panaris; il y a une ojjhlhalmie des moissonneurs qui paraît être provoquée par le traumatisme de la rencontre des épis avec l'œil. Dans toutes les opérations qui s'accomplissent au dehors, les cultivateurs sont exposés aux coups de soleil {maladif, des moissonneurs : Martin- Duclaux, 4 859), aux coups de foudre et aussi aux « coups d'eau », c'est-à-dire à toutes les conséquences du refroidissement brusque et de la répercussion sudorale par ingestion exagérée d'eau froide. Aujourd'hui que les machines à vapeur s'introduisent dans les grandes exploitations agricoles, on y est atteint d'accidents semblables à ceux de l'industrie, et spécialement de ceux qui résultent des explosions des locomoùiles, que les constructeurs fournissent médiocres et que les cultivateurs se plaisent à chauffer
LE GROUPE RURAL
[Hygiène
à un degré plus élevé que celui pour lequel elles ont été construites (Gornut).
Le travail à la grange, le battage et le nettoyage des grains ne se font pas sans une poussière abondante, moitié terreuse, moitié organique, qui, pour être sans spécificité, ne produit pas moins sur les organes respiratoires un énergique effet d'irritation.
La culture des vignes, indépendamment des conséquences générales du travail de la terre, entraînait l'exposition aux poussières irritantes, dans le temps que l'on pratiquait le soufrage. La profession du vigneron continue à être l'occasion d'asphyxies par l'acide carbonique, développé des cuves de fermentation.
Le travail au bois [bûcherons, sabotiers, charbonniers, vanniers) s'accompagne de cbutes du haut des arbres, d'écrasement sous le poids de ceux-ci, dans l'abatage, dans le charriage ou le schlittage ; de plaies par instruments tranchants, dans le débit des arbres; de panaris par échardes.
6° L'état moral et intellectuel des paysans, envisagé comme moyenne, est en retard sur celui des villes. Cette proposition paraît, à de certains points de vue, en contradiction avec ce fait que la criminalité rurale ne représente que 36 p. 100 des accusés, bien que cet élément démographique dépasse la moitié de la population totale. Mais il est aisé de soupçonner que les crimes sont moins recherchés à la campagne qu'à la ville et, d'ailleurs, de comprendre que les sollicitations y sont moins variées et moins nombreuses. On ferait le même raisonnement en ce qui concerne l'aliénation mentale, dont la fréquence relative croit en général de la même manière que la population des villes. Il y a là, de la part des campagnes, une sorte de supériorité négative ; par conséquent plus apparente que réelle.
En revanche, l'ignorance des premières notions d'hygiène, la vigueur et la multiplicité des préjugés et des superstitions les plus grossières, sont certainement une raison pour laquelle les villageois ne se mettent pas en garde contre bon nombre de fléaux et ne s'en débarrassent pas lorsque ces fléaux ont fait invasion dans le groupe. Nos villages sont toujours en proie aux vendeurs d'amulettes contre le tonnerre, la rage, la fièvre, aux guérisseurs « du secret », aux rebouteurs de toute sorte. On y croit toujours que les croûtes sur la tête des enfants sont une protection, et que les poux sont nécessaires à leur santé, etc.
Il y a, de cet état de choses, sinon un remède immédiat, du moins une garantie d'amélioration progressive et indéfinie dans Y école primaire, avec l'instruction gratuite, obligatoire et (nous ne le disons qu'au nom de l'hygiène) laïque. Il faut pour cela que l'école réalise deux conditions : 1° qu'elle donne une instruction solide, droite, scrupuleusement respectueuse de la vérité, dans laquelle des notions d'hygiène seront associées aux leçons de choses et de faits (agriculture et économie rurale surtout); 2° qu'elle soit elle-même un exemple et une application frappante d'hygiène. Il ne suffit pas que le mobilier scolaire, l'exposition, l'éclairage, l'entourage de l'école soient conformes aux règles modernes; il est essentiel que l'on montre partout aux enfants la propreté en action, dans l'installation des latrines, du vestiaire, des lavabos et même de bains-douches, comme nous l'avons
spéciale.]