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HYGIÈNE RURALE

suggéré, ou d'une buanderie avec baignoires, ainsi que le propose le Dr Hurel (de Gaillon).

« Il faut que les locaux scolaires (circulaire du 15 juin 1876) présentent par leur étendue et leur disposition intelligente toutes les garanties désirables de commodité et de bonne hygiène; il faut surtout que l'air et la lumière pénètrent abondamment dans les salles de classe. » L'enquête faite par Hurel sur 20 écoles rurales de Normandie lui a surabondamment démontré qu'aucune ne répondait entièrement au vœu ci-dessus exprimé et que beaucoup s'en éloignaient d'une façon déplorable. La statistique a, d'ailleurs, révélé qu'en France, sur 59,000 écoles communales, 34,000 ont des installations plus ou moins défectueuses; que 20,000 ont un mobilier scolaire à créer ou à changer; qu'enfin il y aurait plus de 17,000 écoles nouvelles à construire (A. Riant). Ce n'est pas une raison pour s'abstenir; c'est même le contraire qu'il faut. Jamais les 200 millions nécessaires ne pourront être mieux placés.

7° Les campagnes ne sont nullement à l'abri des maladies contagieuses ou infectieuses, transmissibles de l'homme à l'homme. Il est probable qu'en comparant deux groupes d'égale force, l'un urbain, l'autre rural, on trouverait chez l'un et l'autre la même proportion de varioleux, de rubéoleux, de typhoïques, etc., pourvu que le relevé statistique portât sur un laps de temps suffisamment prolongé. Il est même à prévoir que la variole se trouverait plus fréquente et plus grave à la campagne, parce que l'on y est moins soigneux de la vaccination et des revaccinations que dans les villes.

Mais les épidémies de ces affections spécifiques présentent, par rapport aux petites localités, ce caractère intéressant : qu'après y avoir fait un séjour de quelques mois ou, tout au plus, de quelques années, elles sont cinq, dix, quinze ans et plus, sans reparaître. Ce phénomène s'explique par la faiblesse même du groupe et la lenteur nécessaire du renouvellement de sa population. Le fléau qui passe épuise la réceptivité de cette petite masse populaire ; il faut longtemps pour que les naissances aient refait un élément réceptif dans le groupe et surtout pour que ceux .qui ont subi la première atteinte aient perdu l'immunité qu'elle confère.

Ces conditions sont éminemment favorables lorsqu'il s'agit de saisir sur le fait la contagiosité d'une maladie comme la fièvre typhoïde, qui ne se laisse pas aisément reconnaître cet attribut dans les grandes villes. On retrouve fréquemment le premier cas et la source où le premier malade est allé prendre l'infection. Et l'on en conclut, avec raison, à la contagiosité de la typhoïde. A vrai dire, on ne cherche pas si, dans les 10 ou 15 ans qui ont précédé, des habitants sont revenus au village, sans apporter la maladie, après avoir cependant séjourné, à la ville ou dans un autre village, dans l'atmosphère d'un typhoïsant. Ce qui prouve au moins, quand cela arrive, que la typhoïde n'est pas d'une contagiosité énergique.

Lorsque la fièvre typhoïde est ainsi apportée au village, ce n'est point par un typhoïsant venu du dehors, mais d'ordinaire par un habitant qui est allé passer, à la ville ou au village voisin, quelques jours ou même

LE GROUPE RURAL

[Hygiène

quelques heures dans une maison où il y a un ou plusieurs malades, c'està-dire dans un foyer. Celui-là tombe malade chez lui, au retour, et fait dès lors aussi un foyer dans sa maison; ses frères, ses sœurs, sont les premières victimes; puis les amis ou patents, les voisins qui viennent lui donner des marques de leur intérêt.

Les souillures du sol et des eaux, la malpropreté à l'intérieur des habitations, la putridité en un mot, ne manquent pas assez à la campagne pour que l'on ne puisse penser, avec le Dr Alison, que cette préparation, impuissante par elle-même, a merveilleusement favorisé le développement épidémique du fléau. On se reporte à la théorie du substrat nécessaire à l'évolution du germe, selon Pettenkofer. Le fait est que le germe typhoïque se conserve très bien, dans le sol apparemment, à la campagne, puisque, dans les observations d Alison et d'autres analogues, la plupart des villages sont en puissance de l'épidémie pendant deux ou trois ans, mais de telle sorte que deux bouffées successives soient séparées par un intervalle de trois mois à un an.

Dans l'épidémie qui, de 1873 à 1878, parcourut le canton de Baccarat (Meurthe-et-Moselle), Alison retrouve toujours le contage; mais celui-ci prospère d'autant mieux et conserve son activité d'autant plus longtemps que la putridité est plus manifeste dans la localité envahie. Le rôle de la putridité a paru tel à l'an leur qu'il a le plus souvent primé celui du contage et que celui-ci n'aurait pas ai teint son effet sans celle-là.

Comme partout, le réveil des épidémies typhoïdes à la campagne est généralement estival ou estivo-automnale. On ne l'a vu que 22 lois sur 106 épidémies apparaître dans les mois froids La fatigue des travaux d'été peut y être pour quelque chose, comme l'a pensé Gaultier de Claubry, en soustrayant à l'économie une part de sa résistance; mais l'explication vraie est évidemment que la chaleur a déterminé la pullulation du germe dans les premières couches du sol et sa diffusion dans l'atmosphère.

Les autres épidémies, comme la variole, la rougeole, où le rôle immédiat du malade et la propagation par contact dominent l'expansion épidémique, sévissent plutôt en hiver, à la faveur de la concentration du groupe.

Le nombre et la fréquentation habituelle des animaux sembleraient exposer particulièrement les paysans aux zoonçses. Celles-ci, néanmoins, paraissent n'être pas plus fréquentes au village qu'à la ville; elles le sont peutêtre moins.

La diarrhée et la dysenterie n'y sont pas rares et proviennent des influences atmosphériques banales, mais surtout de l'usage de mauvaises eaux.

La p/ithisie est loin d'être inconnue aux villages ; mais, contrairement aux appréciations deBergeret, nous croyons qu'elle y est moins commune que dans les groupes urbains. Nous en avons déjà emprunté la preuve numérique à James Staik (page 1210). Yillemin assure aussi que la mortalité phthisique, dans les districts ruraux anglais, est représentée par 3,50 p. 1000, tandis qu'elle est 4 p. 1000 à Londres, 4,80, à Manchester,

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LES MALADES ET LES MALADIES

6,;i0 à Liverpool. Si l'on réfléchit que les districts ruraux en Angleterre sont encore de grandes agglomérations humaines, on sera tenté de croire que nos paysans français ont encore un chiffre de décès phthisiques audessous de 3.50.

8° Nous n'apportons pas de statistiques obituaires, en ce qui concerne nos populations rurales. Ceci révèle une lacune considérable et qu'il est difficile de combler d'une façon satisfaisante : la haute insuffisance de l'assistance médicale dans les campagnes et, par conséquent, l'inanité de la recherche des causes de décès dans les localités rurales. La question est encore à l'étude dans notre pays ; quelques départements Tout résolue en partie, au moins en ce qui concerne l'assistance médicale des pauvres, qui est plus urgente que la statistique. Mais il est à espérer que la première entraînera l'autre, et c'est la base la plus solide que l'on puisse donner aux études d'hygiène et aux mesures de protection administrative dans l'ordre sanitaire.

Bibliographie. — - Bertiierand (E.) : Hygiène du colon en Algérie. A'ger, 1875. — Arîsould (.fuie*) : L'hugiène rurale dons s^s rapports <<vec le cantonnement d>'S troupes (Gazette méd. de Paris, I87tî). — Marklin : Emfluss der h< uligen Vmerrichtsgrundsdlze in den Schulen au/' dU Gcsundheit des lier anwachsenden Gescldechts (i>. Vierteljalir^schr. f. ôff. Gesundlieiispflg., X, p. 51), 1*78). — Laingsdorff (Th. von) : Ueber die Entfemung der Afjjallstoff ia den Lan,/gemeinde?i (D. Yierteljahi sschr. f. off. Gesundlieitspflege, XII, p. (i'24, 1871')- — IViant (A.) : lie/ ue o'^hi/giène scolaire (Annales d'Hygiène publ., 3e série, n° 9, 1879) . — Hurei, : Les écoles de village dans un canton de Normandie (Ann;de< d'Hyg. publ.. 3e série, sepiembre-octob., 1.SÎ9). — Aiison : ÉtuJogie de la fièvre typhoïde dans les campagnes (Archiv. <:én. de Méd.. 7e série, V, p. 5, 1880). — Loua (T.) : La population rurale en France. — La dépopulation des campagnes (L'Économiste français, avril-juin, 18*0;. — Connut (E.) '. Explosions des locomobiles (Kuil. de lu Société industrielle du Nord de la F/auce; 3e trimestre, 1879, page 381. Lille, 1880).

ARTICLE IX Les malades et les maladies.

Il ne serait p;is juste de dire que l'hygiène est l'auxiliaire de la thérapeutique médicale ou chirurgicale. La vérité est qu'elle les domine l'une et l'autre. Le siècle actuel n'est peut-être pas le premier à le reconnaître; mais on lui rendra cette justice qu'il a eu le sens et le courage d'aller plus loin que la formule platonique d'un dogme. Les médecins savent très hien qu'il n'est pas de méthode curative, pas d'agent pharmaceutique, pas d'habileté personnelle dans le maniement des drogues, qui ait la moindre chance de succès (je ne parle pas des succès malgré le traitera nt>, si l'hygiène n'a passé par là d'abord, c'e^l-à dire si les conditions de milieu et de terrain (le patieni) ne rendent l'économie du malade capable de répondre aux appels que lui fait la thérapeutique. Encore un peu, ils arriveront à penser qu'avec un milieu favorable, en entretenant les propriétés du terrain et en lui restituant celles qu'il a perdues, la thérapeutique peut atteindre à une simplicité extrême. Les chirurgiens, de même, et ils ont été les premiers à le proclamer, savent que leur art n'est pas uniquement de la sculpture et que ce

LES MALADES ET LES MALADIES

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n'est rien d'être an couteau savant et hardi, si leurs tentatives ne s'accomplissent dans les conditions que réclame l'hygiène et que ne verrait pas l'opérateur obstinément plongé dans la contemplation de la lésion locale, osseuse, articulaire, viscérale ou autre. C'est pourquoi, médecins et chirurgiens ont réclamé, de notre temps, la réforme des constructions hospitalières, la création d'asiles extra-urbains, en plein air rural, au bord de la mer, en pays de montagnes, l'extension des mesures de propreté générale ou individuelle, le secours des désinfectants, l'isolement des contagieux, la réprobation de l'amoncellement des malades, le développement de l'assistance à domicile, etc. Tel est le juste hommage rendu à l'hygiène par nos contemporains.

Les considérations d'hygiène que suscite le « groupe des malades » nous ont paru pouvoir se diviser de la façon suivante :

1° Le malade étudié pour lui-même. A. Malade privé, soigné à domicile ; B. Malade incorporé à une collection. Hôpitaux.

2° Le malade envisagé dans ses influences sur les individus sains : Isolement des maladies contagieuses. Prophylaxie des épidémies. (Il peut se faire que le malade, à ce point de vue, n'appartienne pas à l'espèce humaine et que l'épidémie à éviter soit une Zoonose.)

1° E.e malade à domicile. — Toutes les règles de l'hygiène générale, loin de fléchir en quoi que ce soit, deviennent d'une application plus rigoureuse, lorsqu'il y a un malade dans une maison particulière. On doit lui consacrer la pièce la plus salubre, la mieux exposée, la plus facile à aérer, la plus indifférente aux émanations du sol, des cuisines, des latrines. On tiendra compte, dans le cube permanent et dans le renouvellement de l'air, des personnes qui veillent le patient et de celles qui lui font visite. C'est, du reste, une raison pour supprimer ces visites, qui fatiguent le malade, usent son atmosphère, sans lui rendre des services à proportion. Il est, de même, inutile et fâcheux que tous les membres de la famille l'entourent à la fois ; c'est ainsi que l'empressement aveugle des premiers jours fait place au surmenage de tout le monde, si la maladie se prolonge, et que le malade, qui a été trop soigné au début, ne l'est plus du tout à la fin.

L'aération de la chambre devra se faire trois ou quatre fois par jour, pendant 15 à 20 minutes chaque fois, et davantage si le temps est clément, par l'ouverture très large des fenêtres qui donnent à l'extérieur. Ouvrir la porte qui donne sur un corridor ou sur une autre pièce est un palliatif médiocre ; il faut que la saison soit bien mauvaise pour qu'un médecin pénétré des nécessités de l'hygiène se contente de cet expédient. Quelle que soit la nature de l'affection, s'agit-il d'une fièvre éruptive ou d'une maladie aiguë de poitrine, il n'y a rien qui dispense du renouvellement de l'air de la chambre du malade. Cela ne veut pas dire qu'il soit indifférent de refroidir le malade lui-même; mais il est facile d'éluder ce péril, soit en affectant deux pièces et deux lits au patient, soit, plus simplement, en le couvrant plus exactement, en lui protégeant la face et l'orifice des voies aériennes

spéciale.

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