LE MALADE A DOMICILE
par quelques doubles de gaze, pendant l'opération du renouvellement de l'air. Au fond, ce danger est bien moindre qu'on ne se le figure et, surtout, que celui du méphitisme.
D'ailleurs, il est bon de réagir contre le préjugé en vertu duquel l'entourage fait tout son possible pour surchauffer encore un patient qui est déjà en état d'hyperthermie fébrile. Le lit sera agréable sans être échauffant.
Une propreté minutieuse sera entretenue sur la personne et dans la chambre du malade; son linge sera changé, dès que les excrétions ou la sueur l'auront imprégné; les selles et les urines ne séjourneront pas dans son voisinage; on n'y entretiendra pas de foyer d'émanations, tisanes, cataplasmes, etc.
Dans les conditions ordinaires^ les individus sains ne gagnent rien à respirer l'air des malades et l'altèrent pour leur compte ; lorsqu'il s'agit d'une affection contagieuse, on proscrira le séjour, dans la pièce, des individus jeunes ou à qui une atteinte antérieure n'a pas conféré l'immunité.
On n'obsédera pas le patient de soins inutiles, superflus, qui, le plus souvent, lui sont odieux. Le vulgaire attache à la consommation abondante de tisanes tièdes et fades une importance qui tourne à la tyrannie, auprès des malades. Si l'administration du bouillon, du café, du vin, n'était déjà de la thérapeutique, nous indiquerions volontiers ces boissons comme une suppléance avantageuse aux infusions d'herbes, même, ou surtout, dans les maladies aiguës.
Lorsque la maladie paraît entrer en résolution, il ne faut pas, de parti pris, maintenir la diète d'aliments non plus que chercher à hâter le relèvement des forces par une alimentation prématurée. Les écoles médicales ont bien obscurci ce point si simple : le malade qui ne peut pas manger n'en a pas envie, — et réciproquement. Il n'y a pas autre chose à consulter que les dispositions du malade. Il est pourtant quelques restrictions à apporter à cette formule. Certains convalescents ont les fonctions digestives en quelque sorte stupéfiées par l'affection dont ils ont souffert, leur estomac ne demande pas et il est nécessaire de le provoquer à la reprise de son fonctionnement normal en lui donnant des aliments à petites doses, d'élaboration facile, jusqu'à ce qu'il recouvre sa spontanéité. D'autres éprouvent une une faim très réelle, mais n'ont pas une activité digestive en rapport avec l'intensité du besoin, ou même ont spécialement été atteints dans le tube digestif (diarrhée, dysenterie, fièvre typhoïde) ; on ne restera point sourd à leurs sollicitations, mais on les alimentera avec une progression prudente, en choisissant des aliments très nutritifs sous un petit volume, n'entraînant pas un labeur énergique des organes digestifs et, en particulier, n'exposant pas l'intestin à charrier des débris inattaqués, mécaniquement offensifs. Les potages, les fécules, bouillies, panades, les œufs, les viandes tendres, peu cuites, ou même crues et hachées, rendent en ces occasions de remarquables services. Le jus de viande n'a pas les propriétés nutritives que l'on croit
Surtout, que le médecin sache prendre la direction du régime et de toute l'hygiène de son malade, aussi bien que du traitement. Les malades, dans
LES MALADES ET LES MALADIES
[Hygiène
leur famille, courent souvent un danger qui paraissait très inattendu: celui de mourir pour avoir é lé trop soignés, — en dehors du médecin, cela va sans dire.
2° Eie malade à l'hôpital. — On peut comprendre, dans l'hygiène hospitalière, un certain nombre d'établissements de destination un peu différente : hôpitaux généraux, hôpitaux d'enfants, maternités, asiles de vieillards, d'aliénés, de convalescents, hôpitaux militaires, hôpitaux spéciaux (syphilitiques, varioleux, etc.). Cette distinction n'est, du reste, pas réalisée la plupart du temps dans la pratique, et môme à Paris, où se trouvent le plus grand nombre des hôpitaux spéciaux de France, il n'est pas rare de rencontrer, dans quelques hôpitaux excentriques, des salles d'enfants, une petite maternité, un compartiment de contagieux, à côté des locaux où sont recueillies les maladies communes.
A part de rares exceptions, les hôpitaux sont propriété publique et régis par l'administration de l'Assistance départementale ou municipale. Pour être une aumône, ou plutôt parce qu'elle est une aumône, l'assistance hospitalière ne doit pas moins être conforme au respect de la dignité humaine; c'est en quelque sorte l'accomplissement d'un devoir social, une atténuation à l'inégalité des conditions, un témoignage de la solidarité qui doit unir tous les représentants de notre espèce. Elle doit donc s'exercer de telle façon que les pauvres et les souffrants en reçoivent des soins efficaces et non une diminution de leurs chances de survie. On a cru dans un temps qu'il était bien d'avoir des hôpitaux énormes et d'y abriter le plus grand nombre possible de malades, dût l'entassement entraîner une mortalité effroyable. Ces désastreux principes sont, aujourd'hui, condamnés sans retour; malheureusement, l'application n'exprime pas encore assez la doctrine nouvelle.
Emplacement et construction des hôpitaux. — Il est à désirer que les hôpitaux s'élèvent dans la zone absolument périphérique des villes, puisque l'on ne peut éloigner tout à fait du reste des habitations un asile qui doit s'ouvrir à toute heure à quelqu'un des habitants mêmes de la ville, et que, d'autre part, on ne doit pas entraver à l'excès les communications des malades avec leurs parents, restés a la besogne journalière. Dans les capitales de la taille de Paris, il est même difficile de ne pas tolérer un hôpital tout a. fait central; mais, au moins, doit-il être un terrain dégagé, à distance des hautes bâtisses et ne compromettant pas lui-même la salubrité du quartier.
Nous renvoyons à la P° Partie pour ce qui concerne la ]>réi>aration du sol, la forme et la disposition des bâtisses, la ventilation et le chauffage, Y approvisionnement d'eau, et Yéloignemént des immondices. Dans les développements d'hygiène générale que ces divers points ont nécessités, nous avons fréquemment fait porter sur l'hygiène hospitalière les applications qui paraissaient les plus capables de concréterla théorie. Les grands appareils de ventilation et ceux de chauffage central, dont l'exposé nous a occupé en son lieu, ont même été créés à destination spéciale des habita-
spéciale.]