LE MALADE A L'HOPITAL
lions collectives et tout d'abord des hôpitaux. L'assainissement de ceux-ci est, en e'fet, d'autant plus urgent, que les sentiments modernes à l'égard de la souffrance sont plus élevés et que, cependant, les malades eux- mômes compromettent davantage leur propre atmosphère, tant par leur séjour forcé et prolongé dans les mêmes locaux que par leurs émanations et leurs excrétions, entachées toutes de l'origine pathologique. Il suffira de quelques détails complémentaires.
Locaux spéciaux. — Sans parler des bureaux de l'administration, des cuisines, des locaux de la pharmacie et de la communauté des sœurs ou du casernement des infirmiers, qu'il n'est peut-être pas nécessaire d'incorporer à l'hôpital aussi intimement qu'on le fait d'habitude, il est indispensable de ménager, à l'usage des malades eux-mêmes, d'autres pièces encore que les salles. Tout le temps que les malades passeront hors de celles-ci peut être considéré comme un gain pour leur salubrité, en même temps que diverses convenances seront mieux satisfaites et que le bien-être des clients s'élargira. C'est ainsi que l'hygiène, à ce double point de vue, a bénéficié de l'installation de lavabos séparés, à l'extrémité de chaque salle ; de réfectoires, si attrayants que beaucoup de patients, qui ne sortiraient pas de leur lit sans cela, se lèvent pour manger à table ; de cliauffoirs, de fumoirs. Joignons à ces locaux les préaux, les promenoirs couverts sans parois latérales ou en forme de cloître, où les malades trouvent le triple avanlage d'un changement de place, d'un peu d'exercice et surtout d'une aération immédiate particulièrement salutaire.
Pour la bonne exécution du service, non moins que pour le maintien de de l'hygiène intérieure, on doit ménager à l'extrémité des salles opposée à celle où se trouvent les lavabos, urinoirs et cabinets, une chambre de surveillant et une petite officine où les tisanes pourront être tenues chaudes, où l'on pourra préparer des cataplasmes. Il n'est point bon que les odeurs et les vapeurs de ces préparations se répandent dans la salle. Les linges de pansements journaliers, le cérat, la ouate, etc., seront renfermés dans des armoires. Il est très avantageux que celles-ci soient également hors delà salle, afin de ne pas y diminuer l'espace et surtout pour que ces objets ne s'infectent pas eux-mêmes dans l'atmosphère des malades et ne deviennent pas un moyen de transmission morbide.
A une faible distance de chaque grande salle devront se trouver de petites salles de 4 à 6 lits et des cabinets à deux lits (dont un inoccupé et de rechange) pour les malades qui ont particulièrement besoin de calme et de soins, ou qui, par leurs plaintes, leurs cris, leur agitation délirante, priveraient de repos leurs compagnons de souffrance en salle commune.
Tout à fait à l'écart des salles et ne pouvant être soupçonnés des habitants de celles-ci, on aura élevé la salle des morts et le cabinet d'autopsies, masqués par des arbres, décents, dallés et peints à l'huile, parfaitement aérés et tenus dans une propreté minutieuse. Le mobilier doit en être facile à laver et à désinfecter. Les tables d'autopsie seront faites d'une substance imperméable. Un progrès moderne consiste à construire ces tables sous la forme d'une boîte rectangulaire, un peu plate, dont la paroi supérieure est
LES MALADES ET LES MALADIES
[Hygiène
à claire-voie et dans la concavité de laquelle débouche un fort tuyau d'aspiration latérale, correspondant à une cheminée d'appel. Les liquides cadavériques s'écoulent par le fond de la boîte et le pied creux de la table jusqu'à l'égout et les émanations odorantes sont aspirées par le ventilateur.
Nous ne dirons rien de la chapelle, sauf pour demander qu'elle ne soit pas encombrante et qu'elle n'accapare point l'air et la lumière des malades.
Disposition des salles. — On a très généralement adopté aujourd'hui, pour les salles d'hôpital, la forme d'un long rectangle, avec des fenêtres sur deux faces, en regard les unes des autres, et dans lequel les lits sont placés perpendiculairement au grand axe de la salle, sur deux rangs, la tête vers le mur et dans l'intervalle des fenêtres (Lariboisière, Sainte-Eugénie de Lille, et les pavillons-hôpital du système ïollet). Cette disposition est préférable à ce que l'on voit dans quelques salles de l'hôpital Saint-Antoine (Paris) : le rectangle divisé en deux par une cloison longitudinale et les lits sur un rang de chaque côté de la cloison, la tête contre ce mur intérieur ; c'est, évidemment, l'annulation de l'effet des fenêtres opposées. Bien plus détestable encore est le plan qui consiste à tailler, dans un rectangle long et large, des salles représentant elles-mêmes des rectangles perpendiculaires au grand, dans lesquels les lits sont appuyés en deux rangs contre les cloisons intérieures et où il ne reste plus qu'une ou au plus deux fenêtres en regard, ouvertes sur la plus courte paroi de la salle (ancien hôpital des Cliniques à Paris; hôpital militaire de Constantine).
On voit encore, dans quelques hôpiiaux civils (et militaires) du Nord (Arras, Valenciennes, Maubeuge), des salles plus rapprochées du carré que du rectangle, ayant des fenêtres sur deux ou même trois côtés et les lits rangés le long des murs, sur les quatre parois. Cette disposition est louable, à la condition qu'on ne se laisse pas tenter par le grand espace qui reste libre au centre de la salle et qu'on n'y mette pas de lits; ce qui arrive à Arras. Le docteur Folsorn a adopté ce plan pour l'hôpital général de Massachusetts et quelques autres; il recommande les dimensions suivantes : 56 pieds (17 mètres) dans la longueur et 43 pieds (13 mètres) en largeur, avec 6 lits sur la longue paroi et 5 sur la plus courte ; soient 22 malades, disposant de 221 m.q. de surface. En suppposant unehauteurde 4m,5, le cube intérieur est de plus de 45 mètres cubes par malade. 11 n'y a à en défalquer que le volume de l'appareil de chauffage placé au centre delà salle.
Avec les salles rectangulaires et des fenêtres opposées, la meilleure orientation paraît être N.-E. à S.-O., pour que l'insolation dure toute la journée ; l'éclairage diurne ne réclamant pas de conditions spéciales.
Population par salle et par hôpital. — Les calculs de miss Nightinhale ont démontré que le chiffre de 22 lits par salle (nous entendons les salles communes) est la plus favorable au bon fonctionnement de la ventilation et du chauffage, à la surveillance et au service du personnel d'assistance, à Téconomie financière. Nous avons vu (pages 402 et suiv.) qu'on le dépasse presque toujours : Lariboisière, 32 lits ; Boston free hospital, 25 lits ; Vincennes, 32 lits ; même dans les pavillons-hôpital du système Tollet, Bourges
spéciale.]