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POPULATION PAR SALLE ET PAR HOPITAL

et Saint-Eloi de Montpellier, 28 lits. L'hôpital Tenon et Sainte-Eugénie (Lille) ont justement ce chiffre louable de 22 lits par salle. Il est d'autant plus important de limiter le chiffre, dans les hôpitaux civils, que les lits sont à peu près tous constamment occupés. Dans les hôpitaux militaires, avec un vieux bâtiment, aussi mal aéré et ensoleillé que possible, comme l'hôpital militaire de Lille, on arrive encore à des résultats passables en n'occupant que 18 à 20 lits dans des salles de trente et en se ménageant des salles de rechange, c'est-à-dire que chaque salle occupée en hiver reste vide en été et réciproquement. C'est aussi le cas du Gros-Caillou, à Paris (Legouest).

Il est de règle d'espacer les lits d'au moins 1 mètre, de ménager entre la tête du lit et le mur un intervalle de 60 centimètres et, entre les deux rangées de lits, un couloir de 2m,8 de large. Dans ces conditions, si le lit luimême a lm,10 de largeur et lm,80 de longueur, chaque malade disposera de près de 8 mètres cubes de surface et, par conséquent, de 36 mètres cubes d'espace, si la salle a 4m,5 de hauteur.» Ces fixations sont un minimum; à Lariboisière, les lits sont espacés de lm,50. La moyenne d'espacecement, dans les hôpitaux de Paris, est de lm,10 (Poncet).

Les lits doivent être en fer plutôt qu'en bois, garnis d'un sommier, d'un matelas, d'un traversin, tous deux en crin et laine, de couvertures de laine et d'une paire de draps. Les rideaux sont en général à supprimer.

Le chiffre de la population totale à admettre dans chaque établissement dépend beaucoup du système appliqué dans la construction. Les hôpitaux sans étages, à pavillons isolés, risquent certainement moins que d'autres d'aboutir à l'encombrement en réunissant un grand nombre de malades, puisque les individus assistés sont dispersés sur une grande surface, divisés en petits groupes et que chaque groupe est une sorte de maison indépendante, environnée d'air de toutes parts. Ajoutons que l'on recherche, comme complément du système, l'emplacement excentrique ou rural. Bourges a 350 lits. On n'a pas craint de prévoir 800 lits pour le nouvel hôpital Saint-Éloi de Montpellier. Nous pensons que c'est une exagération dangereuse et faite pour compromettre un système d'ailleurs excellent. En effet, toute salle d'hôpital est un foyer puissant d'émanations et de souillures atmosphériques; la dilution de ces impuretés dans l'air, au degré inoffensif, est subordonnée à la distance du foyer pour le point envisagé et au rapport entre la masse d'air environnant et l'abondance des souillures fournies par le foyer. Les ressources de la dilution peuvent se trouver débordées et les pavillons amoindrir les uns pour les autres les qualités de l'air. Si bien bâtie que soit une ville, elle n'a jamais l'air pur des champs; que serait-ce d'une ville de malades?

Quant aux hôpitaux massifs, à étages superposés et à bâtisses d'un seul bloc, les fixations adoptées jusqu'à présent pour le personnel secouru y sont toujours trop élevées : Lariboisière (type mixte), 625 lits ; Sainte- Eugénie (Lille), 400 lits; le nouvel Hôtel-Dieu de Paris, 400 lits (les prévisions primitives portaient 800!); l'hôpital militaire de Vincennes, 532 lits, Tenon 600 lits. L'hôpital Majeur [Ospedale Maggiore) de Milan renferme, dit- Arnould. — Hygiène. 78

LES MALADES ET LES MALADIES. [Hygiène

on, 3,500 lits et l'on assure qu'il est le plus sain de toute l'Italie ; à la vérité, le chiffre réel des malades n'y dépasse pas 2,800, ce qui les met déjà au large. En outre, il faut croire qu'il a paru aux médecins et administrateurs du pays que l'on pouvait faire mieux puisque l'on a constitué, à Mombello, à 15 kilomètres de Milan, en pleine campagne, un vaste asile où sont reçus les aliénés et bon nombre de pellagreux.

Les établissements absolument temporaires, comme les ambulances de guerre, sous baraques et en pleine campagne, comportent une tolérance, vu leur caractère transitoire. On y réunit de 500 à 1,000 blessés; les Américains, pendant la guerre de sécession, ont même construit des agglomérations de pavillons à 25-50 lits, pour une population de 4,000 blessés! Il n'en est pas résulté de désastres, au témoignage de "W. Hammond. Mais ce n'en est pas moins une situation pleine de périls et que nous déconseillons formellement.

Hôpitaux spéciaux. — Nous traiterons plus loin la question de l'isolement de certains malades et des locaux à leur réserver. Mais nous devons ici une mention spéciale aux Maternités, en raison de leur extrême importance, aux hôpitaux payants, maisons de santé en France, cottage-hospitals en Angleterre, et à quelques autres établissements de secours.

Maternités. — Le fait d'accoucher à l'hôpital constitue de sérieuses chances de mort à la femme qui vient emprunter cet asile. La mortalité des nouvelles accouchées étant de 1 sur 212 dans les villes, elle devient 1 sur 32 dans les hôpitaux et les maternités (L. Le Fort, Dumontpallier). Et Tarnier estime que parfois, dans les hôpitaux de Paris, il y a 545 décès chez les femmes en couches de plus qu'il ne devrait y en avoir si la proportion des décès était la même qu'à domicile (Hervieux). En 1870, E. Besnier évaluait à 4 p. 100 la mortalité des nouvelles accouchées dans les hôpitaux et maternités de Paris. Or, il y a plus de 6,000 de ces accouchements. Le même auteur donne la comparaison ci-dessous :

Année 1874.

Proportion

Accouchements. Décès. p. 1 00.

Dans les hôpitaux G. 086 234 3,84

Chez les sages-femmes 2.18D 7 0,32

A domicile 10.890 18 0,1 G

Cet état de choses légitime et au delà les préoccupations qui se sont manifestées à différentes reprises au sein de la Société médicale des hôpitaux de Paris (particulièrement en 1870). 11 faut donc, le plus possible, épargner aux femmes en couches l'hôpital et son atmosphère viciée et faire que les maternités, disjointes de l'hôpital commun, ressemblent le moins à celui-ci et se rapprochent le plus des conditions d'un domicile moyen. Nous nous bornons à cette formule, sans analyser les causes, en réalité complexes, qui multiplient les chances mortelles chez les accouchées de l'hôpital. En tête de toutes ces causes, il y a la promiscuité respiratoire

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entre les accouchées et les autres malades, entre les accouchées ellesmêmes; si l'on y ajoute les divers modes de transport du poison puerpéral qui se réalisent (médecins, élèves, infirmières, instruments, etc.) dans la Maternité sous forme de salle commune, nous aurons les bases des exigences de l'hygiène en cette matière et des réformes qui ont été accomplies.

Les accouchées, même dans les conditions physiologiques, ont une extraordinaire puissance de viciation de l'air (lochies, sécrétion lactée, déjections des enfants). Il faut les séparer des autres malades et les séparer les unes des autres. Tarnier a réussi à faire élever, dans des jardins entre le Luxembourg et l'Observatoire, un pavillon Maternité, inauguré le 3 juillet 1875, qui paraît extrêmement louable sans valoir, cependant, celui que l'on aurait obtenu avec la réalisation du plan primitif de l'auteur, tel qu'il l'exposait à la Société médicale des hôpitaux, en 1870. Ce plan ne comportait qu'un rez-de-chaussée et prévoyait une infirmerie distincte de la maternité proprement dite ; tandis que le pavillon actuel a un étage sur rez-de-chaussée et que les femmes en couches qui deviennent malades sont soignées dans la chambre où elles se trouvent, leur porte étant toutefois interdite au personnel ordinaire du service.

Le pavillon Tarnier a la forme d'un parallélogramme rectangulaire, de 14m,20 de longueur sur 7m,80 de largeur; ses deux façades regardent le nord et le midi (le contraire de l'orientation méridionale). Deux murs de refend, allant du sol aux combles, séparent le bâtiment en trois parties. Chacun des compartiments terminaux est subdivisé en deux moitiés, dont chacune est une chambre. Il y a donc quatre chambres à chaque étage, deux à droite, deux à gauche du compartiment central, qui sert de vestibule et renferme l'office et une chambre de surveillance. Chaque chambre a une porte et une fenêtre ; elles ne communiquent ni avec le vestibule ou l'office, ni entre elles. La porte s'ouvre sur l'une des façades, la fenêtre sur l'un des pignons, à l'est et à l'ouest par conséquent. Au rez-dechaussée, les portes donnent sur un trottoir extérieur; à l'étage, sur un large balcon. De part et d'autre, elles sont abritées par une marquise vitrée, dont le bord supérieur ne touche pas le mur, de façon que l'aération puisse se faire par l'intervalle. Le médecin ne peut donc passer d'une chambre dans l'autre sans sortir à l'air.

Les chambres d'accouchement, munies d'un mobilier presque entièrement en fer, avec des lits dont le matelas, le traversin, l'oreiller ne renferment que de la balle d'avoine, mesurent : 3 mètres de hauteur ; 4m,30 de longueur et3m,50 de largeur; soit un cube de 45mc,53. Au rez-de-chaussée, les quatre chambres ont leur sol recouvert d'asphalte; à l'étage, deux sont dallées en pierres, deux en ardoises. On a reconnu que ce revêtement est supérieur à celui d'asphalte. Les murs sont stuqués et peints à l'huile. Comme le dallage est en pente légère, et muni d'un caniveau qui con'duit l'eau dans un tuyau relié à l'égout, rien n'est plus facile que de laver à grande eau toute la pièce. Une glace sans tain permet de voir de l'office dans les chambres et réciproquement; du reste, chaque lit a un cordon de sonnette à sa

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portée. Dans chaque chambre, il y a un robinet d'eau froide et un d'eau chaude au-dessus d'un lavabo.

Les femmes accouchent dans la chambre qu'elles doivent occuper le reste du temps. A la convalescence, elles peuvent se promener dans un jardin réservé. Si elles tombent malades, elles sont soignées par un médecin de l'hôpital du Midi et par une garde spéciale. A la sortie, chaque chambre est ventilée, lavée, remise à neuf; la balle d'avoine est brûlée; les linges et couvertures exactement lessivés.

Résultat : sur 710 accouchements, 6 décès, soit 1 sur 118. Dans le même temps, la mortalité à la grande Maternité était de 1 sur 42,6 (Pinard).

La nouvelle Clinique d'accouchements de la Faculté de Paris, élevée sur l'emplacement de l'ancienne Pépinière du Luxembourg et qui vient d'être inaugurée (5 mai 1881), paraît devoir être bien inférieure au pavillon Tarnier. On y trouve 40 lits d'accouchées avec 40 berceaux, 10 lits de nourrices et 10 berceaux, 20 lits de femmes en attente, 13 lits pour le service de gynécologie. Les salles n'ont pas plus de 8 lits. Il y a, en outre, trois petites pièces d'isolement. C'est trop de monde en un seul logis.

L'installation de Tarnier a reçu l'approbation des étrangers.

A Bruxelles, d'après Feigneaux, on a copié cette sorte de petit cottagematernité en prenant, dans un quartier aéré, dix-sept maisons contiguës, propriété de l'administration, pour en faire la nouvelle Maternité. Chacune de ces maisons contient six chambres, n'ayant aucune communication entre elles et s'ouvrant toutes sur la cage de l'escalier. II. n'y a qu'une femme par chambre; l'accouchement se pratique dans la chambre même. A l'apparition du plus léger symptôme de péritonite, tout rapport cesse entre le personnel de la Maternité et la malade, qui est transportée immédiatement à l'hôpital, pendant que l'on désinfecte la chambre. Le service médical est divisé. Un interne des hôpitaux et un élève de troisième année de doctorat sont attachés au premier des services pendant dix jours, temps pendant lequel il leur est sévèrement interdit de fréquenter les hôpitaux et les amphithéâtres; leurs vêtements sont désinfectés au moment de leur entrée au service. Logés dans l'établissement , ils y prennent leurs repas.

Le professeur Yolkmann (R.), à Halle, ne pratique pas d'opération obstétricale sans s'être lavé les mains et les avant-bras jusqu'au coude, à l'eau et au savon, pendant un quart d'heure; après quoi, la peau étant bien essuyée, il enduit ces extrémités d'une solution forte de glycérine ou d'huile phéniquée. Les étudiants ne sont admis auprès des femmes en couches qu'autant qu'ils ont pris les mêmes minutieuses précautions.

Voilà de sérieux exemples à méditer pour les villes de province qui ont encore leurs maternités dans les hôpitaux généraux et où, presque chaque année, une épidémie de fièvre puerpérale vient jeter dans le plus grand embarras médecins et administrateurs, tout en multipliant les malheureuses victimes de ce semblant d'assistance. Cela ne veut pas dire qu'en éloignant la maternité de l'hôpital, il soit raisonnable de lui consacrer, comme le fait, à Lille, je ne sais quelle confrérie pieuse, une bâtisse

spéciale.]

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