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La quantité d'eau qui tombe sur le lieu observé

2. Le rapport de la quantité de pluie qui pénètre dans le sol avec celle qui s'écoule à la surface ;

3. La quantité d'eau infiltrée qui s'unit aux couches du sol plus ou moins sèches, plus ou moins avides d'eau, ou qui s'en échappe par évaporation ;

4. La quantité d'eau souterraine qui vient de points plus élevés en coulant sur des assises imperméables ;

5. La pente de la couche imperméable sur laquelle repose la nappe souterraine. Dans les vallées fluviales, le niveau de l'eau souterraine est généralement plus élevé que celui de l'eau du fleuve. Dans les cas où il n'en est pas ainsi, c'est le degré de perméabilité du terrain de la rive qui décide si le niveau de la nappe dépend plus de la terre ou du fleuve.

Dans les terrains d'alluvion, le niveau de l'eau dans les puits donne assez exactement la hauteur de la nappe souterraine, pourvu que le puits n'ait pas déjà traversé une première couche imperméable, retenant aussi une nappe d'eau. Les oscillations du niveau des puits expriment donc aussi celles de la nappe souterraine et l'on peut s'en servir pour les observations,

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soit à l'aide d'une corde portant de distance en distance de petits récipients, soit au moyen d'un flotteur, comme le propose Morache. Il va sans dire que la hauteur du niveau est donnée par la longueur de la corde depuis l'orifice jusqu'au premier récipient plein, déduction faite de la hauteur de la margelle, ou par la longueur de corde qu'il faut dérouler pour que le flotteur rencontre l'eau, ce dont on s'aperçoit à la diminution subite du poids entraînant la corde.

Mais il arrive fréquemment que l'observation du niveau de l'eau des puits ne donnerait pas le résultat attendu. On pratique pour ce but spécial des trous de forage où l'on suit les mouvements de la nappe à l'aide du flotteur. Le mieux serait d'adapter celui-ci à un appareil enregistreur. Il suffit d'une observation par quinzaine.

Applications étiologriques de l'observation de la nappe souterraine. —

On a pu déjà entrevoir, d'une façon générale, les conséquences possibles des phénomènes qui s'accomplissent dans l'épaisseur des premières couches terrestres, simultanément avec des échanges gazeux incessants entre le sol et l'atmosphère. La vérité et l'utilité réelle des études faites dans cette direction doivent peut-être encore être cherchées dans ces termes généraux ; nous essaierons même tout à l'heure d'en exprimer la formule. Mais il est des tentatives d'applications spéciales et précises qui appartiennent à l'histoire contemporaine et qu'il convient de présenter d'abord, en résumé, tant par esprit de justice envers leurs auteurs que parce que cet exposé est ce qu'ilya de plus propre à éclairer la question.

I. Les essais dont nous parlons ont porté sur l'étiologie du choléra et celle de la fièvre typhoïde.

a. Choléra. — On avait remarqué dès les premières apparitions du choléra en Europe et particulièrement en France (Nérée Boubée, Fourcault, Vial, Dechambre), que les localités reposant immédiatement sur le roc ou sur des couches compactes, inaccessibles à l'eau, pouvaient bien présenter des cas isolés de la maladie, mais n'avaient jamais ou que très rarement de véritables épidémies de choléra. On savait également que les foyers épidémiques du mal affectionnaient les localités situées le long des fleuves ; mais, comme d'autre part l'homme est le véhicule avéré du fléau, on ne voyait dans ce fait que le rôle de grandes routes, réparti aux fleuves dans les relations entre humains.

En 1854, Pettenkofer remarqua que l'on trouvait, dans la carte épidémique du choléra, des localités atteintes qui n'étaient pas précisément sur le passage par eau, mais se reliaient au fleuve uniquement par leur situation dans le bassin ou sur la pente d'une vallée. Les localités établies sur la ligne de partage des eaux, fussent-elles à une hauteur médiocre, étaient régulièrement épargnées. On s'aperçut bientôt que le voisinage des fleuves, en soi, n'était pas l'influence décisive. Là, où la rive était formée de terrain compacte, [on n'avait pas le choléra, et, sur les rives de terrain poreux, la vallée fluviale n'était frappée épidémiquement que dans une étendue limitée. Or, dans un terrain dont les couches superficielles sont poreuses, c'est la couche imperméable la plus prochaine qui détermine la

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ligne où un cours d'eau doit apparaître au jour. Ce cours d'eau occupe nécessairement les points les plus déclives, le long de la ligne sur laquelle convergent les couches imperméables de pentes diverses. Là, l'humectation du sol poreux n'est plus ce qu'elle était à la ligne de partage. De même, les alternatives d'humectation du sol poreux varient d'un point à un autre de la vallée fluviale; un degré d'humidité qui n'existe plus à la partie supérieure de la vallée peut persister en aval.

Mais ce n'est, dit Pettenkofer, ni le sol poreux en soi, ni la nappe souterraine seule, qui ont de l'importance vis-à-vis du développement des épidémies cholériques ; la circonstance déterminante, ce sont les alternances de niveau de cette nappe, les inondations souterraines. L'épidémie de 1854 à Munich et celle de 1835 à Zurich et ailleurs ont été précédées d'une énorme élévation du niveau de l'eau tellurique.

Il va de soi que l'auteur n'attribue pas une influence directe et mystérieuse à ces oscillations mêmes ; celles-ci agissent en humectant les détritus organiques de provenance humaine dont le sol est imprégné, non seulement sous les habitations en maçonnerie de nos villes et de nos villages, mais sous les tentes des troupes en expédition, autour des baraques et des boutiques improvisées où s'abritent et se fournissent les ouvriers employés aux grands travaux publics, et même aux lieux de campement des caravanes de pèlerins, dans la traversée du désert. La souillure dangereuse, dans le cas présent, est la dispersion ou la pénétration dans le sol des excréments humains. Le moment redoutable est celui où, à une ascension considérable du niveau de l'eau souterraine, succède un abaissement qui laisse derrière lui l'humectation et fait appel à l'air extérieur. C'est dans le sol d'alluvion que ce phénomène est le plus facile et le plus commun. Même dans l'Inde, il semble présider aux réveils épiclémiques de l'endémie dont cette contrée a le fâcheux privilège.

La quatrième proposition contenue dans ses recherches sur le choléra dans l'Inde est ainsi conçue : « L'élément du processus cholérique, qui se développe dans le sol et dépend essentiellement des allures du choléra par rapport au temps, dans ses foyers d'endémicité ou d'épidémicité, exige, parmi d'autres conditions, un certain degré d'humidité moyenne du sol. Une sécheresse permanente (comme celle du désert) et une humectation prolongée du sol (comme dans le Delta du Gange, à la fin de la saison des pluies) sont également défavorables au choléra. C'est pourquoi, dans les régions de l'Inde supérieure, où la sécheresse et la chaleur dominent, le choléra coïncide habituellement avec la saison des pluies (choléra d'été ou de la mousson, à Lahore), tandis que dans le Bas-Bengale, dont le climat se caractérise par la chaleur humide et des précipitations aqueuses abondantes, le choléra se réveille- avec le printemps sans pluie (choléra de printemps, à Calcutta) et disparaît de nouveau avec les pluies et la mousson d'été. Les localités, telles que Madras, qui, toutes choses égales d'ailleurs, tiennent le milieu entre Lahore et Calcutta pour le régime des pluies, présentent, assez régulièrement, dans la môme année, un choléra de printemps et un choléra d'été.

Ainsi, selon que, dans une môme contrée, les circonstances de température, d'humidité et, par conséquent, les oscillations de la nappe souterraine, s'écartent de la règle ordinaire, le rythme dans le temps et la fréquence du choléra varient

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dans un sens ou dans l'autre. A Bombay, l'on voit, pour ces raisons, prédominer tantôt le choléra d'été, tantôt celui de printemps.

Une même quantité de pluie agit différemment sur des sols de constitution différente et différant aussi par la sécheresse ou l'humidité habituelle. Le sol et les oscillations de la nappe souterraine peuvent être regardés comme les raisons de l'immunité temporaire ou permanente. »

En cherchant à vérifier, pour quelques villes de France, la théorie tellurique de la propagation du choléra, Decaisne constate que Lyon a toujours montré une grande résistance à ce fléau ; ce qu'il y a de plus frappant dans les conditions hygiéniques de cette cité, c'est qu'une partie de la ville repose sur le roc et le granit, soit immédiatement, soit par l'intermédiaire d'une couche d'argile interposée (Croix-Rousse, Fourvières, Saint- Just), et que l'autre partie, qui repose sur le terrain d'alluvion (Perrache, la Guillotière, les Brotteaux, Vaise), possède une nappe souterraine toujours très élevée et ne s'abaissant notablement qu'avec les bas niveaux du Rhône. Ces quartiers furent même assez éprouvés en 1854, époque à laquelle le Rhône descendit à l'un des niveaux les plus bas qu'on ait eus depuis quarante ans. Versailles, qui ne fut jamais que très peu touchée par le choléra, est bâtie sur un sol sablonneux qui recouvre à peu de profondeur une couche de marnes imperméables ; les fondations des maisons de Versailles (Gémin) reposent sur cette couche. Paris, au contraire, qui ne s'est montré réfractaire à aucune des épidémies cholériques, est bâti sur les terrains éocènes tertiaires, perméables et arides.

Dans le bassin de la Seine, il y a eu immunité cholérique pour le massif granitique du Morvan, le terrain crétacé inférieur, excessivement humide, imperméable, couvert d'étangs, les argiles à meulières supérieures, de même caractère, le Lias Auxois, Bazois, argileux, très imperméable, aride en été. Ont été maltraités : les calcaires oolithiques de la Bourgogne, arides par excès de perméabilité, la craie blanche de Champagne, et les terrains éocènes tertiaires, calcaire grossier, sables moyens.

Les villes de Birmingham, Francfort, s. M., Wûrzbourg, Stuttgart, Crefeld, Munster, ont été reconnues jouir d'une immunité pareille à celle de Lyon et Versailles vis-à-vis du choléra.

La théorie de Pettenkofer, du reste, obtint rapidement une grande vogue, non toutefois sans rencontrer des contradicteurs autorisés. C'est à l'occasion d'objections soulevées par Virchow, que l'auteur s'expliqua à l'aide de l'hypothèse de la génération alternante des germes, à laquelle sa formule étiologique s'adaptait, en effet, merveilleusement. Ce n'est pas le lieu de développer cette doctrine ; qu'il suffise de dire que l'auteur distinguait le germe (Cholerakeim) du poison cholérique (Choleragift) ; le premier se trouve chez le malade et dans ses selles; il est inoffensif ; pour devenir poison et être capable d'infecter un sujet sain, il a besoin d'accomplir une nouvelle phase de son existence, hors de l'homme, dans un substrat approprié. Le meilleur substrat, ou milieu, est le sol souillé d'immondices et dans lequel l'air et l'eau se rencontrent.

p. Fièvre typhoïde. — De 1855 à 1866, pendant que Pettenkofer notait les oscillations du niveau de l'eau souterraine, Buhl autopsiait tous les typhoïsants morts à l'hôpital de Munich et en tenait exactement le registre par mois et par années. Rapprochement fait, il se trouva que les plus bas ni-

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veaux du Grundwasser coïncidaient avec les chiffres les plus hauts de la léthalité typhoïque et, inversement, que les niveaux les plus élevés de la nappe souterraine se rencontraient, sous le rapport du temps, avec les chiffres les plus faibles du typhus abdominal. Buhl en concluait simplement que le principe spécifique de la fièvre typhoïde est dans le sol; mis à nu quand la nappe plonge, il serait recouvert par elle quand elle remonte. Ce qui est incontestable, c'est que plus la chute de la nappe souterraine est rapide, profonde et durable, plus riche est la quantité de substances organiques putrides, qui sont mises en liberté dans le sol ; réciproquement, plus son ascension est rapide, puissante et prolongée, plus il y a de ces matières recouvertes et submergées.

En supposant que le principe de la fièvre typhoïde fût un germe et qu'il y eût encore lieu ici à une génération alternante, on ne pouvait mieux trouver pour expliquer comment le milieu d'évolution [substrat] était tantôt offert, tantôt soustrait, au germe typhoïque. Et si ce germe se trouve à un moment donné dans le sol (venu avec les selles d'un premier typhoïsant), rien n'est plus simple que de comprendre sa pénétration dans l'air de nos demeures, grâce aux échanges gazeux inévitables entre l'air du sol et l'atmosphère, et sa puissante influence dans l'atmosphère limitée de nos appartements, où aucun moyen de ventilation ne permet d'approcher de la dissémination des germes qui se fait d'elle-même à l'air libre. D'ailleurs, l'échange gazeux atteint quelquefois aussi son effet en pleine campagne ; en ce qui concerne le choléra, Pettenkofer relevait soigneusement le fait qui suit. Il y avait, aux Indes, une certaine route par une vallée fluviale, sur laquelle les troupes anglaises, à certaine époque de l'année, ne pouvaient jamais camper sans avoir de nombreux cas de choléra : on avait fini par l'éviter systématiquement. Un jour, par suite de circonstances pressantes, un détachement de 400 hommes, sous le commandement de sir Patrik Grant, fut obligé de la reprendre. On défendit rigoureusement aux soldats d'entrer dans aucune maison des indigènes, de boire même une goutte d'eau des sources du pays. Néanmoins, le campement dans la vallée coûta la vie à 80 hommes du détachement. D'où était venu le germe du choléra, sinon du sol, par l'air émané de ses couches superficielles?

Presque dans le même temps que Buhl, Seidel (de Dresde) apportait un sérieux appoint à la théorie des oscillations du Grundwasser en montrant que le niveau de la nappe souterraine dépend de la quantité d'eau tombée et, à la fois, que les mois de plus grande précipitation aqueuse sont ceux de moindre léthalité typhoïque. Il était tout naturel de réunir les trois faits : eau tombée, niveau de l'eau souterraine, fréquence de la fièvre typhoïde. C'est ce qui fut fait et Pettenkofer, d'après les calculs de Seidel, put annoncer en 1872, à la Société médicale de Munich, que seize années d'observations permettaient d'affirmer que les probabilités de la coïncidence d'un niveau d'eau souterraine déprimé avec une fréquence élevée du typhus abdominal étaient désormais de 36,000 contre 1 . Le typhus (abdominal) monte comme le Grundwasser descend; telle est la loi.

II. Or, cette loi a été l'objet de protestations nombreuses, plus ou moins

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directes, ou tout au moins a paru çà et là, susceptible de restrictions ou de modifications profondes. Virchow consent à regarder les années sèches comme des années de typhus (abdominal), ce qui ne dérange pas sensiblement la formule précédente ; mais, fait-il observer, il y a bien des localités où les couches superficielles du sol sont humides sans qu'il y ait de nappe souterraine ; les oscillations de celle-ci peuvent donc avoir quelque influence, sans être une condilion sine quâ non. Pfeiffer et Delbriïck ont trouvé une relation différente: celle du choléra avec la température du sol. Il est vrai que la discordance est loin d'être absolue, puisque, nous le savons, lorsque la nappe souterraine s'est retirée et que la fermentation putride commence, rien ne la favorise mieux que la chaleur des couches qui en sont le foyer.

Sur divers points d'Allemagne et à Munich même, en face de la Grundwassertheorie, s'éleva une doctrine étiologique nouvelle et qui faisait table rase de la première, à savoir celle de la propagation du choléra et de la fièvre typhoïde par l'eau de boisson (Trinkwasser théorie), dont Wolfsteiner fut le champion déterminé dans la Société des médecins de Bavière. Divers faits éclatants, observés en Angleterre (Snow), en Hollande (Snellen), en Allemagne même (Wolfsteiner, Zuckschwerdt), plaidaient en faveur de ce nouveau rapport étiologique, que nous retrouverons ultérieurement.

Quant à l'influence de la nappe souterraine, Buchanan faisait remarquer que 25 villes anglaises, à l'aide de l'établissement de conduites d'eau et de la canalisation souterraine, avaient fait baisser notablement le niveau de leur nappe sans que pourtant la fièvre typhoïde éprouvât une recrudescence; c'était plutôt le contraire.

Pettenkofer (1870) considéra cet argument comme une subtilité et n'eut pas tout à fait tort. Ce dérangement artificiel de la nappe souterraine devait évidemment troubler aussi les indications fournies par les oscillations du niveau, sans qu'on puisse taxer l'instrument lui-même d'infidélité, de même que l'on peut, en dérangeant avec le doigt les aiguilles d'une montre qui va bien d'ailleurs, lui faire marquer une heure fausse.

Il y eut des dissidences mieux motivées. Biermer constate qu'à Zurich la fièvre typhoïde de 1867 et celle de 1872 ne respectent pas la loi des oscillations inverses du typhus abdominal et de la nappe souterraine. Socin, à Bâle, d'après un relevé de 20 années (1848-1869), trouve que la fièvre typhoïde n'atteint annuellement ses chiffres les plus élevés qu'un temps notable après que l'eau souterraine a présenté son plus bas niveau. Nowak (de Prague) fait des observations qui l'amènent à conclure que le Grundwasser monte avant la pluie; de telle sorte que cette ascension permet d'annoncer la pluie plus sûrement que la chute du baromètre. Albu, à Berlin, contredit énergiquement Virchow sur les rapports que celui-ci admet entre les années sèches et le typhus abdominal et s'efforce de ruiner la part d'influence que l'illustre professeur est disposé à accorder aux oscillations de la nappe sonterraine, à l'humidité du sol, aux fermentations organiques. En 1871, 1872 et 1873, il surprend à plusieurs reprises le typhus abdominal et la nappe souterraine oscillant parallèlement, c'est-à-dire en sens inverse de la règle. Léon Colin, à Paris, s'inscrit en faux contre l'absolutisme de la

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théorie de Pettenkofer; à côté des faits ordinaires de mobilité et d'ubiquité de la fièvre typhoïde, il cite spécialement l'épidémie de la caserne du Mansourah, près de Gonstantine j(1876), où la nappe souterraine est à une profondeur trop considérable pour que ses oscillations puissent influencer le dégagement d'émanations à la surface du sol; celle du château de Montbéliard, sur un rocher imperméable et taillé à pic; c'est-à-dire des épidémies à peu près sans nappe souterraine; et, enfin, la recrudescence pendant le 4e trimestre, époque des pluies, de l'épidémie parisienne de 1876.

Pour notre compte, nous invoquerons les cas de contagion immédiats, et que personne ne conteste, de fièvre typhoïde chez des infirmiers actuellement employés dans des salles de typhoïsants ; les faits de transmission immédiate dans des villages, quelques jours après l'arrivée d'un malade, ou même quelques jours après que des personnes de ce village sont allées visiter de leurs parents, malades dans un village voisin. 11 n'est guère possible, ici, que le germe typhoïque ait eu le temps d'évoluer en poison dans le substrat; il n'y a pas eu le temps nécessaire pour l'accomplissement des deux phases d'une génération alternante ; ce sont bien les typhoïsants qui ont infecté les individus sains, sans l'intermédiaire du sol et, tout au plus, avec la seule véhiculation atmosphérique. Ce qui, par parenthèse, atteint aussi bien la fameuse théorie de W. Budd que celle de Pettenkofer.

Ces observations contradictoires sont indiscutables et, en réfléchissant aux circonstances nombreuses qui peuvent faire varier tantôt les foyers putrides d'où émane la fièvre typhoïde, tantôt les conditions adjuvantes de ces foyers, humidité, chaleur, etc. ; personne ne s'étonnera d'apprendre que les choses ne se passent pas partout exactement comme à Munich ou à Dresde. Est-ce à dire que les vues étiologiques de Pettenkofer soient absolument erronées et négligeables? En aucune façon ; aussi longtemps, au moins, que l'on regardera la fièvre typhoïde comme étroitement liée, dans ses explosions épidémiques, à la présence de foyers putrides, créés par la vie animale et surtout humaine. On ne peut guère contester aujourd'hui que le sol, dans de certaines conditions, à l'intérieur des villes ou des villages, ne soit le grand réceptacle des déchets organiques, de la matière à putréfaction. On ne contestera pas davantage que les résidus organiques, les excréments humains surtout, sont d'autant plus dangereux que la fermentation y est plus active; ce n'est guère ni avant, ni après, qu'ils sont menaçants. Si le principe de la fièvre typhoïde est un germe, celui-ci doit se rapprocher singulièrement de ces agents de fermentation, êtres infimes, qui ont la propriété de vivre en prenant l'oxygène, non à l'air, mais à ses combinaisons. Dans ce cas, il est trop évident que l'humidité et la chaleur, par conséquent le retrait progressif de la nappe souterraine, quand il y en a une, viendront puissamment en aide à la pullulation des germes typhoïques. Répugnerait-on à la doctrine des germes, dont la démonstration en effet n'est point finie, il n'est pas moins certain que, du sol imprégné de substances putrides et à la faveur des échanges gazeux, se dégagent des émanations d'une haute nociveté, molécules organiques infiniment petites ou propriétés nouvelles surajoutées aux gaz du sol et à la vapeur d'eau ; or, le

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rôle des oscillations de la nappe souterraine reste tel vis-à-vis de ces émanations qu'il serait vis-à-vis des germes.

Mais le sol ne peut-il être à la fois chaud, aéré et humide, qu'à la condition de posséder une nappe souterraine? Et, s'il y a une nappe souterraine, la fermentation, avec l'activité qui convient pour l'éclosion d'une épidémie typhoïque, se rencontrera-t-elle toujours à point nommé avec tel ou tel des mouvements de cette nappe? L'effet pathogénique des émanations du sol sera-t-il constant et fatal, et les phénomènes de putréfaction ne peuvent-ils s'accomplir que dans le sol perméable, dans les conditions convenables pour la réviviscence de la fièvre typhoïde ? Les choses naturelles n'ont point cette invariabilité, et les études étiologiques ne nous ont guère habitués à des rapports simples et mathématiques entre les faits extérieurs et la génération des maladies.

La formule de Pettenkofer exprime un fait général réel et qui peut être d'observation fréquente ; mais elle ne saurait être acceptée comme unique et d'application universelle. Nous avons proposé ailleurs de ne la prendre que dans le premier sens, qui ressort suffisamment des développements dans lesquels on vient d'entrer. « Elle gagnerait de l'importance en perdant de sa rigueur, » disions-nous, et il ne serait pas nécessaire d'adhérer à l'hypothèse de la génération alternante des germes pour admettre qu'un sol accessible aux déjections de cholériques ou de typhoïsants peut être spécifiquement dangereux, et cela d'autant plus qu'il les retient mieux à une faible profondeur et qu'il se prête mieux au conflit de l'air et de l'eau dans les couches dont l'influence sur l'air atmosphérique est incontestable. C'est en vue de cette conclusion que nous avons laissé prendre à cette étude une étendue qu'elle n'a pas d'ordinaire chez les hygiénistes français.

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générale.] CAPACITÉ DU SOL POUR LA CHALEUR, LES GAZ ET L'EAU.

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©es micro-organismes dans le sol et de la putréfaction. — Le sol est

essentiellement le support et le réceptacle de la putréfaction. C'est à sa surface que tombent tous les êtres vivants, au moment où la vie les abandonne, et c'est dans ses coucbes superficielles qu'arrivent tous leurs débris, à partir des matières séparées de l'organisme pendant la vie jusqu'aux fragments dans lesquels se divisent les corps organisés après la mort. Or, les éléments chimiques qui constituaient naguère les tissus vivants doivent retourner au sol ou à l'atmosphère, parce que la matière est indestruc tible et que, justement, ces substances composantes appartiennent pour jamais au cercle éternel de la vie. Ce qu'on appelle décomposition et putréfaction n'est pas autre chose que ce retour des composés organisés à des états plus simples : acide carbonique, eau, ammoniaque.

A ce point de vue des dédoublements chimiques, le phénomène de la putréfaction se rapproche de celui des fermentations. Il lui ressemble encore par l'importance du rôle de l'air, de l'humidité, de la chaleur, dans son accomplissement. Il lui est même identique si, comme dans les fermentations connues des chimistes, il a pour agents des êtres animés, infiniment petits, des germes dont l'évolution ne se fait qu'aux dépens de quelqu'un des éléments du corps organisé primitif. Or, c'est ce qui est devenu une vérité démontrée à la suite de travaux nombreux, réalisés dans ces derniers vingt ans, et dont tout le monde sait que l'origine, comme la direction constante et la plus sérieuse, appartient à des savants français.

Avant tout autre rôle, les vibrions et les bactéries (Goccos, Bactéries, Schizomycètes) ont celui d'être les houeurs du monde vivant : the great Scavengers of nature, selon l'énergique expression de Buckland. Ce sont des Corpuscules aussi petits que l'œil humain puisse en contempler, visibles seulement à des grossissements de 1000 à 1500 diamètres, affectant la forme de corpuscules sphériques ou celle de bâtonnets plus ou moins longs et diversement agencés. Quelques-uns des corps sphériques passent pour être seulement des corpuscules-germes , des spores permanentes (Dauersporen) ; car il est vraisemblable que ces petits êtres, doués d'ailleurs de mouvements très vifs, sont de nature végétale, des algues. Au reste, il est aisé de comprendre que leur histoire naturelle soit œuvre délicate à établir, et ce n'est pas ici le lieu de pénétrer sur ce terrain. Il importe, dans tous les cas, de les distinguer des infusoires et de leurs œufs, des champignons microscopiques et des moisissures vulgaires, avec lesquels cependant quelques micro-botanistes leur assignent des relations, en vertu d'un mode spécial de génération ou de transformation évolutive qui leur serait propre, le polymorphisme. Rappelons seulement que Davaine les répartit en quatre genres : Bacterium, Vibrio, Bacteridium, Spirillum. Pour l'étiologie, Sédillot

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[Hygiène

les réunissait récemment dans l'expression synthétique de microbes, qui tend à passer dans le langage scientifique. (Voy. plus loin : chap. h, art. Poussières de l'air, où il sera donné un essai de classification avec des figures relatives aux espèces les plus intéressantes.)

Il paraîtrait superflu d'annoncer que ces microbes existent dans le sol et les eaux, puisqu'on démontrera plus tard leur présence dans l'air, d'où ils s'abattent, par les pluies principalement, sur les divers points de la surface terrestre, rencontrant presque partout matière à exercer leur puissance de transformation. Mais il est utile de constater que l'observation directe a, dans des circonstances importantes, confirmé les prévisions de la théorie. Bien plus, il a paru que le sol était le véritable lieu de conservation des germes et, parfois, le milieu le plus favorable à leur évolution et à leur pullulation. D'ailleurs, le fait a été appliqué à l'étiologie, tantôt sous forme de théories discutables, mais tantôt également à l'état de démonstration expérimentale et avec des caractères que Ton ne saurait passer sous silence.

Le sol, les parcelles de boue desséchées, les plus petits grains de gravier exposés à la chaleur de l'été, les brins d'herbe, déterminent rapidement l'altération (fermentative) de ces liqueurs d'essai que l'on nomme les « conserves nutritives de Cohn », et qui se troublent aussi quand on y porte de l'eau météorique, ou surtout de l'eau de Seine (P. Miquel). Toutes les eaux communes, dit M. Pasteur, contiennent en suspension des germes d'organismes microscopiques, germes quelles prennent principalement avx terres avec lesquelles elles ont été en contact avant de se réunir en ruisseaux, en rivières, en fleuves. Dans cette pensée, le même savant conseille aux accoucheurs de ne point laisser les femmes en couches se lotionner les parties génitales avec de l'eau qui n'a point bouilli, et de préférer à l'eau ordinaire une solution d'acide borique. Devançant, peut-être de beaucoup, la démonstration directe, Davaine estime que « nous pourrons concevoir que le virus des grandes maladies contagieuses existe et vit en dehors de l'économie des animaux, soit dans les immondices accumulées des grandes agglomérations humaines, soit dans les alluvions déposées par les fleuves, soit dans les marais boueux et stagnants, etc. »

Mais la démonstration a été complète en ce qui concerne le corpusculegerme de la bactéridie, organisme dont la découverte (Pasteur), ainsi que sa relation avec le charbon, appartient sans conteste possible à Davaine (1850) et non à Pollender (1856) ni à Brauell (1857), comme on le lit dans quelques ouvrages.

Rapports «lu sol avec l'origine du charbon. — Les germes de bactéridies ont acquis aujourd'hui, dans la propagation du charbon, plus d'importance que les bacilles elles-mêmes. 11 était arrivé à quelques expérimentateurs répétant les expériences de Davaine d'obtenir, avec des inoculations de sang chargé de bactéridies, la mort des animaux inoculés, mais sans que le sang de ceux-ci offrît lui-même des bactéridies; et, cependant, un tel sang, inséré à son tour sous la peau d'un animal apte au charbon, reprodui-

générale.J CAPACITÉ DU SOL POUR LA CHALEUR, LES GAZ ET L'EAU.

sait l'infection avec présence de bacilles. P. Bert, tuant les bactéridies par l'oxygène, inoculait le sang ainsi débarrassé des bâtonnets et obtenait néanmoins le charbon. C'est donc que la bactéridie n'est pas le véritable virus. Bert crut un instant que l'élément virulent était le liquide lui-même; mais Pasteur lui démontra qu'après la disparition des bacilles il reste des corpuscules-germes, indifférents à l'action de l'oxygène, véritables éléments du virus et capables de reproduire la bactéridie, comme en effet ils la reproduisent. Déjà Koch (1876) avait déterminé comme il suit l'histoire du développement de la bactéridie charbonneuse : les bâtonnets se multiplient dans le sang et les humeurs de l'animal vivant avec une rapidité extraordinaire, par allongement et segmentation transversale ; dans le sang de l'animal mort ou dans une liqueur nutritive appropriée, au contact de l'air et sous l'influence d'une température convenable, les bacilles deviennent de longs filaments, non ramifiés, qui produisent en eux-mêmes des rangs simples de spores et plus tard se désagrègent de façon que les spores se trouvent en liberté. Ces spores à leur tour germent, se développent directement, sous l'influence de l'air, de la chaleur et dans des liquides nutritifs appropriés, et reproduisent les bactéries primitives. Les bacilles ne sont point des organismes résistants; desséchées ou humectées, elles meurent en quelques semaines au plus, tandis que les spores se conservent extraordinairement longtemps et conservent leur aptitude à la germination.

D'où il suit que les liquides renfermant des spores sont toujours infectieux, tandis que les liquides à bâtonnets ne le sont que dans le moment où ils peuvent produire des spores.

Lorsque les liquides à bactéries provenant des animaux malades communiquent à d'autres le charbon, c'est la contagion. Mais le charbon s'éteindrait bientôt dans une contrée s'il n'y avait que les bâtonnets pour l'entretenir ; ils perdent rapidement leur pouvoir infectant. Ce qui perpétue l'endémie, ce sont les spores détachées des bâtonnets au moment où la vie abandonne ceux-ci : « Un cadavre d'animal mort de sang de rate, enterré pendant la saison chaude dans un sol humide et à peu de profondeur..., se trouve dans les conditions les plus favorables au développement des bacilles et à la production des spores... Ces spores ont une résistance très remarquable; une dessiccation de plus d'une année, une alternative de sécheresse et d'humidité, ne leur font pas perdre leurs propriétés germinatives. Il suffit donc d'un seul cadavre pour donner naissance à une quantité innombrable de spores et infecter toute une région. On s'explique dès lors facilement l'apparition à la suite des inondations et, dans les saisons chaudes et pluvieuses, l'existence endémique des affections charbonneuses dans les contrées marécageuses. »

On suppose, non sans grande apparence de raison, que les vers de terre, perçant la couche superficielle du sol et y déposant les petits monticules terreux que l'on sait, sont les agents qui ramènent mécaniquement à la surface les germes charbonneux enfouis aune profondeur insuffisante.

Yallin, à qui nous empruntons la citation qui précède, indique aussi, sans le trouver d'une application facile, le moyen proposé par Koch pour

mettre ces germes dans l'impossibilité d'éclore ; c'est d'enfouir les cadavres d'animaux malades, à distance des habitations, dans des fosses de huit à dix mètres de profondeur.

Appuyé sur les remarques précédentes, Gohnheim déclare le charbon une maladie du sol. Depuis 1878, avec la collaboration de Chamberland et Roux, Pasteur a recherché si, lorsque du sang charbonneux est ajouté à de la terre, la bactéridie s'y conserve à l'état de germes et s'y multiplie, surtout dans les cas où cette terre est arrosée avec de l'eau de levûre, de l'urine ou des eaux de fumier. Les expériences ont toutes été positives ; la bactéridie se multiplie dans la terre; elle s'y transforme rapidement en corpuscules-germes que l'on y peut retrouver après plusieurs mois de séjour et des alternatives d'humidité et de sécheresse. Ainsi, après avoir cultivé, dans 500 grammes de terre privée de germes de bactéridies, 20 gouttes de sang charbonneux étendu d'eau, on en a repris 2 grammes que l'on a mêlés à 300 grammes de nouvelle terre ; puis, de celle-ci on a prélevé 5 grammes qu'on a mêlés à 100 grammes de nouvelle terre également vierge de bactéridies. De cette dernière, enfin, on a prélevé 5 grammes d'où il a été facile d'extraire des germes de bactéridies et dont la virulence a été démontrée par des inoculations à des cochons d'Inde. De même, dans la terre où avait été enfoui, dix mois auparavant, un mouton charbonneux, à Saint-Germain, près de Chartres, Pasteur recueille des corpuscules-germes de bactéridies, inoculables. « Donc, si le département d'Eure-et-Loir contient des germes de bactéridies en grande quantité, c'est que, le charbon y'ayant depuis longtemps établi domicile, la maladie s'y entretient d'elle-même en quelque sorte, les animaux morts, les malades, semant un peu partout des germes de contagion qui durent longtemps. »

On remarquera combien ces constatations ressemblent à une démonstration scientifique de l'idée de Pettenkôfer sur l'évolution et la conservation des germes dans le sol. Mais l'auteur même de la théorie n'avait pas atteint à cette preuve directe.

Non seulement la conservation des germes de bactéridies, mais aussi la présence du vibrion de la septicémie a été constatée dans la mémorable expérience de Pasteur. La terre des couches p?>ofondes, à l'endroit où avait été enfoui un mouton charbonneux, faisait apparaître la septicémie par inoculation. Ainsi, le sol aurait pour les germes morbides un pouvoir conservateur que ne possède pas l'atmosphère. Du sang septique, exposé à l'air, s'y putréfie et perd la propriété de provoquer la septicémie par inoculation; dans le sol, le pouvoir virulent se maintient durant des mois. Les raisonnements par induction, non plus que les faits négatifs opposés par Colin (d'Alfort) -à ces résultats si nets, ne paraissent pas pouvoir en affaiblir la redoutable signification.

Poincarré a communiqué à l'Académie des sciences (19 juillet 1880) le fait suivant, dans lequel le principe morbide du charbon s'est montré conservé à la surface du sol, au sein d'un liquide marécageux : « Dans une ferme isolée des environs de Nancy, dix-neuf bêtes à cornes mouru-

générale.] CAPACITÉ DU SOL POUR LA CHALEUR, LES GAZ ET L'EAU. 71

rent du charbon dans l'espace de trois semaines. M. Tisserand, vétérinaire, ayant remarqué que l'herbe du pré où les animaux de la ferme allaient pâturer était constamment mouillée par un liquide d'apparence marécageuse, pensait que là pouvait se trouver la cause de cette épizootie locale.... M. Tisserand me remit à la fois de l'eau du pâturage et du sang d'un des animaux morts. J'ai trouvé, dans le premier de ces liquides, des bactéridies semblables à celles que renfermait le sang.... Le 30 juin 1880, une injection sous-cutanée d'eau de pâturage fut pratiquée sur un cobaye. 11 devint malade dans la journée du 2 au 3 juillet et succomba pendant la nuit du 3 au 4. Son sang, examiné au microscope, présenta l'altération parasitaire décrite par Davaine et fut injecté, le 5 juillet, sur un second cobaye, qui mourut, lui, dans la nuit du 5 au 6. L'autopsie et l'examen microscopique vinrent démontrer la nature charbonneuse de l'affection à laquelle il avait succombé. » On ne dit pas que des cadavres charbonneux aient été enfouis antérieurement à la place où l'on observait cette eau marécageuse.

Il y a loin de ces faits précis aux hypothèses, assez retentissantes dans leur temps, de Klob, de Thomé, et surtout de Hallier et de Salisbury, que nous mentionnons plutôt à titre de souvenirs historiques que comme documents utilisables. On sait comment Hallier (1867) avait cru saisir, sous forme de Micrococcus divers, nés de spores provenant elles-mêmes de cystes, et destinés à évoluer en tondes, puis en champignons, les germes du choléra, de la rougeole, du typhus, de la variole, de la fièvre typhoïde, de la dysenterie et, même de la rage. La théorie de la « pléomorphie » suffisait à expliquer cette filiation étrange du micrococcus et des champignons de taille relativement grande, Pénicillium, Mucor, Tilletia, Achlya. Le micrococcus se trouvait généralement dans les selles des malades ; celles-ci, en arrivant au sol, permettaient au germe du champignon de se développer sur les pieds de riz, sur la paille humide, le foin pourri, les herbes des prairies, les graminées, les fruits, les légumes. De là, par les voies digestives ou respiratoires, le principe morbide pouvait revenir à l'homme ou aux animaux. Mais Hallier, en obtenant des mucor ou des pénicillium par la culture de la lymphe claveleuse ou d'une autre humeur virulente, ne cherchait pas à faire l'épreuve en sens inverse, c'est-à-dire à provoquer la variole ou la rougeole par l'inoculation des résultats de culture. Lissauer(1868) l'essaya, sans succès. C'était une grave objection; mais il arriva quelque chose de bien plus fâcheux à la théorie : De Bary mit en défaut la botanique de Klob, de Thomé, de Hallier, et l'on démontra que, dans les fameux ensemencements du professeur d'Iéna, la plus simple précaution n'avait pas été prise, celle d'empêcher les spores de moisissures vulgaires, qui voltigent dans tout laboratoire, de se mêler aux germes en expérience et de substituer ordinairement leur propre fructification à celle que l'on croyait poursuivre ; le pénicillium obtenu ne venait pas du micrococcus semé par l'expérimentateur, mais de spores de vrais pénicillium qui s'étaient associées à l'expérience, sans y être conviées.

Récemment (1880), Buchner, cjans un travail inspiré par Cohn, déclare

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[Hygiène

que le microbe du charbon est dérivé de la bacille du foin, avec laquelle il présente une assez grande ressemblance morphologique. Il serait arrivé : 1° à transformer le contage du charbon en bacille du foin, au moyen de l'agitation permanente du liquide de culture; 2° à obtenir le résultat inverse par un procédé analogue et en cultivant dans le sang de lapin défibriné. Ces faits, très considérables s'ils se confirment, montreraient que le charbon n'est pas astreint au développement continu, d'animal à animal, et pourrait avoir l'aspect d'une maladie spontanée. Mais ils ne prouveraient pas moins le lien étroit de certains germes morbides avec le sol et ses productions. A la vérité, ils prouveraient aussi combien il faut faire peu de fond sur les « formes » de ces infiniment petits et, joints à la très grande découverte de Toussaint, de la vaccination charbonneuse par un sang dépouillé de ses bactéridies, ils tendraient à démontrer que les modifications imprimées au sang par l'évolution nutritive des micro-organismes ont un rôle nosologique plus considérable que celui de ces organismes mêmes.

Rapports du sol avec la malaria, la rougeole, etc. — A peu près dans le

même temps qu'Hallier, Salisbury, professeur à Cleveland (Ohio), édifiait une théorie de l'origine parasitaire des maladies spécifiques et de l'entretien des germes dans le sol, qui s'adaptait à la rougeole, à la variole, à la syphilis, mais qui a eu surtout du retentissement à propos de la fièvre intermittente. Nous dirons plus loin ce qui est advenu des palmelles, dont les spores devaient être le principe des manifestations malariales; nous constatons seulement ici que les champignons variolique et rubéolique n'ont pas eu le moindre succès et que, dans le pays même où Salisbury proclamait ses découvertes, Wood, Leidy et Pepper lui opposaient d'énergiques contradictions.

En Angleterre, la fructification des germes de la fièvre typhoïde dans les matières fécales putréfiées, par conséquent au sein du sol et des eaux, ne faisait pas l'objet d'un doute pour William Budd, dont N. Gueneau de Mussy a tenté de populariser la doctrine en France. 11 faut bien reconnaître que l'existence même de ces germes n'a jamais été autre chose, de la part de ces observateurs, qu'une induction plausible et une ingénieuse vue de l'esprit. 11 se peut, sans doute, que les germes typhoïques se plaisent, vivent et se multiplient dans le sol ; mais la démonstration directe fait défaut. On conviendra que John Tyndall n'y a pas mis peu de complaisance lorsque, après avoir comparé la pluie épidémique des bactéries typhoïdes aux « nuages bactériels » dont le déversement fait ou ne fait pas fermenter les infusions putrescibles des laboratoires, il semble accepter sans difficulté la filiation évolutive de ces bactéries et du « microphyte » découvert par Klein et qui serait le contagium de la fièvre entérique, parce qu'il présente une analogie frappante avec le Crenothrix polyspora, signalé par Gohn dans les puits d'un certain quartier de Breslau, célèbre par la fréquence de la fièvre entérique chez ses habitants.

Peut-être les germes des spirilles, qui paraissent devoir être appelées à être pour le typhus à rechutes ce que sont les bactéridies pour le charbon,

générale.] CAPACITÉ DU SOL POUR LA CHALEUR, LES GAZ ET L'EAU. 73

proviennent-ils du sol par l'eau et les aliments. Obermeier, qui a fixé cet important fait clinique (caries spirilles ne se rencontrent dans le sang des malades qu'au moment de la phase pyrétique du relapsing fever), ne paraît pas avoir recherché l'origine de cet organisme, cependant pathognomonique. Litten, qui l'a constaté également, pense qu'il ne vient ni de l'eau ni du sol ; ce qui paraît extraordinaire. Gohn a donné à cet organisme le nom de Spirochœte Obermeieri.

La découverte des spirilles dans la fièvre récurrente a été, dit Gohnheim, une étape importante dans l'histoire des maladies infectieuses ; elle a montré que les Bactéries, micrococcus, schizomycètes, ne produisent pas indifféremment n'importe quelle maladie spécifique, mais que des espèces bien déterminées, même au point de vue de la forme, répondent à des maladies infectieuses également distinctes. Les travaux modernes sur le charbon ont affermi cette loi nouvelle et, sans doute aussi, diminué l'importance des myriades de germes que l'air charrie.

Quant aux principes dont l'action sur l'économie humaine détermine les accidents de malaria, nul ne doute aujourd'hui qu'ils n'existent, se conservent et se multiplient dans le sol, sous certaines conditions. Ya-t-il un micro-organisme spécifique qui personnifie ce miasme classique, ou bien les micro-organismes nombreux et divers que l'on rencontre dans le sol malarial ne sont-ils que les artisans de cet agent mystérieux? Les chances paraissent être aujourd'hui en faveur de la première alternative et, si les récentes recherches de Klebs et de Ïommasi-Grudeli, dont il sera question plus loin, ne l'ont pas encore fait passer à l'état de doctrine définitive, du moins elles prouvent que la solution du problème est entrée dans la voie scientifique expérimentale.

Ainsi, les micro -organismes auraient ce double pouvoir: d'un côté, de décomposer la matière organique qui a cessé de vivre ; d'un autre, de déterminer chez les êtres vivants des maladies toujours identiques à ellesmêmes, que l'on a désignées jusqu'aujourd'hui sous le nom de maladies spécifiques. Comme l'esprit se refuse à faire des distinctions fondamentales dans les propriétés d'un même agent, on est conduit à voir, dans le second résultat, la continuation de l'exercice du pouvoir qui est capable d'atteindre le premier ; les maladies spécifiques ne seraient qu'un phénomène chimique, invariable comme le sont les réactions des corps les uns sur les autres, de nature identique aux modifications que les micro-organismes opèrent sur la matière organique morte; en d'autres termes, un cas particulier de la putréfaction, sauf que ce phénomène commence pendant la vie même. C'est, à coup sûr, une anomalie, mais non point une impossibilité; il suffit que le mouvement qui caractérise la vie se soit ralenti, que les grandes réactions chimiques liées à l'intégrité des organes pèchent par quelque endroit et chôment, pour que les agents de la décomposition aient prise et puissent commencer leur œuvre, absolument naturelle et régulière après tout.

Ce principe fondamental permet d'entrevoir ce qu'il reste d'étude à parcourir pour déterminer : 1° le rôle spécial de chaque variété de micro-

[Hygiène

organismes dans la fermentation, la décomposition des matières organiques, la putréfaction des corps organisés ; 2° la nature du trouble que ces mêmes micro-organismes produisent par leur introduction dans l'économie vivante ; 3° le rapport de ce trouble anatomo-physiologique avec les modalités cliniques observées.

Le premier de ces éléments du problème est le seul sur lequel on ait quelques données probables. Les spores de champignons sont des agents de dédoublement; la torule ammoniacale (Pasteur et Van Tieghem) décompose l'urée (de l'urine) en carbonate d'ammoniaque et en eau. La bactérie commune (P. Miquel) serait un oxydant et un hydratant énergique, essentiellement aérobie du reste ; elle dédoublerait la matière organique partiellement en acide carbonique et en ammoniaque, en fixant sur elle l'oxygène de l'air et les éléments de l'eau. D'autres bactéries (Pasteur) seraient anaérobies et prendraient l'oxygène de leur nutrition, non à l'air, mais à la substance fermentescible elle-même ; elles ramèneraient les nitrates à l'état denitrites et, dans certaines fermentations ou putréfactions, dégageraient de l'hydrogène, des hydrogènes carbonés ou sulfurés. Enfin, les vibrions non seulement n'auraient pas besoin d'oxygène, mais seraient gênés par sa présence et n'apparaîtraient dans les liqueurs putrescibles qu'après que les bactéries l'ont consommé et tombent au fond des éprouvettes.

Des découvertes récentes, relativement à la décomposition des substances organiques dans le sol, concordent entièrement avec les vues qui précèdent.

Action comburante du sol. — Un des phénomènes naturels les plus importants pour l'hygiène, car il est un des actes principaux de la vie dans son ensemble sur notre planète, c'est la décomposition par le sol des matières organiques antérieurement fixées, ou plutôt constituées par les animaux ouïes plantes, et qui ont cessé d'appartenir aux êtres vivants. Schlœsinga donné, sur le mécanisme de cette transformation, des indications précieuses. Les eaux entraînent dans l'épaisseur du sol les matières organiques solubles et même les particules les plus ténues de celles qui ne sont qu'en suspension; à la faveur des pores de la terre, ces substances se trouvent en contact avec l'air du sol sur une surface énorme et subissent une combustion lente, irrésistible, plus énergique même que celle du feu, puisque, non seulement les matières organiques sont décomposées en acide carbonique, eau et azote, mais l'azote même est brûlé et devient acide nitrique. La transformation de l'azote organique en cet acide est, en effet, le signe d'une parfaite combustion dans le sol.

Les matières restées à la surface subissent aussi cette combustion, mais plus lentement, à moins que le labour ne les ait incorporées au sol.

Mais, indépendamment de cette multiplication des contacts, le sol possède, selon toute apparence, «une vertu propre qu'il doit à Yhumus ou terreau, en d'autres termes à ces résidus de l'oxydation des matières végétales dont aucune terre n'est entièrement dépourvue » (Schlœsing). Si l'on arrose d'une dissolution très étendue d'ammoniaque un mélange de sable

générale.] CAPACITÉ DU SOL POUR LA CHALEUR, LES GAZ ET L'EAU.

calciné et de craie placé dans un tube large et bien aéré, au bout de plusieurs semaines pas une trace d'ammoniaque n'aura été brûlée et convertie en nitrate. Mais si l'on mêle à la craie et au sable un peu de terreau de jardinier, la nitrification de l'ammoniaque s'effectuera en quelques jours. Boussingault avait antérieurement fait des expériences identiques et avec le même résultat, en se servant de sang, de chair, de chiffons de laine, etc., au lieu d'ammoniaque.

Schlœsing pensa d'abord que cette propriété du terreau était liée avec celle de l'absorption des matières solubles, démontrée d'autre part par les expériences de Huntable, Thompson et Way ; le terreau étant lui-même engagé dans la combustion lente au moment où les composés organiques viennent adhérer à ses molécules, il les allume en quelque sorte, ou les entraîne, comme disent les chimistes. Mais, depuis lors, une découverte remarquable de Miintz a jeté un nouveau jour sur cette question de la nitrification. Quand on arrose régulièrement avec de l'eau d'égout du sable quartzeux calciné au rouge, c'est-à-dire dépouillé de toute substance organique, on peut obtenir la combustion totale des impuretés et la nitrification complète de l'azote, si la dose journalière versée sur le sable est telle que le liquide mette huit jours à en parcourir l'épaisseur. Mais la nitrification opérée dans ces conditions est absolument arrêtée lorsqu'on introduit dans le sable de la vapeur de chlor oforme. Or, Miintz a démontré que cet anesthésique paralyse tous les organismes-ferments, les levûres, le Mycoderma aceti, les vibrions des fermentations putrides. 11 devient donc extrêmement probable que la nitrification peut être corrélative de la vie d'organismes capables de transporter l'oxygène de l'air sur les matières organiques les plus diverses (Schlœsing). Les eaux d'égout sont évidemment en état d'apporter de tels organismes au sable calciné. Schlœsing pense que cette théorie n'exclut pas la possibilité de la nitrification par combustion lente sous l'action des seules forces physiques ou chimiques et sans l'intermédiaire de la vie ; mais, en se reportant aux travaux de Pasteur, il lui paraît que la nitrification par les organismes est douée d'une activité bien plus grande que la première.

Schlœsing et Miintz ont, du reste, recherché directement le ferment nitrique. Ils pensent l'avoir trouvé sous la forme d'un corpuscule punctiforme assez semblable aux corpuscules brillants que Pasteur regarde comme des germes de bactéries. Or, ce ferment, qui joue évidemment un grand rôle dans les processus de décomposition, est très répandu ; la terre végétale est le milieu qui lui est le plus favorable. Les eaux d'égout et toutes les eaux contenant des matières organiques sont riches de ce ferment. Il existe dans les eaux courantes, mais pas toujours en grand nombre ; on le trouve, au contraire, abondamment dans la vase du fond. Il n'existerait pas dans l'air; le terreau, desséché par l'exposition à l'air, devient complètement stérile.

Bibliographie. — Ehrenberg : Infusions-Thierchen, 1838. — Pasteur : Annales des sciences naturel., 1831. — Comptes rendus de l'Acad. des sciences, passim, de 1860 à 1869. — Annal, de chimie et de physique, 1862 et années suiv. — Du même : Sur Vétiologie de

DU SOL

[Hygiène

r affection charbonneuse (Bull, de l'Acad. de méd., 21 octobre 1879). — Du même : Sur la septicémie puerpérale (Bull, de l'Acad. de méd., (i mai 1879). — F. Cohn : Ueber lebende Organismen in Trinkwasser (Gûnsburg's Zeitschrift f. klin. Medic. IV, à Heft). — Du même : Beitrâge zur Biologie der Pflanzen. Breslau, 1870. — Hallier : Gahrungserscheinungen] Untersuchungen ùber Gahrnng, Faulniss, und Verœesung. Leipzig, 1867. — Da vaine : art. Bactéries (Dictionn. encyclop. des sciences médicales). — Du même : Recherches sur quelques-unes des conditions qui favorisent ou qui empêchent le développement de la Septicémie (Bull, de l'Acad. de méd , 18 février 1879). — Lex (Rud.) : Ueber Faulniss und verwandte Piocesse (D. Vierteljâhrsschrift f. ôff. Gesundheitspfiege, IV, 1872). — J. ïyndall : La putréfaction et la contagion (Revue scientifique, 1876, n° 50). — Koch : Die JEtiologie der Milzbrand-Krankheit, begrùndet auf die Entwickelungsgeschichte der Bacillus anthracis. Breslau, 1876. — E. Klein : Expérimental Contribution lo the Etiology of Infections diseases (Proced. Roy. Society, 1878, and : Report on infections Pneumo-Enteritis of the Pig ; Rep. of médical officer local Government Board for 1877. London, 1878). — Nageli : Die niederen Pilze. Mûnchen, 1877. — G. Colin : Sur la durée de la conservation d a pouvoir virulent des cadavres et des débris cadavériques charbonneux (Bull, de l'Acad. de méd., 4 novembre 1879). — E. Vallin : Sur l'étiologie des épizooties de charbon (Revue d'hygiène et de po'. sanit., 1879, n° 1?).

3° État de la surface du sol.

I. Accidents de configuration extérieure. — Le sol est façonné extérieurement en montagnes, collines, vallées, plaines ou plateaux.

Les régions de montagnes sont dites: alpines, au-dessus de 2,000 mètres; alpestres, de 900 à 2,000 mètres (on dit encore hautes régions, Fonssagrives) ; régions moyennes, de 600 à 900 mètres ; régions basses, de 300 à 600 mètres. En France, nous avons le fort de l'Infernet à 2,400 mètres, le village de Saint-Véran à 2,009 mètres, Briançon à 1,321 mètres; Barcelonnette à 1,133 mètres. En Asie et en Amérique, la vie humaine s'est implantée régulièrement à de bien plus grandes hauteurs qu'elle n'eût pu faire en Europe ; Mexico est à 2,393 mètres, avec 200,000 habitants ; Quito (Équateur), à 2,908 mètres avec 80,000 habitants ;' Puno (Pérou), avec 8,000 habitants, sur le lac Titicaca, à 3,914 mètres; Potosi (Bolivie), la ville la plus élevée du globe (20,000 hab.), à 4,060 mètres, et enfin, dans le Tibet, le monastère bouddhique de Hanle entretient des hommes à 4,593 mètres d'altitude. On remarque tout d'abord que ces localités occupent des latitudes rapprochées de l'équateur.

Le fait dominant, parmi les conditions auxquelles est soumise la vie à de pareilles hauteurs, est la diminution de la pression atmosphérique. Les conséquences, à ce point de vue, en seront étudiées ultérieurement (voy. ciiap. n). Mais, dès maintenant, l'on peut dire qu'en général les grandes altitudes non plus que les dépressions extrêmes ne sont favorables à la prospérité de notre espèce. Les altitudes, moins encore que les plaines basses ; si les familles humaines sont saines sur la hauteur, tandis qu'elles portent avec elles quelques vices constitutionnels et héréditaires sur les vastes espaces déprimés, il est habituel cependant que les populations soient plus rares et plus pauvres en haut qu'en bas. Fonssagrives regarde comme les plus salubres de toutes les villes de collines, c'est-à-dire celles qui occupent une position intermédiaire.

ÉTAT DE LA SURFACE DU SOL

Les montagnes arrêtent les vents et, par conséquent, les nuages et les vapeurs que ceux-ci poussent devant eux. En refroidissant l'atmosphère au contact d'un sol toujours froid et souvent glacé, elles condensent et précipitent ces vapeurs; l'hyétologie est presque toujours conforme à l'orographie. Pauly a montré l'importance de la configuration des contrées visà-vis de leur salubrité, selon qu'elles sont accessibles aux vents, tantôt chargés de miasmes, tantôt purificateurs, ou qu'au contraire elles les arrêtent, les délournent et les font refluer sur eux-mêmes par des saillies continues, longitudinales ou circulaires. Le libre accès et la vigueur des vents prévaudraient même sur la hauteur modérée, au point de vue delà salubrité des lieux; les immenses plaines des pampas, quoique très basses et sillonnées de fleuves d'une pente médiocre, seraient salubres parce qu'elles sont largement ouvertes aux vents énergiques de sud-ouest (pampero) et de sud-est, tandis que notre Algérie, même dans les points demi-élevés, souffre des émanations du sol parce qu'elle n'a pas de vent, mais des brises, et que souvent les saillies du terrain sont disposées en cirques, où l'air se confine.

Pour des raisons analogues, les vallées profondes, tortueuses, même à une altitude convenable, ont pu être accusées d'avoir une part d'influence dans le développement et la perpétuation du goitre et du crétinisme. Toujours est-il que c'est dans de semblables conditions de la surface terrestre que la Tarentaise et la Maurienne présentent cette dégradation de l'espèce, et que l'on y voit tel village où le voyageur est exposé à ne rencontrer que des idiots (Villard-goîtreux), s'il les traverse pendant la saison des travaux de culture.

Les plaines ne sont pas toujours insalubres ; mais c'est avec cette disposition du terrain que l'on rencontre le plus communément les dépôts d'alluvion et la stagnation de l'eau superficielle, en raison de la nullité ou de l'insignifiance des pentes. L'insalubrité augmente lorsque la couche imperméable est à peu de distance de la surface. Les plaines basses sont évidemment plus exposées à l'action nuisible des eaux superficielles ou profondes; mais les plateaux ne sont pas à l'abri ; l'Anahuac (Mexique) a ses dépressions, ses marécages, ses fièvres.

Pour toute contrée qui a des pentes, Yorientation a une influence qui équivaut, dans de certaines limites, à celle de la latitude. Le versant français des Pyrénées n'est point brûlé comme le versant espagnol ; des plantes identiques sont cultivées plus haut sur le versant italien des Alpes que sur les pentes qui regardent la France ; la vigne donne des produits passables à l'est des Vosges et médiocres à l'ouest, à cause de l'humidité du côté de l'Atlantique.

II. Revêtement et culture. — Les aptitudes naturelles du sol vis-à-vis de la chaleur, des gaz et de l'eau peuvent être notablement modifiées par quelqu'une des circonstances suivantes : Y état improductif, la végétation, la culture, le séjour de l'homme.

a. Etat inculte et improductif. — On a vu (page 36) que le sol nu et aride

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du désert contient un air qui n'est pas plus riche en GO2 que l'air atmosphérique. L'affinité d'un pareil terrain pour l'eau dépend entièrement de sa constitution physique et géologique, et les lois précédemment énoncées trouvent ici leur application plus exacte que partout ailleurs. Il en est de même de sa température ; c'est dans ce cas qu'on voit le sol s'échauffer jusqu'à 50° à la surface (Arago), même dans nos pays tempérés, et que dans l'Inde, sous les rayons du soleil, on a parfois 70° sur le sol, tandis qu'il n'y a que 40° à deux pieds au-dessus. Les officiers qui font expédition dans le sud de notre colonie algérienne rencontrent fréquemment, à travers le Sahara, des particularités identiques.

b. Végétation. — Nous réunissons sous ce titre le gazon, la broussaille et les forêts, avec les plantes qui comportent un remaniement assidu du sol, mais sans envisager encore les modifications mêmes dues à l'intervention de l'homme.

D'une façon générale, on peut admettre cette formule déjà ancienne: que le revêtement végétal du sol gêne l'accès des rayons du soleil, mais fait aussi obstacle à la déperdition du calorique par la terre ; conséquemment, qu'il atténue les extrêmes de température à la surface ; que ce revêtement diminue de même la quantité d'eau des pluies qui gagne le sol, mais ensuite en ralentit l'évaporation, d'où le maintien habituel de la fraîcheur et de l'humidité. On pourrait en induire une production de GO2 dans un tel sol, plus ou moins abondante, mais marquée par ce caractère : de ne présenter que de faibles oscillations mensuelles et annuelles, puisque les conditions d'humidité et de température sont plus égales. Mais c'est un point encore à résoudre par l'observation instrumentale.

Quant aux éléments de la formule générale, on peut prévoir que des variations s'introduiront selon que l'on envisagera les petits végétaux ou les arbres de haute futaie, les plantes à longues et puissantes racines ou celles qui n'ont que du chevelu, les arbres à feuilles persistantes ou ceux dont les feuilles sont caduques, sans parler de l'influence des saisons, du climat local, etc. Du reste, il existe quelques observations de détail qui précisent divers points.

Les observations agricoles de Montsouris renseignent bien sur l'influence dd gazonnement du sol par rapport à la température. Les minima sont beaucoup plus bas à la surface du gazon qu'à la hauteur de 2 mètres sous abri. Les maxima sur le gazon sont, au contraire, beaucoup plus forts que sous F abri. Ce qu'on peut, sans doute, traduire en disant que le gazonnement augmente à la fois le pouvoir absorbant et le pouvoir émissif du sol, au moins à la surface. Quant à ce qui se passe dans la profondeur, comme la température à 1 m., à 2 m. ou plus, dépend en définitive de la chaleur transmise de la surface, on peut augurer que la température profonde se règle sur celle de la superficie, en conservant les allures retardataires que nous avons précédemment signalées. En 1875-1876, les observations de Montsouris ont donné les résultats ci-après :

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ÉTAT DE LA SURFACE DU SOL

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