ÉCARTS
1875 Octobre
Novembre
Mai
D'ailleurs, les tableaux reproduits antérieurement (p. 30 et suiv.) et auxquels nous renvoyons en ce moment ont mis hors de doute la persistance des relations habituelles entre la température atmosphérique et celle du sol à quelque profondeur, même quand il est gazonné. Les observations de cet ordre sont recueillies à Montsouris à l'aide de thermomètres Salleron (fig. o), dont le jeu nous paraît plus facile et plus sûr que celui des appareils allemands, précédemment décrits, et qui, pour ce but spécial, surtout en les adaptant à un enregistreur, permettent de ne pas détruire le gazon en le foulant plusieurs fois chaque jour.
Le réservoir D de ce thermomètre est en métal et est relié avec son tube thermométrique gradué sur verre C, par un tube capillaire de cuivre dont la longueur peut être de plusieurs mètres. Mais comme la capacité de ce tube de jonction n'est pas négligeable, un second tube exactement semblable lui est joint dans toute sa longueur et vient aboutir à un second tube thermométrique B, également gradué sur verre. Ce second thermomètre, qui n'a pas de réservoir, donne la correction qu'il faut apporter aux indications du premier pour en déduire la température du réservoir seul (fig. 5).
Les récentes expériences de Montsouris prouvent encore que les plantes (par elles-mêmes et abstraction faite du recouvrement du sol par des végétaux faisant groupe) augmentent l'évaporation au lieu de la diminuer, comme le supposait la formule générale. Dans ces expériences, la terre nue évaporant un peu moins de la moitié de ce que perd en vapeur une égale surface d'eau dans le même temps, il a été reconnu que la présence de végétaux entraînait une déperdition, par évaporation, non seulement
plus abondante que celle de la terre nue, mais même que celle de l'eau et
Fig. 5. — Thermomètre elpsychromètre de Salleron (Annuaire 1879).
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cela, en raison directe de l'abondance de la lumière. Quatre pieds de haricots, observés du 24 au 25 juillet, ont perdu 30 grammes d'eau, de 7 heures du soir à 4 heures du matin : une surface d'eau égale à celle de la terre des pots en aurait perdu dans le même temps environ 27 grammes, et cette terre elle-même n'a pu en perdre que 14 à 15 grammes tout au plus ; les feuilles des haricots ont donc dû évaporer pour leur propre compte de 15 à 20 grammes d'eau. Mais les choses sont autrement accentuées dans la période diurne, de 4 heures du matin à 8 heures du soir : la déperdition totale a été de 1 kilogr. 269 grammes ; or, une surface d'eau équivalente n'aurait perdu, dans ce temps, que 257 grammes ; la terre, à peine 100 grammes, et les feuilles 150 à 200 au maximum. « La plante, sous l'action de la lumière et par voie de transpiration, a donc consommé près de 1 kilogramme d'eau. »
Il est constant, d'ailleurs, dit Marié-Davy, « que le débit moyen des sources en pays cultivés diminue à mesure que la culture fait de nouveaux progrès ; aussi voit-on, depuis une trentaine d'années, des ruisseaux disparaître dans l'Eure par l'effet des défrichements et de la suppression de la jachère dans un pays depuis longtemps déboisé. » Ceci ne prouve pas contre l'influence des forêts sur l'humidité du sol; mais on peut en conclure que les petites plantes, drues et serrées, surtout dans les contrées à soleil, consomment par transpiration une grande quantité d'eau.
Nous avons, dans ces exemples, parlé de plantes cultivées, mais sans viser les modifications que la culture même imprime au sol ; il nous a suffi qu'il s'agît de petits végétaux, et il nous paraît clair que l'effet est le même quand ces petits végétaux sont spontanés. Pourquoi donc la colonisation européenne, en Algérie, en Amérique et peut-être ailleurs, s'estelle habituée à redouter l'exploitation agricole des solitudes à végétation spontanée, de la « prairie », des espaces à broussailles? Ce n'est pas, sans doute, que les petits végétaux n'aient rempli là leur rôle habituel ; ils ont certainement dépensé, comme ailleurs, l'eau du sol et celle qui lui vient de l'atmosphère. Mais d'autres conditions interviennent : l'abondance d'eau ne fait pas toute l'insalubrité du sol ; il en arrive presque toujours assez, dès qu'il est permis aux débris organiques de s'accumuler et quand les végétaux, comme c'est le cas pour les plantes spontanées, ne troublent pas la fermentation et surtout ne suffisent pas à en utiliser les produits (carbone, azote). De ces deux éléments d'insalubrité du sol, l'eau et les matières putrescibles, l'un peut être plus abondant que l'autre et, si la différence n'est pas trop grande, l'excès de celui-ci semble pouvoir compenser l'insuffisance de celui-là.
Les agronomes de Montsouris démontrent que le blé d'un champ rapportant 30 hectolitres à l'hectare consomme en moyenne, d'avril en juillet, une tranche d'eau de 0m,2L2. Lawes et Gilbert, à Rothamsted, avaient obtenu un résultat presque identique, et E. Risler, de Genève, a trouvé 0m,256 pour le chiffre correspondant. Si à cette tranche l'on ajoute l'eau évaporée par le sol d'août en mars, on arrive à un total peu éloigné du total des pluies qui tombent en année moyenne à
générale.]
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Paris. Supposons une culture intensive et avec laquelle la terre, à peine dépouillée de la récolte de céréales, est aussitôt ensemencée de plantes oléagineuses, de navets, ou d'une autre céréale et réciproquement, ainsi qu'il arrive dans le Nord et le Pas-de-Calais, et l'on soupçonnera que l'eau du ciel ne suffit pas à la consommation des plantes, et qu'un puissant appel est fait de la surface à l'eau du sol. Avec un autre aspect de l'assainissement par la culture, que nous présenterons tout à l'heure, cette circonstance doit contribuer grandement à diminuer les dangers d'un pays plat, à sous-sol imperméable et, çà et là, d'un très bas niveau.
En effet, cet appel est très réel. L'assèchement de la couche superficielle occupée par les racines des plantes met en jeu l'ascension par capillarité de l'eau du soussol. Ce phénomène suffit môme à rendre humides les couches superficielles du sol quand l'évaporation est faible dans celles-ci ; lorsqu'elle est prépondérante, la surface reste sèche malgré l'évaporation capillaire, mais l'eau souterraine tend à diminuer d'autant.
Toules les observations faites en Angleterre, en Suisse, à Orange comme à Paris, montrent que l'évaporation du sol cultivé s'élève à 70 ou 80 pour 100 du total des pluies. Une forte proportion de ces pluies tombe dans la saison froide, alors que la végétation a cessé. De la sorte, non seulement la surface, mais les nappes souterraines (et les sources) peuvent en profiter. Si l'automne et l'hiver sont secs, les nappes souterraines ne sauraient emmagasiner de réserves d'eau. Bien plus, il peut arriver qu'à l'été suivant on doive, en faveur des plantes cultivées, emprunter à l'eau du sol sur ses réserves naturelles.
Nous ne négligerons pas de faire la réflexion que ces expériences ne valent que pour les plantes sur lesquelles elles ont porté. 11 est possible que quelques autres usent moins de l'eau du sol et davantage de celle de l'atmosphère; ainsi, le fin gazon des pâturages d'Auvergne, de la Lozère, du Jura, sur les plateaux calcaires .sans nappe souterraine et d'ailleurs très peu perméables.
L'influence des forêts mérite d'être étudiée à part. D'un côté, il y a attraction des nuages et précipitation des vapeurs par les grands arbres. Mathieu, sous-directeur de l'école forestière de Nancy, estime que la quantité de pluie qui tombe dans une région boisée est de 6 pour 400 supérieure à celle qui tombe dans une région dénudée. Masure, observant dans le Loiret, constate que les forêts achèvent de résoudre en pluie les nuages que le vent du sud-ouest fait passer au-dessus d'elles ; c'est à l'est des forêts que se trouve la bande de précipitation maximum. Hennig et Grisebach ont fait des observations analogues, auxquelles Dove contredit cependant.
D'après Fautral et Sartiaux, le sol boisé augmente la quantité d'eau de pluie. Lorsqu'il tombe 421 millimètres en sol découvert, il en est versé 455 millimètres au milieu de la forêt. Celle-ci conserve, en revanche, beaucoup mieux l'eau du sol, tandis qu'en rase campagne l'évaporation est très active (70 p. 100 de son eau). La saturation de l'air au-dessus de la forêt étant de 66°, elle n'est que 64° 7 en sol découvert.
D'autre part, il est certain que les feuilles des arbres évaporent immédiatement une partie de l'eau qui tombe, de même que les plantes cultivées dans les exploitations agricoles. La proportion d'eau ainsi évaporée n'atteint peut-être pas 20 à 30 pour 100, comme c'est le cas pour les petites plantes dont la surface totale augmente en raison de sa division même,
Aunould. — Hygiène. 6
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mais il est possible qu'elle fasse parfois équilibre à l'excès de précipitation qui a lieu sur les forêts.
Il resterait à tenir compte "de l'eau que les arbres prennent au sol, dans le moment de l'activité de la végétation, par leurs racines, c'est-à-dire de celte qu'ils sont obligés d'absorber, puisqu'elle porte leur nourriture en dissolution, et de rejeter ensuite sous forme de vapeur, lorsqu'ils en ont fixé les principes utiles à leur développement. Cette quantité est plus ou moins grande, suivant la richesse du soi, mais toujours assez considérable. Schleiden estimait que la quantité d'eau évaporée par les arbres d'une forêt équivaut à dix fois celle qui tombe sur une surface d'égale dimension. Pettenkofer, expérimentant sur un espace planté de chênes, a calculé que l'évaporation par ces arbres représente plus de huit fois l'eau tombée sur une surface égale à celle que les chênes recouvrent.
Il est à supposer que ces considérations ne valent que pour le temps où les arbres à feuilles caduques possèdent leurs feuilles ; Marié Davy fait observer justement que ces arbres n'enlèvent rien au sol pendant l'hiver, et y laissent arriver intégralement l'eau des pluies. Telle est peut-être la raison pour laquelle, en définitive, la présence des grands bois dans une contrée a été généralement regardée comme garantie de l'humidité et de la froidure du sol et l'est en effet. C'est à ses immenses forêts en ce temps-là que Fuster attribuait la rudesse de climat et l'humidité de la Gaule au moment de la conquête de César.
Les essences toujours vertes, les arbres à feuilles pe?*sistantes, n'interrompent plus de la même façon l'évaporation par les surfaces pendant les longs mois d'hiver de nos contrées. Us assèchent donc réellement le sol. Remarquons que les arbres de nos montagnes, dont la destruction a été si vivement condamnée, et que les arbres particulièrement vantés (eucalyptus) comme antipalustres sont justement des espèces à feuilles persistantes.
L'influence des forets sur la température du sol a été expressément étudiée par Ebermayer (d'Aschaffenbourg). La température moyenne annuelle, qui décroît de la surface à la profondeur et qui baisse d'un demi- degré de 4 à 4 pieds, estencore plus basse dans le sol boisé; le degré observé dans la profondeur de celui-ci est généralement de 21 p. 100 plus bas que dans le sol découvert, toutes choses égales d'ailleurs. Au printemps, le sol de la forêt est de 1 et 1/2 degré R. plus froid que le sol des champs ; en été, la différence en moins atteint 3°,49 R. ; en automne, elle est encore de 1°, 22 ; en hiver, elle est presque nulle. Le maximum de température qui, à toutes les profondeurs, baisse en raison de l'élévation perpendiculaire du lieu au-dessus du niveau de la mer, et se présente plus tard sur la montagne que dans la plaine, ne s'écarte pas autant du minimum dans le sol boisé que dans le sol libre; c'est le degré représentant la chaleur qui est amoindri, le degré inférieur n'est pas atténué. De sorte que la température moyenne dans le sol de forêt est de 1°,12 R. plus faible que dans le sol découvert. L'auteur a encore remarqué que la température moyenne annuelle de l'air croît de la surface à la cime des arbres; la différence est beaucoup plus marquée en été qu'en hiver. Dans nos latitudes, de vastes
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étendues de forêts semblent donc devoir rendre le climat plus chaud pendant le jour, de mai à octobre, d'environ 2° et 1/2 à 3° R. et plus froid pendant la nuit, de 1°,6 ; en hiver, l'influence de cet ordre serait insignifiante. Les oscillations diurnes de la température du sol boisé sont plus faibles que celles du sol libre ; àOm,6, elles sont insensibles ; leur maximun est en mai. La moyenne des maxima annuels serait abaissée de 5°, 2 par rapport au terrain découvert et la moyenne des minima relevée, un peu comme dans les îles.
Par ailleurs, il est constant que les racines des grands arbres font l'office de drains et, çà et là, introduisent l'eau même dans les couches imperméables du sous-sol ; d'autre part, que par leur chevelu elles gênent les mouvements de latéralité de la nappe souterraine et l'arrêtent sur les pentes où elle eût glissé sans elles. Elles s'insinuent dans les fentes des rochers, y grossissent et contribuent à en opérer la désagrégation. Pour ces motifs, on voyait autrefois, dans les forêts, une sérieuse garantie contre les crues subites des torrents et les débordements des fleuves ; nous allons dire que cette vue est contestée.
11 semble admis, en général, que les forêts assèchent le sol et humectent l'atmosphère. Leur présence atténue les extrêmes de température dans le sol, surtout dans le sens des maxima, mais élève plutôt la température atmosphérique, encore qu'elle en modère peut-être les irrégularités. Mais ici intervient un autre aspect de la question ; les forêts font matériellement obstacle au vent et, selon la prédominance de tel ou tel courant dans une contrée, peuvent abriter celle-ci contre un souffle glacial ou contre un vent torride. Le premier cas se présentait pour les forêts d'Alsace, dont la destruction a rendu les hivers du pays plus rigoureux et les revirements de température plus brusques (Ch. Bœrsch et Michel Lévy).
Cette considération nous amène naturellement à mentionner le rôle d'écran contre les effluves palustres, que les forêts remplissent dans des cas donnés, et que de simples rideaux d'arbres peuvent être appelés à remplir.
Il est d'autres éléments encore à déterminer. Dans les régions de fortes pentes et où la neige, en raison de la hauteur, tombe abondamment, s'accumule et, au moment de la fonte, glisse par masses énormes dans le sens de la déclivité du terrain, les arbres si rabougris qu'ils soient, les broussailles et même les herbes les plus humbles sont une précieuse ressource. Ces maigres végétaux ont la puissance du nombre ; chacun fait sa part de travail ; ils divisent la masse neigeuse, la fixent et, au moment dangereux, ces faibles brindilles se trouvent être capables de retenir l'avalanche. De même, elles fixent le peu de terre végétale qui recouvre les pentes ardues et que l'eau entraînerait à la fonte des neiges ou à la chute des averses. Il y avait autrefois une sorte de ban national sur les bois protecteurs des sommets pyrénéens (Bédats) et dans les Alpes de la Suisse et du Tyrol (Bannwà der). L'on a oublié, il y a quelques années, la signification de ces traditions antiques ; des cultivateurs étourdis ont cru pouvoir gagner un peu de terre arable en défrichant la montagne et l'on a, autre part, laissé
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les troupeaux transhumants ravager sur de vastes espaces l'herbe et la broussaille. Ç'a été simplement un désastre ; les spéculateurs ont à peu près ruiné le pays (Surell). Par suite du déboisement, la limite supérieure de toute végétation a graduellement baissé, et la terre végétale elle-même a glissé de la roche à laquelle l'herbe la retenait. Notre département des Basses-Alpes est devenu le moins peuplé de France (20 habitants par kilomètre carré) et celui où la vie moyenne est la plus courte (Bertillon). Hâtons-nous d'ajouter que la réaction et la réparation commencent ; on a reconnu, de nos jours, l'origine du mal, et l'on s'efforce d'y remédier par le reboisement méthodique et les mesures de conservation des herbes à l'égard du gaspillage par les troupeaux.
Aussi bien, il se mêlait à ce< conséquences, déjà fâcheuses, mais locales, une question d'intérêt général et qui touche à la conservation de la vie humaine aussi bien qu'à la protection des propriétés. Le déboisement était accusé de favoriser le débordement des rivières et des fleuves, du Rhône en particulier, et rendu responsable de la fréquence des inondations. Belgrand et Marié Davy ont pensé que la relation ici entrevue n'était pas suffisamment établie ; le premier constate «qu'il existe en France des bassins presque entièrement boisés dont les cours d'eau présentent le régime le plus irrégulier ; qu'il en existe d'autres, au contraire, presque entièrement déboisés, et dont les cours d'eau ont une régularité d'allures incomparablement plus grande que celle des premiers. » Et pour Marié Davy : « la seule utilité réelle du reboisement par les essences à feuilles caduques est de faire obstacle au ravinement des terres, et de rendre productifs des terrains qui ne le sont pas. » Quand nous aurons réitéré la réflexion que ce sont précisément les essences toujours vertes (conifères) qui ont été détruites et que l'on cherche à réimplanter sur les montagnes, nous aurons épuisé tous nos arguments dans cette discussion qui, après tout, laisse entièrement debout l'utilité du reboisement des régions élevées, encore qu'il y ait des variantes dans la manière d'envisager les services que les arbres rendent au sol.
c. Culture. — Il n'y a plus à étudier l'influence sur le sol des plantes que l'on cultive ; ces faits de haut intérêt viennent d'être analysés et comparés à ce qui se passe quand la terre est abandonnée à elle-même. Ce que nous voulons maintenant indiquer relève plutôt des actions mécaniques et chimiques que l'homme exerce sur le sol dans le but de lui faire produire les choses nécessaires ou simplement utiles à son existence.
La culture est primitivement et d'une façon continue une division mécanique de l'écorce terrestre, luttant incessamment contre la compacité du terrain, y introduisant l'air et favorisant l'évaporation des couches profondes. Elle assure immédiatement la facilité des échanges gazeux et dispose l'air du sol à se mettre en équilibre de température avec l'air extérieur. La charrue s'adresse le plus volontiers à l'humus, à la terre arable, quelles qu'en soient les variétés ; il semblerait qu'il dût en résulter tout d'abord une situation éminemment dangereuse, puisque retourner cette croûte superficielle, c'est mettre au jour le foyer des fermentations organiques qui
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se sont accomplies dans son épaisseur. En fait, les premiers cultivateurs des terres vierges courent de grands risques et sont parfois cruellement atteints pour avoir été exposés aux effluves du sol attaqué par les instruments aratoires. Mais, répéter cette opération, c'est troubler régulièrement, d'une façon intermittente, la fermentation organique ; c'est en tuer les agents par l'afflux de l'air libre et par la dessiccation ; dans tous les cas, c'est empêcher l'accumulation des principes morbigènes qui peuvent en résulter. La conséquence définitive, c'est l'assainissement du sol.
Presque toutes les propriétés primitives du sol disparaissent parle fait de la culture ou, tout au moins, tendent à se modifier entièrement de telle sorte que la terre cultivée s'achemine à se ressembler partout, à perdre son originalité, à devenir sinon indifférente, du moins une composition géologique artificielle, à éléments connus et de structure à peu près constante. La surface du sol prend des dispositions dans lesquelles les accidents naturels sont soigneusement combattus; des pentes convenues se dessinent, des sillons plus ou moins profonds servent à drainer à ciel ouvert la masse en relief. L'équilibre entre les éléments fondamentaux, silice, calcaire, argile, est ouvertement cherché et l'on donne, par les amendements, aux terres mal équilibrées la minéralisation qui leur fait défaut. Ce que le cultivateur redoute par-dessus tout, c'est la compacité du terrain, et cette affinité singulière pour l'eau des terres argileuses ou marneuses qui fait qu'elles se rétractent et se crevassent pendant les jours de chaleur et de sécheresse, ouvrant aux émanations telluriques des surfaces et des baies de dégagement d'une haute nociveté. Avec la culture, pas d'eau oubliée dans les dépressions sur une couche imperméable ; pas de terrain spongieux, indéfiniment imbibé, sur un plan plus ou moins voisin de la surface ; pas de plantes parasites au dehors et pas de pullulation des parasites invisibles, à la faveur d'un repos séculaire, au dedans.
La culture, sans doute, ajoute intentionnellement de la matière organique au sol, et offre des détritus animaux à l'infiltration par l'eau des pluies. Mais il y a une différence énorme entre ce dépôt méthodique et celui que réalise la végétation spontanée. Les plantes croissant spontanément prennent leurs substances minérales au sol et empruntent surtout leurs principes organiques à l'atmosphère ; à la fin de leur existence, elles tombent sur le sol, et font place à de nouvelles générations de la même famille qui n'utilisent pas les débris organiques de leurs ancêtres et, au contraire, accumulent du terreau. Tandis que les plantes cultivées, destinées pour la plupart (céréales, légumineuses) à incorporer à leurs graines de notables proportions d'azote, absorbent rapidement les produits nitriques et ammoniacaux que livre au sol la fermentation des engrais voulus. C'est ainsi que l'on peut impunément confier à la terre le fumier des animaux et même les excréments humains (engrais flamand, poudrette, etc.), et faire tourner au profit de la production alimentaire ces redoutables forces de la fermentation organique. Bien plus, comme la culture assainissait les terres vierges et convertissait en richesses les effluves de la putréfaction des êtres ensevelis, au long des âges, dans le soi livré à lui-même, on s'est avisé de char-
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ger systématiquement le sol de l'épuration des résidus organiques des grands groupes humains en. lui livrant ces monceaux de matière putride, pour être convertis par la culture en plantes utiles, puisqu'il n'est pas au pouvoir de l'homme de les détruire.
Ces dernières lignes résument le double aspect sous lequel se présente l'heureuse influence de la culture. Elle annihile les effets de la putréfaction, que l'on pourrait appeler spontanée, dans le sol naturel ; elle rend inoffensifs les foyers putrides que l'homme crée lui-même dans des cas particuliers, sur un sol modifié et, parfois, préparé pour ce but. D'une part, elle a assaini les polders de Hollande, les plaines du littoral algérien, la prairie américaine et les terres des forêts vierges; de l'autre, elle sert aux villes à se débarrasser des excréments des habitants, sans danger pour elles-mêmes ni pour les villes voisines.
Par réciprocité, l'abandon de la culture laisse le sol redevenir l'abri des décompositions organiques, et reprendre les propriétés meurtrières qu'elles lui communiquent. Léon Colin a fait remarquer que la campagne romaine a commencé d'être insalubre quand, après les vastes conquêtes de la République, les habitants du Latium furent nourris du blé de Sicile et d'Afrique et se déshabituèrent de l'agriculture.
d. Influence du séjour de L'homme. — H y a, comme on a pu le reconnaître dans ce qui précède, deux sortes de souillures du sol : l'une qui lui vient des groupes humains, l'autre qu'il tient des êtres des deux règnes organiques, l'homme excepté, qui vivent et meurent à sa surface, selon l'ordre établi par les forces naturelles. Dans l'un et l'autre cas, il y a souillure toutes les fois que s'opère le conflit de la matière organique décomposable avec les agents de la décomposition, sous la condition de l'auxiliaire de l'eau, de l'air et d'un certain degré de chaleur.
Ces deux modes s'associent rarement ; on dirait plutôt, du moins par leurs effets pathologiques, qu'ils sont antipathiques l'un à l'autre. Quand un groupe humain parvient à se fixer dans une localité où les influences du second ordre {telluriques vraies) s'exerçaient notoirement, celles-ci disparaissent et font place à celles du premier ordre. Dans le noyau assez dense qui constitue la Rome actuelle, il y a peu de maladies telluriques, mais les affections typhiques prédominent ; le Ghetto est le type le mieux caractérisé de cette situation. En 1865, on établit la gare du chemin de fer dans la région insalubre qui entoure les thermes de Dioclétien, près de la Via Pia ; la population s'y pressa bientôt, comme il arrive autour des embarcadères qui sont tête de ligne, et les fièvres d'origine tellurique baissèrent progressivement (L. Colin). De même, l'insistance de la colonisation européenne, en Algérie, a fait une ville salubre de Bouffarik qui, aux débuts, abîma dans la fièvre la première génération de ses habitants. Le miasme purement tellurique « fuit devant la population. » 11 agit encore sur les faubourgs des grandes villes, mais n'influence plus le centre. Ce qui peut faire soupçonner que l'arrêt des mouvements de l'air par les grandes bâtisses possède en ceci une certaine influence.
Quelques exemples éclatants tendent à faire supposer que cette succès-
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sion d'influences est une superposition plutôt qu'un déplacement. Dans les lieux couverts d'une abondante population, la souillure humaine recouvre l'autre, mais ne la détruit pas; on retrouve l'influence purement tellurique en creusant un peu. Ainsi, les quartiers du Temple, la Villette et Pantin, eurent des fièvres telluriques, lorsqu'en 1811 on creusa le canal Saint-Martin, à Paris ; il y en eut sur divers points de la cité, à l'époque de la construction de ses fortifications (1840) et plus tard, quand un administrateur fameux exécuta sans contrôle une brusque métamorphose de la capitale. Récemment, Perrotte à Avranches (1873), Daga à Nancy (1876), observèrent des épidémies mixtes, comprenant à la fois des fièvres typhoïdes et des fièvres intermittentes, à l'occasion de travaux qui nécessitaient le remuement du sol intérieur des villes.
Nous indiquerons ici les principales causes des souillures du premier ordre, c'est-à-dire celles qui proviennent des groupes humains, tels que les comporte la vie en société. 11 va sans dire qu'aux matières organiques putrescibles fournies par l'homme se joignent les détritus correspondants, émanés des animaux dont nous nous entourons d'une façon habituelle. C'est donc, essentiellement, et plus que la seconde espèce, une souillure d'origine animale.
Le sol des lieux habités est souillé :
1° Par la dispersion des matières organiques à la surface, y compris les eaux ménagères et industrielles ;
2° Par les infiltrations dans la profondeur, dues aux réceptacles des excréments solides ou liquides ;
3° Par les sépultures (inhumations) ;
4° Par la circulation du gaz d'éclairage (villes).
1. Dans les villes, même celles où la police des rues est bien faite, une proportion notable des excrétions des hommes et des animaux est dispersée à la surface du sol. Il est difficile d'atteindre partout et à toute heure les individus qui improvisent des urinoirs aux encoignures des maisons ou des édifices publics et jusque dans l'angle des portes cochères ; dans les villes du Nord, où l'on boit beaucoup de bière, les buveurs attardés et pressés profitent de l'ombre de la nuit (et peut-être d'un peu de complicité de la part des sergents de ville) pour inonder les trottoirs, les soirs de jours fériés. Il y a même, ça et là, des quartiers peu fréquentés, des terrains occupés par des démolitions ou à bâtir, où des gens malpropres déposent furtivement des excréments solides. Les animaux souillent nécessairement, au passage, le sol des chaussées de leurs déjections; ainsi, les chevaux des voitures de toute catégorie, les bêtes destinées à l'abattoir. Les abattoirs eux-mêmes, dans quelques petites villes, envoient sur le sol à leur pourtour des eaux de lavage chargées de sang et de matières stercorales. Un peu partout, dans les quartiers urbains où les maisons n'ont pas de tuyaux communiquant avec l'égout, où même, quelquefois, il n'y a pas d'égout, les eaux ménagères gagnent simplement le ruisseau découvert de la rue et y stagnent ; de même, les débris de cuisine sont déposés en tas devant les habitations, attendant le passage du boueur (dans les villes bien tenues,
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ces ordures attendent dans une caisse, mais l'enlèvement définitif n'a guère lieu sans quelque déperdition).
Quand on creuse, à 1 mètre ou 2 mètres de profondeur, le sol d'une ville comme Paris, on en retire une terre noire et odorante, à fumet ammoniacal et sulfureux. Chevreul a montré que la coloration est due à la présence du sulfure de fer, qui se forme avec les parcelles métalliques détachées des fers des chevaux et des roues de voiture, les matières organiques animales et le gaz d'éclairage fournissant l'hydrogène sulfuré. Sainte-Glaire Deville, ayant lavé cette terre noire, constata que l'eau de lavage est alcaline et contient des sulfures, des hyposulfites, des sulfates, des chlorures, de la chaux, de la magnésie, de la soude, des traces d'ammoniaque. Le lavage à l'éther y fait retrouver du soufre et du goudron de gaz ou coaltar. Cinq kilogrammes de cette boue renferment de 25 à 30 gram. de sels, étant habituellement imbibés d'environ 1 litre d'eau.
La négligence est bien autre encore dans les campagnes que dans les villes, et les conséquences en seraient effroyables si le petit nombre des habitants, dans les localités rurales, ne limitait l'abondance des matières déposées à la surface du sol. L'absence de latrines dans beaucoup de maisons entraîne la dispersion des urines et des matières fécales humaines dans tous les recoins; quand il y a une apparence de latrines intentionnelles, c'est un trou dont les parois ni le fond ne sont maçonnés, à moins que l'une des parois ne soit constituée par les fondations mêmes de l'habitation. Pour les déjections des animaux, elles sont conservées en monceaux tout devant la maison, et les fumiers eux-mêmes baignent dans une mare de purin, ou bien il y a sur le côté un trou à purin pratiqué à même dans le sol. Les choses se passent ainsi dans la plupart des villages de France : la Bivers- Pollution Commission de la Grande-Bretagne a constaté qu'elles sont aussi lamentables en Angleterre et, au dire de Simon (de Boston) et. de William Ford (de Philadelphie), les villages d'Amérique suivent exacement sous ce rapport les traditions de l'ancien monde.
Nous avons indiqué précédemmentle mécanisme par lequel les souillures de cette sorte, dont l'influence par contact, à la surface, est évidente, gagnent la profondeur; ce sont des infiltrations, immédiates quand les matières à putridité sont liquides ; assurées par les pluies, après un commencement de putréfaction, lorsqu'il s'agit d'immondices solides.
2. Ce sont aussi des infiltrations liquides ou gazeuses qui infectent le sol au-dessous de la surface, en introduisant dans ses premières couches des iquides excrémentitiels, de l'eau chargée de produits de putréfaction ou les gaz même qui résultent de la décomposition organique. Ce genre de souillure est l'habitude dans les villes, et il est d'autant plus prononcé que l'installation des latrines et les procédés d'éloignement des immondices sont plus défectueux. On entrera, plus loin, dans les détails relatifs à ces nouvelles questions; bornons-nous à poser ce fait général : que les habitudes qui prolongent le séjourdes matières excrémentitielles dans l'habitation ou dans son voisinage immédiat sont celles qui assurent au plus haut degré l'infection putride du sol. On n'oublie pas qu'il n'y a pas de matériaux de
générale.]
ÉTAT DE LA SURFACE DU SOL
maçonnerie absolument impénétrables; de même que les matières et les gaz putrides se diffusent dans le sol, même à travers la pierre et le ciment, de même les gaz refluent dans l'atmosphère des habitations à travers les planchers, à la faveur des oscillations inévitables et, quelquefois, à la faveur de l'appel déterminé par réchauffement de l'air des appartements ; ce qui arrive, par exemple, en hiver, alors que l'on pourrait supposer que le froid et le durcissement du sol par la gelée font obstacle, d'une part à la fermentation, d'autre part à la diffusion et aux échanges gazeux.
Le cheminement des liquides putrides et des gaz qui en émanent se fait, dans le sol, dans le sens horizontal aussi bien que suivant la verticale. Si bien construits que soient les égouts des villes, ce phénomène se produit toujours dans une certaine mesure. Il se produit bien plus sûrement encore dans les localités où, à défaut de pente convenable pour les canaux d'évacuation, l'on a conservé la déplorable pratique des puisards, puits absorbants, boit-tout, destinés à perdre dans la profondeur du sol, à la faveur de sa perméabilité, les eaux urbaines chargées d'immondices et d'excréments, comme on le fit à Bondy, en 1833, et plus tard entre la barrière du Combat et celle de Pantin, sur l'avis beaucoup trop optimiste de Parent-Duchâtelet ; il en existe d'analogues dans quelques villes d'Allemagne, de temps immémorial, au grand regret des hygiénistes. Latham, Semon et Wiebe ont décrit, en 1869, le fâcheux état du sol de Dantzig, à cette époque et pour cette cause.
Les évacuations solides s'élèvent au poids de 131 grammes par jour pour un adulte, suivant Donders ; à 170 grammes d'après Vierordt. Il faut, évidemment, dans de telles évaluations, tenir compte de l'âge et des sexes; de même, pour la quantité d'urine. Wolf et Lehmam font, cette distinction ainsi qu'il suit :
FECES. URINE.
Hommes 150 gr. 1 500 gr.
Femmes 45 1 350
Petits garçons 110 570
Jeunes filles 25 450
Nous empruntons à Letheby le tableau ci-après, dans lequel la proportion des éléments constituants accompagne les chiffres relatifs delà masse totale par âge et par sexe. — Nous avons traduit en grammes les onces anglaises (de 28gr,35 l'once).
TABLEAU
DU SOL
[Hygiène
ÉLÉM. CONSTITUANTS