LES SYPHILITIQUES
même local n'est plus indifférente : la concentration des malades accroît la gravité de la maladie. « L'isolement collectif, dit Vallin, ne suffit plus, il serait presque certainement nuisible ; ce qu'il faut, c'est l'isolement individuel, prophylactique autant que curatif, s'il est combiné avec la dissémination ; et celle-ci joue peut-être le rôle le plus important. »
G. Les contagieux douteux. — Sous ce titre se rangent les phthisiques et les dysentériques.
En Italie, les phthisiques sont traités comme contagieux, en salles spéciales. Il n'est pas impossible que cette pratique s'étende quelque jour.
A Copenhague, l'hôpital des contagieux comporte trois divisions : les varioleux, les typhiques et les dysentériques. Cette dernière paraîtra superflue à la plupart des médecins français.
H. Les syphilitiques. — A l'hôpital, on sépare, plutôt qu'on n'isole, les syphilitiques ; mesure de convenance morale, d'ordre et de propreté intérieure, non de protection vis-à-vis des autres malades. Le virus syphilitique est fixe ; ce n'est pas à l'hôpital, d'ordinaire, que l'on contracte la vérole, ïl est néanmoins indispensable que les linges des vénériens ne servent qu'à eux et que les chirurgiens mettent quelque discrétion dans l'emploi, chez d'autres personnes, des instruments dont ils ont fait usage sur des syphilitiques.
La prophylaxie de la syphilis et la quarantaine des vénériens est ailleurs qu'aux hôpitaux, quoiqu'on fasse bien de les leur ouvrir, à rencontre de ce qui se passait au temps de ce bon roi Louis XII, où on les expulsait de Paris, permettant du reste « qu'ils aillent où bon leur semblera, » disséminer le plus possible le mal dont ils étaient porteurs.
On sait que la syphilis peut se transmettre dans les relations les plus ordinaires (verres, cuillers d'usage commun, pipes empruntées), dans certains actes industriels (syphilis des souffleurs de verre), par les accoucheurs et les sages-femmes, par les chirurgiens, par la vaccine, par les nourrices et les nourrissons. Mais la source la plus habituelle, ce sont les rapports sexuels, dans quelqu'une de ces conditions variées et multiples, qui se résument d'un mot : la prostitution.
La prostitution est publique, clandestine ou cachée. La police sanitaire n'a à peu près aucune prise sur cette dernière ; elle en a peu sur la seconde; la troisième est à sa discrétion, ou peu s'en faut. C'est donc cette dernière qu'il s'agit d'assainir et, pour un peu, l'hygiène se féliciterait de tout ce que l'on fera, en respectant la morale et la liberté individuelle, pour transformer la prostitution clandestine en prostitution publique. Ne faisons pas de pruderie mal à propos ; la prostitution clandestine, infiniment plus séduisante, est infiniment moins surveillée et médicalement contrôlée que la prostitution publique. D'où la progression géométrique des dangers. Léon Le* Fort (1869) relève 1761 cas de maladies vénériennes, au compte des prostituées clandestines, tandis que la prostitution publique n'en donne que 780. En Allemagne, une loi de 1870, qui interdit le commerce de son
LES MALADES ET LES MALADIES
[Hygiène
corps à toute personne du sexe féminin, a naturellement fait fermer toutes les maisons de tolérance ; il en résulte que celles-ci se sont transformées en cabarets peuplés de filles qui portent le titre de servantes et font exactement le même métier qu'auparavant (J. Ulfïelmann) ; seulement, elles ne sont plus astreintes à la visite de santé. Que si l'on poursuit ces pseudocabarets, on fait merveilleusement les affaires de la prostitution clandestine et surtout de la prostitution cachée, dont personne ne se défie, et la vérole n'en prospère que mieux. Nous songeons involontairement à ces villes qui, sous prétexte de décence, ne veulent pas d'urinoirs publics ; toute la ville est un urinoir.
La situation, en France, tout en étant loin de la perfection, ne laisse pas que de présenter de sérieuses garanties, à la condition que les administrations tiennent la main à la fréquence, à la régularité, à la scrupuleuse exécution des visites de santé aux filles inscrites.
D'autre part, il y a des groupes, parmi la population masculine, que l'on peut empêcher, non de contracter des maladies vénériennes, mais de devenir des foyers de propagation. Le groupe militaire est dans ce cas. Une visite de santé au moins mensuelle, l'obligation pour les soldats de déclarer aux premiers signes les accidents dont ils sont atteints et, au besoin, la provenance, permettent de retirer de bonne heure de la circulation environ 150 contagieux sur 1,000 hommes d'effectif, chaque année. Il est facile de se rendre compte de la puissance de dissémination vénérienne que ces 150 hommes jeunes porteraient au dehors. 11 est donc juste que la police municipale rende quelque chose de ce bienfait aux chefs et aux médecins de l'armée en poursuivant elle-même les sources auxquelles ont puisé ces 150 contaminés militaires. Car, enfin, les soldats ne font pas la vérole ; ils récoltent simplement celle qui est cultivée dans les villes de garnison.
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spéciale.]