HYGIÈNE INTERNATIONALE
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I. Les infectieuses exotiques. Hygiène internationale. — 1° La peste. — On ne sait pas bien si la « peste d'Athènes » (499 av. J.-G.) était le même fléau que nous qualifions aujourd'hui de ce nom. Il y a encore des incertitudes vis-à-vis de la peste Antonine, en l'an 165 de notre ère; mais les descriptions relatives à la peste Justùnenne, en 542 (Procope), et surtout à l'effroyable peste noire de 1348, ne permettent guère de mettre en doute l'identité du fléau qui marqua ces dates lugubres avec celui qui paraît encore nous menacer aujourd'hui du côté de l Orient.
La peste fut familière à l'Europe et à la France en particulier, du quinzième au dix-huitième siècle. On la retrouve même encore en Moldo-Ya- Jachie de 1828 à 1829. Depuis lors elle semble avoir abandonné l'Occident. Elle avait même disparu, en 1841, de l'Egypte, qui avait été longtemps son foyer endémique traditionnel, lorsqu'un nouveau foyer se révéla dans la Cyrénaïque (Benghazi, 1858 et 1874) ; puis, elle fut signalée en Perse (1863 et 1870;, en Mésopotamie (Tholozan, 1867), venant peut-être de l'Inde (peste de Pali, 1815-1838) ; dans les montagnes de l'Assyr (Arabie), en 1874 ; et enfin, comme si un courant de pèlerins ou de marchands, de soldats quelquefois, l'avait dirigée depuis quelques années vers la mer Caspienne, elle a fait récemment (1876-1877), une réapparition en Europe par Astrakhan et les bouches du Volga, ayant même remonté le fleuve jusqu'à une petite localité qui restera célèbre, Vetlianka.
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Hirsch a noté que les limites d'endémicité de la peste représentent, dans l'Ancien Monde, une vaste zone entièrement au nord du 20e degré de latitude nord, depuis le Maroc jusqu'aux mers de Chine, ne dépassant point le Sahara au sud, mais s'élevant, au nord, jusqu'à Stockholm et l'Islande (1402 et 1493). Elle n'a pas visité l'Amérique.
Les influences telluriques lui paraissent indifférentes ; elle prospère, dans l'Hindoustan, à 3,000 mètres d'altitude, comme entre le Tigre etl'Euphrate, sur les les bords marécageux du canal d'Hindieh.
Il est fort remarquable qu'ayant ses foyers d'endémicité dans des contrées chaudes, elle s'étende plus volontiers vers les régions tempérées et que son activité épidémique, plus intense dans la saison froide, s'éteigne régulièrement en été.
La malpropreté, la misère, la famine, n'ont joué, au moyen âge, et ne jouent probablement encore aujourd'hui, chez les Arabes, les Cosaques, que le rôle de préparateurs du terrain. Mais, comme pour tous les typhus, ce rôle secondaire a tellement d'importance qu'il est possible que l'Europe moderne doive aux progrès de l'hygiène et de la civilisation d'être débarrassée de la peste.
La peste est transmissible et transportable; mais le malade même paraît jouer un rôle médiocre, comme agenteontagionnant. Il est plutôt dangereux par les effets qu'il porte et qui sont imprégnés de l'atmosphère du foyer d'où l'individu provient; des étoffes, marchandises, de la même provenance, sont aussi dangereuses. On a vu maintes fois (Léon Colin) des individus, fuyantune ville infectée, avoir la peste pour eux seuls dans le milieu où ils se réfugiaient.
Le pouvoir de transmission est incontestablement dans le foyer (Desgenettes, Rigaud, Laval). Celui-ci devient d'autant plus actif que les malades s'y multiplient davantage. D'où l'absurdité cruelle de la mesure, autrefois pratiquée, de rejeter dans la ville pestiférée, même à coups de fusil, les habitants qui cherchaient à s'éloigner. Plus qu'aucun typhus, la peste (qui est elle-même de la famille des typhus) meurt de la dissémination et de l'éparpillement des foyers.
Les navires, à titre de moyen d'éloignement du foyer, paraissent à Léon Colin peu propres à entretenir et à transporter la peste. Cette opinion ne se confirme que de la part des navires en bonnes conditions de salubrité et particulièrement d'aération, cas assez rare. Le fait est qu'autrefois les navires étaient fréquemment le véhicule du fléau. Notons, toutefois, ce fait très important vis-à-vis des mesures quarantenaires, que la peste n'est pas plus de six jours à éclater, après l'embarquement, si on Ta réellement introduite à bord.
Nous envisagerons d'ensemble la pratique des quarantaines (Hygiène internationale). En ce qui concerne les pestiférés, ce qui vient d'être dit permet de poser les règles suivantes pour la manière de les traiter.
On placera les pestiférés hors des villes, mais on mettra tout le soin possible à ne pas les réunir en collection dans un même local. Les ressources de la ventilation et de la désinfection seront mises en œuvre avec la plus
spéciale] Là FIEVRE JAUNE. 1257
grande activité, pour empêcher les malades de reformer des foyers. Les habitants seront avertis d'avoir à se disperser. On ne s'opposera pas même à ce qu'ils emportent des malades, lorsqu'ils auront le moyen de les soigner en plein air.
2° La fièvre jaune. — Le foyer originel du vomïto est le golfe du Mexique; ou plutôt la vaste étendue de côtes qui se déroule de la frontière sud des États-Unis aux bouches de l'Orénoque. La côte africaine de l'Atlantique, de Sierra-Leone à l'embouchure du Congo (8° lat. S.) constitue un autre foyer, peut-être secondaire, mais aujourd'hui permanent (Pym et Audouard le croyaient primitif).
Trois faits caractérisent l'endémicité de la fièvre jaune, savoir : 1° la température moyenne de 20 a 25 degrés ; 2° la situation littorale ; 3° l'altitude nulle.
A la Vera-Cruz, berceau classique du vomito, la malpropreté règne partout, à un haut degré ; la ville est bien ouverte du côté de la mer et, cependant, la fièvre jaune frappe de préférence les quartiers maritimes, mal habités et mal hantés. Le fléau y existe toujours; seulement, il revêt la forme épidémique de mai à septembre. Les épidémies apparaissent et se succèdent sans régularité, coïncidant toujours avec l'afflux d'étrangers, c'est-à-dire d'individus réceptifs. On les signale seulement depuis le commencement du dix-huitième siècle.
Les indigènes n'y participent presque pas. Les nègres (étrangers) ne sont pas indemnes, mais sont beaucoup moins maltraités que les blancs. Le bataillon égyptien (453 hommes) de la guerre du Mexique n'a pas eu de malades; mais, à la Nouvelle-Orléans [Circular n° 1, Washington), on a eu sur :
1000 soldats blancs 866 malades. 256 décès.
1000 — noirs 521 — 73 —
Le vomito est une maladie tout à fait à part; cependant, ce qui vient d'être dit des conditions de ses foyers permet de le rapprocher beaucoup plus du typhus que des maladies telluriques et, en particulier, de la malaria. Les faubourgs de la Vera-Cruz sont marécageux et ont des fièvres palustres, mais non le vomito. Hirsch, Fuzier, L. Colin, ont soigneusement relevé ce fait et d'autres analogues.
Le foyer africain n'a jamais guère irradié que sur le Sénégal et Gorée ; mais le foyer américain envoie ses effluves jusqu'au Canada et jusqu'à Southamplon (1852), par delà le 50e degré de latitude N., en même temps qu'à Montevideo, sous 35° de latitude S. A l'est, il a atteint Livourne et, à l'ouest, la côte du Pacifique. En Europe, divers ports de l'Espagne et même des villes de l'intérieur (Cadix, Gibraltar, Carthagène, les côtes d'Andalousie, Murcie, Valence, Malaga, Barcelone), Lisbonne, Livourne, Southampton; en France, Marseille, Brest, Saint-Nazaire, ont recueilli le fléau et en ont été plus ou moins cruellement éprouvés.
Même au Mexique, la fièvre jaune ne s'avance que très peu et rarement dans l'intérieur des terres. Jamais elle ne se propage sur les hauteurs, et les
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cas importés y restent stériles, ainsi que cela est arrivé maintes fois à nos soldats (1864-1866), à Orizaba, Puebla, Mexico. Quelques cas seulement se répandirent à Gordova.
Jamais les villes d'Europe n'ont fait la fièvre jaune ; elles l'ont toujours reçue, au moment où il y avait réveil épidémique au foyer. Le trait d'union habituel est le navire. Celui-ci n'a pas pris, en général, l'infection pour avoir séjourné dans les eaux et au contact de l'atmosphère de la ville atteinte; mais parce que des hommes et surtout des marchandises (coton, sucre, charbon) ont porté à bord une portion des émanations morbides du foyer. A vrai dire, la plupart des navires sont constitués (la cale surtout) pour conserver au mieux cette portion d'atmosphère miasmatique. Lorsque X Anne-Marie apporta la fièvre jaune à Saint-Nazaire en 1861, les matelots n'étaient ni ne furent malades et ne provoquèrent aucun cas autour d'eux ; ce furent les hommes employés au déchargement du navire qui prirent la fièvre jaune et la disséminèrent dans leurs relations à terre. Ainsi, l'homme ne paraît pas être le véhicule nécessaire de la fièvre jaune, et le malade ne paraît ni être indispensable ni constituer l'agent de transmission le plus redoutable. Le docteur Chaillou (du Montoir) prit la fièvre jaune, et en mourut, en soignant un malade ; mais ce fait ne prouve pas que le médecin n'ait point subi l'influence d'un foyer, transporté et entretenu par le malade même.
Pour que la fièvre jaune éclate sur un point deTEurope, il faut: 1° qu'un navire arrive ; 2° que ce navire ait été au contact d'un foyer. La prophylaxie s'applique: — a. au foyer: n'y mettre que des garnisons d'acclimatés; le fuir le plus vite possible pour l'intérieur ou les hauteurs. L'altitude de 600 à 80Omètres, qui est celle du camp Jacob, à la Martinique, et de Newcastle, à la Jamaïque, suffit à conférer l'immunité. — Pour rien au monde, n'établir de cordon sanitaire. — Quand l'hiver s'approche, le foyer s'éteint de lui-même ; — b. au navire : le maintenir propre et aéré ; mettre le cap sur le nord ou sur le sud, selon les convenances, si la fièvre jaune y éclate pendant qu'il navigue dans les mers intertropicales. Envoyer les passagers à l'intérieur des terres, dès le débarquement, après bain et désinfection; puis, flamber le navire, comme a fait Mélier de Y Anne- Marie, ou le désinfecter à la vapeur chaude : — c. aux malades; installer des hôpitaux hors ville, sur une hauteur, àpavillons (baraques) disséminés.
Puisque la fièvre jaune ne nous vient jamais par terre, elle légitime parfaitement la quarantaine maritime et s'y prête mieux que tout autre fléau exotique
3° Le choléra. — Quant au mode pathologique, le choléra est de tout temps et de tous lieux (L. Laveran) ; dans nos contrées, le choléra nostras est une maladie saisonnière, d'été et d'automne (Hippocrate, Arétée). Il est à l'état d'endémie dans l'Inde : les Védas en font mention.
Les conditions telluriques du berceau du choléra sont les suivantes : plaines basses, sol d'alluvions, fréquemment inondé; espaces incultes, jungles; fleuves à cours lent, à méandres multiples et à bras morts, arrivant à la mer par des deltas immenses, déprimés, marécageux. Le climat est
spéciale.]