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LE CHOLÉRA

chaud, mais avec des alternatives brusques et extrêmes; des orages fréquents, des pluies torrentielles, des vents violents et périodiques, le caractérisent. Vhygiène des habitants est nulle; ils sont pauvres, ignorants, fanatiques, malpropres et voués à l'alimentation végétale presque exclusive. Us subissent les conséquences de la conquête anglaise, tout en gardant leurs habitudes religieuses, les pèlerinages et les rassemblements énormes de peuple dans les lieux sacrés, l'inhumation des cadavres dans le sein du dieu Gange.

Le maximum d'intensité des épidémies est dans la saison chaude.

« Le développement du choléra, dans les foyers originels, s'accorde mieux avec la théorie de l'infection miasmatique qu'avec celle de la contagion. Aux Indes, les indigènes ne fuient pas la maladie, ils fuient les localités infectées en emportant les malades. » (L. Laveran.)

De 1781 à 1817, les épidémies de choléra, aux Indes, se multipliaient sur les indigènes et sur les troupes anglaises. En 1817, eut lieu la fameuse épidémie de Bundelcund, sur les bords du Sind, qui coûta 15,000 hommes à l'armée du marquis de Hastings et qui passe pour avoir été le point de départ de l'effroyable première visite du fléau à l'Europe; le lieu et la date exacts sont : Jessorah, le 19 août 1817.

Le choléra ne prit pied, toutefois, à Astrakan, que le 22 septembre 1823. Il voyageait alors par terre, avec les caravanes, et avait besoin que de nouveaux arrivages vinssent le renforcer aux étapes où il s'arrêtait. Il ne s'étendit à l'Europe qu'après une nouvelle apparition à Astrakan, le 21 juin 1830. On sait que, de là, il gagna Moscou, Varsovie (14 avril 1831), les ports de la Baltique, l'Allemagne (juillet 1831), Londres, le 10 fév. 1832, et qu'il débarqua à Calais, le 15 mars suivant, pour être à Paris, le 26.

En France, 52 départements furent atteints et le nombre des morts dépassa probablement 100,000.

La deuxième épidémie générale (1841 et 1842) reproduit assez exactement l'histoire de la précédente, sauf la gravité.

La troisième grande épidémie européenne (1852-1854) donne lieu à discussion, au point de vue de l'origine et de la translation du fléau. Peutêtre ne dépend-elle point d'un réveil épidémique dans l'Inde; il s'agirait simplement d!une réviviscence des germes cholériques conservés et acclimatés dans l'Europe nord-orientale (Silésie, Pologne, Prusse). Dans tous les cas, elle fît, en France, 143,000 victimes.

L'épidémie de 1865 vint de l'Inde, par la Mecque (pèlerinage) ; mais ayant marché avec une rapidité conforme aux progrès modernes de la locomotion, le choléra avait quitté la route de terre et les caravanes pour prendre le bateau à vapeur. La réunion des Musulmans, à la Mecque, avait lieu en avril 1865; le choléra était à Suez le 21 mai, à Alexandrie (d'Égypte) le 2 juin, à Marseille le 23 juillet.

En août 1873, la France fut envahie par le Havre (navire allemand Ammonia, venant de Hambourg). L'accès fut très bénin. Cette fois encore, il s'agissait de germes restés en Europe depuis 1865 et revivifiés surplace, dans la province russe de Kiew.

1260 LES MALADES ET LES MALADIES. [Hygiène

Pour la nature du poison cholérique, il nous suffit de renvoyer à la première partie (p. 240). On trouvera, de même, au chap. du Sol, la constatation des affinités ou des répulsions du choléra pour certains terrains, certaines localités (p. 59 et suiv.) et, plus loin (p. 530), la discussion de l'influence de l'eau de boisson dans sa propagation. Par ailleurs, les épidémies de choléra ont rayonné dans toutes les directions, ne s'embarrassant guère des latitudes, du climat ni des saisons. Pourtant, il faiblit visiblement dans les régions qui se rapprochent du cercle polaire, et les bourrasques épidémiques s'apaisent, si elles ne s'éteignent, quand arrive l'hiver.

Littré a été frappé, à bon droit, de l'intensité de ses ravages dans les quartiers pauvres et encombrés de Paris. Néanmoins, le fléau n'épargne nullement les villages, dont il faut dire qu'un bon nombre entretiennent les souillures du sol et présentent de déplorables conditions d'habitation.

L'altitude l'arrête moins que la nature granitique des roches qui constituent l'ossature des montagnes.

Sa diffusion par l'eau de boisson, souillée d'infiltrations de selles cholériques, est plutôt une induction rationnelle qu'un fait démontré; Pettenkofer en repousse absolument l'hypothèse. L'air paraît avoir été le véhicule du principe cholérigène, par exemple pour des navires ancrés près d'un foyer (Léon Colin). Les caravanes qui viennent camper sur l'emplacement abandonné naguère par une caravane précédente, en puissance de choléra, y prennent la maladie. Les hardes, les linges des malades ont été accusés maintes fois d'avoir été les intermédiaires de transmission ; des étoffes, certaines marchandises, provenant simplement d'un foyer, seraient dans le même cas. Pettenkofer n'admet pas la contagion directe du choléra; les garde-malades, selon lui, ne sont pas plus frappés que le reste de la populationt lors même que les déjections cholériques les souilleraient, et ne transportent pas le mal dans leur famille. Cette doctrine est probablement hasardée, car les infirmiers peuvent avoir été impressionnés, sinon par les malades, au moins par l'atmosphère infectieuse ; mais l'on sait que le savant hygiéniste de Munich exige absolument l'intermédiaire du sol dans cette transmission.

On cite des cas intérieurs dans les hôpitaux ; l'atteinte plus fréquente des blanchisseurs; l'imprégnation cholérique de toute une garnison par un cadavre. Les médecins des hôpitaux de Paris ont réclamé l'isolement des cholériques, aussi énergique ment que celui des varioleux. Fauvel fait remarquer que, dans ses mouvements de translation, le choléra a copié les allures du progrès des moyens de locomotion, qu'il a suivi les fleuves, les chemins de fer; que « jamais, il n'a passé d'un endroit à un autre dans un temps plus court qu'il n'en faut à un bateau à vapeur. » Les ambulances sous tentes, hors de Varna, établies en 1854 (juillet), pendant que le choléra sévissait effroyablement dans la ville; l'ordre d'y transporter immédiatement tout homme qui- donnait, au milieu des groupes sains, les premiers signes de la maladie, rendirent d'incontestables services à l'armée; quelques-uns ont voulu y voir l'effet de l'isolement et de la suppression des rapports directs avec des contagieux.

spéciale.]

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