PROPHYLAXIE INTERNATIONALE
il y aura chance d'attaquer le mal avec succès, et n'attendra point son invasion pour en prévenir, soit la propagation, soit même le développement originel. »
En Europe, nous nous défendons contre l'entrée de la peste, du vomito, du choléra ; mais, à New- York, on se protège contre le typhus, qui se présente au débarquement avec les Irlandais.
Les ports de la Méditerrannée avaient autrefois à se mettre en garde contre la peste, qui arrivait d'Égypte ou de Constantinople. Mais, aujourd'hui, l'on sait que la peste ne menace que les bords de la mer Caspienne et n'intéresse que la route de terre, encore entièrement en Russie. C'est à la Russie à lui barrer d'abord le passage, et, jusqu'à nouvel ordre, il est absolument inutile que l'on tracasse, à Marseille, sous prétexte d'une peste qu'ils n'ont pu embarquer, les bâtiments qui viennent de Constantinople ou d'Alexandrie. La peste serait-elle à Constantinople, on sait qu'elle n'est pas plus de six jours sans se déclarer ; par conséquent, l'on n'a rien à craindre d'un navire qui est resté une dixaine de jours en mer sans avoir de malades. On sait encore que l'on n'arrêtera pas certainement la peste en lui fermant les ports, puisque toutes les routes lui conviennent; c'est donc à son foyer qu'il faut l'étouffer ; non pas en concentrant les malades, mais en les dispersant; en Surmarquant une ligne en deçà, qu'ils ne franchiront pas, mais en leur donnant toute liberté d'aller au delà; en établissant un cordon sanitaire, mais non en les bloquant. Enfin, on n'oubliera pas que la propagation de la peste n'a pas de chances pendant les chaleurs.
Vis-à-vis de la fièvre jaune, ce sont les ports de l'Atlantique qui sont menacés, et d'autant plus que la saison est plus chaude et que la moyenne thermique du lieu, celle de l'été au moins, est plus élevée. Aussi l'Angleterre a-t-elle pu se dispenser de toute surveillance à cet égard. A la vérité, elle en fait autant pour la peste, qui la regarde moins que les ports de la Méditerranée; mais elle se défend contre le choléra, sinon par une législation quarantenaire, au moins par des mesures extemporanées en vertu desquelles les autorités sanitaires locales font rechercher, en ville, les passagers débarqués d'un navire porteur du mal, et les internent pendant le traitement.
La fièvre jaune n'arrivant que par eau, les précautions prises au port de débarquement sont aussi sûres que légitimes.
Pour le choléra, on sait que, le plus souvent, son extension à l'Europe succède à une exacerbation épidémique dans l'Inde; on sait que là seulement est son foyer permanent ; on sait comment le foyer reprend activité et crée des foyers secondaires, dans les villes saintes de l'Islamisme ; on connaît ses routes et ses étapes ordinaires, Djeddah, Suez, Alexandrie. C'est donc chez lui qu'il faut le combattre et l'enfermer ; sur les routes connues qu'il faut le guetter au passage, pour le signaler à 1 Europe et l'arrêter de bonne heure. C'est au moment où l'avis est donné de ses recrudescences asiatiques que les autorités sanitaires des bords européens de la Méditerranée doivent mettre en œuvre toute leur vigilance et se servir, en dernier ressort, des armes que la législation maritime met entre leurs mains.
1264 LES MALADES ET LES MALADIES. [Hygièie
L'assainissement du pays, berceau du choléra, incombe aux Anglais. La surveillance des routes de mer appartient à l'empire Ottoman et aux puissances qui ont des côtes sur la Méditerranée.
C'est en 1847 que le gouvernement français créa des médecins sanitaires sur certains points du Levant. Il s'agissait, d'ailleurs, de surveiller non le choléra, mais la peste, et le premier résultat, fort important sans aucun doute, des recherches de ces médecins fut de constater que la quarantaine était bien inutile à Marseille, puisque la peste n'existait plus à Constantin nopleni en Egypte depuis 1841. Instruit par l'expérience de 1854 et de 1865, Fauvel pensa que les médecins sanitaires allaient pouvoir trouver leur emploi, bien plus avantageusement, vis-à-vis du choléra, en les échelonnant sur la route maritime du fléau, la route de terre regardant la Perse et la Russie. Ces vues furent adoptées par la conférence de Constantinople en 18G6, et, sous la surveillance du Conseil international de santé de cette même ville, des médecins et agents sanitaires fonctionnèrent dès lors, à Aden, à Djeddah, à la Mecque. Un autre Conseil international de santé siège en même temps à Alexandrie. Depuis lors, le choléra n'est plus venu en Europe par la voie de mer.
Deux mesures, ditVallin, protègent la mer Rouge contre l'importation du choléra par les pèlerins hindous : 1° le règlement anglais (de Bombay) empêche l'embarquement des pèlerins dans certains ports de l'Inde où sévit une épidémie de choléra; 2° en passant par Aden, pour entrer dans la mer Rouge, l'autorité sanitaire anglaise fait une visite rigoureuse des navires anglais chargés de pèlerins. Les mêmes précautions sont prises par l'autorité égyptienne pour les navires à pèlerins arrivant à Port-Saïd. Au retour, des quarantaines d'observation (48 h.), en cas de patente nette, ou de rigueur (10 à 15 jours) sont imposées aux navires et aux pèlerins qui veulent sortir de la mer Rouge par la voie de Suez ; le règlement du 5 août 1879 assure l'exécution de ces quarantaines et oblige les navires à rapatrier jusqu'au lieu de provenance, et quelle que soit la durée de la quarantaine, tous les pèlerins qu'ils ont conduits aux lieux saints d'Arabie.
Parmi les postes choisis pour placer les voyageurs en quarantaine, Vallin loue particulièrement El Ouldj, petit port, vaste et sûr, à 350 milles de Djeddah et de Suez, très salubre et parfaitement isolé ; il réprouve Djebel Tor, qui est insalubre, et les Sources de Moïse, point situé à la porte même de Suez et où l'isolement est nécessairement illusoire.
Il est évident, et Fauvel insiste sur ce point, que des mesures analogues sont applicables à la peste, qui, de l'Arabie, de la Mésopotamie et de la Perse, peut revenir à l'Égypte et fait un elfort positif vers la Russie. Pour l'exportation en Egypte, les médecins qui surveillent le choléra surveillent en même temps la peste ; quant à la Russie, l'organisation projetée d'un système défensif sur le littoral de la mer Caspienne pourra prévenir du même coup l'importation, en Russie, du choléra et de la peste venant de la Perse. Ceci est bien supérieur aux cordons sanitaires et même aux quarantaines, ressources dernières et d'urgence, que Fauvel place fort après ia lutle directe aux points de départ et de passage.
spéciale.]
LÉGISLATION QUAHANTENAIRE ACTUELLE.
Pourtant, nous le répétons, la quarantaine proprement dite, au port d'arrivée ou à la frontière du pays menacé, est la ressource dernière, d'urgence, sur laquelle on ne comptera pas absolument et dont on ne fera surtout pas la première des garanties ; mais qu'il faut conserver, parce qu'enfin elle protège les nations civilisées contre les gouvernements égoïstes, indifférents ou impuissants.
Il est clair que les États, pour leur compte personnel, n'envisageront pas toujours de la même manière les quarantaines en général ou les quarantaines visant particulièrement telle ou telle maladie ; les Allemands et les Russes, fortement suspectés d'entretenir le choléra sur leur propre ter ritoire (épidémies de 1854 et de 1873), ont pu en prendre à leur aise vis-àvis des mesures quarantenaires proposées par la France. Hirsch et Pettenkofer, à la conférence de Vienne (1874), trahissaient simplement le sentiment de leur nationalité en matière de choléra, en plaidant la suppression de toute quarantaine ; ce dont P. Borner, au congrès de Nuremberg (1877), prit prétexte pour déclarer que les commissaires français, qui ne partageaient pas ces principes, « ne marchaient pas à la tête de la civilisation. )> Mais on vit bien que cette doctrine ne reposait pas sur un parfait désintéressement humanitaire et scientifique, lorsqu'en 1879 la peste d'Astrakan fit tressaillir les cœurs dans « la patrie Allemande ». Hirsch fut le premier à réclamer les cordons sanitaires et, au besoin, la barrière des coups de fusil contre les pestiférés. Fauvel constate que son contradicteur d'autrefois était allé beaucoup plus loin que lui-même. Reconnaissons, d'ailleurs, non sans une satisfaction grande, que les hygiénistes allemands du congrès de Stuttgart (1879) ont nettement abandonné la prophylaxie égoïste et se sont ralliés à l'idée, énoncée à Vienne par Fauvel, d'une Commission sanitaire internationale permanente, ayant précisément mission d'étudier et d'agir en tout temps, au nom de tous, à toute distance et sur n'importe quel fléau.
Législation quarantenaire actuelle. — Elle est déterminée en France par le décret du 27 mai 1853, et par le règlement de 1874 qui ne comprend pas moins de 130 articles. Elle vise trois maladies : la peste, la fièvre jaune et le choléra. Les prévisions s'appliquent : au départ, à la traversée, à X arrivée, c'est-à-dire aux seuls temps pendant lesquels la santé des navires, ou des lieux auxquels ils ont touché, peut avoir de l'intérêt pour la population du point de débarquement. La patente est réduite à deux types : patente nette (pas d'épidémie au point de départ) et patente brute (dans le cas contraire). Les formalités à l'arrivée, substituées aux précautions grotesques d'autrefois, sont la reconnaissance (quelques questions sur la provenance du navire, la santé du pays, etc.) et Y arraisonnement (questions plus explicites et plus précises). Les attributions du corps médical sont étendues et nettement déterminées; les droits pour la délivrance des patentes, uniformisés et réglés. On fixe les minima et les maxima des quarantaines d'observation, ou de rigueur. On distingue entre les hommes et les marchandises, étoffes, hardes, chiffons, et l'on prescrit les mesures de purification de ces objets, du bâtiment.
Arnould. — Hygiène 80
1266 LES MALADES ET LES MALADIES. [Hygiène
La durée de la quarantaine (règlement de 1874) doit rester dans les limites suivantes :
Peste. Quarantaine d'observation, cinqàdix jours: quarantaine de rigueur,
dix à quinze jours.
Fièvre jaune. — S'il n'y a pas eu de malades à bords (navires suspeds), trois à cinq jours, ou même sept jours. — S'il y a eu des cas pendant la traverversée (navires infectés), sept à dix jours. La quarantaine peut être réduite à cinq jours, si les derniers cas à bord sont finis depuis plus de quatorze jours.
Choléra. — La quarantaine d'observation est de trois à sept jours; la quarantaine de rigueur, de sept à dix jours pleins.
Plusieurs puissances maritimes avaient signé, à titre de convention, le règlement de 1853, rédigé en France; la plupart n'en ont pas appliqué les principes (L. Colin). On craint de léser « les intérêts du commerce » qui, pourtant, perd beaucoup plus aux paniques causées par les épidémies qu'aux retards que peuvent lui imposer les quarantaines.
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