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CRÉMATION

singulièrement incommodes et insalubres, qui ont pu légitimer la réprobation de cette coutume par le christianisme. On sait que c'est encore de cette façon primitive que les bouddhistes de l'Inde exécutent l'incinération des cadavres ; de ceux des riches seulement, à la vérité , car les pauvres sont simplement enfouis ou confiés aux flots sacrés du Gange.

La question n'est plus, de nos jours, de savoir si l'inhumation compromet le sol ni si la crémation lui est supérieure à cet égard. Le problème à résoudre consiste : 1° à trouver un mode de crémation généralisable, qui ne menace en rien l'atmosphère ; 2° à l'appliquer dans des conditions qui

Fig. 234. — Appareil Siemens (*).

ne portent aucune atteinte aux sentiments naturels, aux habitudes du culte des morts, aux manifestations religieuses ; 3° à sauvegarder l'action de la justice, dans le cas où des recherches médico-légales post mortem seraient nécessaires.

Le premier point est absolument acquis. Des fours à crémation de plus en plus parfaits (Brunetti, Kopp, Polli , Thomson, Steinmann, Siemens, etc.) se sont succédé jusqu'à ce que l'on soit parvenu à incinérer rapidement un ou plusieurs cadavres, sans fumée mal odorante ni gaz dangereux, sans mêler les cendres humaines à celles du combustible (voy. fig. 234). Le four crématoire du professeur Paolo Gorini, que le congrès international d'hygiène a vu fonctionner, à Milan, le 12 septembre 1880, brûle un ca-

(*) A. Régénérateur. — B. Canal horizontal pour le passage des gaz. — C. Chambre de calcination et de combustion. — D. Cendriers. — E. Porte en fer. — F. Canal.

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davre en une heure ou une heure et demie, à une température supérieure à 400 degrés, avec 160 kilogrammes de broussailles et une quantité moindre de houille (dépense 6 francs), dans une combinaison de foyers et de cheminées qui ne laisse dégager au dehors qu'une faible quantité, appréciable néanmoins, d'une fumée noirâtre. Il existe même un four, le four Venini, qui supprime cette fumée ; seulement, il est un peu compliqué et coûte plus cher que le précédent.

La conquête du second point repose, pensons-nous, sur les démonstrations écrites, orales et surtout pratiques, de la compatibilité parfaite de la crémation avec le respect et l'exercice des sentiments naturels et des habitudes religieuses. Pour rien au monde et sous peine d'un échec probable, ou tout au moins de résistances aveugles et d'autant plus énergiques, il ne faut mêler à ceci aucun système philosophique ou autre; il s agit d'hygiène et rien de plus. Quand on l'aura fait comprendre au public, il est impossible que l'on ne trouve pas des personnes qui admettent au moins que la question est sérieuse et vaut la peine d'être examinée. Puis, les gens convaincus, les hygiénistes les premiers, donneront l'exemple; il est essentiel que les crémations du début soient entourées des cérémonies d'un culte, préférablement du culte catholique; encore un peu, l'on regretterait que le premier incinéré volontaire ait été un Indien, le rajah Muharaja de Kelapore (Florence, 1869). La crémation du chevalier Keller, dans le temple crématoire qu'il avait fait construire lui-même, le 22 janvier 1876, à Milan, entraîna la fondation de la Société de crémation de cette ville et, depuis cette date, soixante crémations ont eu lieu sur la demande des personnes. Aucun ministre du culte, catholique ou protestant, n'a fait de difficulté de conduire les morts au temple crématoire, absolument comme il l'eût fait à la fosse creusée en terre; les évêques, en Italie, entrevoient que l'incinération leur rendra la possibilité de laisser leurs restes, comme autrefois, dans leurs cathédrales. En fait, le culte des morts ne peut qu'être favorisé par la simplicité du séjour définitif des restes des aïeux, l'urne funéraire renfermant des cendres et des fragments minéraux, de quoi remplir le creux de la main; que l'on place l'urne dans un monument, au milieu d'un terrain consacré, ou qu'on la garde au foyer de famille, les vivants pourront toujours aller prier sur la tombe de leurs morts et même, si la famille est forcée de s'éloigner, elle pourra les emporter avec elle.

Que la dépouille d'un de ceux que nous avons aimés arrive brusquement à l'état de poussière ou qu'elle mette cinq ans à se confondre avec le sol, le résultat final est le même ; seulement, dans le premier cas, il a été obtenu sans aucune opération qui blesse même l'imagination ; tandis que, dans le second, le corps a passé par toutes les phases de la putridité et a revêtu les formes qui passent pour le type de l'horrible. Les femmes, a-t-on remarqué, adhèrent volontiers à la crémation, peut-être parce qu'elles sont plus particulièrement révoltées par l'idée de la putréfaction et par la pensée d'être rongées par les vers.

Pour ce qui est de l'action judiciaire, la société de crémation de Milan ne se prête au désir des personnes ou des familles que quand le médecin

spéciale.]

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