‹ Nouveaux éleménts d'hygiène [electronic resource]Chapitre 23 sur 267 · URINE · texte numérisé non relu

URINE

gr 58

902 gr,28

Matière organique....

Matières minérales.. .

Acide phosphorique. . .

FÈCES.

Matière organique

Matières minérales

Acide phosphorique...

La moyenne pour tous les âges serait donc :

Urine 896 gr. 97

Fèces 78 92

C'est sur ces moyennes qu'il faut calculer quand on cherche à évaluer la masse excrémentitielle fournie par l'ensemble de la population d'une cité, ou même d'un hôpital dans lequel sont reçus tous les âges et tous les sexes.

L'urine renferme d'ailleurs 93,3 pour 100 d'eau (Berzelius) ou même 96 (Liebig). Les fœces, 75 pour 100 d'eau. Vulgairement, on sait que les 1 300 à 1 SOOgram. d'urine, rendus par un homme adulte, équivalent à 30 grammes d'urée. Il est bon de noter que les cinq sixièmes de l'urine sont rendus en dehors des garde-robes. D'où l'utilité de l'installation, dans les hôpitaux, les casernes, et toutes demeures collectives, d'urinoirs distincts du siège des latrines et n'aboutissant pas au réservoir des excrétions intestinales.

Il est acquis, en effet, que les fèces solides se corrompent d'autant moins vite qu'elles reçoivent moins d'eau et surtout d'urine (Pappenheim) ; quand elles peuvent se dessécher, ne fût-ce qu'à la surface, elles sont infiniment moins dangereuses qu'à l'état imbibé. L'urine seule, d'autre part, reste encore acide pendant plusieurs jours. Le mélange de fèces et d'urine se décompose plus vite, attendu que la matière fécale sert de ferment pour l'urine, en même temps que celle-ci imbibe et désagrège la matière solide. Les fèces fermentent presque aussi vite avec de l'eau pure, tellement l'état humide est favorable à la décomposition organique.

Remarquons, à cet égard et sous le rapport de l'abondance des matières azotées putrescibles, la prédominance de l'urine sur la matière fécale. Celle-ci, pourtant, peut assez aisément être recueillie, collectionnée et

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enlevée sans retard ; l'autre, plus encombrante, échappe plus fatalement et, par malheur, on s'en défie moins.

Il faut compter un poids annuel de près de 240 kilogrammes d'urine par chaque individu, dans la population mélangée, et d'environ 30 kilogrammes de matière fécale ; le tout représentant un volume d'au moins un quart de mètre cube et une quantité d'azote presque égale à celle que contient le corps de l'individu moyen que l'on prend ici pour base.

Telles sont les menaces que la vie humaine elle-même crée pour le sol. Certes, il s'en faut qu'elles atteignent entièrement leur effet, et il est des degrés dans la contamination qu'elles déterminent; mais le danger existe perpétuellement, comme une force contre laquelle l'hygiène doit lutter, sans pouvoir l'atteindre à son origine. Les faits qui s'accomplissent tous les jours devant nous, et qui sont comme les menus détails d'un grand fait général, ne frappent guère notre attention. La souillure du sol de nos villes, à chaque instant et à petites doses, par les déchets de la vie, nous inquiète moins que ne le ferait, par exemple, l'installation de cimetières en plein milieu des cités. Cependant, Pettenkofer a calculé que les matières putréfiables qui arrivent au sol de Munich, par le fait de ces déchets, équivalent à l'inhumation annuelle de 50,000 cadavres (Munich a 200,000 habitants).

3. Ceci ne diminue pas l'importance de la souillure du sol par les sépultures elles-mêmes.

La loi romaine défendait les inhumations à l'intérieur des villes. Le christianisme, qui matérialise volontiers l'idéal et met le fait à la place du symbole, éprouva le besoin d'abroger cette loi pour substituer à l'antique culte des morts, tout d'affection et de souvenir, la persistance des cadavres au milieu des vivants ; c'est ainsi que fut établi le premier cimetière dans Rome, en 509. A vrai dire, l'Église inhumait déjà dans ses temples : tantôt un saint dont le cadavre devait sans doute être incorruptible, tantôt un prince dont il était bon d'encourager la dynastie à continuer les bienfaits de ses pères. Ce n'est qu'au xvme siècle que les gouvernements européens, sur les avis de la science, firent cesser régulièrement ce monstrueux usage. En 1785, l'exhumation des corps du cimetière des Innocents fut exécutée en raison de l'insalubrité du quartier; bien que l'on eût attendu lhiver pour cette opération, bon nombre d'ouvriers furent asphyxiés sur place par les exhalaisons du sol.

Aux États-Unis d'Amérique, la loi n'est pas intervenue, chaque district faisant sa propre police. Mais, sous la pression de l'opinion et des besoins publics, des entrepreneurs particuliers ont fondé, dans des terrains convenablement choisis, hors des villes, des cimetières que leur propre intérêt les pousse à entretenir dans les meilleures conditions. Ils louent ou concèdent les terrains de sépulture et se chargent des pompes funèbres. Leur revenu augmente donc en raison du nombre des familles qui sont attirées à donner ce dernier luxe à leurs morts. Au témoignage des hygiénistes du pays, ce système donne des résultats très satisfaisants.

L'influence des cadavres déposés dans le sol dépend essentiellement de la nature du terrain, de la proximité de la nappe souterraine, de l'abondance

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et du régime des pluies dans la contrée. Une nappe souterraine profonde et fortement inclinée échappe remarquablement à l'infection par les cadavres situés au-dessus ; l'eau qui arrive à la nappe à travers une certaine épaisseur de terre est filtrée. Si, au contraire, la nappe est assez voisine pour arriver, dans ses ascensions, à submerger les cadavres, l'air du sol cesse d'agir sur ceux-ci ; il y a décomposition putride plutôt que destruction des corps. On conçoit aisément, sur ces données, que les eaux météoriques, selon leur abondance à chaque précipitation, selon leur distribution sur toute l'année, puissent permettre ou entraver les échanges gazeux entre l'atmosphère et les cadavres et l'infiltration des détritus putrides dans la profondeur, jusqu'à l'eau souterraine, ou latéralement à distance. Si la nappe souterraine est à proximité, le mieux est qu'elle soit puissante, afin de diluer les substances putrides dans une masse énorme d'eau. On remarquera aussi qu'à laprofondeur de lm,30, il n'arrive que les 30 à 40 centièmes de l'eau tombée, sur les sols argilo-sablonneux, et qu'à moins d'un sol exclusivement formé de gravier ou de cailloux, l'eau météorique n'arrive presque jamais à la profondeur de 2 mètres (Pappenheim).

Les produits de la putréfaction des cadavres sont : l'acide carbonique, l'ammoniaque, l'hydrogène sulfuré et divers composés liquides : il est à présumer que les agents ordinaires de la décomposition organique, dont quelques-uns existent déjà dans l'intestin (vibrions et bactéries) jouent ici leur rôle. Ces produits se répandent dans le sol et se diffusent dans l'atmosphère, à l'état de gaz ou de vapeurs, à la faveur de la pression qu'ils se font eux-mêmes (et qui est telle que les cercueils de plomb éclatent).

L'acide carbonique est, de beaucoup, l'élément le plus abondant au sein du sol des cimetières. Reed (Philadelphie) fait creuser une fosse dans un champ de sépulture et, quelques heures après, la trouve tellement remplie d'acide carbonique que les ouvriers n'eussent pu y descendre sans danger. Parkes, avec Ramon de Luna, indique le taux de 7 à 9 millièmes de G02dans l'air des cimetières. On ne saurait en conclure à la proportion de ce gaz dans l'air du sol des champs de sépulture ; elle est souvent plus élevée, mais dépend de la nature géologique du terrain. Fleck, à Dresde, a étudié la question expérimentalement. Il a fait des sols artificiels: n° J, argile; n° 2, argile sur sable ; n° 3, sable sur gravier ; n° 4, gravier. Dans chacun d'eux, le 3 octobre 4873, il a déposé 1 kilogramme de chair de lapin, à 2 mètres de profondeur, et a plongé deux tubes, l'un immédiatement sur la chair, l'autre à 50 centimètres au-dessous de la surface. L'analyse des gaz a donné les résultats ci-dessous :

CO2 p. 1000 dans l'air extrait des sépultures. Immédiatement sur la chair :

à 50 cent, au-dessous de la surface:

générale.]

ÉTAT DE LA SURFACE DU SOL

Après ces trois mois, on n'a perçu aucune émanation putride odorante et l'on n'a pas trouvé trace d'ammoniaque non plus que d'hydrogène sulfuré. Nous rappelons que, dans les conditions ordinaires du sol, le maximum de CO2 trouvé par Pettenkofer était de 18,38 pour 1 000 à 4 mètres de profondeur et, sous la surface, 14,14 ; que les chiffres correspondants de Fleck étaient 75 p. 1000 à 6 mètres, 56,5 à 4 mètres, 47,4 à 2 mètres. Les proportions de GO2 dans l'air du sol des sépultures peuvent donc être singulièrement élevées par le fait de la présence des cadavres et, encore qu'elles s'accumulent peu dans les sols à larges pores(n° 4), elles dépassent moyennement, de beaucoup, celles du sol dans les conditions communes.

Y a-t-il des conséquences immédiates à en tirer? Sans doute, et au point de vue de la souillure du sol, puisque GO2 est en quelque sorte l'indicateur de l'intensité des processus de décomposition organique. Mais, à part les cas dans lesquels on a reconnu une véritable asphyxie par les gaz irrespirables du sol des cimetières (Tardieu), il est difficile de voir jusqu'à présent autre chose qu'un rapport général entre l'infection du sol par les inhumations et l'infériorité sanitaire des groupes humains, que l'on suppose en ressentir l'influence. Fleck n'a même pas trouvé l'eau des puits des cimetières plus chargée de matières organiques que celle des puits de l'intérieur de Dresde, qui, à vrai dire, est peu louable, et Pettenkoffer déclare que l'analyse de pareilles eaux ne donne que des résultats négatifs.

Il faut bien avouer que cet échec de la chimie n'a d'autre portée que celle d'un renseignement insuffisant ; on le demandait peut-être à une science qui ne peut pas le donner. Je maintiens que cette permanence de vastes foyers de putridité active au sein du sol ne saurait être indifférente, et que les groupes urbains doivent les écarter de leur enceinte le plus possible. Il n'y a aucune difficulté à admettre que cette souillure du sol favorise la propagation des épidémies à caractère typhique, comme l'a pensé Riecke, celle du choléra (Rauch), de la fièvre jaune (Barton), de la peste (Adams), du typhus des bêtes bovines (Reinhard) ; plus vraisemblablement encore, par l'impureté des eaux, non moins que |par les émanations lelluriques, elle est capable de provoquer banalement la diarrhée, la dysenterie (Eassie). Seulement, il ne paraît pas que l'on puisse aller plus loin, ni établir de relations spécifiques, sans risquer de compromettre l'importance même d'une condition d'hygiène, dont le besoin a si fortement pesé sur les administrateurs et poursuit aujourd'hui, d'une façon pressante, l'esprit d'hygiénistes éminents. Les essais contemporains de crémation des cadavres n'ont pas de meilleure base.

La question de la suppression des cimetières, ou même simplement de leur éloignement des grandes villes, s'est heurtée à des « sentiments », comme d'autres se sont heurtées et se heurteront longtemps encore à des préjugés. Ce n'est pas une raison pour l'hygiène de s'abstenir ; c'est elle surtout qui ne doit au public que la vérité. Or, voilà un énorme et dangereux foyer de putréfaction que nous entretenons, pieusement si vous voulez, aux flancs des groupes; l'éloigner, la supprimer, tel est le progrès à accomplir. Contrairement à l'opinion des auteurs de l'article Crémation du Dictionnaire encyclopédique, nous croyons qu'il ne faut ici tenir aucun

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compte du « sentiment cultuel et respectueux » qui obscurcit, à leur insu, l'entendement de quelques hygiénistes, d'ailleurs de grande autorité.

Tl n'y a qu'à voir les préoccupations des médecins de notre temps, les efforts d'imagination auxquels quelques-uns se livrent pour modifier les cimetières sans les remplacer, et les révélations des dangers possibles fournies par l'étude sérieuse et scientifique des aptitudes des divers sols à protéger la décomposition des morts d'une manière inoffensive pour les vivants.

Gratry propose d'enfermer les cadavres dans des cercueils faits de ciment sur carcasse de lattes ou de fil de fer. On pourrait ensuite déposer ces cercueils dans des sarcophages faits de la môme matière et supprimer l'inhumation proprement dite en même temps que tous les dangers qu'entraînent les cimetières pour l'atmosphère et pour les eaux. Devergie, reconnaissant la réalité des garanties offertes par ce mode de sépulture, constate qu'il est contraire àla loi et aux habitudes du culte des morts ; il deviendrait, d'ailleurs, rapidement encombrant.

Les esprits les plus incompétents ont cru devoir intervenir dans la question des cimetières à grande distance, secondés en ceci par des hygiénistes qui éprouvent le besoin de soumettre la science aux exigences d'un culte. Martin -Barbet estime néanmoins que l'emplacement d'un seul et grand cimetière loin de la ville, comme le comportait le projet du cimetière de Méry-sur-Oise, est préférable à la conservation de trois ou quatre cimetières dans la zone suburbaine, attendu que par l'agrandissement de la cité, ces cimetières finiront par se trouver intra-muros . La distance de 12 à 14 kilomètres de la ville, adoptée à Saint-Pétersbourg, n'est pas excessive. Les caveaux sont à supprimer, comme on l'a fait à Munich; il n'y en a pas en Russie. On peut les remplacer par des concessions en terrain, renouvelables, mais surveillées par l'autorité, de façon à interdire les exhumations prématurées, la reprise du champ commun dans un temps trop court. Les six ans adoptés à Bordeaux sont insuffisants.

Les cimetières doivent être en terrain sec, placés de telle sorte que les vents dominants n'en ramènent pas les effluves sur la ville, largement complantés d'arbres et même masqués, du côté de la ville, par une zone boisée.

Il n'est pas absolument simple de trouver le terrain convenable pour un cimetière, et d'après l'étude de Lossier, que nous allons résumer, il se peut que certaines villes ne le trouvent jamais. Au moins est-il impérieusement indiqué, si l'on persiste dans les habitudes actuelles d'inhumation, de se rendre compte d'abord des garanties qu'elles offrent ou qu'elles refusent.

La putréfaction, Lossier le rappelle, n'est qu'une série d'oxydations qui se succèdent jusqu'à la combustion complète du cadavre. Ce ne sont pas les produits définitifs (eau, acide carbonique, acide nitrique, sulfuriquc, etc.) dont la présence dans le sol ou l'atmosphère est dangereuse, mais bien les gaz et les liquides infects, les alcaloïdes cadavéreux, etc., qui caractérisent les phases intermédiaires, la décomposition putride. L'important est donc que le sol ait la propriété de retenir ces derniers produits, pour qu'ils ne passent ni dans l'air ni dans l'eau. Le reste est indifférent.

Cette propriété, qui dépend de la composition chimique et physique des divers sols, n'est jamais très élevée et, pour suffire à ce qu'on en attend, a besoin que la décomposition cadavérique ne soit pas trop rapide. Le sol ne doit donc être ni trop léger ni trop poreux; autrement, il laisserait passer beaucoup d'air jusqu'au cadavre, et la putréfaction marcherait trop vite.

Fleck donne la table suivante, dressée par Knop, d'après la façon dont les sols absorbent l'ammoniaque :

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