HYGIÈNE MUNICIPALE
mier âge, auprès du ministère de l'intérieur. Des Comités locaux, dans les départements, secondent l'autorité dans l'obligation que cette loi lui impose à l'égard des enfants âgés de moins de deux ans, placés moyennant salaire, en sevrage ou en garde, hors du domicile de leurs parents. Les circulaires du ministre de l'Intérieur, relatives à l'application de cette loi, comptent beaucoup sur le concours des médecins; on ne peut y regretter que l'habitude, trop religieusément entretenue par les administrations, de poser aussi en principe le désintéressement de la profession médicale.
Assistance publique. — La direction supérieure et l'inspection de l'assistance publique appartiennent encore au ministère de l'intérieur. Cette administration comprend les hospices communaux, les bureaux de bienfaisance, les asiles d'aliénés, les sourds-muets et les aveugles, les enfants assistés, etc. Toutefois, elle veille bien plutôt à l'exécution des lois et règlements relatifs à ces institutions qu'à l'hygiène proprement dite. Quant à l'assistance médicale dans les campagnes, elle n'a pas été l'objet d'une organisation générale, ayant un organisme central ; des tentatives ont été faites par un certain nombre de départements pour assurer la médecine des pauvres dans les plus petites localités ; aucune n'a donné de résultats complètement satisfaisants, même en Alsace, où l'institution des médecins cantonaux a pris naissance et où elle a été développée avec le plus de soin et de continuité. Le choix est entre deux systèmes : ou celui qui affecte à une circonscription un même médecin, qui accepte cette charge; ou celui de la liberté absolue à tarif fixe, dans lequel les pauvres choisissent eux-mêmes leur médecin, qui est indemnisé de ses consultations sur le budget départemental. Dans l'un et l'autre, il faut de l'argent, et c'est ce qui retient beaucoup les conseils généraux.
B. Elyg-iène municipale. — Nous pouvons, sans aucune contradiction, compter parmi les fonctionnaires d'hygiène publique municipale les Inspecteurs de police qui font exécuter les arrêtés municipaux relatifs à la salubrité de la voie publique, les Inspecteurs des marchés, des abattoirs, de la boucherie, tous les préposés à la surveillance de la salubrité et de l'intégrité des denrées alimentaires de toute nature.
Ces fonctionnaires existent partout, plus ou moins nombreux, plus ou moins bien dressés, dirigés et encouragés à bien faire. Ce qui leur manque le plus, c'est l'instruction spéciale, les moyens d'un contrôle scientifique, le lien commun d'une impulsion initiale, éclairée et constamment active. Il est possible de combler une forte part de ces lacunes à l'aide des créations dont nous allons voir quelques essais en France, les Bureaux d'hygiène et les Laboratoires municipaux d'analyse.
Bureau d'hygiène du Havre. — Le Bureau d'hygiène du Havre a été créé, en mars i879, par voie d'arrêté du Maire, sur l'initiative des docteurs Fauvel, Lafaurie et, surtout, Gibert, dont le nom se retrouve dans divers autres modes de l'activité philanthropique et médicale. 11 se compose d'un médecin directeur et de six médecins municipaux; il s'appuie d'une commission municipale présidée par le Maire, composée de huit membres,
1302 LÉGISLATION SANITAIRE ET ORGANISATION DE L'HYGIÈNE PUBL. [Législation
dont la moitié sont nommés par les médecins de la ville, au scrutin secret. Le budget de la commune lui fait un subside de 10,000 francs. Ses attributions sont : la constatation des décès à domicile; celle des naissances à domicile ; l'inspection des écoles municipales ; les renseignements quotidiens sur les maladies contagieuses ; le service municipal de vaccination ; les logements insalubres; le fonctionnement d'un laboratoire d'essais. Il reçoit les avis de tous les médecins de la ville sur les cas de maladies épidémiques ou contagieuses qui se produisent dans leur clientèle; ces médecins n'ont qu'à remplir des bulletins ad hoc qui leur sont remis et qu'ils font déposer ensuite au Bureau d'hygiène. Chaque membre du Bureau établit des rapports à l'Administration municipale sur les faits qui parviennent à sa connaissance.
Bureau d'hygiène de Nancy. — Le Bureau d'hygiène de Nancy, créé sur la proposition du professeur Ed. Lallement, à peu près en même temps que celui du Havre, a essentiellement les mêmes attributions et la même constitution que le précédent. Nous remarquons toutefois que les subsides dont il est alimenté paraissent un peu plus généreux que ceux de la municipalité havraise; en outre, qu'il est chargé de surveiller les denrées alimentaires vendues sur les marchés ou chez les marchands. Toutefois, il n'a pas de laboratoire; seulement, le Conseil municipal alloue 1,000 fr. à un expert chimiste de la ville, qui consent à faire les analyses nécessaires dans son laboratoire particulier.
Laboratoire, municipal de Paris. — Le Laboratoire municipal de chimie fonctionne à la Préfecture de police, caserne de la Cité, depuis bientôt trois ans. Il n'a d'abord servi qu'à l'administration ; les échantillons de substances à analyser lui étaient et sont encore remis par elle, ou bien il les fait prélever par ses agents chez les débitants contre lesquels une plainte a été adressée à la Préfecture ou aux Commissaires de police. La falsification est-elle constatée, la plainte est envoyée au Procureur de la République qui poursuit d'office. Le public n'est prévenu qu'après le jugement. Le plaignant peut alors, s'il le juge convenable, même après la condamnation en police correctionnelle, exercer son droit de poursuite en dommages-intérêts.
Depuis le 1er mars 1881, le Laboratoire municipal, avec un chef de laboratoire (Ch. Girard), un contrôleur général et 50 agents, est ouvert au public, qui peut y faire analyser les boissons et denrées alimentaires de toute espèce et tous objets quelconques pouvant par leur usage intéresser la santé. Les analyses qualitatives, avec l'énoncé bon., mauvais, falsifié, sont gratuites (c'est trop peu) ; les analyses quantitatives sont taxées de 5 à 20 francs (c'est trop ; les analyses du vin, du lait, de la bière, sont justement à ce dernier tarif). Le bulletin donnant le résultat de l'analyse qualitative contient ra mention suivante : Toute personne qui userait du présent bulletin pour nuire à la réputation dautrui commettrait le délit de diffamation (Art. 18 de la loi du 17 mai 1819). Évidemment, il faut avoir les plus grands égards vis-à-vis des voleurs; il ne serait pas étonnant qu'un jour les chimistes du laboratoire ne fussent eux-mêmes poursuivis en diffamation et il n'est pas certain qu'ils en sortiraient intacts.
spéciale.]