III. — Silicates badques
Serpentine 104
Concrétions basaltiques 116
Donc, 1° les silicates basiques absorbent le plus d'ammoniaque; 2° l'oxyde de fer augmente le pouvoir absorbant des silicates; 3° les minéraux à grain serré absorbent le moins facilement l'ammoniaque.
Mais il importe de connaître la durabilité de cette propriété de fixation des produits putrides par le sol. On a comparé, sous ce rapport, de l'argile prise à la profondeur de 2 mètres dans le voisinage d'un cimetière (près de Lôbtau), du sable du parc de Dresde, et du gravier de l'Elbe. Ces trois espèces de terres furent mélangées d'eau additionnée de 6 pour 100 de liquide de latrines filtré, dans la proportion de 100 grammes de terre (bien desséchée) et de 500 grammes de l'eau préparée. Après quarante-huit heures, on séparait par filtration.
L'eau préparée contenait par litre : 21 milligrammes d'ammoniaque et 44 milligrammes de substances organiques. Après quarante-huit heures de contact, elle contenait encore :
Avec Vargile\ ammoniaque..... 9 milligr.
* { substances organiques 34 —
Avec le sable et le gravier, elle n'avait pas changé. L'argile avait donc absorbé 52 p. 100 de l'ammoniaque et 23 p. 100 de la matière organique: le sable et le gravier avaient tout laissé passer.
Pour reconnaître la force avec laquelle l'argile retient les substances absorbées, on mélangea avec de l'eau pure 200 grammes d'argile chargée d'ammoniaque et de substances organiques, comme dans l'expérience précédente. Cette sorte de lavage, répété plusieurs fois, donna les résultats ci-dessous :
Ammoniaque.
L'argile contenait par elle-même 0sr,0025
Elle prit à l'eau impure u ,0490
En tout.
[Hygiène
Elle abandonna à l'eau pure :
Au premier lavage
Au deuxième
Au troisième
Donc, l'action de l'argile est toute mécanique; elle absorbe les matières organiques quand elles sont abondantes, pour les rendre plus tard peu à peu aux eaux de filtration.
L'oxyde de fer dans le sol absorbe complètement les hydrogènes sulfuré et phosphore qui se dégagent dans les cimetières. Les sulfures etphosphures de fer formés se convertissent en sulfates.
Les acides libres (acétique, lactique, butyrique) delà première période de décomposition sont en grande partie neutralisés par les carbonates de chaux et de magnésie. On a reconnu depuis longtemps que les terrains calcaires favorisent la putréfaction et la régularisent.
Orfila a démontré que les terres fortement alcalines consomment en peu de temps les cadavres; le sable très lentement; dans le terreau, la saponification ne tarde pas à s'accomplir.
Le sol se divise (physiquement), dit Lossier, en trois variétés, le gravier, le sable, la terre impalpable. Celle-ci, qui est la moins perméable, est la plus absorbante. Le sol des cimetières ne doit être ni absolument perméable ni absolument imperméable ; il faut, en effet, que Fair et les eaux de pluie arrivent lentement sur les cadavres et que, de là, les eaux filtrent d'une façon prolongée, sans quoi ou bien les cadavres baigneraient dans l'eau (sous-sol imperméable), ou bien l'eau entraînerait dans la nappe souterraine et les puits les matières putrides.
Lorsque le sous-sol est dans ces conditions de perméabilité certaine, mais médiocre, l'eau des puits autour des cimetières ou môme dans les cimetières est parfaitement utilisable et inoffensive, lors même qu'on y trouverait des nitrates, des chlorures, des sulfates, derniers degrés de l'oxydation organique (Fleck, Sander).
A la rigueur, le sol peut se saturer et les substances qui transforment les produits de putréfaction s'épuiser. La végétation, dans les cimetières, n'y fait rien, puisque les plantes n'utilisent que l'acide carbonique, les nitrates, les phosphates, les sels ammoniacaux, c'est-à-dire les substances organiques arrivées au point où elles ne sont plus dangereuses.
« Le terrain le plus propice à V établissement d'un cimetière sera un terrain calcaire et ferrugineux, moyennement perméable à l'air et à Veau, et dont le sous-sol permettra un écoulement lent et régulier des eaux de pluie. » (Lossier.)
11 a été possible à Lossier d'apprécier la perméabilité de divers terrains :
1° En faisant creuser des fosses de 2 mètres de profondeur; les unes restent à sec, par conséquent sont imperméables sur toute leur hauteur; d'autres se remplissent d'eau au tiers, à la moitié, entièrement, d'où l'on peut conclure que la nappe souterraine circule librement, mais que le fond de la fosse est imperméable.
2° En aspirant l'air du sous-sol par un tuyau de plomb engagé dans des trous de G centimètres de diamètre et de 2 mètres de profondeur. Le tuyau, introduit jusqu'à lm,50, était muni à son extrémité supérieure d'une tubulure communiquant avec un aspirateur. Celui-ci se composait de deux flacons de 5 litres, dont l'un, plein, se vidait dans l'autre pour faire l'aspiration. A l'air libre, le tuyau permettait l'écoulement d'un litre en vingt secondes. Dans l'expérience, il arrive : que l'aspiration n'amène que de l'eau; ou que la tubulure de caoutchouc s'aplatit après l'aspiration de 1 litre environ ; ou que l'on peut faire successivement deux et même
générale]
ÉTAT DE LA SURFACE DU SOL
trois aspirations de o litres, mais avec une vitesse qui va en diminuant : 4m10s pour les 5 premiers litres, 7mi5s pour les 5 litres suivants, arrêt après le premier litre de la troisième aspiration; ou, enfin, que l'on peut faire successivement un grand nombre d'aspirations avec une vitesse moyenne de 35s ou de 46s pour 1 litre, et de faibles variations de vitesse d'une aspiration à l'autre.
Il faut remarquer que des drains ou des puits perdus pourraient peut-être assurer l'écoulement des eaux, dans un terrain qui n'y est pas naturellement disposé, et que l'usage même ameublit le terrain des cimetières par le creusement des fosses. Cette dernière circonstance est un bénéfice réel quand le temps de « rotation » est assez long, quinze à vingt ans par exemple.
4. La souillure du sol par le gaz d'éclairage, naturéllement exclusive aux villes, a lieu par suite de la diffusion du gaz dans la terre qui en recouvre les conduites, à la faveur de joints imparfaits ou de fissures que la rouille, la gelée,, les rats, ou quelque accident déterminent dans le métal des tuyaux ; quelquefois encore les fuites s'opèrent à l'occasion de travaux d'installation des égouts, lorsqu'on fait suivre à ceux-ci la même tranchée qu'aux conduites de gaz. Sainte-Glaire Deville estime en bloc qu'un dixième de tout le gaz fourni à Paris se perd dans le sol. A. Layet, qui a fait sur ce point de remarquables recherches, calcule que cette quantité, pour Paris, peut être évaluée à 15 millions de mètres cubes par an ; à Londres, le sol reçoit 186,000 mètres cubes de gaz par kilomètre carré.
Ce mélange, assez impur, qui constitue notre gaz d'éclairage, associé ou non aux émanations des égouts, traverse donc les couches du terrain dans tous les sens, contribue pour la meilleure part à lui donner la coloration noire et l'odeur fétide que l'on connaît, fait périr les arbres et, peut-être, dans les remuements du sol des villes, est-il la cause de ces fièvres de mauvais caractère que l'on prend pour de l'intoxication tellurique (Voy. plus haut, page 87). Dans tous les cas, il finit par atteindre l'eau des puits et l'air de nos cuisines basses et même celui de nos appartements, en hiver surtout, par appel de bas en haut, lorsque la consommation de gaz est très active, que le sol de la rue est gelé et que les intérieurs sont chauffés d'autant plus énergiquement.
L'infection du sol par le gaz d'éclairage n'a évidemment pas la même propriété que les processus de putréfaction, de disposer le sol à être le foyer de pullulation des principes morbigènes, miasmes ou germes. Ce serait plutôt le contraire, selon la remarque de Sainte- Glaire Deville, et le gaz d'éclairage, par les propriétés antiseptiques de l'acide phénique et du goudron de houille serait justement l'antidote des souillures de provenance animale. Malheureusement, ces actions chimiques au sein du sol laissent bien des doutes sur l'innocuité de l'air qui s'en dégage et, dans tous les cas, ne l'empêchent pas de compromettre celui de la rue. L'efficacité de l'acide phénique pourrait n'être jamais en défaut que le gaz d'éclairage n'amènerait pas moins dans le sol un agent des plus redoutables, l'oxyde de carbone. Celui-ci, peut-être, n'est guère dangereux, dilué dans l'air de la rue; c'est déjà autre chose dans l'air des rez-de-chaussée, même en temps ordi-
Arnould. — Hygiène. 7
98 DU SOL. [Hygiène
naire et à petites doses ; il se pourrait que ce fût là le premier coupable dans Yanémie parisienne des -magasins, des cafés, des loges de concierge. Mais il est meurtrier lorsque, pendant les nuits, une fuite ignorée, même à distance, et à la faveur de l'appel dont il a été parlé, envoie le gaz dans une pièce où dorment des humains. Les catastrophes de ce genre ne sont pas absolument rares ; il en a été rapporté des exemples par Tourdes (1840), Pettenkofer, de Ghaumont, Séverin Caussé (1874), E. Rochelt, d'Innsbmck (1875), Ruggiero Gobelli (1877), Alex. Layet (1879).
A Berlin, en 1864, 39 sur 940 puits publics étaient imprégnés de gaz d'éclairage. On voit même (Harvey) ce gaz pénétrer dans les conduites d'eau, surtout lorsque le passage de l'eau dans celles-ci est intermittent. L'ébullition d'un liquide ainsi altéré met en évidence l'odeur spéciale du gaz d'éclairage.
L'introduction du gaz dans les égouts peut donner lieu à de formidables explosions. Philadelphie a été le théâtre d'un accident pareil qui, heureusement, ne coûta la vie à personne, mais détruisit pour quelque temps une portion de l'égout où il s'était produit.
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ÉTAT DE LA SURFACE DU SOL
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— Vernois : De l'altération des eaux de puits par le voisinage des cimetières (Annales d'hygiène publ. Paris, 1871). — Caussé (Séverin) : Asphyxie de trois personnes par le gaz d'éclairage (Annales d'hygiène publ. 2e série, XLIV, 1875). — Martin-Barbet : Des cimetières au point de vue de Vhygiène publique (Annales d'hygiène publ. 1875, 2e série, XLIII). — Devergie (Alph.) : Nouveau mode d'inhumation dans les cimetières (Annal, d'hyg. publ. et de méd. lég., XLV, 1876). — J. Lefort : Remarques sur l'altération des eaux de puits par le voisinage des cimetières (Union médicale, 1876). — Fox : Sanit. Examinations of Water, Air and Food. London, 1878. — W. H. Ford : Soil and Water (A Treatise on Hygiène and public Health, edit. by Buck. New- York, 1879). — A. Layet : Des accidents causés par la pénétration souterraine du gaz de l'éclairage dans les habitations (Soc. de méd. publ. et Revue d'hygiène, 1880, n° 2). — Riant (A.) : De la crémation (Congrès international d'hygiène, à Paris, en 1878. Et discussion, Compt. rendus, n° 10. Paris, 1880). — Lossier (L.) : Des conditions d'un bon cimetière. Expertise chimique des terrains (Revue d'hygiène, 1880, n° 6).
III. Marais et «état malariai du soi. — C'est à dessein que nous amenons à cette place et sous ce titre l'étude des conditions du sol, que les médecins, de temps immémorial, mais sans pousser l'analyse aussi loin que le font nos contemporains, ont regardées comme la raison d'être de toute une classe d'affections, très homogène d'ailleurs, désignées sous les noms divers de fièvres, fièvre intermittente, fièvre de malaria, fièvres pernicieuses, accidents palustres, fièvre tellurigue. En effet, il ne paraît pas que l'on puisse légitimement rattacher ces influences si sérieuses à l'étude de l'air, qui n'est que le véhicule presque indifférent des principes sortis du sol dans les circonstances que l'on va définir; et, d'autre part, si l'on peut, en tête de cet article, inscrire le mot : Marais, qui répond aux idées antiques, ce sera seulement une occasion de montrer que l'eau n'est qu'un des agents qui prennent part à une élaboration dangereuse, assez complexe, dont le sol est le réceptacle habituel et à peu près nécessaire. L'air et l'eau sont ici des éléments appelés à jouer un rôle chimique ou physique, sans spécificité. La spécificité est tout entière dans la nature des substances, que le sol offre à l'action de ces réactifs, et dans la direction du processus fermentatif auquel il se prête en vertu de ses aptitudes naturelles et des manifestations de vie qui se sont spontanément adaptées à sa constitution minérale.
Si l'on analyse les données qu'une observation vingt fois séculaire nous a fournies et celles que les modernes ont particulièrement mises en relief, on trouve toujours, à l'origine des accidents dits palustres ou telluriques :
1° Le sol, perméable à la surface et jusqu'à une certaine profondeur ;
2° La présence de détritus ayant appartenu au monde vivant et subissant, abrités par les molécules du sol, la fermentation putride;
3° L'accès de l'eau jusqu'au foyer où s'accomplissent ces phénomènes ;
100 DU SOL. [Hygiène-
4° L'accès simultané de l'air, dont l'oxygène participe aux combinaisons nouvelles et qui apporte peut-être les agents de la décomposition organique, en même temps que les oscillations de l'atmosphère tellurique et les échanges gazeux permettent la durée du phénomène ;
5° L'action de la chaleur, qui se rattache essentiellement à la précédente, puisque c'est l'air extérieur qui introduit surtout de la chaleur dans le sol et que, dans tous les cas, quelle que soit la conductibilité du terrain, la température de ses couches se règle sur la température du dehors (avec un retard plus ou moins accentué, comme il a été dit).
Mais on remarque tout d'abord que ces conditions, vues d'une façon générale, sont absolument les mêmes que celles auxquelles nous avons antérieurement attaché une importance de premier ordre, vis-à-vis de l'éclosion des épidémies de choléra et de fièvre typhoïde, soit que l'on envisage le sol comme engendrant de toutes pièces les principes morbigènes correspondant à ces affections, soit que l'on suppose seulement la réviviscence ou l'évolution de germes pathogéniques réels. Il existe pourtant une circonstance distinctive, que nous allons spécifier ; mais il n'y a pas lieu de méconnaître cette communauté d'origine de la fièvre de malaria avec la fièvre typhoïde et le choléra; il conviendrait plutôt de la faire ressortir expressément et, s'il arrive que les principes étiologiques de l'école de Pettenkofer, ou ceux qui s'y rattachent, soient conformes à la réalité, on ne saurait contester que le choléra et la fièvre typhoïde, en tant qu'épidémies, n'aient une origine tellurique, presque aussi bien que les maladies, appelées palustres jusque dans ces derniers temps.
Néanmoins, à travers les faits généraux et communs, l'on distingue un trait capital et qui, à lui seul, devient une base de différenciation à laquelle
nne saurait échapper. Dans des conditions physiques fort voisines de part et d'autre, le sol a reçu, ici, des détritus organiques provenant de l'homme et des groupes d'êtres vivants tels qu'il les fait ; là, des substances égalément organiques, mais simplement fournies par la vie commune et universelle, par la spontanéité du sol, si l'on peut dire, sans que l'homme y soit pour rien. On peut même dire que le caractère des influences de ce dernier ordre est d'autant plus accentué que l'homme y est plus étranger. Gela ne signifie pas que ces détritus sont fournis exclusivement par le règne végétal; toutefois, il est habituel que les matériaux de cette provenance prédominent par la taille et la masse.
En réfléchissant que c'est le sol, pour ainsi dire, qui se fait à lui-même ces souillures et ces influences insalubres, l'on conviendra que celles-ci méritent mieux que les autres Tépithète de telluriques et qu'il y a une certaine logique chez les épidémiologistes français, lorsqu'ils prétendent restreindre le cadre des maladies à proprement parler telluriques aux seules affections dans lesquelles l'étiologie par les influences du sol est pure, exclusive de tout agent surajouté et particulièrement de toute modification due au séjour des groupes humains.
Une autre circonstance qu'il convient d'énoncer immédiatement, parce au'elle est très constante encore qu'on puisse la concevoir moins rigou-
générale.] ÉTAT DE LA SURFACE DU SOL. 101
reuse que la précédente, est celle-ci : la décomposition organique, d'où émane le principe (quel qu'il soit) des affections telluriques, a d'ordinaire pour foyer les couches les plus superficielles du sol ; lorsque ce foyer est devenu profond, il n'a d'action spécifique qu'autant que des accidents mécaniques ou autres le font repasser à l'état de foyer superficiel. Nous avons, dans cet énoncé, le rapprochement du « marais type » et du « sol improductif » (L. Colin); circonstances que les observations démontrent avoir la même action pathogénique et qu'il faut bien, par cela même, considérer comme réalisant au fond, toutes deux, une condition identique de la part du sol; une même maladie spécifique ne peut avoir deux causes différentes.
C'est cette condition commune qui est le fait dominateur ; l'aspect extérieur de marais, celui de sol improductif, ou tout autre que l'on pourrait signaler, ne sont que des accidents de forme. Nous venons de dire en quoi consiste la réelle condition pathogénique : c'est le conflit de l'eau, de l'air et de la chaleur avec les déchets organiques spontanés, dans les couches les plus superficielles du sol. Les deux modalités : marais et sol improductif, nous serviront seulement à faire les distinctions que l'observation indique et qui, pratiquement, sont d'une réelle utilité.
A. Des marais. — L'hygiène et surtout l'étiologie ont notablement élargi le sens vulgaire du mot marais. Il fallait faire rentrer dans cette expression unique toutes les circonstances du sol desquelles procèdent des accidents pathologiques univoques. Du moment que nous avons établi que dans d'autres conditions, par exemple dans le sol riche et improductif, les mêmes faits étiologiques que dans le marais peuvent se présenter, il nous est permis de faire la distinction descriptive sans attenter à l'unité de la cause, et nous pouvons conserver au terme marais sa définition géographique. C'est un terrain dont les premières couches sont imbibées d'eau jusqu'à en être amollies et en garder habituellement une certaine épaisseur au-dessus d'elles, à titre de partie intégrante de la surface, c'est-à-dire sans renouvellement sensible.
Bien que cette épaisseur d'eau visible et peu renouvelée puisse être très variable en dimensions, se supprimer même pendant un temps, ce n'en est pas moins un caractère de premier ordre et qui, à lui seul, doit appeler l'attention. Autrefois, les hygiénistes avaient même un chapitre : des Eaux stagnantes, et non sans raison. Comme cette circonstance peut être réalisée de mille façons, par l'eau du ciel, par celle des sources, des rivières, des fleuves et même de la mer, il devient légitime d'envisager, dans cet article, les eaux superficielles, comme telles ; l'étude des eaux considérées comme boisson devant avoir un tout autre aspect.
Modes de formation des marais. — La création d'un marais dépend essentiellement de la façon dont l'eau arrive au terrain et de la manière dont celui-ci se prête à la recevoir et à la garder. La coïncidence de ces deux conditions a lieu spontanément ou artificiellement et par la volonté même de l'homme, suivant la distinction utile, établie par E. Vallin.
a. Il est clair que le sol spongieux des alluvions, très riche en débris organiques, doué d'une grande affinité pour l'eau, est l'un des plus aptes à
DU SOL
[Hygiène
la formation des marais ; d'autant mieux qu'il se trouve nécessairement à la terminaison des déclivités et là où la nullité des pentes amortit le cours des eaux. Les marais célébrés se trouvent aux deltas de beaucoup de grands fleuves, Nil, Gange, Mississipi, Rbône, Pô. Us ont d'ordinaire une haute nocuité, en raison de la facilité que le sol meuble des alluvions offre à la vie végétale.
Mais les dépôts alluvionnaires sont formés de l'usure, par les pluies et les neiges, de roches de toute nature, parfois métamorphiques ou cristallines. C'est dire qu'il n'y a pas de sol antipathique en soi à la formation des marais. La désintégration des granités, surtout des granités schisteux, donne lieu, en effet, à la formation de marais d'une nocuité reconnue ; le sable ou le gravier, dans lequel l'érosion de la mer convertit les rochers de la côte, et que le flot repousse ensuite sur le rivage, se montre parfaitement doué d'une semblable aptitude. Les sols argileux ou marneux, qui sont vite saturés d'eau, mais retiennent énergiquement ce liquide, se prêtent bien à la constitution des marais ; mais il en est de même du sable ou du calcaire à fragments, toutes les fois que ce sol léger est en couches minces, reposant sur un fonds d'argile ou tout autre stratum imperméable.
L'ubiquité des marais prouve que la nature géologique des terrains n'a pas une extrême importance. Tout ce que l'on peut concéder, de par l'expérience, c'est que la constitution chimique des sols peut influer sur le plus ou moins de malignité du marais. En dehors de la richesse en matières organiques, il paraît démontré que l'abondance des sulfates et carbonates contribue à en élever les propriétés malfaisantes, sans doute parce que les sels terreux et alcalins jouent un rôle dans le processus chimique des décompositions putrides.
En ce qui concerne la surface, la condition capitale est la dépression locale et la nullité ou Yinsuf/isance des pentes. C'est là ce qui ouvre la porte à l'afflux des eaux et ce qui leur ferme essentiellement les issues d'évacuation. Cela revient à dire que le rôle de l'eau est le plus important et que celui du sol est secondaire. En effet, l'eau, dès qu'elle peut recouvrir d'une façon durable un terrain à peu près quelconque, y précipite une couche alluvionnaire dont l'épaisseur s'accroît lentement, mais sûrement; bouche les pores du sol s'il est poreux; recouvre de vase, tantôt la roche nue, tantôt la terre cullivée ; et, même aux grandes hauteurs, finit par créer des marais. Néanmoins, l'imperméabilité des couches les plus voisines de la surface reste un puissant auxiliaire.
L'eau qui forme des marais peut être celle de la pluie ; pourvu qu'elle soit abondante à une certaine saison ; qu'elle ne s'infiltre pas assez vite et assez profondément; qu'elle ne s'évapore pas rapidement en entier; qu'elle ne trouve pas à s'écouler immédiatement vers un cours d'eau. Ce sont des circonstances pareilles qui, à moins, d'une grande surveillance, feraient des marais dans les Bombes, lors même que l'industrie humaine ne les eût pas provoqués. L'homme n'a d'ailleurs fait que mettre à profit les dispositions naturelles du terrain. La Dombe est un plateau élevé de plus de 100 mè-
générale.] ÉTAT DE LA SURFACE DU SOL. 103
très au-dessus du niveau du Rhône, à pente tournée vers le nord, argilosiliceux et presque imperméable; il a suffi de quelques barrages pour établir une multitude d'étangs, essentiellement alimentés par l'eau du ciel. D'autres fois, l'eau de la pluie tombe sur une plaine excavée, à sol perméable, traversée par un cours d'eau ; mais la pente est nulle de la plaine vers la rivière et celle-ci, gonflée elle-même par la précipitation pluviale, contribue d'autant moins à drainer le pays environnant. Bien plus, comme c'est le cas de la part de la Loire, de la Seille, le fleuve lui-même peut déborder et ses eaux gagnent à distance des dépressions dont le fond est notablement plus bas que le bord de la rivière; elles ne rentrent donc pas, même quand le niveau du fleuve a baissé, et si le sol est argileux, elles stagnent jusqu'à évaporation. La mer, dans les marées hautes ou par le gros temps, fait de même sur les côtes basses de l'Océan et de la Méditerranée; elle projette par-dessus le bourrelet de gravier {cordon littoral) qu'elle s'est fait à elle-même, par-dessus les barres, les flèches, les dunes, de l'eau que la vague ne ramène pas à l'Océan et qui séjourne désormais dans les dépressions du littoral.
Dans des circonstances analogues, une collection d'eau non stagnante ou très profonde, située à un niveau plus élevé que certains points du pays environnant, et dont les bords sont perméables, entretient à distance, selon le mécanisme des vases communiquants, une nappe d'eau, qui est comme lanappe souterraine rendue visible.
Ou bien encore, des lacs, des étangs, des bras de rivières, qui étaient en communication avec un cours d'eau pendant la saison humide, cessent de l'être au moment des sécheresses et deviennent des eaux stagnantes. On peut rapprocher de ce mécanisme celui par lequel des étangs, qui eussent possédé une profondeur d'eau suffisante pour les rendre inoffensifs, mettent à peu près à découvert pendant l'été leurs bords et surtout leur queue, à l'état de marécage extrêmement actif.
Les courants marins disposent parfois le sol du littoral à se prêter à la formation des marais. Ainsi, le bras du Gulf-stream qui érode la falaise bretonne pour en porter les débris sur la côte de la Charente-Inférieure ; le courant méditerranéen est-ouest, de Marseille à Port-Vendres. Quand un tel courant rencontre celui d'un fleuve, le Rhône par exemple, charriant une forte quantité de limon, il est inévitable que des barres se forment, laissant derrière elles des dépressions où reste une nappe d'eau peu profonde, ne communiquant plus avec la mer ou ne s'y rattachant que par les étroites coupures appelées graus dans notre Midi.
Nous aurons complété ce qui a trait au rôle de l'eau quand nous aurons dit que, sur divers points, la déperdition d'eaux thermo-minérales, nécessairement riches en sels et quelquefois sulfureuses, a été la raison de l'existence de marais remarquablement offensifs.
p. L'industrie humaine provoque une assez grande variété de marais, à la faveur toutefois des mêmes conditions de sol que celles qui président à la formation du marais spontané. L'exploitation de la tourbe, les travaux de chemins de fer en terrains plats, sont l'occasion de cavités artificiellement
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[Hygiène
pratiquées dans le sol, et, dans le dernier cas, précisément dans le but d'y ménager une retraite à l'eau.. Les routoirs en eau dormante sont des marais de même ordre ; il s'y mêle un autre élément que celui des effluves naturels. Les salines, au bord de la mer, ne constituent pas des marais par le fait même delà fabrication du sel; mais, trop souvent, l'eau croupit dans les canaux et les fossés qui desservent ou entourent l'usine ; c'est là qu'est le vrai marais salant (E. Vallin). De plus, lorsque pour une raison quelconque l'exploitation du sel -vient à être abandonnée, les digues se rompent, les fossés s'obstruent et l'emplacement se transforme en cette espèce mal famée, appelée marais gâts (c'est-à-dire gâtés pour la production du sel) par les habitants de nos côtes de l'Ouest, et dans lesquels se réalise ce mélange fâcheux d'eau douce et d'eau salée, qui a valu aux marais mixtes une distinction spéciale et une renommée particulièrement mauvaise. Nous avons dit que la présence des matières minérales, surtout des sulfates, favorise l'oxydation des matières organiques (Daniell, Ghevreul) ; ajoutons que l'eau de mer tue les organismes d'eau douce, selon la remarque de Métier et de Bouchardat, et que la réciproque a lieu. C'est autant d'aliment assuré à la décomposition.
L'élève du poisson a été la raison de la création des étangs des Bombes et de ceux de la Sologne, sur un espace déprimé encore en formation géologique (Élisée Reclus). La culture du riz en Piémont et dans l'île de la Camargue n'est autre chose que l'entretien systématique de marais. Il en est de même de celle du coton, dans la Caroline du Sud. Dans l'Inde, c'est la culture de la canne à sucre. Les oseraies, sans solliciter l'état marécageux du sol, en autorisent la persistance. Il y a quelques années, l'élève de la sangsue était le prétexte de la conservation de quelques marais sur les bords de la Garonne, dans la Meurthe et la Nièvre.
Enfin, le mode moderne d'assainissement des eaux d'égout par l'irrigation du sol paraît avoir constitué de nouveaux foyers de malaria, ainsi qu'il résulterait des constatations de Delpech sur les habitants de la presqu'île de Gennevilliers, près de Paris, en 1875.
B. État improductif du sol. — Nous ne cherchons pas encore à savoir les conséquences pathologiques de l'influence des marais tels que nous venons d'en indiquer la formation. Mais on a déjà pressenti que l'influence de l'état improductif du sol se révèle en divers points par des conséquences identiques à celles de la présence des marais. Telle est la raison pour laquelle il convient de préciser les circonstances dans lesquelles le sol a été incriminé à ce point de vue étiologique et pour ce fait: que son activité non dépensée équivaut à l'action des effluves positivement palustres.
Ce n'est pas d'hier que l'on a remarqué que, si parfois le marais évident n'engendre pas de maladie, en revanche les accidents imputés d'habitude aux marais s'observent sur des terrains que Ton ne saurait, même avec la plus grande complaisance et l'ingéniosité la plus hardie, qualifier de marécageux. C'est précisément pour expliquer cette apparente contradiction que des auteurs, à une date encore peu éloignée, se rejetaient les uns sur l'hypothèse du marais souterrain (F. Jacquot, Armieux), d'autres sur l'ac-
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tion d'un agent assez indépendant du marais pour pouvoir être rencontré avec toute autre condition du sol: la chaleur, l'électricité, l'ozone (Armand, Eisenmann, Burdel, Durand de Lunel, Pouriau, Bœckel père). Ces théories ont eu trop peu de vitalité pour qu'on s'arrête à les réfuter ici. La véritable ingéniosité devait se montrer dans la conception la plus simple : celle qui consiste à mettre au second rang de l'étiologie des maladies de malaria les circonstances qui peuvent varier ou manquer, et au premier celles qui sont constantes. Or, le marais tel que nous l'avons défini ne se retrouve pas toujours dans cette étiologie ; ce qui ne manque jamais, c'est le sol riche en détritus organiques et accessible à l'eau, à l'air et à la chaleur. 11 vaudrait mieux dire : ce sont les phénomènes de fermentation putride dans les couches superficielles du sol livré à lui-même.
Le terme d'intoxication tellu?'ique, proposé par Léon Colin, en 1869, est heureusement choisi pour donner satisfaction aux nombreux observateurs qui avaient reconnu la possibilité d'effluves fébrifères sans marais et pour délier la doctrine étiologique des entraves où la retenait l'impaludisme exclusif. Le besoin d'un pareil terme était dans les esprits et, comme le reconnaît L. Colin lui-même, le mot s'était déjà trouvé sous la plume de Lacroix (des Rousses), médecin en chef de l'hôpital militaire de Dellys (Alger). Nous avons dit précédemment pourquoi l'influence du sol naturel semble plus rigoureusement téllurique que celle du sol modifié par le séjour de l'homme. Nous ne saurions donc qu'accueillir favorablement, dans le cas actuel, l'expression proposée et qui, d'ailleurs, tend à passer dans Tusage ; à condition, toutefois, qu'on ne la réserve pas exclusivement aux influences du sol improductif et qu'elle comprenne également celles du marais qui, en réalité, n'est qu'un foyer plus apparent, plus immédiat, des mêmes phénomènes de décomposition.
Voici, maintenant, des exemples de ces circonstances, étonnantes autrefois avec la doctrine de l'impaludisme, dans lesquelles une influence identique à celle du marais se révèle sans marais.
1. Les grands remuements du sol, même dans les villes ou dans leur rayon immédiat, provoquent des accidents pareils à ceux que l'on observe en pays marécageux. On les a vus à Paris, en 1811, lorsque l'on creusa le canal Saint-Martin; en 1840, à l'occasion de l'établissement de la fortification ; plus tard, dans les bouleversements opérés par l'administration de M. Haussmann. Récemment (1875), Nancy en éprouva de semblables, pendant que la ville remaniait la place Saint-Jean.
2. Un auteur qui a résumé d'une façon merveilleuse toute la géographie médicale de la malaria, Aug. Hirsch, écartant les circonstances de lieux dans lesquelles on peut accuser, à défaut de marais visible, l'eau souterraine (la prairie d'Amérique, les steppes russes), l'imperméabilité du sol (certains districts de la Grèce, de la Turquie, de la Belgique), la culture du riz (Hong-Kong), déclare qu'il est cependant impossible de retrouver le marais sous une forme quelconque dans les points suivants, où il existe des maladies semblables aux fièvres dites palustres :
— ' Le haut plateau de Castille, désert, nu, sans eau, singulièrement sté-
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rile, à physionomie de steppe, et où le sable et les galets feraient croire à un lit de mer mis à sec ;
— La plaine del'Araxe, haut plateau à fonds basaltique, entourée de collines arides et désertes;
— Les terrasses de la Perse et particulièrement le plateau d'Iran, à sol calcaire recouvert de rognons de silex et d'amas de sable, sans cours d'eau et auquel un ciel implacablement bleu n'envoie pas de précipitations atmosphériques;
— Les fameuses maremmes de Toscane, la campagne de Rome et les Calabres. Le sol y est presque partout volcanique ; on s'y heurte aux granités et aux roches de transition. La surface du sol, dans les Maremmes, est constituée par une couche de marne mêlée de sel et de gypse, appartenant aux terrains tertiaires ; çà et là, sur la côte des Maremmes, on trouve des alluvions marines et, à l'embouchure des cours d'eau, des points vraiment marécageux. Mais, dans la campagne de Rome et en Galabre, la surface est formée de tuf volcanique et, même dans les Maremmes, à l'exception des points qui viennent d'être signalés, la contrée est pauvre en eau, plus ou moins stérile. A la vérité elle est riche en solfatares et en émanations gazeuses ; ce qui a valu quelque attention à cette circonstance au point de vue de l'étiologie delà malaria. Mais, pour la majeure partie du pays, les observateurs se voient obligés de renoncer à la théorie de la production delà maladie par l'infection palustre.
— Les hautes plaines de l'Inde, où s'observe le hill-fever ou fièvre de montagne. Tantôt cette fièvre appartient à des hauteurs couvertes de jungles ou de forêts, par exemple dans la région des Ghattes (Gibson, Wright et Macdonnell) ; il y a, dans ce cas, des raisons légitimes de l'assimiler pour l'étiologie à la fièvre de marais. Mais on la rencontre également sur les hauts plateaux de Malwa, Ghota Nagpoure et Mysore, où le sol est volcanique ou granitique, comme on vient de l'indiquer pour la campagne de de Rome et la Galabre.
— Enfin l'île de Katch (ou Kutch), aux bouches de l'Indus, et l'île de Geylan. L'île de Katch est également volcanique, à sol sableux et extraordinairement stérile ; à la vérité, elle est reliée à la terre ferme par le marais salé du Rinn ; mais celui-ci n'a pas de végétation et, d'ailleurs, ne saurait influencer les points de l'île qui ne sont pas sous le vent de ses exhalaisons. Néanmoins, Katch a des fièvres, comme Geylan en a sur des points montagneux, exempts de marais et de toute condition qui s'en rapproche.
Aux États-Unis d'Amérique (Woodward, Charles Smart), l'on connaît également une fièvre de montagne {moutain-fever), qui s'observe dans les prairies et les grandes terrasses de l'Ouest. Frappés de l'impossibilité de trouver une surface d'eau stagnante ou simplement fangeuse qui pût expliquer, sur ce terrain, une réelle infection de l'air (malaria), les auteurs américains ont néanmoins pensé que le principe de la fièvre est dans le sol, mais qu'il est apporte aux économies par l'eau ; ils ont même fait, à ce propos, la distinction de la malarial-fever et de l' aquamalarial-fever ; c'est cette dernière qui est la fièvre de montagne. Cette doctrine emporte la so-
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lution d'une autre question, celle du véhicule ordinaire du principe infectieux et des voies par lesquelles il pénètre dans l'organisme humain. Mais je remarque dans les auteurs américains une grave indécision vis-à-vis de la nature de cette fièvre de montagne ; on s'est demandé non seulement si elle a droit d'être regardée comme un type spécial, mais encore si elle appartenait bien au même cadre que les fièvres de malaria et non point à celui des affections typhiques. Nous qui avons observé dans un pays chaud, l'Algérie, nous pensons que le diagnostic de l'espèce mérite ici d'être contrôlé et plus amplement vérifié . La fièvre typhoïde d'Algérie s'est longtemps mêlée, sans qu'on s'en rendît compte, aux formes pseudo-continues des affections paludiques. Il ne serait pas impossible que le même fait se fût quelquefois produit dans ces régions élevées de l'Inde et de la Perse, à terrain volcanique d'ailleurs, mais où l'hygiène des habitants est à l'état embryonnaire et semble plus en rapport avec la genèse des affections typhiques qu'avec celle de tout autre.
3. Nous venons de voir comment Hirsch apprécie l'influence du sol de la campagne romaine. Léon Colin a constaté à son tour la parfaite sécheresse de la plaine insalubre qui est YAgro Romano, et ne peut que répéter le jugement de Bonstetten : « La campagne même de Rome est si peu marécageuse que je ne connais pas de pays sans police où il y ait si peu d'eau stagnante. » Et c'est justement l'étude attentive de ce sol mal famé qui lui a servi de base pour l'édification de sa doctrine de « l'intoxication tellurique » et non plus « palustre ».
Les marais Pontins eux-mêmes possèdent de vrais marécages, mais une bien plus grande étendue de terrain recouvert de végétation spontanée, servant de pâture. Sous Pie VI, la surface submergée avait été réduite de 20,000 à 2,000 hectares. L'Algérie, comme le faisait remarquer Armand et comme l'a rappelé Pauly, est moins marécageuse que son ancienne réputation n'eût pu le faire supposer. Ses marais ne sont que des îlots vis-à-vis des immenses territoires secs sur lesquels, néanmoins, le séjour est dangereux à l'homme. Et l'on verra que le transport à grande distance des miasmes fébrifères est des plus hypothétiques.
4. Les steppes, la prairie américaine, les jungles, les forêts vierges, sont d'une fréquentation malsaine. On ne saurait disconvenir que çà et là le sol de ces solitudes ne conserve l'eau dans quelques dépressions, que parfois même des rivières sinueuses, aux bras multiples, d'un cours plus ou ou moins lent, ne les sillonnent. Mais la fièvre est partout et attend l'homme, même dans les points éloignés des surfaces aqueuses ou fangeuses. Sans doute, on a dit avec apparence déraison que la végétation touffue de la jungle et de la forêt vierge rabat les vapeurs du sol à sa surface même et l'empêche d'être jamais sec; mais cette explication est déjà un détour et nous ouvre des horizons étiologiques notablement déviés de l'idée classique du marais.
5. Une circonstance capitale, c'est que tous ces terrains insalubres, tant ceux qui n'ont aucun des traits du marais que ceux qui s'en rapprochent par la richesse en débris organiques et l'humidité persistante, acquièrent
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leur plus haut degré denociveté précisément au moment même où l'homme en attaque la surface, en trouble les conditions naturelles et détruirait le marais même, s'il existait préalablement. C'est ainsi que le défrichement de la forêt vierge et l'exploitation agricole delà prairie sont si redoutables; que la plaine de la Mitidja dévora les premières générations de colons européens qui la mirent en culture ; que nos troupes furent rudement éprouvées, en Algérie, lorsqu'on les appliqua à la création de routes, même sur le flanc des montagnes et non dans le fond des vallées. Tous les travaux faits en terrain marécageux sont plus meurtriers que les marais même ; ce doit être à cette raison qu'il faut rapporter les exacerbations de la fièvre à Ulm, pendant que l'on exécutait les nouvelles fortifications de cette ville dans les alluvions du Danube et de ses affluents, et la longue épidémie qui régna de 1858 à 1869 (Garl Wenzel) sur les ouvriers employés à creuser le port de Jahde, dans ce littoral des bouches de la Wéser où l'homme lutte incessamment contre la vague et où se réunissent les caractères les plus marqués du marais océanique.
Conclusion relative au miasme tellurique sans marais. — Il est constant que des accidents absolument semblables à ceux de l'impaludisme peuvent naître sur un sol qui n'a aucune apparence de terrain marécageux. Est-ce une contradiction? Non, pourvu que la décomposition de substances organiques, de provenance étrangère à l'homme, soit démontrée comme possible sur ce terrain.
Or, il n'est pas de sol, si volcanique ou granitique qu'il soit, qui ne s'use, ne s'érode par les agents météoriques et ne finisse par fournir un dépôt meuble, accessible à l'eau. Valéry-Meunier a fait remarquer qu'en Espagne, à la surface des roches granitiques, se développe une couche terreuse, due à la décomposition du granité lui-même ou des schistes altérés ou friables. Encore faut-il qu'il pleuve, cependant, pour fournir l'eau qui doit alimenter la vie dans cette poussière minérale. Eh bien, il pleut en général plus sur les montagnes que dans la région basse. Admettons même que la pluie soit rare ; il y a toujours la condensation des vapeurs de l'atmosphère par refroidissement nocturne, phénomène plus accentué sur les hauteurs qu'en bas.
Dès qu'il y a la terre et l'eau, il y a de la vie et, par conséquent, de la mort. La terre, l'eau, la vie et la mort entraînent forcément les phénomènes de décomposition exigés pour rendre le sol dangereux. Il le sera, si ces phénomènes se sont accomplis pendant des siècles sans que rien vienne les troubler et annuler leur influence; si, surtout, le puissant auxiliaire de la chaleur, dont il sera parlé, vient donner en intensité à ces petits foyers ce qu'ils n'ontpas en étendue. Remarquons que les contrées citées, comme foyers de malaria sans marais, sont en pays chaud. Il y aurait peut-être une exception pour la moutain fever de l'ouest des États-Unis ; mais nous pouvons réserver la discussion sur ce point jusqu'à ce que l'on se soit mis d'accord dans le pays même et qu'on ait démontré que l'aquamalarial-fever n'est point la fièvre typhoïde.
La longue immobilité du sol, l'abandon séculaire delà terre à sa spontanéité, telle est la circonstance grave vis-à-vis des chances d'infection telluri-
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que que peut courir l'homme qui aborde un point du globe où les familles humaines ne sont pas encore concentrées. Diverses circonstances peuvent le prémunir ou lui permettre d'éluder ce danger; peut-être existe-t-il des circonstances, mal définies jusqu'aujourd'hui, qui compensent ou suppriment ce danger même; mais la vaste expérience delà colonisation moderne hors d'Europe prouve l'uniformité de cette menace et la réalité du péril. La différence entre ces sols vierges et le marais, c'est que l'influence de celuici persiste comme lui et que celle des autres disparaît par la culture et l'implantation même des groupes humains. Encore ne disparaît-elle que delà surface, c'est-à-dire de la portion du sol où l'on a brusquement mis fin à l'activité des décompositions et rompu l'accumulation de leurs produits. Si l'on creuse plus profondément dans le terrain assaini et autrefois insalubre, l'influence [fébrigène reparaît. C'est ce qui se passa quand on fit les nouvelles fortifications d'Ulm, dans d'anciens marais occupés par la culture; c'est ce que nous observâmes à l'époque de la construction du fort de Saint- Gyr (1875), sur un plateau recouvert chaque année de riches moissons, mais qui, du temps de Louis XIV, était l'étang de Bois-d'Arcis.
Si l'on considère que le sol abandonné à lui-même est le plus souvent revêtu d'herbages, de broussailles, de jungles, de plantes et d'arbres de haute taille, parfois extraordinairement touffus, on conclura que le terme de « sol improductif >.-, dont nous nous sommes servi, est absolument impropre ou tout au moins doit être interprété. Il ne s'agit pas d'une productivité quelconque, mais d'une productivité voulue, régulière, dirigée et infléchie au gré de l'homme, nécessitant dans tous les cas le retour fréquent de son action sur les couches superficielles du terrain. La formule de Léon Colin, que « la fièvre est causée par la puissance productive du sol, quand cette puissance n'est pas mise en action, quand elle n'est pas épuisée par une quantité de plantes suffisante pour l'absorber, » est donc, comme l'a fait remarquer Vallin, passible de l'objection de faits contradictoires énormes. Pour bien dire, quoique la culture, par l'alternance des récoltes, utilise mieux la puissance productive du sol que la végétation spontanée ; quoiqu'elle fasse immédiatement profiter les plantes des produits carbonés et azotés que la décomposition des matières organiques rend libres, ce n'est pas uniquement, ni même principalement par cette raison qu'elle assainit le sol ; mais bien plutôt parce qu'elle le draine, l'aère à grande ventilation, si l'on peut dire, et trouble d'une façon mécanique et intermittente les mystérieux phénomènes de vie parasitaire, liés à la putréfaction, et les empêche d'atteindre à leur phase de complet épanouissement.
Cette formule elle-même a quelque air de mysticité, et tout ce qu'elle contient n'est pas un produit de démonstration. Pourtant, il est prouvé que le mouvement est antipathique aux organismes microscopiques, vibrions, bactéries, microbes, auxquels on est porté, de nos jours, à accorder le rôle décisif dans la production des maladies infectieuses.
Ce qui vient d'être dit de l'efficacité de la grande aération du sol par la culture concilie ce que nous avons avancé d'autre part sur la nécessité de l'accès de l'air dans le sol, à titre d'auxiliaire de la fermentation, et ce que
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formulent les auteurs relativement à la condition de la non-aération du sol ou de « l'accès limité » de l'air (Parkes), comme cause de malaria. Il faut, pour que le sol confectionne le miasme tellurique, la pénétration de l'air d'une façon absolue dans son intimité, — et il n'est pas de sol rigoureusement imperméable ; mais il ne faut pas que cet accès de l'air soit une véritable ventilation, comme elle a lieu par la culture.
Propriétés spéciales et organismes du sol malarial. — Il n'entre pas
dans mon plan de discuter ici les théories diverses relatives à la genèse des fièvres dites de malaria; ce point relève des études directes d'étiologie, et nous nous occupons du sol. A vrai dire, il est à peu près inutile aujourd'hui de tenir compte, autrement qu'au point de vue historique, des systèmes qui, dans le temps, ont cherché à placer dans quelque propriété de l'atmosphère la cause des fièvres intermittentes. A l'heure qu'il est et pour tout le monde, la malaria procède du sol et il ne reste qu'à chercher de quelles conditions naît son miasme et en quoi il consiste.
a. Les éléments minéraux du sol à malaria, auxquels on a attaché le plus d'importance, sont, indépendamment de l'eau: les silicates d'alumine; les sulfates alcalins et ceux de chaux ou de magnésie ; le carbonate de chaux. Les débris de roches granitiques, comme l'a fait remarquer Friedel pour Hong-Kong, n'ont pas d'aptitude spéciale, s'il n'y a sur ces roches des creux, des crevasses, où se développe à tout le moins une luxuriante végétation cryptogamique. Kirk, sans démonstration suffisante, attribue une nociveté particulière aux roches calcaréo-magnésiennes qui ont subi l'action volcanique. Ranald Martin, sans rien affirmer d'ailleurs, a appelé l'attention sur la présence du fer, en quantité notable, dans des terrains justement réputés pour leur insalubrité; ainsi, la terre rouge de Sierra-Leone renferme 38 pour 100 d'oxyde de fer. Pauly a fait une remarque analogue. Isidore Pierre trouve dans les vases de l'Orne:
Argile, sable, oxyde de fer avec un peu de phosphate. 67,40 à 61,50 p. 100.
Carbonate de chaux 31,60 à 37,40 —
Matières organiques 3,90 à 6,90 —
Et Paul de Gasparin :