Partie inattaquable par l'eau régale
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6. Les analyses des sols marécageux les plus mal famés ont révélé une haute proportion de matière organique végétale; la terre des Maremmes de Toscane en possède en moyenne 30 pour 100 ; un marais delà Trinité en a présenté 35 p. 100 (Parkes). La décomposition, très lente habituellement, des débris végétaux, favorisée par la chaleur et retardée par le froid, aboutit à la formation des acides humique, ulmique, crénique et apocrénique. Kraut et Schweizer ont trouvé, dans l'eau croupissante, des acides gras volatils et en particulier des butyrates. Le terrain noirâtre des tourbières et des bruyères renferme jusqu'à 90 pour 100 de matière organique. La matière organique animale ne saurait faire défaut dans les vases humides qui sont, normalement, à leur surface et dans les premières couches, l'habitat ordinaire d'une foule d'espèces. Mais elle paraît particulièrement abondante dans le sol des marais côtiers, en raison de ce qui a été dit : que l'eau salée tue les animalcules d'eau douce et réciproquement. Au bord des estuaires de l'Ems et de la Weser, dans ces marais si intéressants de la Frise allemande, le sol est formé pour une part de leurs débris. D'après les recherches d'Ehrenberg, « la vase des golfes de la Frise consiste, au moins pour une vingtième partie, en débris d'infusoires ; dans le port d'Emden, cette vase profonde ou Schlick est, pour les trois cinquièmes, formée de ces restes d'animalcules. » (Élisée Reclus.)
y. L'air, au-dessus du sol malarial, renferme des gaz et des vapeurs qui trahissent la nature de ses exhalaisons spéciales. L'acide carbonique y atteint 6 à 8 pour 1 000 volumes. L'hydrogène sulfuré s'y rencontre, quand le sol contient des sulfates en présence des matières organiques ; le gaz sulfhydrique est particulièrement abondant au-dessus des marais salés de Singapour. L'hydrogène carboné est un élément habituel de cette atmosphère; il se dégage parfois avec une telle abondance dans certaines maremmes toscanes, alternativement desséchées et humectées, qu'il se produit un mouvement appréciable à la surface du sol ; on dit alors que la terre bout (Yallin). Accidentellement, l'air des marais renferme de l'hydrogène libre, de l'ammoniaque et, dit-on, de l'hydrogène phosphoré.
Le fait probablement le plus important à constater, c'est la richesse en vapeur d'eau, non seulement de l'air qui flotte au-dessus des marais véritables, mais de celui qui recouvre les terrains plats, excavés, le bas des collines, où règne la fièvre sans qu'il y ait traces de marécages. Les brumes des polders, des côtes marécageuses, de la Sologne, de la Brenne, de la Bresse, sont proverbiales ; les brouillards sur les deltas des fleuves sont classiques; l'air y est presque constamment voisin de son point de saturation. Mais ce qu'il faut noter soigneusement, c'est que des brouillards pareils recouvrent régulièrement, chaque matin, d'une vaste nappe blanche toute la campagne romaine, où il pleut d'ailleurs très peu, et même la base des montagnes qui limitent le bassin de Rome (L. Colin). De plus, la salubrité des villes bâties sur les monts Albains est en raison directe de leur émergence au-dessus de ce brouillard.
S. Personne ne pense aujourd'hui que les gaz du sol malarial soient la cause de la fièvre; mais ils pourraient être le véhicule du poison spécial ou
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s'associer à un gaz d'une toxicité spécifique qui serait le vrai miasme tellurique, tout en échappant jusqu'ici aux moyens d'investigation de la chimie. Tout le monde n'a pas renoncé à cette idée; Schwalbe, qui observait à Panama et à Gostarica, la défendait énergiquement en 1869; Toropoff (de Saint-Pétersbourg) est cité dans la 5e édition de Parkes, qui date de 1878, comme s'y rattachant encore. Je crois, pourtant, qu'elle n'a aucune chance d'avenir et même que c'est une conception fausse. Mais il n'en est plus tout à fait de même de la théorie qui vise la matière organique soulevée du sol par ces gaz et surtout par la vapeur d'eau. Toujours très abondante dans l'air des marais, cette matière a été découverte par Vauquelin, au-dessus des marais du Languedoc (1810 et 1811), par Rigaud De l'Isle, au-dessus des marais Pontins, recueillie de nouveau par Moscati (1818) au-dessus des rizières de Lombardie, par Meirieu (de Montpellier, 1829) et analysée par Thénard,Dupuytren, Brocchi, Boussingault (1829-1839), par Gigot (1859), enfin, en dernier lieu parBechi (1861). C'est, d'ordinaire, en condensant sur des ballons de verre refroidis la rosée de l'air suspect que Ton a obtenu cette matière. Vallin fait remarquer très justement que les procédés d'analyse chimique qui lui ont été appliqués et qui, régulièrement, l'ont transformée et même détruite, sont les moins aptes à nous renseigner sur sa constitution et ses propriétés ; il faudrait, comme le conseille Robin, en faire l'analyse anatomique. Meirieu, au moins, l'expérimentait sur l'économie vivante.
Quoi qu'il en soit, Bechi évalue ses proportions à 0gr,00027 par mètre cube d'air atmosphérique. Elle noircit l'acide sulfurique, quand on fait passer l'air qui la contient à travers cet acide, et colore en rouge la solution de nitrate d'argent. Elle a l'aspect floconneux, l'odeur de marais, se putréfie en répandant une odeur cadavérique et, chauffée avec la chaux sodique, dégage de l'ammoniaque.
Après tout, telle qu'on l'a obtenue par les procédés indiqués et telle qu'on l'a vue avec cette façon de l'étudier, ce n'est qu'une matière organique à peu près quelconque, provenant d'un foyer putride et présentant les attributs généraux des substances qui reconnaissent la même origine» Bien que son introduction dans l'organisme par une voie quelconque ait toutes chances d'être offensive, rien ne révèle en elle jusqu'ici la raison de son influence pathogénique spéciale. Il faut y supposer l'existence à l'état latent d'un principe qui échappe à l'analyse, ce que les anciennes doctrines appelaient du nom très vague de miasme palustre, impliquant ainsi la nécessité de sa véhiculation par un milieu, l'air ou l'eau ; ou bien, par une hypothèse d'un genre voisin, admettre que la matière organique, sans posséder un état spécial, a acquis simplement une propriété qui ne lui ajoute rien que de virtuel, une véritable force cataly tique ; ce qui était la formule de Robin. .
e. L'époque contemporaine s'est attaquée aux phénomènes mis autrefois au compte de la force catalytique et, pour bien des cas (fermentation), a réussi à démontrer que la prétendue action de présence est en réalité un phénomène de vie et que les corps, solides, liquides ou gazeux, mis en jeu dans les décompositions organiques, ne sont que des éléments ou même
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des instruments, utilisés pour leur propre existence, par des êtres infiniment petits. Il était inévitable que l'on songeât à rechercher et à déterminer spécifiquement le micro-organisme qui, ayant sans doute joué un rôle dans les fermentations accomplies au sein du sol malarial, se retrouve dans l'air ou dans l'eau qui en procèdent, et, continuant sur l'organisme humain ses allures vitales propres, y provoque les troubles attribués naguère à la force catalytique.
Le microscope n'aperçut d'abord, dans la rosée des marécages, que des débris d'infusoires et la matière floconneuse. Au moment même où la pathologie animée prenait possession de l'étiologie tellurique, en 1866, Bouchardat suppose que cette matière est le poison tellurique et que les infusoires la produisent « par un acte de la vie ». C'est voisin de la théorie de Berthelot, qui regarde les ferments comme solubles et sécrétés par les organismes que Pasteur dit être le ferment même. Boudin, auparavant, avait cru pouvoir attribuer à quelques végétaux palustres (fîouve odorante, charas, etc.) le pouvoir d'élaborer le même poison et de le répandre dans l'atmosphère sous forme d'émanations, de la façon dont les végétaux dégagent leurs huiles essentielles.
Les vues de Salisbury, exposées en Amérique avant 1866, ne furent guère connues en France qu'en 1868, par l'analyse de Beaugrand, que publièrent les Annales d'Hygiène. Le professeur de Cleveland (Ohio) avait été précédé dans cette voie par son compatriote, Mitchell (1849), par Mûhry et surtout par J. Lemaire, qui, en 1864, faisait connaître le résultat de ses recherches sur l'air de la Sologne et annonçait la présence dans la rosée de ces terrains, de cellules, de spores, se développant en Algues, Mucédinées, Champignons, remplacés à leur tour par des vibrions, des bactéries, des spirilles. Mais c'est vraiment le mémoire de Salisbury qui fait époque.
L'auteur, en effet, désignait formellement le micro- organisme spécifique de la fièvre tellurique, dans la théorie nouvelle. Au milieu de débris et d'éléments figurés divers, cellules, filaments, spores, il trouve dans l'expectoration, la sueur et l'urine des fébricitants un élément qui, selon lui, ne manque jamais ; de petites cellules paraissant appartenir au genre Algues et ressemblant aux espèces Palmellœ (l'organisation végétale la plus inférieure qui soit connue. Vallin). Ces cellules sont les spores de l'espèce que Salisbury propose d'appeler désormais du nom significatif de Gemiasmct* Cette espèce comprend plusieurs types de plantes, qui toutes ont l'apparence de cellules, consistant chacune en une paroi extérieure, mince, contenant un noyau rempli de petits pores, soit simples, soit agrégées, se multipliant par dédoublement ou segmentation de la face interne d'une membrane mère, et provenant de spores. Le point capital est que ces parasites aient été trouvés à la surface du sol des marais, des bas-fonds vaseux, et qu'en suspendant, la nuit, au-dessus des points marécageux, des lames de verre maintenues humides par une solution concentrée de chlorure de chaux, Salisbury ait toujours retrouvé, le lendemain matin, à la face supérieure de ces plaques, des spores oblongues de palmelles.
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11 serait hors de propos de s'arrêter ici sur la théorie par laquelle le professeur de Gleveland rattache les manifestations fébriles à l'introduction des palmelles dans l'économie. Ce qu'il importe de noter, c'est que de très sérieuses objections l'ont tout d'abord accueillie et que, si diverses autorités (Hammond, Massy, Rallier, Schurtz, Balestra) l'ont plus ou moins explicitement soutenue, ce n'a été que comme idée générale ; personne n'a suivi Salisbury dans la précision avec laquelle il a dénoncé le parasite spécifique des fièvres de malaria. Ceux qui pensent que le principe miasmatique, dans ce cas, est une spore, une algue, un champignon, ne sont pas absolument rares ; mais, ou bien on ne désigne pas formellement l'espèce, ou bien l'on suspecte autre chose que les palmelles. Aux noms précédents, cités par E. Vallin, ajoutons Ziïrn (de Leipzig), accusant de produire la fièvre intermittente une algue, familière aux sols marécageux et qui répand dans l'atmosphère le miasme, sous forme de cellules microscopiques ; Posada Arango (de la Nouvelle-Grenade), qui tient pour vraisemblable que le miasme tellurique consiste en petits organismes ; J. D. Alrey (d'Evergreen, Alabama), qui ne craint pas de parler des « germes ultramicroscopiques de la malaria » ! etc.
Si nous sommes bien renseigné, c'est au Congrès médical international de Florence, en 1869, que Balesira exposa ses idées : « que le miasme paludéen est de nature végétale et formé plus particulièrement de sporuks ou de sporoïdes ou de cellules reproductives, qui se répandent dans l'air et appartiennent à une petite plante microscopique, à un microphyte, de l'espèce des Algues. » Ces vues sont loin d'être sans importance; on remarque, toutefois, à la lecture des travaux de ce savant, que sa préoccupation dominante est d'expliquer, par les phénomènes de vie de son algue, les manifestations intermittentes de la fièvre de malaria.
Il n'avait même pas précisé l'espèce à laquelle pourrait appartenir son algue fébrigène. Lanzi et Terrigi, qui, d'autre part, avaient démontré que la Palmella gemiasma de Salisbury se rencontre dans des localités parfaitement saines et, en revanche, manque souvent dans la campagne romaine et dans des marécages avérés, supposèrent qu'elle pouvait être une Cladophora ou un OEdogonimn. D'ailleurs, Balestra lui-même ne tient pas très énergiquement à son Alga miasmatica, puisqu'il se rejette sans difficulté, pour en expliquer l'origine, sur le polymorphisme de Hallier. Klebs, avec raison, regarde à peu près comme nulles les tentatives de l'observateur romain.
V Hydrogastrum granulatum de Safford et Bartlett, le Chtenoblastus œruginosus d'Archer, la Palmoglea mïcrococca de Burgellini, n'ont pas eu plus de succès. Lanzi et Terrigi font remarquer que les spores et filaments de ces microphytes ont ûn diamètre plus grand que celui des capillaires sanguins et par conséquent ne pourraient y pénétrer.
En 1873, Griffini injecta à des chiens et à des lapins de la rosée recueillie au-dessus de marécages ou de rivières. Il réussit à provoquer de la fièvre, ce qui n'étonnera personne, puisqu'il avait réellement introduit dans la circulation des animaux des substances irritantes, à n'envisager
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que la putridité banale. Mais cette fièvre ne ressemblait en rien à la fièvre intermittente et ces expériences n'éclairent pas la question.
Les docteurs Lanzi et Terrigi, qui depuis 1870 étudiaient cet objet à Rome et aux environs, crurent pouvoir annoncer, en 1873, qu'ils avaient découvert dans les marais d'Ostie et les marais Pontins une espèce dominante, la Monilia penicillata (Briarca elegans corda), qui pouvait bien être la cause des accidents fébriles imputés à la malaria. Mais à la suite de cultures à résultats très compliqués, ces deux savants, avec une bonne foi qui les honore, déclarèrent s'être trompés dans leurs conclusions et, par une réaction outrée, abandonnèrent la théorie parasitaire pour attribuer la malaria à « un poison cadavérique végétal, procédant de la putréfaction des Algues et d'autres plantes. » Leurs injections de limon marécageux (d'Ostie) à des chiens et à des cochons d'Inde ne permettent pas de discerner ce qui appartient à l'action des substances putrides d'avec ce qui pourrait être un accident ou une lésion propre au poison malarial, bien qu'ils assurent avoir trouvé du pigment {malaria melanin) dans le foie et la rate des animaux inoculés.
Nous arrivons, enfin, aux recherches d'E. Klebs et de Tommasi-Crudeli qui, avec la rigueur des méthodes modernes, pensent avoir isolé le véritable germe de l'infection malariale et qui, le possédant ainsi débarrassé de tout élément capable de compliquer le problème, ont pu déterminer son action spécifique sur des animaux mis en expérience. Les deux savants s'étaient rencontrés au congrès des naturalistes, à Gassel, en 4878 ; l'observateur italien était naturellement poursuivi par la méditation d'un sujet qui est toujours d'actualité à Rome; le professeur de Prague, Klebs, était tout disposé, par la nature de ses travaux de prédilection, à accueillir un pareil problème et à donner, pour la solution, des conseils en rapport avec sa doctrine générale et ses procédés familiers. Klebs paraît avoir été l'inspirateur de la méthode; Tommasi-Crudeli l'a appliquée. Ils se déclarent, d'ailleurs, absolument solidaires pour les résultats et pour la théorie qui paraît aujourd'hui sous leurs noms associés.
11 importe de relever, dès les premières lignes du travail publié par ces auteurs, la formule d'un principe qui apporte un témoignage considérable aux vues développées ici sur le rôle du sol. C'est dans le sol, disent-ils, qu'il faut chercher la cause spécifique des maladies de malaria ; l'humidité et la chaleur ne sont que des auxiliaires. La substance toxique (qui est cette cause) s'élève un peu au-dessus de la surface du sol, sous l'influence des oscillations ascendantes de l'air et peut être portée à distance par des courants énergiques. Elle ne se développe pas dans tous les sols d'égale humidité et de constitution semblable : ce qui ne s'explique bien que par l'hypothèse d'un organisme spécifique, subordonné dans son développement, non point tant aux conditions extérieures qu'à la présence préalable d'un germe.
Pour résoudre la question, on recourut à la méthode antérieurement employée par Klebs vis-à-vis d'autres problèmes semblables; on essaya d'abord l'activité de divers sols, de l'eau et de l'air de localités marécageuses; puis l'on opéra la séparation des parties liquides d'avec les solides, pour pouvoir étudier à part l'activité de chacune d'elles. Cette détermina-
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lion put être acquise par trois voies : 1° en partant de la supposition que des organismes réels représèntent le germe de la maladie, il parut possible de provoquer leur développement exclusif ou tout au moins prédominant, dans une substance riche en matière infectieuse ; il suffisait de placer cette substance dans les conditions mêmes que l'expérience a démontrées les plus favorables au développement naturel de la maladie (température de 30 à 40° cent. ; haut degré d'humidité dans les couches profondes ; évaporation rapide à la surface); 2° aux substances ainsi préparées, l'on emprunta de petites portions qui furent portées dans des liquides de culture, et l'on chercha ensuite si, après le fractionnement à l'aide de plusieurs cultures successives, la même activité persistait que dans les substances primitivement employées. En est-il ainsi, c'est que les seules parties de la substance primitive, qui se sont montrées capables de développement, peuvent être regardées comme les causes des accidents pathologiques, puisqu'il ne peut être resté dans les dernières cultures rien ou que des traces extraordinairement faibles des éléments incapables de développement. 3° Enfin l'on opéra mécaniquement, aussi bien dans les liquides de culture que dans les liquides primitifs, la séparation des particules solides microscopiques à l'aide de la filtration sur le plâtre et d'autres filtres ; puis, l'on vérifia séparément l'activité des liqueurs filtrées et celle du résidu, suivant la méthode instituée par Klebs et par Pasteur.
Pour essayer l'activité de ces différentes substances, on les injecta sous la peau à des lapins et l'on nota la température observée dès lors chez ces animaux de deux en deux heures, puis l'on pratiqua leurs autopsies, attendu que les intermittences régulières delà fièvre de malaria, aussi bien que l'intumescence de la rate et l'absence d'autres altérations anatomiques, sont des circonstances décisives dans la solution de ce problème.
Les résultats de ces tentatives se résument dans les propositions suivantes, que nous empruntons à la traduction très exacte et très élégante d'E. Vallin :
i° Le poison malarialse trouve en abondance dans le sol des régions palustres, même dans la saison où généralement l'homme ne contracte pas la fièvre dans les marais.
2° Ce poison peut être recueilli dans les couches d'air qui sont en contact immédiat avec la surface du sol des marais. Un ventilateur puissant projetait, par un jet mince, mais très rapide, 300 litres d'air contre une plaque de verre humectée d'une solution de gélatine qui retenait toutes les particules solides.
3° L'eau stagnante dans les endroits marécageux ne paraît pas contenir le poison palustre au printemps, quoiqu'elle puisse, comme l'eau du lac de Caprolace, par exemple, être très riche en organismes inférieurs. D'un autre côté, ces recherches démontrent qu'une grande quantité d'eau empêche le développement du poison palustre, en rendant ses germes inaclifs et inefficaces.
4° Les expériences sur les animaux ont donné les résultats suivants :
a. L'injection hypodermique du liquide obtenu directement du sol ou par la culture artificielle, comme aussi l'introduction du résidu de la filtration du liquide de culture, détermine toujours chez les animaux en expérience une fièvre àtyperégu-
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lier avec intermittences; ces dernières peuvent, dans certains cas, être de 60 h.; pendant le stade fébrile, la température rectale peut atteindre jusqu'à 4-4i°,S; à l'état normal, la température rectale des mêmes lapins était de +39°)3> oscillant de quelques dixièmes de degré seulement.
b. Au contraire, le liquide filtré, même à dose cinq fois plus forte que le produit complet, ne déterminait qu'une faible élévation de température de caractère intermittent, ou seulement un léger état fébrile immédiatement après l'injection. Ce résultat négatif était obtenu même après une filtration grossière, à travers un papier double; il semble donc que les particules actives de liquide contenant le poison palustre sont retenues sur le filtre plus facilement que celles du virus septique ou charbonneux.
c. Les animaux auxquels on n'avait pas injecté le poison palustre, mais qu'on avait rendus septicémiques, présentèrent une courbe de température très différente de celle qui était observée chez les lapins artificiellement impaludés : chez les premiers, la courbe s'élevait par augments progressifs et de longue durée, ou bien la fièvre était continue; d'autres fois, tout à fait irrégulière.
d. Les animaux inoculés avaient tous, sans exception, la rate très tuméfiée ; son volume dépassait de neuf à dix fois l'état normal.
e. En outre, la rate, surtout dans les cas graves, contenait une grande quantité de pigment, comme dans la mélanémie observée chez l'homme à la suite d'intoxication palustre.
f. Les organismes que, d'après ces recherches, les auteurs considérèrent comme la vraie cause de la malaria, appartiennent au genre Bacillus. On les trouve dans la terre, l'eau et l'air des marais, dans les liquides de culture et dans le corps des animaux inoculés. Dans la terre des marécages, on les trouve sous forme d'un grand nombre de spores, douées de mouvements indépendants, réfractant fortement la lumière, ayant la forme d'un ovale allongé, d'un diamètre maximum de 0,95 micromillim. Dans le corps des animaux ou dans les liquides de culture, ces organismes se développent sous forme de longs filaments d'apparence d'abord homogène, qui se fissurent bientôt transversalement, de manière à figurer des articles dans l'intérieur desquels se développent des spores nouvelles (1); l'origine des spores paraît être d'abord pariétale, mais bientôt toute la cavité du segment se remplit de corpuscules. — Ce caractère semble être propre à une espèce particulière de Bacillus, que les auteurs proposent d'appeler Bacillus malariœ, puisqu'ils l'ont vue se développer dans le corps (la rate, la moelle osseuse, la lymphe, le sang) des animaux inoculés.
g. Quant aux propriétés biologiques de cette plante, elle a besoin pour vivre de la présence de l'oxygène libre, et elle semble appartenir à la classe des Aérobies de Pasteur. Elle ne se développe pas dans l'eau, mais bien dans les liquides riches en substance azotée, comme les solutions d'albumine et de gélatine, l'urine et les liquides de l'organisme. Son plus grand développement dans le corps des animaux inoculés se rencontre dans la rate, la moelle osseuse; dans quelques cas, on a trouvé dans ces tissus de longs filaments homogènes, mesurant de 0,060 à 0,084 de millimètre de longueur et 0,0006 de millimètre de diamètre. Le fait est à noter, car c'est précisément dans ces organes que se rencontrent chez l'homme, à la suite des fièvres palustres, les altérations anatomiques les plus caractéristiques.
Ainsi que l'a fait remarquer Vallin, et comme il viendra à la pensée de tout le monde, les objections se pressent, sinon à l'endroit des principes
(1) Voyez dans l'article Poussières de l'air la figure représentant le Bacillus malaria?.
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et des procédés, au moins vis-à-vis de l'interprétation et de quelques-uns des résultats obtenus. Chacun s'étonnera que les expérimentateurs, sans arrière-pensée, aient choisfpour critérium de l'action des germes suspectés des animaux qui ne paraissent pas capables de contracter naturellement la fièvre intermittente ; on trouvera bien plus étrange encore que de tels accidents et que les lésions pathologiques correspondantes aient été observés chez des lapins et que les savants associés n'aient pas reculé devant une conclusion applicable à l'homme. Néanmoins, il est fort possible que la science ait rencontré en ceci sa vraie voie et que Klebs et Tommasi- Grudeli aient approché plus que personne de la vérité.
Notons, en terminant, queTommasi-Grudeli distingue absolument le processus de putréfaction d'avec le processus de production de la malaria et les regarde comme indépendants [l'un de l'autre, bien qu'on les trouve souvent réunis dans la même localité. Cette vue, je l'avoue, est un nouveau motif d'étonnement et.... de défiance.
Auxiliaires et entraves de l'action du sol malarial. — a. Le plus
considérable des éléments secondaires, qui décident et règlent Faction du sol malarial, c'est la température atmosphérique. Le poison malarial a besoin, pour se développer, ou tout au moins pour se manifester, d'un degré d'échauffement du sol par l'atmosphère au-dessous duquel il semble ne pouvoir ni éclore, ni se maintenir. La relation qui existe entre la chaleur et les manifestations de l'intoxication tellurique ressort encore de ce fait considérable : que les accidents d'ordre pathologique sont d'autant plus intenses et d'autant plus graves que l'intervention de la chaleur, comme auxiliaire du poison malarial, est plus accentuée.
Il en résulte que le caractère, ou même l'existence de ces accidents, est subordonné à la latitude, puisque, dans les deux hémisphères, d'une façon générale, la chaleur va diminuant de l'équateur aux pôles.
Mais, si l'on cherche une formule précise, comme les températures moyennes ne sont pas identiques à latitude égale, c'est la distribution des lignes isothermes qui règle les allures de la malaria. Plus exactement encore, ce sont les lignes de la température estivale, car il suffit au poison de quelques semaines pour atteindre à sa puissance de nocuité.
Dans notre continent, il n'y a plus de sol malarial au-dessus de 60° de latitude Nord ; les marais les plus avérés y deviennent inoffensifs. Dans le nouveau continent, cette limite descend au 45e degré. En d'autres termes, les marais et le sol équivalent ont besoin, pour être actifs, d'une moyenne annuelle d'au moins 4 à 5 degrés (Miïhry), ou mieux encore, d'une moyenne de l'été égale à 16 degrés (A. Hirsch). On ne connaît pas bien la limite des fièvres de malaria dans l'hémisphère Sud où, comme on sait, la température baisse plus rapidement que dans l'hémisphère Nord en allant de l'équateur au pôle.
Les deux tableaux suivants, de Hirsch, précisent par des exemples ces diverses lois, en ce qui concerne l'hémisphère Nord.
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