DIMINUTION
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Rugby
2. Plantations. — Végétaux antipalustres. — Le sol malarial, comme on l'a vu, est bien loin d'être toujours dépourvu de végétation ; c'est plutôt le contraire. Il ne manque même pas d'espaces mal famés qui sont occupés par la forêt vierge ou par des arbres de futaie. Ce ne sont donc pas des plantes ni des arbres quelconques qui sont propres à assainir le sol malarial. Les savants qui se sont occupés de la question, depuis Ghevreul (1853) et Maury (1857), ont eu en vue l'efficacité assainissante des plantes qui absorbent et évaporent rapidement beaucoup d'eau; dans ces derniers temps, l'on a ajouté une idée de plus à celle-ci en faveur de Y Eucalyptus qui, en outre de l'absorption de l'eau, posséderait des propriétés aromatiques, antiputrides, fébrifuges. On oublie peut-être un peu facilement que toute végétation voulue emporte une certaine culture, une action directe de l'homme sur le sol, un effort contraire à la spontanéité de celui-ci; ce qui a quelque importance.
Ghevreul avait signalé YHelianthus annuus, tournesol ou soleil, pour sa puissance d'évaporation. C'est encore cette plante que recommandait l'Américain Maury, pensant avoir constaté une diminution des fièvres de malaria aux alentours de l'Observatoire de Washington, à la suite de sa culture. Selon Valentin,le houblon aurait eu la même puissance vis-à-vis du dessèchement des fossés de fortification. Ali Cohen aurait protégé contre les fièvres une contrée aux bords de l'Escaut, qui en était infestée jusquelà, en faisant planter des bouquets YHelianthus à 30 ou 40 pas des habitations. On a essayé, en Prusse, d'après Yivenot, le riz indien ou riz sauvage {Zizania aquatica), plante originaire de l'Amérique du Nord, qui prospère dans les marais ; quand on la sème au moment opportun en automne, on n'a plus besoin de renouveler la semaille, car les pannicules répandent
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ensuite spontanément leurs grains sur le sol ; la plante se développe au printemps sous forme de roseaux de 5 à 6 pieds de hauteur, ornés de feuilles d'un goût agréable et si épais qu'en deux ou trois ans ils ont enveloppé tout un marais. Malheureusement, les graines arrivées d'Amérique avaient souffert dans le transport et n'ont pas réussi.
On sait que, dans notre Midi (Camargue) et en Lombardie, les vraies rizières aggravent plutôt qu'elles n'atténuent les fâcheuses influences du sol alternativement submergé, puis asséché. Magne (cité par Vallin) attribue des effets plus heureux à la culture de la modeste fève des marais.
La vogue est aujourd'hui h. Y Eucalyptus globulus, gommier bleu de Tasmanie (Myrtacées) et à ses nombreuses variétés {marginata, citriodora, amygdalina, persicifolia, obliqua, etc.). Un botaniste français, La Billardière, le découvrit en Tasmanie en 1792, dans un voyage à la recherche de La Peyrouse. Le professeur Gôppert assure que ce fut un de ses compatriotes, le baron Ferd. von Millier qui, en 1851, émit l'idée que les émanations aromatiques de cet arbre pourraient rendre des services à l'atmosphère des contrées en proie aux fièvres de malaria. En 1857, une certaine quantité de ses graines, envoyées en France, furent semées à titre d'essai en Algérie, où elles réussirent merveilleusement. C'était la révélation de tout un avenir pour notre colonie africaine, qui a beaucoup de broussailles, mais peu d'arbres, et qui est un peu partout imprégnée de malaria. Trottier, directeur des cultures en Algérie et qui s'est fait l'apôtre de l'Eucalyptus, avec un incontestable mérite, remarqua bientôt que l'arbre ne se distingue pas seulement par ses effluves aromatiques, mais encore par une croissance rapide et une extraordinaire puissance d'absorption et d'évaporation d'eau; il allait être naturellement appelé à « boire les marais » algériens. 11 se plait d'ailleurs dans les terrains marécageux, absorbe dix fois son poids d'eau et fait l'office de drains dans le sous-sol. Malgré la rapidité de son développement, c'est un bois très dur et propre à tous les usages ; les variétés amygdalina et viminalis atteignent, dit-on, à la hauteur prodigieuse de 150 mètres. En Europe même, des sujets de 15 ans s'élèvent à 10 mètres de hauteur dans les régions froides ; à Nice, à Gênes, à Cannes, on en voit du même âge ayant lm,50 de circonférence et une taille de 15 à 18 mètres ; à Antibes, à Y Isola Madré, on en montre de 30 mètres de hauteur.
Il paraît avéré, d'après les témoignages de Trottier, Ramel, Cosson, E. Bertherand, etc., que les plantations massives d'Eucalyptus ont singulièrement assaini des localités naguère ravagées par la fièvre. A vrai dire, les arbres ne sont point jetés et abandonnés au hasard ; ils sont espacés de 10 en 10 mètres et attentivement entretenus, c'est une véritable culture. Puis, il n'est plus certain que leur mode d'action soit unique ou même double; l'ombrage, la réfrigération de l'atmosphère, l'arrêt des vents, l'occupation donnée à l'activité du sol paraissent à Bertherand jouer quelque rôle à côté de l'absorption de l'eau et des émanations odorantes, antiputrides.
C'est, dans tous les cas, une tentative à encourager hautement. Il y a aujourd'hui probablement quelques millions d'Eucalyptus en Algérie. Le
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gouvernement italien, en 1875, en a distribué 3,000 pieds aux habitants de la campagne romaine, après avoir constaté que les environs du couvent des Gamaldules à Tivoli avaient été délivrés de la fièvre par une petite forêt de ces arbres. Le gouvernement autrichien doit faire un essai analogue à Pola et sur les côtes de Dalmatie.
Le professeur Gôppert place au même rang que l'Eucalyptus le Paulownia imperialis du Japon, qui avec des propriétés analogues de croissance et d'absorption a l'avantage de se prêter mieux à la température des latitudes européennes. Il a été importé à Paris en 1842; il existait plus tôt en Hollande; c'est de là que von Siebold l'introduisit en Allemagne.
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3. Dessèchement des marais. — Les travaux de dessèchement (dont le drainage fait partie) sont affaire d'ingénieur plus que d'hygiéniste, selon la juste remarque de Yallin. On indiquera seulement les principaux modes usités jusques aujourd'hui.
Pour peu que la dépression, qui retient l'eau stagnante à la surface du sol, soit à un niveau plus élevé que les cours d'eau avoisinants ou que la mer, il suffît d'un système de canaux dont les plus petits sont des drains à ciel ouvert et les grands, des collecteurs d'évacuation, pour transporter par la pente naturelle l'eau du marais dans les grands réservoirs où elle est inoffensive. Elle le devient, d'ailleurs, dans les canaux mêmes, s'ils
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sont bien entretenus, puisque la couche aqueuse est profonde et ne permet jamais plus la mise à nu du sol de leur lit. Dans quelques cas, ces canaux suffisent à recueillir l'excès-d'eau et à assécher les portions de terrain qu'ils comprennent dans les mailles de leur réseau. C'est ce qui arrive pour les ivateringues et watergands de l'ancien golfe de Saint-Omer, de Calais à Furnes, en temps ordinaire. Après les pluies de l'hiver, quand le terrain solide lui-même est couvert d'eau, l'on profite de la faible différence de niveau (quelques mètres) qui existe entre la terre et la mer pour faire écouler les eaux à marée basse, à l'aide d'écluses que l'on referme à marée haute ; car les marées d'équinoxe remontent à un niveau plus élevé que la surface de ce canton, et le flot la recouvrirait de plus belle. Mais l'on n'a même pas eu la ressource de cette différence momentanée de niveau sur le littoral hollandais et sur quelques points de la côte anglaise (les Fens) ; de vastes espaces du sol de la Hollande sont constamment plus bas que la surface de la mer et seraient submergés immédiatement sans la présence des digues si connues. On s'est donc servi de machines élévatoires, mues autrefois par des moulins à vent, aujourd'hui plus communément par la vapeur. C'est avec la force motrice du vent qu'a été desséché le lac de Harlem; on voit encore, actuellement, dans les polders au nord de Saint- Omer, quelques moulins à vent qui portent l'eau des espaces les plus déprimés dans les grands canaux d'évacuation.
Tous ces terrains plats du département du Nord et du Pas-de-Calais doivent aux canaux qui les sillonnent en tous sens, et aux cultures soutenues, que les habitants entretiennent dans les carrés de terre circonscrits par l'eau, d'être d'une salubrité satisfaisante. C'est la reproduction en petit de ce qui se passe sur les rives hollandaises, anglaises,' belges et sur divers points du littoral atlantique français, ou même sur les bords de la Méditerranée et de l'Adriatique. Toutes les fois que la démarcation est nettement accomplie entre la terre et l'eau, la salubrité est assurée et d'autant plus que l'eau collectionnée est plus constante et plus profonde ; car, dans les contrées méridionales, une épaisseur d'eau insuffisante ne met pas à l'abri des effluves maremmatiques. Mais malheur aux riverains qui laissent les canaux s'envaser, s'obstruer, redevenir marais par l'affaissement de leurs bords.
Il y a cinquante ans, pendant l'été, les salles et les médecins ne suffisaient plus aux soins des fébricitants accumulés dans les hôpitaux de Rochefort et de la Rochelle. Mais depuis, dit le Dr Barbreau (1878), « des travaux immenses ont fait de terrains incultes, toujours sous l'eau, de vastes prairies bien canalisées, qui non seulement ont plus que quintuplé de valeur, augmentant la richesse publique, mais ont tari les sources de l'infection paludéenne, qui faisait de la fièvre intermittente un véritable fléau pour la population. » Toutefois, Yallin, qui rapporte ces paroles rassurantes, paraît hésiter fort à les prendre au pied de la lettre. Il y a progrès, sans doute, mais il reste quelque chose à faire.
Si les étangs de la Sologne étaient partout maintenus avec une bonne profondeur d'eau, ils ne seraient guère dangereux ; c'est la queue des
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étangs, partie alternativement submergée, puis asséchée, qui cause tout le mal (Burdel). A vrai dire, on ne comprend pas que de vrais hygiénistes prennent en considération les ressources que la pisciculture offre aux Solognots. Ces ressources sont juste ce qu'il faut pour entretenir la misère. Au lieu de produire un mauvais poisson qui se vend à bon marché, il y a toute apparence que le Solognot trouverait dans une agriculture sérieuse une rémunération supérieure de son travail. Les cours d'eau, qui traversent le pays et ne servent qu'à entretenir les étangs, sont tout prêts à devenir des déversoirs. Une culture bien entendue, des champs labourés en dos d'âne sur le milieu avec des rigoles latérales, exactement drainés, assainiraient absolument le canton et sous peu l'enrichiraient.
Quand la pente et les déversoirs naturels manquent, on a cherché à utiliser les couches perméables profondes du sol, à titre de couches absorbantes, pour y faire aboutir les tuyaux de drainage, les canaux d'évacuation, dont l'eau se perd ainsi dans la sein de la terre. Tels sont les puisards ou embugs des Faluns de Marseille, dont l'origine remonte au roi René, les boitout du Gâtinais, les puits absorbants qui percent l'alios des Landes et reçoivent l'eau amenée par les crast.es ou tranchées. Voici comment Em. Trélat (1880) apprécie les résultats de cette pratique dans cette dernière contrée : « Je parcourais, il y a quelques semaines, les 800,000 hectares de nos landes de Gascogne, jadis si misérables, aujourd'hui transformées et florissantes. Les fièvres et la pellagre y régnaient en permanence. Une maigre population, juchée sur de grandes échasses, s'épuisait au milieu des eaux croupissantes et se débattait contre la mort. Il n'y a plus de pellagre et les fièvres ont disparu. L'homme a repris pied sur terre; il occupe des villages sains et propres, des maisons lumineuses et gaies au sein d'une végétation vigoureuse. Il n'a fallu qu'un second génie bienfaiteur à ces contrées dépeuplées pour les refaire. Au commencement du siècle, l'ingénieur Brémontier avait fixé les dunes du littoral et garanti nos deux départements de Gascogne contre les envahissements de la mer. En quinze ans, M. l'ingénieur Ghambrelent vient de transfigurer les landes en les débarrassant par des écoulements réguliers de leurs eaux meurtrières. »
Un journal anglais a prétendu naguère (1878) que les Trappistes ont résolu le problème de l'assainissement de la campagne Romaine en perçant le tuf imperméable qui se trouve sous la mince couche de terre végétale et en le faisant sauter sur de larges espaces avec la dynamite, de façon à atteindre la couche profonde du sol, qui est poreuse, et peut recevoir l'eau des pluies
4. Colmatage, terrement, warpage. — Beaucoup de fleuves, on l'a dit précédemment, par la richesse minérale de leurs eaux et le limon qu'ils abandonnent, sont des fabricateurs de continent. L'Aude apporte annuellement près de 2 millions de mètres cubes d'alluvion ; les deux Rhônes, 21 millions de mètres cubes, la moitié de ce que charrie le Pô et le tiers du Danube. Cependant, la France, dit Élisée Reclus, laisse perdre les « présents du Rhône », et ces apports avec lesquels on pourrait faire reculer les marais salants devant les eaux douces, donner aux sols les plus ingrats une grande
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fertilité, reconquérir la Camargue, ne servent guère qu'à faire des « barres » et à envaser les graux des étangs (Surell). Quoique la pente soit très faible (2 mètres de Fourque à la .mer), ses eaux, aidées au besoin de machines hydrauliques, suffisent pour lessiver le sol, le débarrasser de toutes ses molécules salines et se ramifier en canaux vivifiants dans tous les terrains encore incultes. Il ne faut pas croire que le Rhône agrandisse incessamment la Camargue; ses bouches se déplacent d'elles-mêmes à travers ses propres alluvions.
Le colmatage consiste donc à faire combler par les fleuves eux-mêmes, à l'aide des alluvions qu'ils apportent et déposent, les dépressions occupées par l'eau stagnante et le marais. On voit que, du même coup, l'eau fluviale, filtrant à travers le sol et gagnant en définitive la mer, dessale le rivage où a séjourné l'eau marine ; double effet d'une portée identique quant à l'assainissement.
C'est par le colmatage qu'au commencement du siècle a été comblée, suivant les plans mêmes de Galilée et de Torricelli, la vallée de la Chiana, entre le Tibre et TArno ; que le palude di Castiglione l'a été avec l'eau tourbeuse de l'Ombrone; que, près de Narbonne et aux environs de Vie, on a comblé des étangs à l'aide des alluvions de l'Aude.
Le ferrement consiste à projeter de la terre, prise à ses bords, dans un canal de détournement d'un cours d'eau assez rapide, que l'on a dirigé vers la dépression occupée par le marais. Ce cours d'eau voulu exécute ainsi le colmatage à l'aide des alluvions qu'on lui improvise. Ce procédé est utilisé en Allemagne, dans les bruyères de Lunebourg et de Brème (Vallin).
En Angleterre, à l'embouchure de l'Humber ; en France, dans divers points de la côte de Normandie et de Bretagne, on exhausse le terrain du littoral à l'aide du limon marin (warp, angl., tangue en français), dont des écluses fonctionnant convenablement assurent l'accès au moment des hautes marées et empêchent le retour quand le flot se retire.
Il est rare que l'on se résigne à l'œuvre longue et coûteuse d'opérer le terrement par le transport en tombereaux, à la façon des terrassements ordinaires.
5. Avivement. — Quand les fossés d'une citadelle donnent lieu à des effluves fébrigènes, on les assainit en les inondant. De même, on rend la salubrité aux canaux envasés en redressant leur talus et en creusant leur fond; aux étangs marécageux en endiguant leurs bords et en substituant une eau profonde à la partie où la minceur de la couche liquide l'expose à la dessiccation pendant les chaleurs de l'été.
Sur notre littoral atlantique ou méditerranéen, les marais salants cesseraient d'être insalubres si on les noyait, soit d'eaux douces en empêchant le reflux marin, soit d'eau salée en y déterminant un large accès du flot de la mer. Dans notre Midi, on maintient salubres les bords des étangs en prévenant l'ensablement des graux ; là, il faut et il suffit que l'eau des étangs ait plus de 1 mètre de profondeur, pour annuler l'influence du fond. Les villes riveraines de l'étang de Thau, Balaruc, Bouzigues, Mèze, Mar-
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seillan, n'ont pas une mortalité bien supérieure à la moyenne en France ; parce que le flot marin pénètre librement dans leur étang.
Quand il est possible de laver les marais salants par l'eau douce, on ferme au contraire les graux, et des écluses empêchent le reflux de la vague marine ; cela s'est pratiqué en divers points des maremmes de Toscane et de notre Midi.
On combine très avantageusement l'avivement avec le colmatage, en comblant d'un côté, en creusant et encaissant de l'autre. Ernest Desjardins propose de déblayer le golfe de Fos (à la pointe Est de la Camargue), menacé d'atterrissements, en rompant la digue sud du Rhône et en rouvrant le grau de Roustan, fermé seulement depuis un quart de siècle; la terre se formera à l'ouest, où la côte est fortement érodée par le courant, et celleci deviendra salubre par le colmatage, tandis que le golfe de Fos le sera par submersion.
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