‹ Nouveaux éleménts d'hygiène [electronic resource]Chapitre 5 sur 267 · PRÉFACE. VII · texte numérisé non relu

PRÉFACE. VII

logie. Elle ne saurait se borner à l'analyse des milieux, pas plus qu'à l'observation des désastres morbides. Son véritable terrain est cette scène immense et vivante, dans laquelle on voit incessamment les agents cosmiques ou animés se modifier les uns les autres, et l'homme aux prises avec quelqu'un d'entre eux, sinon avec eux tous. C'est pour cela que je n'ai jamais quitté l'étude d'un des objets de l'hygiène sans indiquer aussitôt son rôle étiologique, spécifique ou banal, dans ce qu'il a de certain ou seulement de probable. Il va sans dire que j'ai laissé, le plus possible, l'étiologie s'éclairer des lumières que des travaux vraiment dominateurs projettent aujourd'hui dans le vaste champ de la spécificité morbide.

Pourtant, l'auteur ne s'est pas cru obligé de formuler plus de dogmes qu'il n'y en a, ni même d'accepter sans discussion les formules qui tendent de plus en plus à s'introduire. En faisant abnégation de tout système personnel, il s'est imposé de ne se mettre à la remorque d'aucun autre. L'hygiène a sa presse et ses réunions publiques, les congrès nationaux et internationaux ; je me suis fait souvent l'écho de ces assemblées, croyant devoir cet hommage au suffrage universel. Mais notre science, pas plus que bien d'autres, n'est un édifice achevé. En énonçant tous les problèmes à l'étude, j'ai laissé la discussion ouverte, toutes les fois que l'énoncé d'une " solution eût pu être une imprudence ou devenir une gêne.

On reconnaîtra que cette manière devait nous conduire à un certain cosmopolitisme scientifique. J'avoue, sans embarras, que j'ai largement donné l'hospitalité aux étrangers et aux idées nées au delà de nos frontières, pensant qu'il est d'un patriotisme avisé de faire des comparaisons entre nous et les autres, afin de se décider, après réflexion, pour ce qu'il y a de mieux, ici ou là. Il arrive parfois, du reste, qu'après rapprochement on ne choisit ni le système étranger ni le système français, et qu'entre les deux il y a place pour la conception d'une méthode supérieure à l'un et à l'autre.

11 n'échappera point au lecteur que notre bibliographie n'a guère dépassé la littérature médicale de ces dix ou douze dernières années, à moins que le travail cité ne soit comme une date mémorable dans le progrès scientifique. On ne supposera pas que je raie la contribution à l'hygiène de tant de devanciers illustres. 11 s'est agi simplement de gagner de l'espace et de ne pas faire double emploi avec les renseignements bibliographiques qu'il est si facile, aujourd'hui, de trouver ailleurs.

PRÉFACE

Je remercie les nombreux savants à qui j'ai emprunté la meilleure part des matériaux de cette étude et les auteurs qui ont consenti à la reproduction de figures de leurs livres dans celui-ci. Ne pouvant inscrire tous les noms dont je garderai précieusement le souvenir, je me fais un agréable devoir de prononcer celui de mon éminent ami, M. Léon Colin, professeur au Val-de-Grâce et membre de l'Académie de médecine. Je dois à M. Léon Colin autre chose encore que les sûrs principes et les faits bien observés, qui sont dans ses écrits ; dans son amicale confiance en moi, qui n'a pas faibli aux jours difficiles, j'ai puisé Ja hardiesse nécessaire pour entreprendre cette œuvre de longue haleine. Puisse-t-elle justifier sa bienveillante opinion !

Je ne saurais dire que ce livre m'ait coûté quelque peine, puisque la vérité est que je me plais infiniment dans les études d'hygiène. Il ne commencerait à me peser que le jour*où j'aurais acquis la conviction pénible qu'il ne répond pas au but désiré. J'ose croire qu'un meilleur sort lui est réservé et que le lecteur, indulgent pour les défauts de forme et les faiblesses de détail, y trouvera l'instruction substantielle qu'il cherche et à laquelle il a droit. Si cette perspective se réalise, je m'en réjouirai pour mon compte d'auteur, mais plus encore pour l'hygiène et pour la jeune Faculté de Lille, à l'aurore de laquelle j'ambitionne cle mettre ma modeste part de rayons.

Jules ARNOULD.

Lille, le 16 juin 1881.

NOUVEAUX ÉLÉMENTS

D'HYGIÈNE

INTRODUCTION

CARACTÈRES ET PORTÉE DE L'HYGIÈNE

Définition. — Le mot HYGIÈNE, dans le temps actuel, a quelque peu dévié de son sens littéral et primitif. En remontant à l'étymologie (Tyi^c, sain; uytetvoç, salubre ; ih. uyistva, les choses salubres, les préceptes de l'hygiène), on peut croire que les anciens l'entendaient surtout d'un état et de conditions avantageuses qu'il n'y avait qu'à démêler et à choisir au milieu d'un vaste ensemble, comportant à la fois des circonstances favorables et d'autres nuisibles. On dit encore vulgairement : « il y a de l'hygiène dans telle maison, dans telle ville. » Les hygiénistes de la première moitié de ce siècle ne se sont guère détachés de cette conception très générale.

Aujourd'hui, hygiène veut encore dire cela, mais signifie en outre des actes : des études d'une part, des applications matérielles de l'autre. L'homme ne se contente plus de choisir parmi les conditions naturelles ; il cherche à en découvrir la raison d'être, le mode, l'influence sur les êtres vivants ; il vise surtout à se rendre compte de la façon dont les êtres vivants eux-mêmes, lui compris, modifient les milieux naturels. Et, quand il sait cela, il n'hésite pas à tenter de régler pour le mieux de sa propre conservation le mode des phénomènes extérieurs ; tout au moins s'entoure-t-il de précautions qui en émoussent ou en annulent les atteintes, lorsqu'elles deviennent dangereuses pour sa vitalité ou celle de l'espèce.

Telle est l'hygiène moderne. Aussi quelques-uns ont-ils abandonné l'appellation traditionnelle pour y substituer des termes explicites, comme la périphrase qui a pu devenir un mot dans la langue allemande : Soin de la santé (Gesundheitspflege). Nous nous sommes gardés, en France et en Angleterre, de répudier la vieille expression galénique, et il est à supposer que nous n'aurons pas à le regretter ; le sens des mots suit exactement les modifications du caractère des choses ; tyran, en grec, voulait dire roi. Dans peu de temps, le mot hygiène ne sera plus entendu autrement que de la façon qui vient d'être indiquée :

L'hygiène est V étude des rapports sanitaires de V homme avec le monde exté- Arnould. — Hygiène. 4

INTRODUCTION

rieur et des moyens de faire contribuer ces rapports à la viabilité de l'individu et de l'espèce.

Historique. — L'hygiène, soit comme ensemble de connaissances, soit sous forme d'actes protecteurs, a suivi très exactement la marche, par conséquent les oscillations, de la civilisation dans les familles humaines. Dans l'antiquité, on la retrouve d'autant plus évidente que le peuple particulièrement soumis à l'investigation historique est plus policé, plus brillant, plus fécond en œuvres artistiques ou littéraires. Il y a de cela deux raisons capitales etfacilesà discerner : d'un côté, lacivilisation même, qui groupe les sociétés^ porte avec elle le péril de l'altération des milieux; de l'autre, la nation voit mieux le danger, puisqu'elle est éclairée, apprécie mieux la valeur de la vie, perçoit mieux les mesures de défense à instituer. Comparez les Grecs avec les Barbares et, dans la Grèce même, comparez Athènes à Sparte. Athènes, reine des lettres, de l'éloquence et des arts, nous laisse le plus parfait modèle de l'organisation de la gymnastique, qui cadre si bien avec le culte du beau; Sparte s'immortalise par le brouet noir, l'interdiction du bain aux hommes et la condamnation des faibles! Rome, fille de brigands, se fait la ville des grandes créations d'hygiène, à mesure qu'elle devient capitale, qu'elle perfectionne ses lois, que les lumières de la Grèce y pénètrent. Pendant que ses armées taillent le futur empire dans la carte du monde, la métropole s'achemine vers les splendeurs de la civilisation et, concurremment, les vastes égouts se creusent, les rues se couvrent de dalles, les aqueducs traversent les vallées pour apporter à Rome l'eau la meilleure et la plus abondante du monde. Une ville ne saurait être belle sans hygiène.

On sait ce qui advint de la salubrité de Rome et de l'Europe entière quand cette civilisation merveilleuse, mais non sans lacunes graves (elle était d'ailleurs aux mains du césarisme), s'écroula sous la double invasion du christianisme et des Barbares. L'histoire sanitaire du moyen âge est vraiment étrange et, si ce ne sont pas les Barbares ni le christianisme qui ont fait cela, il faut qu'il y ait eu dans l'évolution de l'humanité unesorte de temps d'arrêt, de sommeil, de souffrance, inhérent à cette évolution même, comme on voit les insectes tomber malades quelque temps avant de devenir insectes parfaits, ou le jeune homme languir au moment où il va atteindre la virilité. L'attachement aux biens terrestres, y compris la santé, était une faiblesse, la propreté un vice, le bain une chose indécente; ce fut le beau temps de la famine, de la lèpre, de la peste, et qui allait être couronné par l'effroyable explosion de syphilis du quinzième siècle. Gomme l'ignorance était d'autant plus profonde que l'hygiène était plus nulle (ceci était même la conséquence de cela), il n'y avait qu'à se courber sous les désastres, incapables qu'étaient les plus savants de soupçonner l'origine des fléaux; Dieu ou le diable résumaient toute l'étiologie, avec quelques conjonctions d'astres sur lesquelles ceux qui en parlaient étaient tout aussi renseignés que sur les génies du bien ou du mal.

CARACTÈRES ET PORTÉE DE L'HYGIÈNE

Ceci est assez monstrueux pour qu'on puisse le rappeler sans être suspecté d'antipathie préconçue à l'endroit des législations théocratiques, Cependant, il ne convient peut-être pas d'inscrire simplement à l'avoir de celles-ci tout le bien qui a été dit de l'hygiène des Juifs, ce peuple immobile et dont toute la supériorité, réelle aux anciens âges, consiste précisément dans cette loi, prétendue révélée. Le fait est que l'hygiène de Moïse ne supporte guère un examen sérieux. Il n'est pas besoin de discuter la circoncision, pratique plus dangereuse qu'utile, parce qu'elle n'est autre chose qu'un acte du culte et un symbole de servage. L'interdiction de la viande de porc? mais, aujourd'hui que l'on sait mieux que Moïse comment et pourquoi la chair de cochon peut être nuisible, ce serait une piètre hygiène que de retrancher cette source de matière azotée aux populations ouvrières; ou conseille la cuisson parfaite de la viande et une éducation du porc telle qu'il ne mange pas lui-même de rats trichinés. La recommandation d'avoir un lieu « hors du camp, pour les besoins de la nature? » C'est, en somme, une idée à la portée de tout le monde, quoique bonne. La prophylaxie des maladies contagieuses? Certes, il y eut peu de gouvernants qui la manièrent comme Moïse ; par exemple dans cette circonstance où, redoutant la propagation de certaine « plaie » issue du commerce de l'homme et de la femme, il fit massacrer quelques milliers de filles madianites et tous les Juifs qui s'étaient accouplés à elles! La mesure était efficace, sans doute ; on essaya, au moyen âge et justement aux dépens des Juifs, des mesures de préservation imitées de celle-là. Mais la tradition s'en esc perdue et il ne paraîtra pas regrettable que notre siècle cherche autre chose.

Il serait exagéré de prétendre qu'on ne fit rien en Europe, avant le dixneuvième siècle, soit pour répandre des notions d'hygiène, soit pour instituer quelques mesures protectrices de la santé des peuples. Ne citerait-on que l'organisation quarantenaire dans notre pays, il y eut quelques efforts, isolés, plus ou moins heureux, incontestables pourtant. Mais cet ordre de préoccupations ne commença à s'établir dans l'esprit des médecins et des gouvernants, d'une façon continue et féconde, qu'à l'époque des philosophes, dans cette période de puissante préparation qui allait aboutir à la Révolution française.

L'hygiène prenait même dès lors un caractère que les sociétés anciennes, presque toutes constituées aristocratiquement, n'avaient pas connu. Il ne s'agissait plus d'élégance, de bien-être par privilège au sein des groupes urbains, qui renferment d'ordinaire les classes dirigeantes; encore moins, de générosités faites à la plèbe par les patriciens ou par la maison régnante. Le dogme de l'égalité commençait à se faire jour, la vie humaine devenait une chose respectable quelle qu'en fût l'enveloppe ; parmi les « droits de l'homme », on sentait qu'il fallait inscrire le droit à la santé.

Deux faits presque contemporains, qui trahissent bien les tendances de l'époque et qui devaient hâter les progrès de l'hygiène publique, méritent d'être relevés, à savoir : la fondation de la Société royale de médecine (1776)

INTRODUCTION

en France et, en Allemagne, la publication du livre de Jean-Pierre Frank : Système d'une police médicale complète (1).

En 1802, fut institué le Conseil de salubrité de Paris. Quelques grandes villes de province, Lyon, Marseille, Lille, Nantes, Rouen, Bordeaux, successivement, s'étaient donné des créations analogues. Mais ce n'est qu'en 1848, encore à une date qui marque un grand pas dans le progrès des idées égalitaires, que les conseils d'hygiène et de salubrité furent étendus à toute la France et reçurent l'organisation qu'ils ont aujourd'hui, organisation remarquable et qui serait d'une étonnante efficacité si, à ce mécanisme parfait, il ne manquait un moteur, à ce corps vigoureux un cerveau. Il l'aura par la création d'une Direction médicale, centrale, autonome, un Ministère de la santé publique moins ce titre, qui est inutile et exposerait les directeurs aux fluctuations de la politique.

C'est aussi de 1848 que date la loi anglaise {Public health Act 1848), qui instituait des administrations sanitaires locales, ou plutôt en permettait la. création, car cette loi était en partie facultative. Il ne faut pas croire, en effet, que cette nation, où l'hygiène publique est aujourd'hui pourvue d'instruments de grande puissance, ait pris les devants sur les voisines ; l'hygiène n'a pas été, chez elle comme chez nous, la conséquence d'un principe d'humanité et d'égalité, mais simplement la traduction des sentiments utilitaires; aussi laissa-t on d'abord les districts et les communes se pourvoir eux-mêmes de protection sanitaire, selon qu'elles en éprouvaient le besoin et surtout dans la limite de leurs moyens en hommes et en argent. Pourtant, déjà même en 1848, le « Nuisance removal and diseases prévention Act » comportait la création d'un comité de surveillance générale sur les égouts, la souillure des cours d'eau, les approvisionnements d'eau, les logements des classes pauvres, les épidémies, etc. Mais ce comité portait ombrage aux instincts de « selfgovernment» des communes; on s'adressait au ministère de l'intérieur plutôt que d'avoir affaire au « Nuisance removal Committee». C'est ce qui donna lieu à la loi de 1858 : « Local Government Act, » qui, tout en confirmant la loi de 1848, attribuait au ministre de l'intérieur la direction sanitaire des bâtisses, des habitations, des approvisionnements d'eau et des vidanges. A diverses époques furent édictées des lois particulières jusqu'à ce que le «Local Government Act 1871 » et le « Public Health Act 1872 » aient fixé l'organisation qui fonctionne actuellement et que le « Public Health Act 1875 » n'a fait que codifier. Dans cette organisation, chaque localité est rattachée à un district sanitaire; l'hygiène est obligatoire dans le district et confiée exclusivement à une autorité sanitaire locale (Local Board of Health). La surveillance, le contrôle, la concentration des travaux de ces autorités locales, appartiennent à une direction gouvernementale {Local Government Board), qui, depuis cette loi de 1871, est devenue le ministère des pauvres. Les fonctionnaires sanitaires sont : le Médical officer of Health, le Surveyor, Ylnspector of nuisances, le trésorier, les assistants et le personnel auxiliaire. Cette hiérarchie est

(1) System einer vollstiindigm medizinischen Polizei, 1778.

CARACTÈRES ET PORTÉE DE L'HYGIÈNE

essentiellement adaptée au fonctionnement de la direction centrale; mais elle se répète selon le besoin dans l'administration sanitaire du district.

En Belgique, il y a, depuis 1818, des « commissions médicales », une par province ; le ministère Rogier, en 1847, créa une autorité centrale, le Conseil supérieur d'hygiène publique, qui est en rapport avec les commissions provinciales, contrôle leurs opérations et leur imprime la direction nécessaire. Il n'y en a pas moins à Bruxelles un Conseil communal d'hygiène, avec un inspecteur municipal, des laboratoires, etc., institution dont les services sont déjà considérables et que le Dr Crocq voudrait voir se répéter dans toutes les grandes villes de Belgique.

C'est le cas de constater que, depuis peu d'années, en France, le Havre, Nancy et d'autres villes se sont donné un Bureau municipal d'hygiène, suppléant à l'inertie forcée des conseils de salubrité, dressant la statistique, organisant la prophylaxie des épidémies, surveillant les travaux d'édilité, contrôlant au laboratoire les denrées alimentaires offertes à la population, etc. Créations recommandables et qu'il faudra conserver, même alors que l'action des conseils de salubrité sera fécondée par une direction centrale, compétente et autonome.

L'Allemagne avait et conserve des institutions locales de police sanitaire. Mais l'unification récente des divers pays dans l'empire germanique devait entraîner aussi l'unification de l'administration sanitaire. En 1876, fut constitué le Rtichsgesundheitsamt (Office sanitaire impérial) rattaché à la grande chancellerie, mais ayant à sa tête un médecin avec un conseil composé de deux autres médecins et d'un vétérinaire. C'est l'autorité centrale. La législation de détail a prévu : le commerce et l'exercice de la pharmacie (1869-1872), la vaccination (1874), l'assistance des pauvres (1870-1871), la propagation de la peste bovine (1869), les falsifications des denrées alimentaires (1879), etc.

Nous n'insistons pas; la législation et l'organisation sanitaires des divers peuples a fourni à Julius Uffelmann la matière d'un volume et nous n'avons voulu que mettre en lumière quelques exemples. Le fait est acquis; un mouvement énorme existe et s'accentue ; la défense est organisée partout contre les fléaux qui mettent l'espèce humaine en coupe réglée. Que peut-on en espérer?

Lies maladies évitables. — John Simon, en 1858, relevant la mortalité de 623 districts d'Angleterre et du pays de Galles, constatait une mortalité moyenne de 22,4 p. 1000; mais remarquait que, dans 54 d'entre eux, la proportion obituaire n'était que de 15 à 17 p. 1000. Or, à cette date, si tous les individus n'avaient succombé qu'à la vieillesse, soit à l'âge de quatre-vingts ans, la mortalité n'eût été que de 12,5 p. 1000. La différence a donc été fournie : 1° par des maladies évitables, celles qui ont porté de 15 ou 17 à 22,4 ou au delà la mortalité de la plupart des districts ; 2° par des maladies inévitables, celles qui ont fait que les districts favorisés ont eu cependant 15 à 17 décès p. 1000, au lieu de 12,5. L'honorable Médical Offi-

INTRODUCTION

cer range parmi ces maladies non évitables : les malformations, la faiblesse native, les accidents, les maladies contagieuses des enfants, les maladies de misère et celles qui proviennent de l'hérédité.

Or, à coup sûr, il en est déjà beaucoup, parmi celles auxquelles John Simon se résigne si bénévolement, qui sont parfaitement évitables : les maladies contagieuses des enfants ne diffèrent pas sous ce rapport des contagieuses des adultes, qui sont précisément très évitables par la désinfeclion et l'isolement. Quant à la faiblesse native, les malformations, elles se confondent avec l'hérédité, si l'on veut bien se souvenir qu'un générateur malade ne lègue pas toujours à sa descendance exactement la même forme morbide qui avait été sa caractéristique pathologique ; il y a des transformations, quelquefois très inattendues. Mais, outre que l'hérédité ne s'exerce pas toujours fatalement et que nous disposons de moyens propres à lutter contre les tendances morbides, nous pouvons couper court à l'hérédité dès le début, en empêchant l'héritage funeste de se constituer. Soit, pour exemple, la scrofule ; nous savons qu'elle naît dans l'air affadi des villes, dans les logements froids, humides, sans soleil, encombrés ; l'enfant élevé dans ce milieu a toutes les chances d'y devenir scrofuleux. Mais son père subit les mêmes influences ; il ne devient pas scrofuleux, parce que la période de la vie ne s'y prête plus, mais il est extrêmement probable que les impressions subies par lui disposeront étonnamment à la scrofulose les enfants qui auront dans leurs veines son sang pâle et à demi empoisonné. Nous pouvons supprimer à la fois cette transmission, sous forme de scrofulose, d'un état qui n'a été qu'une infériorité acquise de la nutrition et la scrofulose née et grandie avec l'enfant, qui se transmettra plus évidente et plus grave à sa descendance à lui. Il ne faut pour cela qu'élargir et déblayer nos rues, faire pénétrer l'air et le soleil dans la demeure de tous, éloigner exactement les immondices...; à vrai dire, celte simple prophylaxie est un travail d'Hercule ; mais c'est justement la grandeur de l'effort qui fait la suprématie de l'hygiène.

Ces réflexions s'appliquent vraisemblablement à la tuberculose, ce fléau plus meutrier qu'aucun autre, qui cause 15 p. 100 de tous les décès en Angleterre, 16 à 17 p. 100 à Paris et à Lille, 20 p. 100 à New-York, davantage encore à Vienne. Héréditaire ou acquise (elle se montre sous les deux modes), la tuberculose est évitable, au moins dans de grandes proportions, si elle est, comme on l'a cru longtemps, l'aboutissant banal de toutes les causes de dépression nutritive, mauvais air, mauvais aliments, excès, intempéries, chagrins. Elle l'est plus aisément encore, s'il faut la ranger parmi les maladies virulentes, qui ont un germe saisissable, comme de grandes découvertes encore récentes tendent à le faire admettre. En effet, il ne s'agit plus alors que de chercher à soustraire à ce germe néfaste le milieu adéquat, nécessaire à sa conservation, ou que d'inventer une vaccine tuberculeuse et, provisoirement, d'instituer des mesures d'isolement. Conserver 8,000 existences à Paris par an, ou même moitié, voilà une perspective émouvante; et pourtant, ce n'est déjà plus absolument un mirage ! Buchanan, en Angleterre, et Bowditch en Amérique ont prouvé que le

CARACTÈRES ET PORTÉE DE L'HYGIÈNE

drainage du sol diminue notablement la fréquence de la tuberculose. Estce, peut-être, que le sol serait le conservateur de ce microbe, comme il l'est de quelques autres, et qu'en soustrayant l'humidité à la surface, on met le parasite dans des conditions difficiles d'existence ?

Par ailleurs, les maladies spécifiques, selon notre désignation française, zymotiques, comme W. Farr les a dénommées en Angleterre, infectieuses, ainsi qu'on les appelle communément en Allemagne, sont celles que l'on indique partout comme essentiellement évitables. Elles représentent moyennement, entre elles toutes, 5 décès pour 4000 vivants, chez les nations dont la mortalité est aux environs de 23 p. 1000, comme c'est le cas pour la France.

Elles se répartissent en trois classes dont il est utile de faire la distinction, savoir:

a. Les contagieuses, dont l'homme régénère le principe ou germe. Exemple : la variole.

b. Les infectieuses proprement dites, dont l'homme véhicule et transmet le principe, mais ne le régénère point ; exemple : le choléra, les typhus.

c. Les miasmatiques pures, que l'homme subit, mais ne régénère ni ne transporte. Type: la malaria.

Parmi les contagieuses, la plus redoutable et la plus répandue, la variole, est évitable dans une très grande mesure. Les sociétés se protègent contre elle par la vaccination obligatoire, que l'Allemagne a déjà promulguée, que les congrès d'hygiène réclament et qui ne tardera pas à être aussi une loi, en France. Les groupes municipaux se protégeront en outre par l'installation des appareils de désinfection des linges et étoffes portés par les malades, par la création des hôpitaux de varioleux tout à fait isolés. Un jour viendra où, chez les nations civilisées, l'individu qui, par sa faute, aura été l'origine d'un foyer épidémique, sera responsable et judiciairement poursuivi. La variole est rare et très peu meurtrière dans l'armée, où les vaccinations et revaccinations sont soigneusement pratiquées, et bien que les hôpitaux militaires manquent de moyens d'isolement. Pour 1000 entrées aux hôpitaux, il n'y a pas plus de 5 varioleux, et la mortalité n'arrive pas à 0,20 pour 1000 hommes d'effectif, 2 p. 100 de tous les décès. Pendant la guerre de 1870-71, l'armée allemande ne perdit que 261 hommes de cette cause ; les revaccinations y sont très surveillées. La seule armée de Paris, qui renfermait 80,000 mobiles des départements et un grand nombre de mobilisés, fournit 1,074 décès varioleux sur 175,000 hommes environ (Léon Colin).

Rien ne dit que l'on ne trouvera pas une vaccine pour d'autres contagieuses virulentes, bien que les conditions se présentent moins favorables et que l'on ne rencontre pas pour toutes, comme pour la variole, la forme équivalente chez les animaux.

En ce qui concerne les deux autres classes, les études d'hygiène ont établi un fait énorme, dont il faut absolument que la pratique s'évertue de toutes les façons à mettre à profit les enseignements et à tirer les conséquences. C'est que le milieu naturel de la conservation et de la multiplica-

INTRODUCTION

tion des germes infectieux, c'est la putridité ; putridité dans le sol, dans l'eau, dans l'air, dans les habitations.

Il n'est pas absolument nécessaire d'entrer dans le dogme nouveau du parasitisme universel et du contagiwn animatum pour être convaincu de la nocuité des matières putrides. Les expériences de Stich, de Panum, de Hiller, de Selmi, de Pettenkofer, ont mis hors de doute les propriétés meurtrières des liquides septiques et principalement de ceux dans lesquels l'élément putride est emprunté aux matières fécales humaines en décomposition.

Aujourd'hui, l'on ne varie pas sur la réalité de ces résultats, et c'est le point capital pour l'hygiène ; mais la science semble près d'être dominée par un mode d'interprétation qui, de la matière putride, reporte aux agents de la putréfaction les propriétés spécifiques et en fait, par conséquent, les véritables germes des maladies infectieuses. Pasteur, Davaine, Klebs, Koch, Nàgeli, ont donné à ces interprétations une telle ampleur et un si vaste contingent de preuves qu'il est impossible de ne pas compter avec la nouvelle doctrine, bien qu'elle soit moins à l'aise vis-à-vis de la pathologie que de l'étiologie et qu'il lui reste un champ immense à parcourir sur le terrain des détails.

Dans le sol, Koch et Pasteur démontrent la conservation et même la multiplication des corpuscules-germes de la bactéridie charbonneuse {Bacillus anthracis) ; Klebs et Tommasi Crudeli pensent découvrir le Bacillus malaria? ; Schlœsing et Muntz reconnaissent le ferment nitrique, qui jusqu'aujourd'hui ne s'est montré que bienfaisant ; Pettenkofer soupçonne, sans démonstration directe, le germe du choléra, en voie de devenir poison.

Dans l'eau la plus pure, Pasteur aperçoit un vibrion septique des plus redoutables.

Dans l'air, on voit des bactéries et des microcoques de toute espèce, dont beaucoup sont évidemment inoffensifs et rendent peut-être des services. Ne semble-t-il pas, d'ailleurs, que tous soient appelés à jouer un rôle utile, énorme, dans la nature, en rendant au monde inorganique les éléments des corps qui ont vécu ? C'est un chaînon de la vie universelle. Seulement, il n'est point bon que les êtres supérieurs soient au contact de cette élaboration gigantesque dont sont chargés les infiniments petits, qui sont aussi infiniment nombreux. L'homme doit fuir la putréfaction, ou l'éloigner de lui, l'obliger à s'accomplir hors de sa portée, lui imposer son mode quelquefois, ou, en dernier ressort, la supprimer d'une façon ou de l'autre, fût-ce en brusquant par l'incinération des matières mortes leur retour au règne minéral. La putridité est dans l'ordre des choses; ce qui ne l'est pas, c'est que nous nous en entourions, que nous nous laissions envahir par elle. Les maladies qui viennent de là, ou qui se propagent à la faveur de l'étoffe putride, l'homme les a par sa faute.

Que faut-il pour lutter contre la putréfaction? Tuer les vibrions? Ce serait une vaine tentative. Éloigner des points occupés par les groupes humains toutes les immondices? Sans doute, mais on n'arrive pas à le faire exactement et, d'ailleurs, le sol est çà et là naturellement imprégné d'une

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putridité que l'homme n'a pas faite. Mais nous savons que la putréfaction est de l'essence des fermentations ; qu'il lui faut de l'air et de l'eau pour s'accomplir. Nous nous adresserons naturellement au moins mobile de ces deux fluides pour l'éloigner des points suspects; mettre les germes à sec, c'est les condamner à l'inertie.

Puis, nous ne permettrons pas que l'agglomération des individus sur un espace limité menace d'y accumuler tant d'immondices que les mesures de protection en soient débordées. Nous ferons pénétrer partout, dans les abris humains, l'air en mouvement qui dessèche les surfaces et, par son mouvement même, trouble les phénomènes silencieux de la putréfaction. Nous y ferons aussi pénétrer le soleil, favorable aux êtres supérieurs et antipathique aux agents ténébreux des transformations putrides. Beaucoup de ces maladies d'origine putride et, notamment, la fièvre typhoïde, dont l'origine particulièrement fécale est démontrée pour une foule de cas, ont été qualifiées de « maladies de malpropreté » . Le terme est exact et significatif. La malpropreté n'est pas autre chose que la tolérance vis-à-vis de la. matière à putréfaction et la putréfaction elle-même.

Le typhus exanthématique fournissait, en 1780, 5,000 malades aux hôpitaux de la marine anglaise et, dans la flotte entière, il mourait 1 homme sur 8. En 1830-36, il n'y avait plus qu'un mort sur 72, et le typhus des vaisseaux est devenu une rareté. Or, ç'a été un résultat voulu ; il a suffi de veiller à la propreté des navires et à l'aération des locaux occupés par les matelots.

Le typhus des camps avait également maltraité l'armée française et l'armée anglaise de Grimée, dans l'hiver de 1854-1855; il épargna la seconde pendant la formidable recrudescence de 1855-1856. Celle-ci s'était donné des logements de troupes et des ambulances conformes aux règles de l'hygiène.

En 1870-71, l'armée allemande, où l'hygiène est dirigée parles médecins, sut ne pas avoir le typhus, bien qu'elle possédât des Silésiens et des Polonais dans ses rangs.

Les statistiques d'Edwin Chadwick et de John Simon établissent que la fièvre typhoïde a diminué dans les villes d'Angleterre à proportion des progrès du drainage et de la canalisation des villes, de la suppression des fosses fixes et de l'approvisionnement d'eau.

Il est bien clair que le jour où l'on éloignera systématiquement les déjections humaines des habitations, et que les eaux de boisson seront mises à l'abri de toute infiltration de liquides excrémentitiels, il ne pourra plus être question de ces épidémies typhoïdes propagées par l'eau ou par le lait et dont la presse ou la tribune médicale ont eu si souvent à s'occuper, dans ces derniers temps.

w Pourquoi l'importation typhoïde réussit-elle si rarement dans nos villages et constamment dans nos vieilles casernes? Ici l'imprégnation putride est à son comble ; là, elle est prévenue ou équilibrée par la faiblesse et le peu de densité du groupe.

Si l'on admet l'hypothèse de Pettenkofer relativement à l'influence des

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INTRODUCTION

oscillations de la nappe d'eau souterraine sur la marche de l'endémo-épidémie typhoïde, il est clair que nous avons prise sur elle, soit en assurant l'intégrité organique du sol*, soit, plus aisément, en régularisant par le drainage le niveau de l'eau souterraine.

Le choléra ne prospère pas sur certains sols. Pour les autres, Forster a démontré par les chiffres que les villes, qui se sont protégées contre les souillures du sol et surtout contre la stagnation des déjections humaines, dont l'eau de boisson était hors de l'atteinte des souillures excrémentitielles (au moins en Silésie et Posen), ont échappé régulièrement à toutes les invasions du fléau. Manchester et Salford perdaient, en 1832, 890 habitants ; en 1849, 1,1 15 habitants parle choléra. En 1851, l'on renonça à l'eau sordide de l'Irwell et l'on utilisa les sources du haut pays ; au choléra de 1854, il n'y eut que 50 victimes et, à celui de 1866, 88. Pour des raisons identiques, Glasgow, dont la mortalité cholérique avait atteint 14 p. 1000 en 1832, 10,6 p. 1000 en 1849, ne perdit que 0,16 p. 1000 au choléra de 1866. Liévin constate un fait analogue relativement à la bénignité de l'épidémie de 1871, à Dantzig, autrefois constamment maltraitée par le choléra, mais qui, en 1869, avait exécuté de remarquables travaux de canalisation.

En sortant un peu de cet ordre d'idées, rappelons que le choléra est d'abord de provenance exotique et que la prophylaxie internationale a mission d'en empêcher le débarquement en Europe. Il n'y a pas à se demander si c'est là de l'hygiène; que l'on se rappelle la quarantaine aveugle et féroce des siècles derniers, et que l'on en rapproche les études qui ont amené Fauvel à formuler les règles protectrices aujourd'hui mises en pratique : la surveillance du choléra à son point de départ, à ses ports de passage nécessaires et l'adaptation des mesures quaiantainaires, pour les hommes et les marchandises, aux propriétés nosologiques connues du choléra. La défense de hasard n'est pas de l'hygiène; on en fait seulement quand on tire la conséquence de faits scientifiquement établis.

La malaria est évitable dans de très larges limites. On y arrive en soustrayant l'eau à la putridité spéciale et spontanée du sol, à l'aide de canaux, du drainage systématique, des puits absorbants, des plantations d'arbres. Dans notre pays, l'assainissement de la Dombe, de la Sologne, des Landes, montre tous les jours que la chose est possible et comment il faut s'y prendre.

En dehors des maladies de la putridité, sont encore évitables toutes les maladies d'alimentation. Celles qui relèvent du parasitisme n'exigent que la diffusion des premières notions d'hygiène et une bonne police sanitaire sur le commerce des denrées, aidée de laboratoires municipaux d'analyse. L'étude et l'expérience ont suffisamment éclairé la question des viandes putréfiées, charbonneuses, trichinées, de la viande et du lait tuberculeux, pour que les autorités sanitaires instituent des mesures de protection. L'ergotisme se fait rare, grâce à la diminution des terrains semés en seigle, grâce à de meilleurs procédés de culture et à la facilité des transactions, qui permet de restreindre l'usage de cette céréale sous forme de pain. Il faut bien que des raisons semblables, avec l'assainissement du sol,

CARACTÈRES ET PORTÉE DE L'HYGIÈNE

parviennent à éteindre la pellagre dans ce beau pays de Lombardie qu'elle désole encore. Le scorbut est tout à fait à notre merci; on en connaît parfaitement l'origine et le remède, et il ne faut qu'un peu de surveillance et de jus de citron pour le prévenir. Sur 50,000 marins qui voyagent sous pavillon britannique, il n'y a plus que 3 ou 4 scorbutiques par an. Quant à la famine et aux désastres qui en dérivent, la prophylaxie en est faite de plusieurs éléments dont beaucoup échappent aux sciences médicales pures. Mais l'hygiène se montre ici comme un trait d'union entre les sciences biologiques et les sciences sociales ; elle entrevoit la prophylaxie de la famine dans le développement de l'agriculture, dans l'exercice des libertés publiques, dans la liberté du commerce, dans l'acheminement des peuples vers la suppression de la guerre et l'effacement moral des familles qui font la guerre et s'élèvent par elle. Dans tous les cas, elle prescrit de ne point agglomérer les faméliques, sous peine de voir le typhus éclore dans la putridité multiforme qu'ils traînent avec eux.

Double caractère de l'hygiène. — Cette rapide revue des maladies évitables révèle la préoccupation capitale de tous les médecins qui manient l'hygiène ; la préservation et, s'il se peut, l'extinction des maladies. Cette préoccupation a des raisons très légitimes d'être la première; pour que la vie prenne tout son essort, il convient d'abord qu'elle soit débarrassée de ses ennemis. D'ailleurs, n'est-il pas évident que l'on va gagner en santé positive tout ce que l'on ne perdra pas sous les assauts répétés du monde hostile que recèle la matière putride?

Pourtant, n'être pas malade n'est pas suffisant. L'homme est essentiellement producteur, et il est nécessaire qu'il élève un état de santé en quelque sorte indifférent à un degré tel qu'il puisse dépenser en œuvres physiques ou intellectuelles une portion de sa vitalité. C'est vers cette autre face des besoins humains que se tourne l'hygiène en étudiant les ressources de l'alimentation et de l'exercice, envisagé spécialement par son côté en quelque sorte scientifique, sous forme de gymnastique. Vulgairement, nous cherchons non seulement à conserver la santé, mais encore à V augmenter. Or, il se trouve que les efforts accomplis dans ce dernier but servent aussi merveilleusement le premier. L'homme possède naturellement, vis-à-vis des principes morbides, un pouvoir de résistance, que l'on a longtemps appelée vitale et qu'aujourd'hui l'on qualifiera probablement de défaut d'adéquation du milieu à la multiplication des germes. Plus on accentue la vitalité, plus on trempe le système nerveux, plus on rend le sang riche et plastique, et plus on élève le degré de cette résistance, plus on fait de l'économie un milieu de culture infertile pour les microrganismes.

Les anciens avaient grand souci de cette hygiène positive ; les Grecs ont été les maîtres de la gymnastique. Il est possible qu'elle n'ait été, pour ainsi dire, qu'un des modes du culte du beau, chez ce peuple idolâtre de la forme humaine. Soit ; il ne serait nullement à regretter que nous revinssions à ce culte, décidément trop négligé à notre époque d'usines et de fabriques.

Division, — Les divisions introduites dans l'étude de l'hygiène ne valent

INTRODUCTION

probablement pas la peine que se sont donnée, pour les établir, des esprits amoureux de la logique. La distinction entre l'hygiène privée et l'hygiène publique est réelle dans les actes, mais disparaît dans la théorie ; dans le sens communément attribué à ce dernier terme, il s'agit moins d'études que d'applications; or, il faut bien se servir de celles-ci pour donner un corps aux idées, chaque fois que l'on a déduit un principe d'une série de considérations abstraites. Les traités d'hygiène contemporains sont à la fois d'hygiène publique et d'hygiène privée; car ce qui est vrai de l'individu est vrai pour la foule.

Séparer le sujet de la matière de l'hygiène est parfaitement rationnel, mais ne sert à rien en hygiène générale, puisque le sujet de l'hygiène, c'està-dire l'homme abstrait, est connu par la physiologie. Il vient un moment où ce sujet constitue un terrain particulier d'application, lorsqu'on groupe par catégories la masse des individus ; ainsi, les enfants, les ouvriers, les soldats, forment autant de sujets que de groupes, intéressants à étudier à part, moins pour les particularités de leur physiologie, connue aussi, que par les formes un peu plus accentuées dans tel ou tel sens que doivent revêtir à leur égard les objets de l'hygiène générale.

A notre sens, cette vaste étude pourrait être fructueusement répartie en trois branches:

1° Hygiène générale;

2° Hygiène spéciale ;

3° Législation et police sanitaires.

A. L'hygiène générale prend l'homme comme le résumé d'attributs absolument communs à tous les individus de l'espèce, et envisage les rapports nécessaires de cet être abstrait avec les agents ou milieux cosmiques qui peuvent influencer la santé, soit naturellement, soit par suite de la présence même de l'homme. Il est facile de voir que cette série de rapports est également commune et fatale ; tous les hommes la subissent et même la partagent avec le reste des êtres vivants, tandis que les rapports qui feront l'objet de l'hygiène spéciale sont particuliers et habituellement libres, impliquant des situations que l'homme seul est apte à se créer.

Ces rapports nécessaires comprennent les objets suivants, énoncés dans un ordre qui a paru naturel, mais qui pourrait être dérangé sans le moindre inconvénient :

1° Le sol, ou support commun ;

2° L'atmosphère, milieu commun dans le sens le plus vulgaire du mot ;

3° Les abris, comprenant Y habitation et le vêtement, qui est surtout un abri portatif. Ce sont des modificateurs que l'on peut, à l'aide d'une vue philosophique, regarder encore comme communs ; les animaux s'abritent et, s'ils ne se vêtent pas, ils ont grand soin du vêtement que la nature leur a donné ;

4° Les soins corporels, suite nécessaire du chapitre précédent; 5° Les aliments et les boissons; 6° L'exercice et le repos.

B. L'hygiène spéciale sépare absolument l'homme du reste des êtres et

CARACTÈRES ET PORTÉE DE L'HYGIÈNE

en fait un groupe dans la série animale. Dans ce groupe, par des subdivisions successives, elle en forme un certain nombre d'autres, très réels d'ailleurs et qui usent des choses connues par l'hygiène générale d'une façon particulièrement nuancée; elle ne les étudie pas organiquement, ce qui serait retomber dans l'étude du sujet de l'hygiène, mais elle marque le caractère de leurs rapports sanitaires et, en approfondissant certains détails, en conclut à des règles qui ne sont qu'une adaptation précise des principes généraux.

Elle paraît devoir embrasser les études suivantes :

1° Les groupes anthropologiques ;

2° Les groupes ethniques ;

3° La démographie et la statistique démographique ;

4° L'hygiène de l'enfance,

5° Le groupe scolaire ;

6° Le groupe industriel ;

7° Le groupe militaire ou marin;

8° Le groupe rural ;

9° Le groupe urbain;

10° L'hygiène des malades (y compris l'hygiène hospitalière et les institutions d'assistance).

C. La troisième partie comprendrait l'histoire et l'exposé de l'organisation de Vhygiène publique dans les divers pays, les lois édictées, les autorités sanitaires, les fonctionnaires de surveillance et d'expertise, les pénalités. On y annexerait l'étude du meilleur mode à.' enseignement public de l'hygiène.

Bibliographie. — Nous donnons ici la liste des principaux Traités généraux qui nous ont guidé dans la confection de ce travail. L'indication bibliographique n'en sera pas répétée dans le cours des développements particuliers. — Motard (Adolphe) : Traité d'hygiène générale. Paris, 1868. — Pappenheim (L.) : Handbuch der Sanitàts-Polizei, 2e Auflage; Berlin, 1808. — Roth (W.) und Lex (R.) : Handbuch der Militàr-Gesun lheitspflege. Berlin, 1872-1877. — Morache (G.) : Traité d'Hygiène militaire. Paris, 1874. — Ziemssen (H. von) : Handbuch der specielle Pathologie und Thérapie. I Band. 2e Auflage. Leipzig, 1875. — Lacassagne (A.) : Précis d'hygiène privée et sociale. Paris, 1876. — Proust (A.) : Traité d'hygiène publique et privée. Paris, 1877. — Sander (Fréd.) : Handbuch der ôffentlichen Gesundheitspflege . Leipzig, 1877. — Wilson (Georges) : Handbuch der offentl. und privaten Gesundheitspflege . Deutsch herausgegeben von Paul Borner. Berlin, 1877. — Becquerel (A.), Beaugrand (E.) et Hahn (F. L.) : Traité élémentaire d'hygiène privée et publique. 6e édit. Paris, 1877. — Fonssagrives (J.-B.) : Traité d'hygiène navale. 2e éd. Paris, 1877. — Parkes (Edm.-A.) : A manual of Practical Hygiène. Edited by François de Chaumont. Fifth edit. London, 1878. — Wiel (J.) und Gnehm (R.) : Handbuch der Hygiène. Karlsbad, 1878. — Uffelmann (Julius) : Darstellung des auf dem Gebiete der offentl. Gesundheitspflege in ausserdeutschen Lândern bis jetzt Geleisteten. Berlin, 1878. — Lévy (Michel) : Traité d'Hygiène publique et privée. 6e édit. Paris, 1879. — Paulier (A.) : Manuel d'hygiène publique et privée. Paris, 1879. — Buck (Alb.) : A Treatise on Hygiène and Public health. New-York and London, 1879. — Colin (Léon) : Traité des Maladies épidémiques. Paris, 1879. — Hirt(L.) : System der Geswvtheitspflege . 2e Auflage. Breslau, 1880.

— Nowak (Joseph) : Lehrbuch der Hygiène, Wien, 1880.

Publications périodiques. — Annales d'Hygiène publique et de Médecine légale. Depuis 1829, lre série, 1829-1854, 50 vol. 2e série, 1855 à 1878, 50 vol. in-8, 3e série, 1879 et

1880, tomes I à IV. — Dmtsche Vierteljahrsschrift fur offentliche Gesundheitspflege ; depuis 1869. — Recueil des travaux du Comité consultatif d'hygiène publique de France, publié par ordre de M. le ministre de l'agriculture et du commerce, tome I à XL Paris, 1872-

1881. — Allgemeine Zeitschrift fur Epidemiologie ; depuis 1874 ; — Gesundheit ; depuis 1875.

— Journal d'hygiène; depuis 1875 ; — Revue d'Hygiène et de Police sanitaire ; depuis 1879.

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