CHAPITRE PREMIER
DU SOL
Définition. — Le mot sol veut dire proprement surface ou support. La surface terrestre, rien qu'au point de vue de l'hygiène, serait déjà une vaste étude. Mais, de même qu'en agriculture, on a été conduit ici à étendre notablement le sens du mot et à l'entendre de toute la partie de la croûte terrestre qui peut avoir une influence sur la santé des humains. C'est plutôt la signification du latin tellus, auquel ne répond pas tout à fait notre mot : terre; mais l'adjectif tellurique est passé dans la langue de l'étiologie. (Les termes Allemands : Boden, Grund, et même Frde, adaptés à des nuances un peu différentes, renferment plus que notre mot sol l'idée à laquelle se rattachent les études de l'hygiène. 11 en est de même de l'anglais ground, soil.) Dans tous les cas, l'eau qui imprègne les premières couches terrestres ou leur est interposée et même les eaux de la surface, abstraction faite de leur rôle comme boisson, rentrent dans le sujet actuel.
Importance tle cette étude. — Ce n'est pas une idée d'antériorité de la part du sol, à l'origine des choses, qui nous le fait placer avant l'atmosphère ; mais l'état delà surface de notre globe a été réellement la raison d'être de l'atmosphère et en a toujours réglé la constitution. De tout temps, la composition de l'atmosphère a été subordonnée aux allures des phénomènes chimiques et physiques terrestres qui se traduisent par des gaz ou des vapeurs. De tout temps, elle a été modifiée par la vie à la surface de la terre et a paru n'être faite que pour la vie. Si notre planète était éteinte, comme la lune, elle n'aurait plus besoin d'atmosphère.
Les êtres vivants sont sortis du sol et y retournent. L'homme n'est pas un de ceux qui y soient le moins rigoureusement fixés par un contact plus ou moins immédiat et permanent. « Tout ce que la terre produit est conforme à la terre elle-même, » ont répété Hippocrate et Montesquieu, à deux mille ans de distance : cet axiome est passible de puissants correctifs qui se présenteront d'eux-mêmes, un peu plus tard; mais il conserve un
[Hygiène générale.] IMPORTANCE DE CETTE ÉTUDE. 15
grand fond de vérité. La géographie botanique et, à plus forte raison, la géographie médicale n'ont pas, aux yeux des savants contemporains, les franches divisions que l'on avait cru entrevoir autrefois (A.-P. de Candolle; J.-M. Boudin); néanmoins, les botanistes savent bien que Ton ne peut, dans un jardin d'enseignement par exemple, cultiver toutes les plantes dans la même terre, et qu'il faut à celles-ci plus de silice, à celles-là plus de chaux, à d'autres plus d'argile. Miihry doit se tromper quand il dit que la végétation luxuriante des tropiques réussirait également sous les latitudes du pôle, si le sol seul était en cause. La nature du terrain n'a pas l'indifférence et l'universelle homogénéité que cette formule suppose.
En fait, l'homme emprunte d'abord aux produits du sol la part la plus constante, sinon la plus essentielle, de sa nourriture; et, puisque tous les sols ne sont pas également fertiles, ce qui est par trop évident, et qu'ils ne le sont pas de la même manière, il est clair que les propriétés naturelles du sol doivent nuancer profondément les caractères ethniques et peser d'un grand poids dans le mouvement de la population, selon les groupes. Ce qui arrive.
Il convient que nous nous rendions compte de l'influence que peuvent avoir sur la santé les qualités visibles, la configuration de cette surface sur laquelle nous marchons. C'est le moins difficile. Mais il faut surtout que nous sachions quels phénomènes nous menacent ou nous favorisent dans l'intimité de ces premières couches, où rien ne se passe sans que les êtres qui vivent à la surface ne risquent d'en recevoir le contre-coup. Ce qui retourne au sol n'a pas moins d'intérêt peut-être, pour nous, que ce qui en vient. Le sol reçoit à sa surface ou à des profondeurs variables les cadavres de tout ce qui a eu vie et les excrétions de l'homme et des animaux, masse énorme de matière organique qui, pour redevenir utilisable, doit être décomposée en ses éléments chimiques à l'aide d'opérations probablement redoutables. Il y a ici une action simultanée et réciproque de l'atmosphère et du sol; si la première fournit les agents de ces décompositions, c'est d'ordinaire dans le second ou à sa surface qu'ils accomplissent leur œuvre et se multiplient; puis, ils reviennent à l'atmosphère avec les gaz et les particules issus de la désorganisation ; le sol rend à l'air plus qu'il n'en a reçu. Ce n'est pas dans notre temps, où les phénomènes de putridité et de fermentation retiennent si puissamment et à si juste titre l'attention des médecins, que l'on peut hésiter à rechercher dans quelles conditions le sol se prête ou lait obstacle à ces processus, les rend inoffensifs ou en favorise la nocuité.
De nos jours, on prend les cours d'eau pour véhicules des déjections humaines; puis l'on vient demander au sol de purifier ces eaux souillées. Dans quelles conditions de terrain pourra-t-on compter sur une filtration irréprochable ?
Les peuples d'Europe prolifèrent sur place et sont forcés de déverser leur trop-plein de population dans le courant de la colonisation lointaine. Gomment reconnaître les qualités de la terre nouvelle, comment l'aborder si elle est meurtrière, et que doit-on attendre de sa mise en culture ?
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Sur quel terrain, haut ou déprimé, faut-il que l'homme élève sa maison, que le soldat plante sa tente ? Si l'on n'a pas eu le choix ou que l'on ait commis des erreurs, que doit-on craindre et quels sont les moyens de parer au danger? Et, puisque dans nos mœurs c'est encore la terre qui est la dernière demeure des humains, dans quelles couches est-il préférable d'installer cette putréfaction méthodique ?
La question actuelle comprend les grandes divisions suivantes :
1° Constitution du sol (géologie, physique, chimie);
2° Capacité pour la chaleur, les gaz et l'eau;
3° État de la surface (configuration, culture, végétation, état habité, marais) ; 4° Les eaux libres ou terrestres.
1° Constitution du sol.
Données géogéniiiues et géologiques. — L'histoire des premiers âges de la terre et des révolutions du globe ne s'est pas jusqu'ici montrée comme positivement utilisable pour l'hygiène. Contentons-nous de lui emprunter ce qu'il nous faut de lumière pour nous guider dans les conditions modernes. Il y a eu et il y a encore : 1° des formations ignées ; 2° des formations aqueuses ; 3° des modifications métamorphiques des unes et des autres et souvent les unes par les autres. Dans l'hypothèse d'un état primitivement incandescent de notre planète, ce sont naturellement les formations ignées qui ont été fixées les premières ; puis aussitôt, mais à leurs dépens, l'eau a précipité sur elles des sédiments qui. en raison de la proximité du feu central à cette époque, n'ont pu échapper au métamorphisme; enfin, les formations aqueuses sont devenues plus générales et plus nettes; elles se continuent sous nos yeux (alluvions, deltas, dunes, etc.), sans préjudice des spécimens également contemporains de formation ignée, que nous offrent en petit les volcans; ce qui, nécessairement, entraîne aussi, par points, la réapparition du mode intermédiaire, le métamorphisme.
Le fait que des roches d'origine ignée et massives se constituent encore aujourd'hui, simultanément avec les stratifications les plus modernes ; la difficulté de savoir si jamais, en un point quelconque du globe, le géologue a pu contempler la portion réellement primitive de la croûte terrestre; la grande probabilité que le gneiss et même le granité ne sont pas les premières roches de fusion ; toutes ces circonstances ont fait que les savants abandonnent peu à peu l'ancienne division des terrains en : primitif, de transition, secondaire, tertiaire, quaternaire, moderne, pour une classification plus fructueuse et plus vraie, reposant sur l'époque relative de l'apparition de la vie à la surface du globe et ses phases successives, révélées par les débris fossiles. D'où quatre grandes divisions de temps : Temps cosmiques, T. azoïques, T. paléontoniques, T. contemporains (J. Gosselet), et cette classification des couches sédimentaires, empruntée à Credner :
générale.]