PROPRIÉTÉS PHYSIQUES DE L'AIR. — MÉTÉOROLOGIE
à 1°,27 dans un voyage de Brown-Séquard, pour une augmentation de température extérieure de 22°. Enfin, Mantegazza a trouvé jusqu'à 3°, 25 de différence dans la température de l'urine, pour un changement extérieur de 25°, en allant du Brésil à Rio de la Plata.
Dans divers états pathologiques, la température humaine s'abaisse ou s'élève bien davantage. Pourtant, il y a aussi des limites. On n'a guère vu le degré thermique dépasser 42° sans que la mort s'en suivît (Wunderlich, Hirtz) ; cependant Hiriz a constaté une fois 44° dans un accès de fièvre tierce, chez un sujet qui guérit. En sens contraire, 35° sont la limite extrême. A 42°, 6, suivant Weickardt, il y a un commencement de coagulation du sang dans les vaisseaux; à 45°, d'après Kiïhne, un des éléments albuminoïdes des muscles se coagule.
L'homme dispose, vis-à-vis de l'action de la température extérieure, de deux forces physiques qui, toutes deux, tendent à la vérité à le refroidir, mais dont il peut régler le jeu jusqu'à un certain point par son propre fonctionnement physiologique et par les artifices de l'hygiène (vêtements) ; ce sont le rayonnement et la conductibilité. Pour élever directement sa chaleur propre, il a l'alimentation, le mouvement, les sources artificielles de chaleur.
La conductibilité est mise en exercice par le contact du corps avec des objets plus froids que lui, l'air, les vêtements ; par l'ingestion ou l'inspiration de substances froides, aliments, boissons, air respirable; par l'évaporation d'eau à la surface de la peau et des poumons. La quantité de cette eau va jusqu'à 800 ou 1000 grammes (Séguin) et peut saturer 60 mètres cubes d'air à 15°.
L'échauffement du corps appelle naturellement le rayonnement et surtout l'évaporation compensatrice. En effet, la peau se dilate par l'élévation de température; l'accélération des mouvements du cœur, la faiblesse de la tension artérielle, hâtent la réplétion et la distension des capillaires superficiels, d'où l'issue plus facile et plus abondante de la sueur.
Influence de la chaleur. — Les manifestations provoquées par l'action de la chaleur peuvent se répartir dans les trois ordres suivants : 1° modifications physiologiques ; 2° accidents ; 3° maladies — aiguës ou chroniques. On joindra à cette dernière section les aptitudes morbides et l'influence de la chaleur sur les modalités morbides elles-mêmes.
1° Modifications physiologiques. — Les rayons solaires font monter le thermomètre jusqu'à 70 et même 100°, sous les tropiques; on a pu, en Angleterre, au mois de juillet 1864, dans une caisse bien fermée, avec un couvercle en verre, obtenir un résultat tout pareil, 112° (par la suppression de tout mouvement de l'air). Dove, en juillet 1852, a vu le thermomètre noirci marquer 61° par la seule irradiation directe. A ce degré, il devient peu à peu impossible de faire passer le courant électrique par les nerfs de la grenouille.
La respiration, sous l'influence de la chaleur, « active ses mouvements, dit Lacassagne, pour exhaler de la vapeur d'eau. » C'est ce qui s'observe
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communément chez l'homme. Pourtant, si le degré est suffisant et l'application assez prolongée, il lui arrive la même diminution de fréquence respiratoire qu'aux animaux mis en expérience par Vierordt et Ludwig.
L'activité circulatoire augmente légèrement chez les nouveaux arrivants des tropiques ; la tension artérielle étant faible, les pulsations cardiaques deviennent plus fréquentes. A un degré élevé, l'activité du cœur cède comme le reste. Mathieu et Urbain ont démontré que le sang dissout moins d'oxygène, si l'air qui arrive aux vésicules pulmonaires est plus chaud ; ce qui semble contradictoire de la remarque faite par Vallin, que la chaleur augmente l'absorption et la consommation d'oxygène pur par l'hémoglobine. Il paraît certain, dans tous les cas, que les combustions organiques sont ralenties et que la production de GO2 est atténuée ; d'où la diminution de ce gaz dans l'exhalation pulmonaire, signalée par Copland, et l'excrétion des matériaux carbonés, en quelque sorte supplémentaire, par la peau et surtout par le foie, « le poumon des pays chauds. » Il n'est, cependant, pas certain qu'il y ait cette polycholie physiologique dont on parle, un peu par induction.
La digestion est atteinte dans le sens dépressif. L'appétit, surtout pour les aliments d'origine animale, languit.
La vitalité de la peau est surexcitée ; cette enveloppe est dans un état permanent d'hyperémie ; elle transsude de l'eau et se pénètre de pigment.
L'urine diminue d'abondance et aussi la proportion journalière d'urée rendue (Forbes Watson et Bêcher).
Posant en principe que l'organisme cherche à « faire le moins de chaleur possible dans un milieu où il en perd peu, » Lacassagne met en rapport avec le besoin de dépenser du carbone non brûlé l'augmentation de la sécrétion lactée et la précocité de la menstruation dans les pays chauds ; selon Courty, la perte serait même plus abondante à chaque époque que dans les pays froids.
Bien que Ton voie des Européens se livrer, dans les climats chauds, à des travaux physiques ou intellectuels exigeant une grande énergie, la chaleur tend à déprimer l'action nerveuse. 11 se peut qu'à un faible degré et pendant les premiers temps de l'action du nouveau milieu, il se manifeste une réelle excitation de toutes les fonctions auxquelles préside le système nerveux ; mais, comme toujours en physiologie, l'excitation trop forte ou trop prolongée aboutit à l'effet inverse de celui du début, c'est-à-dire à l'épuisement et à l'inertie. Les colons de vieille date en Algérie, au Sénégal, dans les Indes, aux Antilles, se créolisent, sous le rapport de l'activité physique ou morale ; et les créoles ne passent pas pour le type de la force entreprenante et agissante. Gela ne veut pas dire qu'ils n'aient point de passions vives et une imagination extraordinaire ; ce sont des indices de faiblesse. Ils sont même capables d'efforts qui durent le temps d'un feu de paille. On peut y joindre les apparences d'exagération de l'activité génitale, qui est plus en désirs qu'en fait.
En réalité, la nutrition tout entière est déprimée parla chaleur excessive et habituelle. Un certain nombre de circonstances d'ordre presque physique
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rendent compte de cette infériorité; mais ce qu'il ne faut peut-être pas perdre de vue, c'est que l'air chaud renferme une quantité absolue d'oxygène moindre que l'air tempéré ou froid. Le même cube d'air qui, à 0°, renferme 36gr, 73 d'oxygène n'en contient plus que 33gr,46 à 26°. Nous verrons plus loin que c'est précisément cette raréfaction de l'oxygène qui entraîne l'anémie et l'apathie physique et morale des habitants des hauts plateaux.
Dans les circonstances où l'application d'une haute température est brusque et passagère, la tolérance peut être portée très loin, si l'air est sec ; il en va ainsi pour nombre d'ouvriers dans diverses industries (Boulangers, chauffeurs d'usines à gaz, ouvriers métallurgiques). Fordyce et Blagden ont supporté pendant 8 minutes l'étuve sèche à 126° ; la température du corps ne s'éleva que de 1°,37 : une jeune fille, observée par Tillet, resta pendant dix minutes à la chaleur d'un four à 132°. Les expériences de Berger et Delaroche ont, au contraire, montré que personne ne peut supporter 55° dans l'étuve saturée et Ludwig a constaté que dans des conditions pareilles, où l'évaporation ne peut avoir lieu, la température animale s'élève rapidement de plus de 4 degrés.
2° Coup de chaleur. Insolation. — On observe, sous l'influence d'une haute température de l'air, un certain nombre d'accidents graves et même mortels, qui ont reçu les noms divers de : coup de chaleur, coup de soleil, insolation, Heat-stroke, Beat Apoplexy, Hitzschlag, Sonnenstich, etc. La forme pathologique en est assez variée ; sans doute, quoique l'origine essentielle reste la même, il arrive que les organes plus particulièrement atteints diffèrent, ou que le mode d'action du calorique change de caractère, ou enfin qu'un autre élément se soit associé à la chaleur, Lacassagne, dans tous les cas, a raison de distinguer du « coup de chaleur », qui se produit dans les pays chauds, par échauffement général et même sous l'influence de la chaleur à l'ombre, le « coup de soleil » qui se montre partout, mais est plutôt un accident des pays tempérés et dans lequel les accidents ou les lésions produites par l'action des rayons solaires coïncident avec le point d'incidence de ces rayons. L'échauffement par rayons solaires directs diminue la perspiration cutanée, par conséquent hâte le moment où le corps approchera de 45°.
Les chauffeurs des machines sur les bateaux à vapeur qui traversent la mer Rouge éprouvent parfois « des douleurs de tête, des vertiges, des troubles de la vision. » Quelques-uns doivent être emportés de la cale, présentant les symptômes suivants : « injection de la face, embarras de la parole, facultés intellectuelles obtuses, respiration stertoreuse, battement des temporales, etc. » (Bourel-Roncière). La température atteint de 65° à 75° dans la chaufferie de ces navires .
Au Sénégal, au Bengale, en Algérie, dans des expéditions militaires, on a constaté des symptômes asphyxiques, plus souvent congestifs : des convulsions, du délire, des morts rapides. C'est sous l'influence de pareils troubles cérébraux, dont la localisation peut bien quelquefois avoir été déterminée par la nostalgie, que 11 soldats sur 200 insolés se brûlèrent la cervelle parmi les troupes du général Bugeaud, en 1836. En pareille occasion, les Arnould. — Hygiène. ^
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marins se suicident aussi, mais en se jetant à l'eau; chacun use du procédé qu'il a sous la main. C'est à cette tendance délirante que les Espagnols ont donné le nom de Caleniure qui, selon les médecins de la marine française, ne répond à aucune individualité morbide (Barrallier).
Dans l'industrie, les ouvrières du gazage des fils de coton, dont l'atmosphère en été dépasse souvent 40°, éprouvent de la céphalée, de l'oppression, des vertiges, des tendances à la syncope et, quelquefois, des syncopes véritables. Le tout, sans préjudice des sueurs profuses.
Les annales de la médecine militaire des divers pays contiennent des relations d'insolation de type variable. Il est remarquable que beaucoup appartiennent à des régions absolument tempérées ; ce sont donc des effets tout à fait aigus. Les victimes ont été : des soldats belges, se rendant du camp de Beverloo à Hasselt(1853), un bataillon de chasseurs à pied français, allant de Nogent à Paris (1857), des soldats allemands partis de Bonn pour Cologne (Obernier, 1865), des jeunes soldats et des gendarmes au retour d'une revue à Longchamps (25 juillet 1875), des réservistes de l'armée de Lyon (août 1878), etc. Dans tous ces cas, il y eut des morts plus ou moins rapides, à côté d'affections de degré moindre dont les patients se rétablirent.
Il est à supposer que le vêtement, l'armement des soldats, le poids dont ils sont chargés, leurs allures cadencées et en rangs, l'immobilité prolongée sous les armes, parfois l'ingestion précipitée et considérable de boissons froides, de qualité suspecte, ont beaucoup aidé l'action de la chaleur et aggravé les manifestations morbides. Cependant, Martin Duclaux (1859) a décrit, sous le nom de : Congestion rachidienne ou maladie des moissonne u?*s, des accidents qui rappellent les insolations militaires et prouvent qu'on peut les subir même avec l'aisance de vêtements et d'allures que comporte le travail des champs. Il n'est pas impossible que l'état en masses nombreuses et compactes n'altère l'air dans lequel s'avance une colonne de soldats ; peut-être aussi y a-t-il des conditions topographiques qui favorisent l'immobilité et l'altération de l'air, comme les routes en terrain déprimé, les chemins creux, les forêts, les rues de ville. Pourtant on a fait observer que l'insolation (au soleil, non dans la chaufferie) se produit peu au large de l'Océan ou sur les hauts plateaux, qui reçoivent tout aussi bien que le sol de plaine les rayons du soleil, mais où l'air est pur et mobile. Cette réflexion de Roth et Lex prend de la valeur en présence de l'interprétation donnée plus haut des accidents dits de calenture. Toutefois, c'est surtout dans la mer Rouge, resserrée entre des côtes arides, que l'on observe le délire de surchauffement.
Les hommes atteints, en pareil cas, éprouvent une anxiété respiratoire considérable, de la titubation, du vertige, des nausées; ils ont la face blême, couverte de sueur, les lèvres cyanotiques ; une syncope survient, quelquefois si rapidement que les premiers phénomènes n'ont pas été aperçus ; le patient s'affaisse, insensible et en résolution musculaire. Quelquesuns présentent des convulsions. Zubera remarqué que, parmi les malades, les uns suent abondamment, les autres non. C'est sur ces derniers que la terminaison est le plus régulièrement mortelle. La mort survient dans le
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coma et dans un état asphyxique. A l'autopsie, on rencontre une conees tion des méninges étendue, des foyers apoplectiques dans le tissu cérébral" une congestion pulmonaire poussée à l'extrême, des ecchymoses sous les séreuses, divers petits épanchements sanguins dans les ganglions nerveux et les muscles, quelquefois un état trouble du muscle cardiaque ; souvent le ventricule gauche contracté et vide. «uvent, On voit qu'en pratique il est assez difficile de séparer ce qui revient au coup de soleil, ou action solaire locale, et à réchauffement total ou coud de chaleur. A vrai dire, si l'insolation à l'ombre peut exister seule, il semble que le coup de soleil doive rarement se passer de l'accompagnement H certain degré d'échauffement général. Obernier, ^SS^S^ observes et les lésions anatomiques, propose la distinction en deux fo Je insolation sthemçae et insolation astkénique. Il ne paraît pas certaine cette d.stinctmn puisse aisément se faire en présence des malades cepen
S ,P?Urra 56 dlSpenSeP' S6l0n la Prédominance de tel ou tel ca
lactère, d instituer ici une médication stimulante, là de recourir aux ca, mants, aux antiphlogistiques, à la saignée
En cherchant à établir le mécanisme de la mort par la chaleur Lacas sagne énonce les trois modes suivants, dont la détermination ressort assez bien des expériences de Cl. Bernard, Vallin, Mathieu et Urbain
a Elévatton rapide de la température du sang : coagulation du suc mus culaire, reaction acide du muscle, mort vers 45» dans le sang, avecL^n'
ISqfe 61 ^ diaphra8me 6n C°ntraCti0n- - Ce « ÏÏS b Echauffement graduel de tout le corps: trouble profond de l'innervation peut-être commencement de fusion de la myéline (à 52»V ITIvt ?' cœur en diastole . Insolation asthénique. ) ' aV6C le
c. Echauffement des centres neveux : en appliquant, par exemple la cha leur à a tete seule d'un animal. Développement d'une ménlngi te superfl c, lie. Les soldats, coiffés de lourds shakos ou surtout d'une co ffure mé toUxque (les casques), pourraient avoir été victimes d'accident! de cet
En somme, les expériences comme les observations prouvent oue Ip« températures notablement plus élevées que la moyenne du sang L^ven
resp.ration et frappent de collapsus (peut-être après excitation" e sys ème nerveux La physiologie n'a, sans doute, pas dit son dernier moUur
c est qu elle n ait pas davantage porté son attention sur les conditions dans esquelles s'accomplit l'hématose par l'air surchauffé et que l'on n ait na iré un plus grand parti des modifications que subissent le rapports de 1 oxygène avec les globules. Il ne saurait échapper à personne e effet que beaucoup des symptômes de l'insolation sont essentiellement asnbv xiques et rappellent ceux de l'air raréfié (lipothymies ! nau,les fL?ble«e des membres inférieurs, syncopes). Ces résultats s'expliquer! eut éSe
des surTeS;;:sUc;ieU dHDViSager ''aCti0n dir6Cte de 13 ^'"ur ri Z cles.surle muscle cardiaque spécialement, ou sur la substance nerveuse,
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on démontrait qu'il s'agit simplement d'une irrigation des tissus et des centres nerveux par un sang moins oxygéné qu'à l'état normal, par conséquent insuffisant à entretenir la nutrition générale et la vie. A. Layet a eu l'intuition de ce mode d'action delà chaleur, en disant que le sang, incomplètement hématose, « vient agir sur les centres nerveux, qui à leur tour sollicitent par acte réflexe la dilatation paralytique des capillairesdu poumon, d'où stase de la circulation pulmonaire.»
La prophylaxie de pareils accidents comporte des dispositions spéciales aux diverses professions qui y sont le plus exposées (soldats, chauffeurs, moissonneurs) ; elle sera donc mieux placée dans l'hygiène professionnelle.
3° Maladies et aptitudes morbides. — La chaleur provoque directement un certain nombre de maladies. Mais il est plus commun qu'elle favorise l'éclosion de diverses espèces morbides, qu'elle en règle les allures, habituellement en les exaspérant, et qu'elle imprime à l'ensemble pathologique des pays chauds, ou même de la saison chaude des pays tempérés, une physionomie notablement distincte de celle de la pathologie des régions froides.
La chaleur est, selon toute apparence, la cause prédominante et directe de quelques dermatoses ou épidermatoses très simples, se reliant étroitement à l'hyperémie continuelle du tégument et à l'exagération de ses fonctions comme organe sécréteur. La gale Bédouine, bourbouille, lichen tropicus, prickly heat (dans l'Inde), n'apparaît qu'en été, au moment où la sueur se concrète sur les parties découvertes, chez les Européens à épiderme délicat, transportés dans les pays chauds. Les éruptions furonculeuses , qui tourmentent si fort les Français en Algérie, à la fin de l'été, dépendent probablement aussi de l'irritation permanente de la peau. Il n'est pas invraisemblable que la même disposition fondamentale ne contribue à donner aux manifestations cutanées de la syphilis un épanouissement extérieur exubérant (la lèpre Kabyle) ; probablement aussi, la sollicitation incessante faite à la nutrition dans le tégument est-elle une raison des hypertrophies de celui-ci, des œdèmes actifs, de l'éléphantiasis (des Arabes). J'ai pensé autrefois que le même excitant pouvait rendre compte, en partie au moins, de divers accidents cutanés exotiques, tels que le clou de Biskra, Yulcère de Mozambique, Yulcère Annamite, etc. Il se fait de plus en plus probable que le parasitisme est à l'origine de toutes ces formes étranges, ce qui met hors de cause la chaleur en tant qu'agent direct et primitif; mais il est bon, néanmoins, de ne pas oublier qu'elle influence encore le mode de ces accidents et que, tout d'abord, elle est une des principales conditions qui ont rendu le milieu propice à l'existence et à-la propagation du parasite luimême. Cette considération est applicable à d'autres affections parasitaires des pays chauds : plaire de Médine, ver de Cayor, Larbisch (Sénégal), Distôme hématobie (Egypte, Cap de Bonne-Espérance, où il détermine l'hématurie).
La chaleur provoque par elle-même, surtout chez les Européens qui subissent l'acclimatement, des fièvres d'intensité variable, dans lesquelles la participation des voies et des glandes digestives est toujours plus ou moins
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évidente; telles sont : la fièvre continue simple , que l'on observe d'ailleurs à Paris, pendant l'été, sous le nom de catarrhe gastrique aigu, fièvre éphémère, synoque imputride, et à Montpellier sous la rubrique fièvre bilieuse ; la fièvre inflammatoire des Antilles, le common continued fever dans l'Inde, la fièvre bilieuse simple partout, même lorsque son intensité arrive jusqu'à lui donner quelques traits de la fièvre jaune. Nous avons, après Félix Jacquot, contribué à séparer ces « affections climatiques » des fièvres d'origine miasmatique, qui les masquent si facilement dans les latitudes chaudes.
La dysenterie, qui n'est nullement exclusive aux pays chauds, résulte peut-être moins de l'action directe de la chaleur que des répercussions intestinales par refroidissement de la peau et suspension de la sueur. Dans son état perpétuel d'éréthisme nutritif, le tégument est très sensible aux moindres abaissements de température ; la congestion vasculaire se déplace par le refroidissement extérieur et passe du dehors en dedans, de la peau aux muqueuses. La physiologie démontre, d'ailleurs, que les animaux surchauffés sont plus faciles à refroidir qu'à l'état normal. Ce qui relève probablement davantage de la température élevée et prolongée, c'est la diarrhée chronique, non moins grave que la dysenterie, qui se rattache mieux à l'allanguissement des fonctions digestives habituel et que sollicite encore l'usage d'eaux de qualité médiocre, saumâtres, organiques, peu fraîches.
L'hépatite, qui est assurément une maladie des pays chauds, peut être rattachée jusqu'à un certain point à la suractivité supplémentaire imposée au foie, physiologiquement pour ainsi dire, par les conditions de température. Cependant, il intervient ici le même élément difficile à dissocier qui a, pendant si longtemps, fait englober les fièvres à colore dans les accidents palustres. L'état congestif, l'hypertrophie, la phlegmasie du foie, et même les abcès hépatiques, en Algérie, ont surtout leur point de départ et leur siège dans les acini, dans la cellule épithéliale du foie et la cellule endothéliale qui revêt la paroi des capillaires de l'acinus. Pendant mon séjour en Afrique, de 1866 à 1869, le fait brut m'avait frappé et, sans avoir eu les moyens matériels ni la compétence nécessaires pour l'analyser suffisamment, j'en consignais la formule seule dans un mémoire, confié à la Gazette médicale (1872). Depuis lors, des médecins en possession d'une éducation technique plus parfaite, Kelsch et Kiener, A. Laveran, ont repris la question et montré que Yhépatite parenchymateuse est aussi vulgaire dans notre colonie qu'elle est rare en Europe ; c'est elle que l'on voit d'abord et le plus communément; elle qui rend gros et lourds les foies africains; elle qui, très aiguë par points, donne lieu aux abcès miliaires, puis, par fusion de plusieurs de ceux-ci ou par un vaste éboulement des cellules, aux grands abcès du foie. La cirrhose pure est exceptionnelle et, si l'on voit fréquemment, en pareille occasion, des lésions d'hépatite interstitielle, cela paraît être une conséquence du trouble primitif de l'élément glandulaire. Nos savants amis ont intitulé ces hypérémies phlegmasiques et cette inflammation parenchymateuse : « affections paludéennes du foie, » tout en écrivant, cependant, que « aucune de ces altérations, considérée isolément, n'est nouvelle ni caractéristique de l'affection paludéenne. » On conçoit de reste
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que la recherche histologique, laborieuse et entraînante, ait fait oublier aux micrographes le rapport étiologique qu'il nous importerait de voir fixé pour le moment. Il est à espérer que l'on y viendra. Mais, provisoirement, si nous considérons que les hypertrophies du foie, l'excès de vitalité cellulaire, les abcès hépatiques par genèse luxuriante de noyaux et de cellules, ne sont pas signalés dans les contrées marécageuses de la zone tempérée, dans la Bresse, la Sologne, en Hollande, par exemple, nous aurons quelques motifs de croire que la température atmosphérique est pour beaucoup dans les tendances nutritives de l'élément parenchymateux du foie et qu'un jour, peut-être, l'on fera sur ce point, entre la chaleur et le miasme, la même distinction qui est intervenue dans le cadre des fièvres.
Pour ce qui est des rapports des abcès du foie avec la dysenterie, déjà mis en doute par l'observation directe, les travaux dont il vient d'être parlé les réduisent de plus en plus et les font peu à peu négliger. Nous ne réagirons pas en leur faveur.
La chaleur continue, si peu favorable aux fonctions digestives et respiratoires, entraîne Yanémie, qu'Aubert-Roche regardait comme une condition de l'acclimatement des Européens en Égypte. Les corollaires habituels s'en suivent, à savoir que la plupart des maladies aiguës expriment avec une netteté particulière ce fonds commun de toutes les manifestations vitales dans les pays chauds. Et les statistiques de Hirsch, de même que les observations de nos médecins de l'armée et de la marine, ont établi que les maladies aiguës les plus vulgaires, la pneumonie, le rhumatisme, n'épargnent nullement les latitudes intertropicales. Cette anémie, qui rappelle si bien celle des hauts-plateaux d'Amérique, ne paraît pourtant pas faire bénéficier de l'immunité phthisique les habitants des régions éqnatoriales.
Yillemin conclut même de ses recherches de géographie médicale que la tuberculose est remarquablement sévère dans la zone torride. Les auteurs plus récents ont répété les renseignements fournis par le professeur du Val-de-Grâce; mais Yillemin avait une thèse à défendre et peut-être que l'information n'est pas complète. L'enquête résumée par Feuillet sur la phthisie en Algérie prouve que cette affection y est rare, même chez les indigènes.
Un des faits les plus considérables en cette matière, c'est la puissante influence de la chaleur sur quelques maladies dont elle n'est d'ailleurs pas le générateur, ni même la condition absolue et qui, d'ordinaire, sont des maladies infectieuses.
Le berceau de la fièvre jaune est dans des. parages dont la moyenne thermique est entre 20 et 25 degrés; partout ailleurs, elle ne se montre qu'après importation. Mais encore, elle ne prospère sur les rivages nouveaux qu'autant que la moyenne de la saison approche de 20° ; l'hiver venu, elle disparaît, de même qu'il est impossible de la débarquer, en Europe, [au nord du 50e degré de latitude.
Le choléra, dont les recrudescences indiennes affectent la saison chaude, n'a de vigueur en Europe que pendant les étés. S'il ne disparaît pas' régu-
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lièrement à l'approche de l'hiver, au moins il sommeille et atténue ses coups. Il faut en rapprocher le choléra nostras et le choléra infantile, affections de la saison chaude des pays tempérés.
Par une singulière exception, la peste a sa zone d'endémicité en pays chauds et s'étend de préférence vers les régions tempérées ou froides. En Europe, les chaleurs de l'été lui sont manifestement contraires.
Sauf cela, on peut dire que c'est une loi : que la chaleur communique une activité plus grande aux principes infectieux, ou (ce qui revient au même pour la pathologie) dispose mieux l'économie à les recevoir; de même que le plomb des navires, inoffensif à Brest, se révèle par la colique sèche quand l'équipage aborde aux Antilles ou au Gabon.
Nous avons, l'un des premiers, signalé pareille influence, dans le sens de l'aggravation des symptômes, de la chaleur sur la fièvre typhoïde en Algérie. Léon Colin a établi en loi que les fièvres telluriques sont périodiques dans la Bresse, rémittentes en Algérie et continues au Sénégal, la gravité s'accentuant d'autant plus que l'intermittence disparaît plus complètement. Ce n'est que dans les régions malariales chaudes qu'on voit ces formes violentes et d'une haute perniciosité, connues sous les noms de fièvre hématurique, fièvre bilieuse mèlanurique.
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influence du froid. — La marche à suivre dans cette étude est toute tracée par la division qui vient de servir à celle de la chaleur.
1° Modifications physiologiques. — Le terme de froid n'a rien d'absolu, on le pense bien ; moyennement, pour la plupart des hommes, il fait froid
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quand le thermomètre est au-dessous de 5°. Mais ce degré est plus désagréable en automne (après l'été) qu'au printemps (après l'hiver). L'effet produit est tellement relatif que 24 degrés au-dessous de zéro paraissent une température tiède quand on vient de passer par — 40°.
L'action du froid, quant à ce qui dépend de l'économie, est subordonnée à diverses conditions d'âge, de sexe, de tempérament, de constitution, de dispositions physiologiques ; elle est tout autre dans les privations qu'avec une alimentation vigoureuse, au repos que dans le mouvement. C'est encore une question de race et, chose étonnante, les individus bruns de race liguro-ibérique, les Arabes eux-mêmes, quoique provenant de zones chaudes, se sont montrés plus résistants que les hommes blonds des races germaniques. Telle a été, au moins, l'observation de Larrey pendant la retraite de Russie (1812-1813), et celle des médecins militaires de la campagne d'Orient (1854-1856), comme aussi dans le désastre du Tléta des Douairs (1879,. Ch. Martins suppose que les habitants des pays chauds ont emmagasiné, pendant leur séjour sous le climat natal, de la chaleur dont ils dépensent le superflu lorsqu'ils sont transportés sous un ciel moins clément. Cette vue originale paraît discutable. Deux faits sont bien plus certains, à savoir que, d'une part, les Méridionaux ont le système nerveux plus prompt à réagir que les gens du Nord ; d'autre part, qu'ils sont sobres et supportent plus aisément les privations alimentaires. Les Allemands, victorieux et largement nourris, ont parfaitement toléré l'hiver de 1870- 1871 (ils s'en vantent) ; tandis que les Français qui défendaient Paris, humiliés par la défaite et étroitement rationnés, présentèrent de nombreux accidents décongélation. Dans les expériences de Colin (d'Alfort), l'animal qui se laisse anesthésier par le froid et s'endort ne tarde pas à succomber.
La configuration du sol, l'état du ciel, la mobilité de l'atmosphère, la durée de son application, modifient les effets du froid. Lorsqu'on s'élève en hauteur, d'après Sonklar, la décroissance de la température marche plus lentement par les vents de sud et de sud-ouest que par ceux de nord et de nord-est. La force du vent l'accentue. Par le temps clair et avec de faibles courants, la décroissance de température est lente dans les régions inférieures de l'air et rapide dans les couches supérieures. La présence de la vapeur d'eau dans l'air est de quelque importance; ceci doit être plus à considérer pour les froids modérés que pour les températures très basses, puisque, au-dessous de zéro, l'air renferme naturellement la plus grande proportion relative et la moins grande proportion absolue d'humidité. Plus l'air est limpide, plus énergique est le rayonnement; celui-ci atteint à un degré extraordinaire pendant la nuit, par un air calme et sous un ciel sans nuages. Melloni prétend que le rayonnement du corps n'est pas plus grand sous un ciel pur que sous un ciel nuageux, mais que la perte de chaleur est mieux ressentie. Flammarion a, cependant, noté qu'en s'élevant en hauteur, l'abaissement de température de 1° n'exige que 189 mètres d'ascension verticale par un temps découvert, tandis qu'il faut s'élever de 194 mètres lorsque le ciel est nuageux.
Le vent, même moléré, rend les basses températures insupportables.
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L'équipage du capitaine Ross travaillait sans trop de peine au dehors, dans une température de — 41° par un temps calme; tandis qu'il ne pouvait quitter le bâtiment sous un froid de — 29°, avec un vent léger.
Quel que soit le froid, la question est toujours de savoir dans quelle mesure les actes physiologiques calorifiants compensent la soustraction de chaleur.
Sous l'impression d'un froid modéré, que l'homme peut équilibrer par une nourriture plus abondante et par la protection des vêtements, il n'y a pas de troubles sérieux, mais plutôt un sentiment de bien-être, une augmentation de l'appétit, une disposition parfaite à l'activité physique et intellectuelle. L'apport d'oxygène en plus grande quantité aux poumons a permis à la fonction respiratoire d'alimenter plus généreusement la combustion organique.
Sous l'influence d'un grand froid, lorsque les ressources de l'économie sont au-dessous du besoin, les physiologistes (Poiseuille, Dickinson, Brown-Séquard et Tholozan, Cl. Bernard, Allen et Pepys, Walther, Pouchet, Michel, de Crecchio) ont noté des troubles de plus en plus graves, dont la sériation se présente à peu près comme ci-dessous.
1. C'est d'abord la sensation de froid, l'horripilation, Fétat de la peau dit chair de poule, l'obscuration du sentiment.
2. Les capillaires périphériques se contractent, le sang reflue dans les gros vaisseaux et, en général, dans les organes vasculaires profonds; le tégument et les extrémités pâlissent tandis qu'il y a de l'oppression thoracique et des douleurs de tête, par réplétion sanguine des viscères. Le pouls devient petit et lent dans les extrémités, naturellement les premières et les plus influencées (orteils, doigts, nez, oreilles).
3. L'excrétion d'eau par les poumons et la peau diminue ; l'urine augmente, en revanche, et la proportion de ses éléments solides s'abaisse.
4. A ce moment, si l'application du froid cesse, ou même si le degré de froid n'est pas poussé plus loin, il peut y avoir réaction, c'est-à-dire que les vaisseaux capillaires se dilatent comme s'il y avait paralysie vaso-motrice, que le sang reflue à la peau où se produit de la chaleur avec démangeaison, que le pouls reprend de la plénitude.
5. Si, au contraire, le froid persiste ou s'élève, il se manifeste des sensations douloureuses dans les membres, la tête, la poitrine. La respiration est déprimée, l'absorption d'oxygène augmente (Mathieu et Urbain) par le simple fait physique d'une plus grande solubilité dans le sang; tandis que l'exhalation de CO'2 diminue par ralentissement de la combustion interstitielle.
6. Les extrémités se raidissent, se congèlent. Le sang gèle dans les vaisseaux, en commençant par les couches les plus voisines de la paroi (Poiseuille). Le degré auquel se produit la congélation du sang varie de — 0°,5 ou — 1° (Crecchio) à — 8°, 9 (Richardson). Les changements de structure des globules ne se montrent qu'au dégel. Pouchet pense que la structure cellulaire de ces corpuscules est détruite ; de Crecchio prétend que l'enveloppe reste intacte, mais que le contenu s'en échappe par osmose.
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7. Les parties gelées sont insensibles à l'excitation électrique et se laissent envahir par la gangrène .
8. Après la congélation des parties périphériques surviennent de l'affaiblissement général, des vertiges, de l'engourdissement, une invincible tendance au sommeil. Les contractions du cœur, les mouvements respiratoires se suspendent; la mort arrive avec une réplétion sanguine des organes internes et une paralysie du système nerveux.
D'ailleurs il n'est pas possible de préciser le degré de froid qui est mortel, attendu que ce degré varie énormément selon les individus et les circonstances.
A. Laveran résume en quelques lignes l'action du froid : « Si l'impression d'un froid modéré est capable de produire une excitation sur certains éléments, sur la fibre musculaire en particulier, on peut dire d'une façon générale que l'action des températures voisines de zéro ou inférieures à ce degré est une action essentiellement paralysante qui diminue la vitalité de tous les éléments anatomiques et qui finit par amener leur mort. Les mouvements des leucocytes, ceux des cils vibratiles, disparaissent par le refroidissement, les nerfs deviennent mauvais conducteurs, puis cessent entièrement de fonctionner, les muscles se paralysent. »
D'une soigneuse revue des expériences et des théories connues, Lebastard conclut : que dans le refroidissement brusque et progressif, la mort arrive par anémie cérébrale; dans le refroidissement lent et continu, la mort est due à une congestion cérébrale ; la mort par suite de congélation partielle est due aux embolies capillaires formées par les caillots contenus dans la partie congelée.
Le professeur Colin (d'Alfort) a pratiqué sur des animaux une double série d'expériences de refroidissement par Vair et par Veau, qui éclairent vivement la question.
Tout en réservant le problème délicat des différences d'aptitude à supporter le froid que l'on observe chez les diverses espèces de mammifères et même chez des individus d'une même espèce (chez l'homme en particulier), le savant physiologiste s'est convaincu que « les effets du froid sur l'ensemble de l'organisme sont des effets secondaires, subordonnés à ceux qu'il produit sur la peau, » et que « si le froid ne réussit pas à abaisser notablement la température de la peau, il est parfaitement supporté et reste inoffensif, tandis qu'il détermine des troubles graves et tue môme, s'il fait descendre le tégument d'un certain degré. »
Or, les animaux, chiens, chats, lapins, et môme des animaux plus petits, de pelage assez peu fourré, comme les rats, résistent extraordinairement à l'abaissement de température dans Vair, dans la glace et la neige sèches (comme il arrive lorsque la température extérieure est au-dessous de zéro). Exemples : 1° Un chien vigoureux, tenu en plein air pendant 24 heures, un jour de décembre 1879, avec une oscillation thermométrique de — 10° à — 10°, avait encore, à la fin de l'expérience, une température de 35° sous la peau des côtes et une température intérieure de 38°,6, abaissée seulement de 9 dixièmes, quoique l'animal n'eut pas reçu d'aliments ; mais il avait perdu 2 kilogrammes, soit un douzième de son poids. Des lapins ont, du reste, supporté jusqu'à cinq jours d'une température entre — 1 i° et — 15° ou 16°, sans se refroidir de plus de 1°,2, et se sont rétablis rapidement. 2° Des animaux, maintenus pendant 24 heures dans des maisonnettes de glace dont l'intérieur se moulait exactement sur le corps de l'animal et que le froid de l'air conservait sèches, se sont refroidis au bout des oreilles et des pattes (reposant aussi sur la
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glace), mais n'ont pas perdu plus de 2° de la température intérieure. La glace fondait notablement sous les pieds des animaux, mais l'extrémité des poils était à peine mouillée. 3° Un chien est maintenu pendant 24 heures, plongé sauf la tête dans 1 mètre cube de neige; il s'est débattu avec fureur, s'est mis à trembler, mais a parfaitement supporté ce bain ; sa température intérieure n'avait baissé que de 3 dixièmes; les lèvres, le nez, les pattes étaient modérément refroidis. Aucune indisposition ne s'est produite les jours suivants et la perte de 1200 grammes (le 17e du poids du corps) a été promptement réparée. « Comme les vêtements, dit l'auteur, ceux de laine surtout, sont pour l'homme l'équivalent des fourrures ou des toisons animales, on conçoit que les voyageurs ensevelis sous la neige puissent résister pendant de longues périodes au refroidissement, pourvu que la situation de la tête laisse la respiration libre. »
Le refroidissement par l'eau est bien autrement efficace et meurtrier que celui de l'air. Quand l'expérimentateur a choisi des animaux dont le poil peut être mouillé, ou qui ont été rasés lorsque l'onctuosité des poils les empêchait de prendre l'eau, il a obtenu très rapidement, par des affusions d'eau à zéro, un abaissement local ou général de la température de 8, 40, 18°. A cet état, le réchauffement est d'autant plus long à obtenir que l'animal est plus velu, et le réchauffement lent est plus dangereux qu'un réchauffement rapide : c'est le premier qui provoque la bronchite, le coryza, la raideur articulaire.
Les choses sont plus accentuées et plus graves, quand l'animal est immergé entièrement, sauf la tête ; une chienne, du poids de 10 kilogr., plongée, en décembre 1874, dans un réservoir plein d'eau avec assez de neige pour tenir la température à zéro, y vécut un peu moins de trois heures; sa température, de 38°, 6 avant le bain, descendit à 34° après une demi-heure d'immersion, à 25° après une heure ; à 19° après une heure et demie ; à 14° à la fin de la deuxième heure ; à 11° après deux heures et demie ; vingt minutes plus tard, elle ne donnait plus signe dévie. Si le bain est seulement à 15°, et même alors que l'animal n'y est plongé qu'à mi-corps, il n'y a guère plus de résistance de la part de la victime que dans le cas précédent. A 20 et 25°, l'animal peut lutter pendant quelques heures et maintenir sa température à un degré voisin de la normale ; mais au bout de vingtquatre, trente, trente-six heures, le bain tue de la même façon que dans les cas où il opère avec rapidité. « Dès que la température intérieure est tombée à 25°, l'animal peut périr; mais elle peut, suivant les cas, descendre à 20, à 18, même à 12 et 10, avant que mort s'ensuive. C'est dans l'eau la plus froide que la vie se maintient avec le plus grand abaissement de la température intérieure. » (On n'oublie pas qu'ici le refroidissement a été plus rapide.) Les animaux tirés du bain à 20 ou 25° et refroidis à 24° après cinq ou six heures d'immersion peuvent être réchauffés ensuite, lentement, à vrai dire, et se rétablir sans accident.
Étant démontrée l'importance du refroidissement de la peau, on reconnaîtra, avec le professeur d'Alfort, que le tégument peut perdre de la chaleur : 1° par conductibilité et rayonnement, comme tous les corps; 2° par l'évaporation des liquides exhalés à sa surface ; 3° faute de recevoir par le sang la somme de chaleur nécessaire pour compenser ses pertes. Le premier mode est le plus important; on conçoit aisément que le sang lui-même vienne perdre sa chaleur au contact d'une si vaste enveloppe, lorsqu'elle est refroidie, et qu'il ait quelque peine à la lui rendre ensuite, quand on fait cesser l'action du réfrigérant. Le froid, selon Colin, semble agir de trois manières: a, par impression immédiate sur le système nerveux ; h, en refoulant le sang de la périphérie vers les organes profonds, qu'il congestionne ; c, par astriction, effet auquel les organes profonds sont diversement sen-
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sibles. L'impression sur le système nerveux lui paraît avoir la préséance. Lorsqu'on songe à la différence d'impressionnabilité, vis-à-vis du froid, des diverses espèces animales, des variétés d mie même espèce et même des individus de même famille, on ne peul s'empêcher de partager généralement cette opinion. Au demeurant, c'esl Là un sujel gui, malgré bien des recherches expérimentales, paraît encore loin d'être épuisé (Vallin).
Le rôle du sang dégelé dans le mécanisme de la mort après la congélation a été envisagé par Michel (de Nancy) comme le résultat de l'oblitération des capillaires pulmonaires (d'où la syncope) par une foule de petites embolies provenant de la désintégration de caillots microscopiques, qui se sont formés pendant l'application du froid.
Il se peut, du reste, que le mécanisme de la mort ne soit pas toujours le môme. Ogston l'a attribuée à l'anémie cérébrale, qu'il a reconnue dans des autopsies d'individus morts de froid. Lacassagne fait la distinction, légitime en théorie, des trois modes suivants : Mort par refroidissement rapide etprogressif ; — par refroidissement lent et continu de l'organisme ; — par refroidissement d'une partie. Les accidents généraux n'aboutissent pas toujours à cette mort rapide et dans la somnolence, à laquelle Larrey ne trouvait rien de cruel et qui fut probablement la manière de passer de vie à trépas de ces sentinelles qu'on trouvait raide-gelées et debout à leur poste, pendant le siège de Metz par Gharles-Quint, en 1552 (Forestus). Wiel proteste contre cette tradition ; il a souvent trouvé le cadavre des individus gelés dans une attitude qui révélait un rude combat avec la mort, les membres convulsivement fléchis et tordus, le sol gratté tout autour. Il y aurait imprudence à prendre pour une loi physiologique l'image effrayante et hardie dont s'est emparé tout de suite le poète :
On voyait des clairons à leur poste gelés, Restés debout en selle et muets, blancs de givre, Collant leur bouche en pierre aux trompettes de cuivre.
(Victor Hugo.)
Les habitants des pays froids ont dû mettre leur économie à la hauteur du besoin de production de calorique qui leur est imposé. Leur caractéristique physiologique est l'ampleur et l'intensité des combustions organiques. C'est dire qu'ils se distinguent par un formidable appétit et leur aptitude à ingérer des quantités prodigieuses d'aliments, choisis surtout parmi ceux qui représentent du combustible immédiat, la graisse, l'huile, les viandes huileuses. Il faut bien aussi que la fonction respiratoire se mette au diapason de l'apport de combustible et qu'elle introduise suffisamment d'air pour entretenir ces puissants foyers. Heureusement, l'air des climats simplement froids- est riche d'oxygène (en poids). La circulation ne paraît pas en être activée; les Groenlandais passent pour avoirle pouls remarquablement lent. Le système nerveux de la vie animale semble s'effacer devant celui de la vie végétative; quand l'estomac domine, le cerveau sommeille. 11 serait peut-être téméraire de mettre le lymphatisme des climats polaires en rapport avec l'activité forcée des fonctions de nutrition et de sanguifîca-
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tion ; sauf les traits extérieurs, il y a du lymphatisme sous les tropiques comme au cercle polaire et il faut bien, s'il y a une cause commune, qu'elle soit autre chose que la température.
Les hommes des régions tempérées, dans des circonstances mémorables, ont affronté pendant un temps assez long les rigueurs des climats polaires, à des latitudes que les Esquimaux eux-mêmes ne visitent pas. Il s'agissait de découvertes géographiques, de la recherche de la « mer libre» du Pôle, ou encore de la détermination de voies commerciales (ce fameux passage du Nord-Est, le plus court chemin de l'Europe à l'Océan Pacifique, que Nordenskjold vient, dit-on, de reconnaître). Parry (1819), Franklin, Richardson, Bellot, J. Ross (y Entreprise, 1848-1849), Kane, Hayes, Mac-Clure, Austin, Nares (Resolute, 1854), Mac-Clin lock (1859), les marins du Polar ïs (1872), Payer et Weyprecht du leghetoff ! 1873), les marins de YAlert et du /Jiscovery (1875), Nordenskjold et Palender (la Vega, 1879), nous ont glorieusement appris jusqu'où peut aller contre le froid la résistance de l'homme, armé de courage et muni des ressources de l'hygiène. Ces expéditions comportent habituellement deux phases, l'une d'immobilité, pendant laquelle l'équipage reste sur le navire enclavé dans la glace, subissant la nuit polaire de 4 a 5 mois; l'autre d'activité, que l'on emploie, à la faveur du retour de la lumière, à des explorations en traîneaux. Pendant la première, surtout vers sa fin, quand le mois de mars ramène le soleil, l'air extérieur présente couramment une moyenne de — 50°, par des latitudes de 78 à 80 degrés (Nord). VAlert, encastré dans la glace, par 82°, 24' de latitude nord, en mars 1876, enregistrait un minimum de — 59°. La température minimum pour une période de 24 heures fut de — 57°, 1 pour YAlert, de — 55°, 4 pour le Discovery. Pendant sept jours consécutifs, le Discovery eut une moyenne de — 51°; YAlert rapporte une moyenne de — 51°,5 pour treize jours consécutifs et de — 54°, 8 pour une autre période de cinq jours et demi. Mais l'on parvient à entretenir dans le navire une température un peu au-dessus de zéro. Le moment où le froid devient redoutable est celui des excursions. Celle de Mac-Clintock et Allen Young, en 1859, eut à lutter contre un froid de —44°, 4 ;Nareset Hamilton, du Resolute(\8M), observèrent — 42°, 2; Payer du Teghetoff Tut huit jours absent et subit jusqu'à — 51° ; les officiers de YAlert opérèrent par des températures de — 41°, 1 et — 46°, 5 (Ad. Nicolas). A la vérité, si l'on sort victorieux de cette lutte, ce n'est pas sans blessures ni perte d'hommes. En général, ces expéditions ont coûté 1,7 décès sur 100 hommes d'équipage ; YAlert et le Discovery, plus particulièrement maltraités, perdirent même 4 hommes sur 120. De plus, dans une seule expédition, composée de 21 hommes et 3 officiers, 7 hommes et 1 officier eurent les pieds gelés et 3 d'entre eux subirent l'amputation des jambes. Mais on dépassa 83° lat. Nord.
2° Accidents du froid. — L'on vient de voir, par les lignes qui précèdent, que les effets physiologiques du froid confinent aux accidents et, même, les constituent, quand l'impression météorologique a été suffisamment intense et prolongée.
Ces accidents, on a déjà pu le reconnaître, sont locaux et portent plus
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communément le titre de congélations, ou généraux, et méritent le nom d'asphyxie par le froid, préférable, quoique insuffisant, à celui de congélation générale.
Les congélations, qui, naturellement, atteignent surtout les extrémités, ont été réparties par Legouest suivant une échelle de gravité qui rappelle celle des brûlures : engelure, phlyctène, eschare du tissu cellulaire, gangrène des muscles, mort totale du membre. Quand l'accident n'est qu'aux premiers degrés, il est possible de rappeler la partie à la vie en la ramenant progressivement à la température normale; l'application immédiate de la chaleur équivaut à la perte du membre; dans les pays froids, on pratique vulgairement les frictions de neige sur les extrémités où l'on voit apparaître le blême de la congélation commençante ; un bain d'eau glacée est le meilleur topique à appliquer au membre que l'on espère ramener à la vie.
D'ailleurs, au moment où les accidents généraux ont envahi les fonctions essentielles, sans les annuler encore, le brusque passage du froid à une atmosphère chaude est encore le pire des remèdes. Les soldats de la retraite de Russie tombaient, « frappés d'une apoplexie foudroyante, » dans les feux dont ils s'approchaient avec une sorte de fureur, malgré tous les conseils, croyant prendre une revanche de leurs souffrances pendant la marche sous la neige. Sureau, pharmacien en chef de la Grande-Armée, expira en quelques heures dans une chambre chaude où il avait pensé trouver une compensation au froid éprouvé en gagnant Kowno.
En dehors des faits à la rencontre desquels vont les explorateurs des mers glaciales, les congélations générales ou partielles se produisent un peu partout, dans nos pays tempérés, dans la saison froide. Mais les observations qui sont restées historiques sont principalement des désastres militaires, depuis la retraite des Dix-Mille (Xénophon) et le passage du Caucase par l'armée d'Alexandre, jusqu'à la retraite de Russie (1812-1813), la guerre de Grimée (1854-1856), la guerre franco -allemande (1870-1871), et le désastre du 4e zouaves au ïléta des Douairs, en mars 1879.
Le nombre d'individus subissant à la fois l'influence du même agent convertit ici des accidents traumatiques en épidémies véritables. Il est assez curieux, selon la remarque de L. Laveran, que notre Algérie revendique pour sa part quelques-uns de ces désastres qui rappellent les hivers moscovites ; encore en 1879 (28 mars), une tourmente de pluie et de neige a assailli avec une violence inouïe une colonne de troupes se rendant d'Aumale à Laghouat ; 19 hommes succombèrent et des catastrophes plus nombreuses se fussent produites, si des secours n'étaient venus de la part d'hommes énergiques et dévoués. Sans parler de la retraite de Constantine, en 1836, des accidents éprouvés près de Bougie en 1851, au passage de l'Atlas en 1852, la colonne du Bou-Thaleb (près de Sétif), en 1845, restera comme un des plus douloureux souvenirs ; il y eut 228 décès sur 2,800 hommes !
A vrai dire, et ce n'est pas la première fois qu'on en fait la remarque, la température de l'air descendit à peide, dans cette occasion, au-dessous de zéro. Maison avait les pieds dans la neige fondante et l'alimentation des soldats laissait à désirer. La neige fondante soustrait évidemment beau-
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coup de calorique aux tissus vivants qui sont à son contact; on s'en aperçoit encore aux fâcheux effets de l'usage de la neige à titre de boisson, pratique vivement déconseillée par les hygiénistes. C'est dans la neige d'automne, en partie fondue, que les marins de YAlert ont subi les congélations dont il est parlé plus haut. Dans son émouvant récit de la catastrophe du 4e zouaves au Tléta des Douairs, Lebastard fait remarquer que la température n'était pas très basse; il tombait autant de pluie que de neige; mais cette eau froide imbibait les pantalons de toile bouffante des zouaves et les refroidissait d'uneffaçon continue; les hommes étaient harrassés par une longue étape dans la boue, sous une tempête de pluie et de neige ; par dessus tout, ils avaient faim. Les pains, détrempés sur le sac par la pluie, s'étaient perdus; les conserves avaient été consommées la veille, comme il arrive si souvent; cet horrible temps avait empêché de faire le café au départ, le matin; les traînards n'étaient arrivés à la grand'halte qu'au moment où la colonne se remettait en route et n'avaient pu manger.
La prophylaxie de ces accidents sera, légitimement, exposée aux articles : vêtement, habitation, chauffage, exercice, alimentation. Dès à présent, l'on peut dire qu'un système nerveux bien trempé, un bon état de la nutrition générale, une alimentation largement assurée, des vêtements mauvais conducteurs, sont les garanties dont il faut s'entourer lorsqu'on s'aventure dans le séjour ou la marche à travers une atmosphère glaciale de n'importe quelle zone. Nous ne poussons pas l'esprit de système jusqu'à interdire absolument l'alcool ; les boissons stimulantes (café, thé) sont avantageuses, par conséquent l'alcool aussi, dès que l'on ne dépasse pas les doses auxquelles il reste simple stimulant. Mais, si l'on va plus loin, c'est un insensibilisant, qui s'ajoute à l'action anesthésiante du froid, et l'on comprend que des capitaines d'expéditions polaires l'aient supprimé net à des matelots pour qui l'usage se confond aisément avec l'abus. En pleine lutte avec le froid, le soldat est dans le mouvement et l'exercice musculaire; ici, la force physique ne suffit pas; l'énergie morale, la volonté, deviennent la suprême ressource. Qui la possède se sauve et peut en sauver d'autres. Dans les colonnes armées, un vieux soldat plein de ressort, un sous-officier de quelque vigueur, peuvent arracher à la mort nombre de recrues démoralisées et qui fléchissent devant l'ennemi atmosphérique. On les objurgue, on les pousse, on les frappe, s'il le faut, pourvu qu'elles marchent, car « qui s'arrête, s'endort, et qui s'endort ne se réveille plus. »
3° Maladies du froid. Aptitudes morbides qu'il crée. — A mesure que l'on connaît mieux les maladies diathésiques ou générales, que les statistiques se font plus nombreuses et plus exactes, que l'on sait retrouver les germes spécifiques sous des dehors d'emprunt et que l'on analyse plus rigoureusement l'étiologie, le rôle pathogénique du froid et, d'ailleurs, de tous les agents de la météorologie se rétrécit davantage. Il convient aussi de distinguer le cas de l'influence directe du froid et celui où il n'est qu'un auxiliaire — ou une entrave — delà cause véritable.
L'activité nutritive, suscitée par le froid, semble être en rapport naturel avec une plus grande fréquence des inflammations dans les contrées froides et
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dans les saisons froides des pays tempérés. Les formes simples des affections aiguës des voies respiratoires, la Bronchite, la Bronchite capillaire, Bronchopneumonie, pneumonie catarrhale ou lobulaire, se rattachent en effet à de telles conditions. Il n'en est plus de même de la Pneumonie, qui paraît bien être de toutes les saisons et de tous les climats (A. Hirsch, Grisolle, L. Colin). La Pleurésie elle-même, qui n'a pas le caractère de maladie générale de la précédente, est répartie sur toute l'année dans nos pays et n'est point étrangère aux climats chauds ; bien que plus fréquente et plus grave pendant nos hivers et sous les zones froides, elle est loin d'atteindre à la physionomie d'une affection propre aux milieux atmosphériques froids. A en juger par quelques observations personnelles, j'inclinerais à croire que Faction des froids rigoureux n'est pas étrangère à la formation des épanchements purulents ; ce dernier et rude hiver de 1879-1880 a amené dans mes salles de l'hôpital militaire (Lille) un nombre tout à fait inusité de pleurésies de cette nature (purulentes d'emblée, cela va sans dire).
Il est acquis aujourd'hui que le Rhumatisme articulaire aigu, affection diathésique, n'est point engendré du froid et n'épargne pas les pays chauds ni les saisons chaudes. En revanche, il est ordinaire que le froid réveille les manifestations douloureuses, n'ayant pas le caractère d'un accès complet, du rhumatisme chronique.
Il importe, d'ailleurs, quand on étudie les faits capables d'éclairer le point de vue étiologique, de bien distinguer du froid les refroidissements. Une région à climat très froid, mais constant, peut être beaucoup moins favorable aux inflammations thoraciques qu'un plus doux, mais à grandes et brusques oscillations thermiques. Ainsi, les rhumes sont'rares en Islande. De même, l'influence permanente du froid sur les indigènes des régions subpolaires n'est pas absolument identique à l'impression, toujours un peu brusque et assurément nouvelle, que ressentent et que peuvent manifester les explorateurs venus de latitudes plus favorisées au point de vue thermique. Dans ce dernier cas, le trouble est plus probable et se montrera plus bruyant; il se traduit volontiers par des déterminations thoraciques, de même que le passage du climat tempéré à la zone chaude se traduit par des localisations abdominales (Fonssagrives).
Les maladies érvptives, en leur qualité de virulentes, sont à peine entravées par les froids les plus rigoureux ; la variole existe au Groenland et au Kamtschatka; la rougeole a été l'objet d'une remarquable relation de Panum, aux îles Féroé, en 1846. On a même cru que les contrées et les saisons froides en favorisaient l'activité; ce serait absurde, si l'on supposai qu'une basse température convient spécialement à l'éclosion des germes morbides; mais c'est exact, si l'on entend que le resserrement des groupes et des familles, imposé par le froid extérieur, multiplie les contacts et les chances de propagation.
Pourtant, la syphilis, qui s'est établie aux îles Féroé, paraît ne pouvoir se propager en Islande, quoique les marins l'apportent communément à Reykjavik (Mackensie, Schleissner). Elle se cache, en Suède, sous le nom de Radezyge (Bœck).
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Parmi les infectieuses, la malaria, dont les formes vont en s'atténuant à mesure que la moyenne thermique diminue, ne dépasse pas le 62e degré de latitude N. en Europe, le 47e en Amérique; le choléra, qui craint le froid, semble pourtant avoir une vitalité plus tenace encore; non seulement, il a dépassé le 60e degré de latitude N. et l'isotherme de 5 degrés, comme la malaria, mais il n'a pas cédé à un froid de — 20°, Moscou (1830), de — 30°, à Orenbourg. La fièvre jaune, heureusement, est absolument antipathique au froid, les navires de l'Atlantique, qui s'aperçoivent en mer qu'ils la rapportent avec eux des Antilles, mettent le cap au nord pour s'en débarrasser (Riou-Kérangal).
Les affections typhiques adoptent de préférence la forme de typhus exanthématique. Si le froid y contribue, ce doit être d'une façon indirecte, ep poussant les individus à s'entasser dans des demeures étroites, d'ailleurs malpropres:
La phthisie, sur le développement et la marche de laquelle, dans nos pays tempérés, pèsent fâcheusement les transitions fréquentes et rapides de la chaleur au froid, passe pour être rare ou inconnue dans les régions polaires. Si de bonnes statistiques ont été faites, cela prouverait au moins que le froid constant ne provoque pas la phthisie. Mais pour quelle raison devient-il une cause d'immunité? Jusqu'à présent, on ne l'a pas dit. Villemin, dans la pensée que la tuberculose est une maladie zymotique, laisse entendre que les froids extrêmes peuvent paralyser les germes de celle-ci, comme ils le font des germes en général; malheureusement, nous venons de voir que les latitudes circumpolaires n'arrêtent ni la variole ni le choléra, de telle sorte que la loi, dont on veut faire une application particulière à la phthisie, n'existe pas. L'immunité phthisique des climats polaires rappelle celle des altitudes; pourtant, le froid, qui sur les hautes Alpes reproduit un des traits de ces climats, n'est pas habituel ni excessif sur les hauts plateaux des Andes. La raréfaction de l'air, en revanche, est le trait dominant de l'atmosphère des hauteurs, tandis qu'elle ne se présente plus dans les plaines des terres polaires. Jourdanet croit apercevoir dans l'anémie la raison commune de l'immunité phthisique des altitudes et de celle des contrées hypothermiques ; comment peut-il y avoir anémie dans l'air froid, par conséquent dense, et où la tension de l'oxygène n'a rien perdu? C'est que la nécessité de la production de chaleur, de combustions organiques intenses, augmente le besoin d'oxygène, consomme tout celui qui est fourni et n'en laisse pas de disponible ; il en faut tant qu'il n'y en a jamais assez; les habitants des pays froids sont anémiques de la même façon qu'un millionnaire est pauvre s'il dépense ses cinquante mille francs de rente et se sent encore l'appétit d'en dévorer cinquante mille autres. Cette théorie est fort ingénieuse, mais aurait besoin de vérification approfondie.
Il semble bien que la zone froide des pays tempérés soit plus maltraitée par la phthisie que la moitié qui confine aux pays chauds. La France, par sa situation climatologique, se prête bien à cette comparaison. Or, Lombard constate : « 1° que la phthisie est moins répandue dans les Arnould. — Hygiène. i9
DE L'ATMOSPHÈRE
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villes françaises que dans la plupart des villes septentrionales, » Londres, Glasgow, Christiania, Bruxelles, à l'exception d'Amsterdam ; 2° qu'en comparant les neuf départements septentrionaux français avec les onze départements méridionaux, les décès par phthisie représentent, dans le Nord, 108 pour 1000 de tous les décès, tandis que, dans le Midi, ils ne comptent que pour 79 millièmes ; soit un tiers en moins.
Le rapport des décès phthisiques au total des décès n'est peut-être pas une expression suffisamment claire. Nous avons pris la question autrement, en nous servant de la statistique de l'armée. Il est bon de rappeler qu'aujourd'hui les garnisons de chaque corps d'armée, à titre d'armée active, ne sont que très peu recrutées dans la région même ; par conséquent, il n'y a pas lieu de se préoccuper des dispositions ethniques. Pour les deux années 1875 et 1876, la moyenne des entrées aux hôpitaux par tuberculose ayant été de 2,30 pour 1000 hommes, cette moyenne se trouve être 4,12 dans le Ier corps (chef-lieu : Lille) ; 3,70 dans le Xe corps (Rennes); 2,80 dans le VIIe (Besançon); 2,23, dans le XVIIe (Toulouse); 2,15, dans le XVe (Marseille); 2,04, dans le gouvernement de Paris; 1,52, dans le XVIe corps (Montpellier) ; 0,91, dans le XIXe (Algérie). On a donc quelques raisons de croire que, là où il ne s'agit pas d'extrêmes de froid ou de chaud, le froid n'est point un préservatif, et la chaleur, point une cause provocatrice de la tuberculose. Ce serait plutôt le contraire.
Mais, encore une fois, il est probable que la modalité de la température est plus importante en ceci que son degré moyen, et ce pourrait bien être à leur égalité relative que les climats de la région de Montpellier et de l'Algérie doivent d'être au-dessous delà moyenne en ce qui concerne la tuberculose dans l'armée.
Le scorbut, à première vue, paraît être une maladie des pays septentrionaux; son nom même y fait songer. Villemin en a fait la remarque; mais, par une singulière contradiction, il déclare spécifique cette maladie polaire, alors qu'il concluait à la spécificité de la phthisie de son absence dans les terres glaciales. Or, le scorbut n'est point exclusif aux régions froides, puisqu'on l'observe en Algérie et sur les navires qui naviguent entre le Pérou et Saint-Nazaire, comme le prouve la lugubre histoire du trois-mâts C Avenir (1876), racontée par Mathelin; on peut même l'éviter, à l'aide de certaines précautions, tout en séjournant sous le cercle polaire et au delà; mais il est par trop évident qu'un pareil séjour, surtout dans les conditions qui ne s'imposent que trop aux équipages explorateurs, est ce qu'il y a de mieux fait pour établir la cause ordinaire du scorbut, à savoir : la pénurie ou la privation totale d'aliments végétaux frais, et même la pénurie d'aliments animaux frais, caria chasse au bœuf musqué n'est pas toujours fructueuse. D'ailleurs, il n'est pas contestable que le froid intense et prolongé n'y aide puissamment, comme aussi la longue obscurité des nuits polaires, qui « étioie » les individus (A. Nicolas). Le scorbut de l'expédition anglaise de 1875 éclata aussi bien sur les hommes partis en traîneaux, et qui n'étaient que trop aérés, que sur les matelots restés au navire, dans un milieu susceptible d'être considéré comme
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miasmatique. Les Esquimaux de ces parages ont le scorbut, plus que les équipages munis de lime-juice, et les capitaines anglais leur laissent des barils de jus de citron pour guérir cette prétendue maladie spécifique.
Le froid peut bien être pour une part dans les maladies de peau des misérables tribus de l'extrême Nord, au moins quand il ne s'agit pas de syphilis; mais il est à présumer que l'effroyable malpropreté de ces pauvres gens occupe aussi une grande place dans l'étiologie de ces dermatoses. Quant aux entozoaires, ils sont évidemment de provenance alimentaire.
Terminons par la mention de Yophthalmie de* neiges (snow blindness), qui est une sorte de traumatisme par l'air froid, mais aussi, comme l'indique son nom, par l'éclat des surfaces neigeuses.
Bibliographie. — Le froid. — Larrey : Mémoires de chirurgie militaire, IV. Paris, 1812- 1831. — Shrimpton : Relation de la retraite du Bou-Thaleb (Recueil de mém. de méd. milit., 184<)). — Chenu : Rapport sur les résultats du service médico- chirurgical aux ambulances de Crimée. Paris, 18U5. — Martins (Ch.) : Du Spitzherg au Sahara. Paris, 1866. — Pouchet (F.) : Recherches expérimentales sur la congélation des animaux (Journal de physiol. de Robin, 1866). — Michel : Contribution à l'étude des embolies capillaires de V artère pulmonaire à la suite de la congélation des pieds (Journ. méd. de Strasbourg, 1867Ï. -- Crecchio (L. de) : De la mort par le froid (Il Morgagni, 1866, et Schmidt's Jahrbûcher, 1868). — Bebber (Jacob van) : Die strengen Europdischen Winter vom Jahre 1829 bis 1871. Kaiserslautern, 1872. — Colin (d'Alfort) : Des variations de température de la peau; du refroidissement et de l'échauffement du corps dans divers milieux (Bull. Acad. de méd., 1880, n° 5). — Du même : Sur le refroidissement du corps par l'eau. Action de la pluie, des aspersions et du bain froid {ibid., 1880, n° 15). — Lebastard : Relation médicale du désastre du Tléta des Douairs le 28 mars 1879 (Recueil de mém. de méd. milit., 3e série, XXXVI, 1880).
Régions polaires. — Bellot (Joseph) : Journal d'un voyage au pôle. Paris, 1854. — Roussin (A.) : les Dernières Expéditions au pôle Nord (Bévue maritime et coloniale, XLVI, 1875).
— Bellot (A.) : la Prochaine Expédition arctique anglaise (Bévue maritime et coloniale, 1875). — Bochefort : l'Expédition anglaise du pôle Nord (Archives de méd. navale, XXIV, 1875). — Our Arctic Expédition (The Engineering, avril 187 5). —.Nicolas (Ad.) : le Scorbut de V expédition anglaise au pôle Nord (Gazette hebdomad ., 1877, n°8 1 et 2). — Nordenskjoll) : Sur le passage du Nord-Est (Comptes rend. Acad. des scienc, 5 avril 1880).
— A. Laveran : Froid (Dict. encycl. des scienc. médic).
1° Influence de la chaleur ou du froid sur la morbidité et la mortalité.
— Il ne serait pas très instructif de comparer, à ce double point de vue, les pays du Nord avec les régions intertropicales. Outre que les documents ne sont point partout recueillis avec une exactitude suffisante, il y a trop de conditions associées qui pèsent sur le mouvement démographique en même temps que la météorologie pour qu'une pareille comparaison puisse prendre pour unique base les différences de moyennes thermiques. On obtient un enseignement meilleur et plus sûr en comparant entre elles les saisons, froide et chaude, d'une même zone, choisie par conséquent dans les climats tempérés qui, seuls, présentent une alternance parfaitement nette.
Des recherches statistiques faites à Genève par lui, par Ed. Mallet et Marc I D'Espine, le Dr Lombard conclut qu'en général : le froid augmente la morbidité, tandis que la chaleur la diminue ; et, plus exactement, qu'à une température froide et prolongée succède une forte morbidité, pendant qu'à une température chaude et prolongée succède une faible morbidité. On conçoit qu'en effet
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les résultats définitifs de ces impressions se voient mieux après que pendant la saison qui leur permet de s'exercer. Graffenauer, Stœber et lourdes, à Strasbourg, sont arrivés aux mêmes conclusions. Gasper, de même, à Berlin (1846), disait que: aucune circonstance atmosphérique n'est si nuisible pour la vie que le froid sec. C'est que, si l'on applique la même étude à la détermination des oscillations de la mortalité, on trouve encore qu'à Berlin (Casper), Strasbourg (Stœber et Tourdes), à Genève (Lombard), à Glasgow (Robert Cowan), « une forte mortalité succède ou coïncide avec le froid, tandis quune faible mortalité succède ou coïncide avec la chaleur. »
En conséquence, dans tous les pays d'Europe (statistique générale de Wappaeus), sauf de rares dérogations, les chiffres les plus élevés de la mortalité se rapportent à l'hiver et les plus bas à l'été, à moins qu'il ne s'agisse de pays marécageux, ou qu'une épidémie d'été (choléra, dysenterie) n'ait renversé les rapports. Parmi les déviations de cette loi, Wasserfuhr signale la ville de Stettin, où, de 1833 à 1858, la mortalité moyenne a été de 21,94 pour 100 décès dans le 1er trimestre ; 21,02 dans le 2e ; 32,50 dans le 3e (juillet, août, septembre); 24,54 dans le 4e. L'auteur fait remarquer que les maxima thermique, hyétométrique et l'ascension du niveau de l'Oder, affectent aussi ce même 3e trimestre ; mais, comme les mêmes coïncidences se représentent ailleurs, il suppose que ces auxiliaires de la putréfaction trouvent à Stettin un sol plus souillé que dans d'autres villes. C'est l'exaspération de la putridité, et non la météorologie, qui élève le chiffre des décès. Cette explication ne paraîtra probablement pas suffisante.
Il est probable que la comparaison des années entre elles pour une même ville démontrerait de la même manière l'influence meurtrière du froid sur tous les individus vieux, faibles, valétudinaires qui, dans la cité, ne se maintiennent qu'à la faveur d'une météorologie tolérante et au prix de précautions minutieuses. Les gros hivers épurent la population avec quelque cruauté. Le fait a été bien constaté en Angleterre ; le mois de décembre 1874 a fait monter la mortalité de Londres à 35 p. 1000, celle de 17 autres villes à 39, celle deLiverpool à 44, de Bristol à 46, de Salford à 48, de Manchester à 49, de Glasgow à 59 (Lancet, 1876). A Paris, en décembre 1879 et janvier 1880, la mortalité a dépassé 5,000 par mois; si pareille mortalité durait toute l'année, Paris aurait au moins 60,000 décès et son chiffre de léthalité proportionnelle serait de plus de 30 p. 1000, au lieu de 25, qu'il est moyennement.
11 y a, à cette loi, une exception frappante en ce qui concerne l'enfance (de 0 à 5 ans). Si « le froid est le plus grand ennemi des vieillards », on peut dire que la chaleur est meurtrière aux enfants. Peut-être bien que les nouveau-nés se rangent encore sous la loi commune ; tout au moins Lombard a-t-il remarqué qu'ils meurent davantage pendant la saison froide, surtout dans les pays chauds; mais, dès le troisième mois, l'influence fâcheuse du froid s'efface et c'est, visiblement celle de la chaleur qui fait monter la morbidité et la mortalité infantiles. Le fait est mis hors de doute par les nombreuses recherches de Bertillon, OEsterlen, Lombard. Pamard, observant dans l'arrondissement d'Avignon, de 1872 à 1877, con-
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state que la mortalité des enfants au-dessous de 5 ans s'élève de 47 p. 100 au-dessus de la moyenne annuelle, pendant les mois de juillet, août, septembre et surtout dans les communes rurales. Pour ma part, sans savoir ce qui se passe à la campagne dans le Nord, j'ai donné ailleurs, comme preuve de cette redoutable influence de la chaleur sur l'existence des enfants, les chiffres des décès trimestriels, à Lille, dans la population de 0 à 5 ans, par diarrhée -entérite en 1877 ; l'influence meurtrière de la chaleur y est évidente :