CHOIX ET PRÉPARATION DU SOL DES HABITATIONS
pour les tubes, avec du gravier jusqu'au niveau du sol de la rue, de façon à envelopper les canaux dans une sorte d'appareil de filtration. Le fait est, dit v. Haselberg, que dans les localités pourvues d'un bon système de canalisation, on ne voit pas le niveau de la nappe souterraine dépasser le segment inférieur des canaux, lors même qu'on aurait négligé de mettre les les canaux en rapport avec eux, selon le précepte formulé plus haut. Bien plus, selon Varrentrapp, à Hambourg, à Francfort-sur-le-Main (et probablement aussi à Stralbund, puisque c'est v. Haselberg qui a dirigé les travaux de canalisation de cette ville), les canaux d'évacuation sont placés fort au-dessous des caves, absolument dans la zone des oscillations de la nappe souterraine, et la terre qui les environne est drainée d'une façon remarquable. On fait cependant ces canaux en briques vernissées et l'on se sert de ciment partout où il y a jonction de tuyaux secondaires au canal principal. Il est vraisemblable que le remuement de terre, accompli dans l'acte de creuser les tranchées au fond desquelles on a établi les tuyaux d'évacuation, a donné au sol un degré de perméabilité suffisant à permettre l'infiltration des eaux dans la profondeur et, plus encore, le déplacement latéral dans la direction de la pente des canaux. Il est probable encore que l'étanchéité des parois de ces canaux n'est pas aussi parfaite qu'on l'avait désiré et qu'on le croit généralement; il en résulte que, dans les moments, de beaucoup les plus ordinaires, où les canaux ne sont pas pleins, il y a une sorte d'aspiration par eux sur les liquides extérieurs et pénétration lente de ceux-ci, de dehors en dedans. 11 est vrai que, dans l'état de réplétion des canaux, le sens de la pression est renversé et que peut-être une part de leur contenu filtre de dedans en dehors ; mais alors il s'agit de liquides très dilués (pluies) et d'un phénomène aussi passager que violent ; c'est le premier effet qui l'emporte.
S'écartant un peu de ces vues, A. Mùller se contente d'exiger que les canaux d'évacuation soient simplement enfoncés à la profondeur strictement suffisante pour que les gelées ne les compromettent point. Dans sa pensée, ces canaux ne doivent servir qu'à éloigner les eaux ménagères et impures ; l'eau du sol devrait plutôt être recueillie pour servir au moins d'eau de lavage ; à cet effet, on la ferait circuler dans des drains véritables, pareils à ceux que l'on emploie pour dessécher les terres de culture. Quant au moyen de régler le niveau de la nappe souterraine, A. Mùller ne compte pas sur les orifices d'entrée des tuyaux d'égout, parce qu'ils lui paraissent constituer plutôt un danger de reflux du trop-plein de ces canaux (ce qui arriverait, en effet, si les égouts étaient placés aussi peu profondément qu'il l'admet); il propose de multiplier, dans les rues et dans les cours des maisons, des puits qui se déverseraient dans l'égout seulement lorsque le niveau de leur eau serait parvenu à une hauteur déterminée.
La réalisation de ces idées ne paraît avantageuse ni pour la salubrité des habitations ni pour l'approvisionnement d'eau des villes, qu'elles ont l'intention de fournir partiellement. L'usage des canaux d'évacuation d'une seule espèce, situés plus bas que le sol des caves, est généralement adopté pour les constructions nouvelles et paraît maintenir le niveau de la nappe
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souterraine à une distance suffisante des habitations. Ajoutons qu'il a le précieux avantage de pouvoir aussi assainir les vieux quartiers des cilés ; car il n'est pas utile que les canaux principaux passent précisément sous les caves ; on les établit sous le pavé de la rue, à la profondeur réglementaire, et l'on y fait déboucher les conduits particuliers de chaque maison, ce qu'il est possible de pratiquer, même avec d'anciennes bâtisses défectueuses.
Drainage, simple ou double, du sol des habitations. — Le moins qu'on puisse faire, et c'est le cas pour les habitations isolées, c'est d'établir dans le sol de simples drains, tels qu'on les emploie en agriculture, en les plaçant assez profondément pour que les fondations de la maison ne les atteignent ni ne les écrasent, et en les multipliant, non seulement sous la maison, mais encore dans les alentours, dans une proportion correspondant au degré d'humidité du sol, à la présence d'infiltrations, de sources, etc. Ces drains pourraient, à la rigueur, n'être que du gravier ou des fragments de pierre ; mais il est plus sûr d'employer les tubes en terre cuite. On leur donnera une pente continue et suffisante et on les fera aboutir, comme d'ordinaire, à un cours d'eau ou à un puits absorbant, creusé assez profondément pour qu'il traverse la couche imperméable. S'il est nécessaire, on placera sous le sol de la cave des lignes de drains, séparées de 4 à 5 mètres, croisant les lignes du système plus profond et recouverts de terre bien tassée.
On ne saurait assez avoir présents à l'esprit les désastreux effets de l'humidité dans les habitations (Bowditch et Buchanan. Voyez plus haut, p. 209). Ce serait une erreur de croire que l'on s'est fait un sol convenable pour y bâtir, en comblant avec des matériaux solides un terrain creux, où l'eau se collectait, un marécage plus ou moins évident ; on a, par ce procédé, simplement recouvert, mais non supprimé le foyer d'émanations.
L'usage de drains uniquement et expressément adaptés à soutirer l'eau tellurique a paru tellement indispensable, que beaucoup d'hygiénistes veulent les associer au système de canaux d'évacuation des eaux de pluies et ménagères (égouts). C'est, en particulier, l'avis de Fonssagrives.
La question financière vient ici se mêler aux prescriptions de l'hygiène. Pourtant, il est possible (et il faut le chercher) de satisfaire à celles-ci sans trop aggraver celle-là.
Sur quelques points, on a cru pouvoir réaliser l'association désirée en construisant les tuyaux d'égout de matériaux imperméables dans leur segment inférieur, et perméables à la partie supérieure ; celle-ci sert de drain pour l'eau du sol. Mais il arrive que la filtration en sens inverse du but voulu, c'est-à-dire de l'égout vers le sol, l'emporte aisément sur celle qui est utile ; cette pratique est condamnée et l'on fait, avec raison, les égouts absolument étanches (Durand-Glaye), autant que possible. En Angleterre, Bailey-Denton propose l'étanchéité comme une règle.
Il faut donc séparer le drain de l'égout. Mais, au moins, rien n'est-il plus simple que de les coucher l'un et l'autre dans la même tranchée. Quelquesuns ont voulu conjuguer les deux appareils, tout en leur assurant un fonctionnement distinct. Les figures 65 et 66 donnent un aperçu de cette combinaison de l'égout (tube supérieur) avec le drain (tubes inférieurs).
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Pour la canalisation de Dantzig, Wiebe et Latham ont nettement séparé les deux tuyaux, mais en les renfermant dans la même tranchée, comme le montre la figure 68. Le tuyau d'égout S, en briques ou en poterie, est au
Fig. 65. — Egout et drain combinés. Fig. GG. — Egout et drain combinés
oVUuddersfield (*).
fond de la fosse et recouvert d'argile pâteuse G, bien foulée. Sur cette couche d'argile reposent deux lignes de drains ordinaires D, placées de chaque côté de la tranchée et correspondant au niveau moyen de la nappe souterraine. Le reste de la fosse est comblé avec la terre commune. Les tuyaux d'égout doivent être imperméables. Une dérogation à ce procédé a été admise sur quelques points, où les tuyaux de drainage ont été remplacés par une simple couche de gravier G, parfaitement perméable (fig. 67).
Fig. 67. — Égout'et gravier Fig. 68. — Êgout et drains-
drainant. tuyaux.
Cet assainissement du sol est plus difficile à assurer dans les pays plats, surtout si la nappe souterraine est à peu de distance verticale de la surface. 11 faut quelquefois renoncer à maîtriser la nappe souterraine ; il devient plus facile d'élever la maison que d'abaisser le niveau du Grundwasser. On bâtit sur pilotis, ou sur des assises de maçonnerie, mais en séparant absolument de la surface du sol, même l'étage le plus inférieur de la maison. Ainsi, sur le sol imbibé de la Hollande et de quelques plages du littoral allemand.
(*) A, drain pour l'eau du sol. — B, égout. — R, supports du tuyau d'égout. Arnould. — Hygiène.
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Ventilation du sol. — De même qu'il y a des échanges incessants entre l'air du sol et celui de l'atmosphère, de même il y a une tendance à pareil phénomène entre les gaz du sol et l'atmosphère des habitations, en vertu de la rupture de divers équilibres de pression, de thermalité, etc. La cause la plus efficace et la plus dangereuse, dans le cas particulier, est l'inégalité de température.
Les oscillations de la température règlent l'échange gazeux entre le sol et les habitations. Forster observe la production de CO2 par une cuve en fermentation placée dans une cave ; la température de la cave étant de 13 à 14°, celle du rez-dechaussée de 15°, 8, celle du premier étage de 14°, 4, et celle de l'air extérieur de 13°, 7, c'est-à-dire avec des différences insignifiantes, il ne trouva que 4 p. 100 de l'air du sol dans l'atmosphère du rez-de-chaussée, et 2 p. 100 dans celle du premier étage. Mais l'on chauffa le rez-de-chaussée à 22°, 4 et le premier étage à 22°, 8, et l'on constata que l'air de la cave venait former les 54 centièmes de celui du rez-dechaussée et les 38 centièmes de l'air du premier étage.
Les précautions qui viennent d'être indiquées en vue de l'humidité défendent déjà, efficacement, l'habitation contre les gaz du sol ; d'abord, parce qu'il s'en produit peu quand le sol est sec, ensuite parce que les gaz s'échappent aussi par les tranchées et les canaux que l'on offre à l'écoulement des liquides. Pour assurer mieux encore l'évacuation des gaz du sol,Staebe et Niemeyer ont conseillé d'établir au-dessous du niveau des fondations, et séparée de celles-ci par un plancher d'asphalte ou toute autre couche imperméable, une vaste chambre de ventilation que l'on met en rapport avec une cheminée d'appel. Quand l'air du sol monte (au printemps, en hiver et en automne), cette cheminée l'évacué au dehors ; quand, en été, l'air du sol s'abaisse, il se produit sur la maison un courant d'air frais, de haut en bas.
Il va sans dire que le but des dispositions prises contre l'eau n'est sûrement atteint qu'autant que l'architecte connaît, au préalable, le taux du niveau moyen de la nappe souterraine et l'amplitude de ses oscillations dans la localité. A Munich, la différence entre le plus haut et le plus bas niveau est de 3 mètres ; mais, dans les points où la moyenne ombrométrique est considérable, cette différence peut aller au double; à Jubbulpore, dans l'Inde, elle est de 4 mètres, à Sangore de plus de 5 mètres. De Chaumont regarde comme salubre une profondeur du niveau de la nappe souterraine d'au moins 5 mètres ; comme insalubre, une profondeur de moins de 2 mètres.
Dispositions et matériaux propres à prévenir l'humidité du sol, — On s'est efforcé de faire obstacle à l'ascension par capillarité de l'eau du sol dans les murs de l'habitation en plaçant transversalement, dans l'épaisseur de la maçonnerie et à une faible hauteur au-dessus du sol, des plaques faites d'une substance imperméable, comme des ardoises enchâssées dans du ciment, des feuilles de plomb, une couche d'asphalte, une couche de briques émaillées. Mais ce que l'on a trouvé de mieux jusqu'ici, pour
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répondre à ce but, ce sont les briques en argile vitrifiée, de différents modèles et d'épaisseur variable, percées de trous réguliers pour permettre le libre accès de l'air entre le sol et le plancher de la maison. La figure 70 en reproduit divers exemplaires et la figure 69 les montre en place, formant une zone imperméable de bas en haut, accessible à l'air horizontalement, dans toute l'épaisseur du mur, à quelques centimètres au-dessus du sol. Rien n'est plus facile que d'introduire une couche pareille dans les murs de vieilles maisons et, par là, de les assainir notablement.
Fig. 69. — Mur en briques Fig. 70. — Briques en argile vitrifiée,
d'argile vitrifiée.
Nous avons déjà indiqué la pratique de l'espace vide (area) entre le mur extérieur et le mur de revêtement ; cet espace doit être à sol battu et drainé. Il peut être remplacé par un mur creux, dont la paroi extérieure, ou mur de revêtement, rejoint le mur principal exactement au-dessus
Fig. 71. — Mur creux formant area d'assé- Fig. 72. — Mur revêtu de briques en argile chement (Eassie). vitrifiée k(Eassie).
du niveau du sol. On voit une disposition de ce genre dans la figure 71. Eassie a imaginé de gémeller le mur de revêtement et le mur principal en se servant de briques en argile vitrifiée, placées les unes au-dessus des autres comme paroi extérieure du dernier, et en reliant celui-ci au précédent au moyen d'autres briques creuses transversales (fig. 72). Ce mur creux, ainsi que le raccordement de ses deux parties, sont obtenus
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d'une façon un peu différente par Jennings, qui a inventé tout exprès une « brique unissante », également à jour. La figure 73 reproduit le modèle de
Fig. 73. — Briques unissantes (Jennings).
brique et la façon dont elle est appliquée pour obtenir l'area. Ces dispositions sont d'un usage vulgaire en Angleterre.
Comme résumé : il faut que l'habitation humaine soit entourée d'air de tous côtés, en dessous et latéralement aussi bien que par dessus.