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II. — Construction

Cet article renferme : l'indication et l'appréciation des matériaux de bâtisse ; la distribution des locaux dans l'habitation et les dépendances ; l'orientation et les rapports réciproques des habitations dans un groupe.

Matériaux de construction. — Le choix des matériaux bruts, destinés à l'édification des demeures humaines, échappe ordinairement à l'hygiène, réglé qu'il est par la nécessité. Tout a été utilisé et, à la rigueur, peut l'être : le bois, la terre, la pierre, la brique, les métaux. Nous n'avons qu'à apprécier les propriétés de ces diverses substances, en vue du double but à atteindre, à, marquer nos préférences et à rechercher le mode d'emploi qui répond le mieux aux exigences sanitaires.

Rappelons que, pour satisfaire à celles-ci, les matériaux de construction doivent être : 1° asséchés et réfractaires à l'humidité ; 2° mauvais conducteurs du calorique. S'ils ne remplissent pas d'abord ces deux conditions, il faut s'efforcer de les leur procurer et toutes les dispositions de la bâtisse doivent tendre à les leur maintenir. Nous pourrions ajouter deux autres conditions qui intéressent moins immédiatement, ou à un degré moindre, la santé de tous; à savoir : l'incombustibilité et l'inaptitude à conduire le son.

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Le bois est toujours en suspicion. On a beau l'employer sec, comme c'est de règle, lui faire absorber des liquides conservateurs (procédé Boucherie), l'enduire de goudron, de vernis divers, il reste toujours plus ou moins hygroscopique, se fendille sous l'influence des alternatives d'humidité et de sécheresse, et devient l'abri de parasites de toute taille, le terrain de développement des moisissures, fournissant lui-même une matière à putréfaction. On le réserve d'ordinaire pour les poutres, les planchers, les marches d'escalier, le support du toit. Même dans cet usage restreint, il tient beaucoup de place et pèse d'un poids énorme sur les murailles. Quelques habitations, pourtant, sont entièrement en bois : les baraques. Il ne faut pas les blâmer, loin de là, quand ces baraques gardent essentiellement le caractère d'abris d'urgence, improvisés et provisoires. Elles répondent même parfaitement à des besoins particuliers, sont très propices à la dispersion des individus et à l'aération intérieure et, en définitive, retrouvent une réelle supériorité au moment critique dans ce fait qu'on peut les démolir et même, selon la méthode américaine préconisée par L. Colin, détruire radicalement l'infection et les miasmes en livrant au feu les planches de la baraque. Mais, bien que le bois soit médiocrement conducteur, les parois de baraques sont minces; par conséquent, c'est un abri glacial en hiver, torride en été.

Les terres de toute nature, en général remaniées et quelquefois mélangées d'un autre élément, gravier, paille, brindilles de bois {pisé, torchis), peuvent servir à construire des habitations et sont effectivement employées dans ce but. Ce sont, à vrai dire, des matériaux de nécessité, rarement admis dans les constructions qui doivent durer. Le morlier à la chaux élève considérablement la résistance des parois déterre contre l'humidité et les variations thermiques. A Laghouat (Alger), les indigènes font, avec de l'argile pétrie, des briques que le soleil se charge de dessécher et de durcir ; ces briques peu coûteuses suffisent à élever d'assez bonnes maisons dans un pays où il ne pleut presque jamais ; les Européens et même le génie militaire construisent avec de pareils matériaux des hôtels élégants et qui ne manquent pas de solidité, grâce au mortier à la chaux qui protège les surfaces et comble les interstices. Les maisons des oasis du Mzab sont pour la plupart bâties de la même façon.

Mais, dans nos contrées, l'on convertit la terre argileuse en briques parla cuisson au four. C'est une pierre artificielle suffisamment dure, si elle est bien cuite, légère, sèche et peu poreuse. On en fait d'excellentes bâtisses.

Toutes les pierres à cassure grenue et non schisteuse, un peu élastiques et plus disposées à s'écraser sous le marteau qu'à se diviser en éclats cristallins, sont propres à la bâtisse : pierres à chaux, dures ou tendres mais compactes, tuffau, marbres, grès, pierre meulière, granités, etc. 31 est des pierres particulièrement favorables qui présentent l'heureux privilège de durcir par l'exposition à l'air (tuffau, grès rouge). D'autres, inversement, se délitent ou s'effritent par la pluie, se fendent par la gelée, s'écaillent par la sécheresse. Le pouvoir conducteur des pierres calcaires varie entre 2 et 3 (Péclet).

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U ardoise de bonne qualité fait d'excellentes toitures. La terre, cuite et moulée en tuiles de diverses formes, remplit le même but.

La pierre calcaire, calcinée dans les fours à chaux, se transforme en une chaux impure, qui entre, avec le sable, la grève, les gravois, le mâchefer, dans la composition du mortier. La pierre à plâtre, desséchée au feu, est moulue et fournit du plâtre en poudre qui a la propriété, en reprenant l'eau dont on l'a privé, de se gâcher en une pâte apte à se durcir rapidement. Suivant ce mode, le plâtre est d'un usage très général et, bien que restant toujours hygroscopique, il est salubre si, après dessiccation parfaite des surfaces plâtrées, on les revêt de vernis ou de peinture à l'huile.

Le bitume, fondu et mélangé de sable, les ciments divers (en particulier le ciment de Portland, fabriqué en grand à Boulogne-sur-Mer), forment des revêtements imperméables, que dans certains cas rien ne peut remplacer.

On commence à faire usage d'une matière qui paraît excellente de tous points pour certains détails de bâtisse; c'est la laine de scories, ou mousse du laitier (Schlackwolle), provenant des usines métallurgiques. Placée en couche de quelques centimètres (4 à 5 centim.) d'épaisseur sous les toits en zinc ou en tôle, elle les rend moins bons conducteurs du calorique, par conséquent diminue le froid en hiver, la chaleur en été, des logements des combles. Sous les bâtisseslégères, les baraques par exemple, dans lesquelles on veut s'épargner les frais d'une cave, la laine de laitier en couche un peu épaisse forme un remplissage très salubre, qui maintient de l'air sous le plancher de l'habitation et en éloigne l'humidité. Ce remplissage est d'ailleurs antipathique aux rats et aux souris. A l'usine Krupp, à Essen, cette substance se vend 11 marks (13fr,75) les 100 kilogrammes, et avec 20 kilogrammes on peut couvrir un toit de 15 mètres carrés d'une couche de laine de scories de 4 centimètres d'épaisseur. Elle coûte, naturellement, plus cher quand il faut ajouter les frais de transport à distance ; mais à mesure que l'emploi de la matière se généralisera, les prix d'achat et de transport baisseront probablement.

Parmi les métaux, le fer entre largement aujourd'hui dans les constructions privées et surtout publiques. Il remplace avantageusement le bois, partout où il fallait des poutres debout ou transversales ; et les bâtisses n'en sont que plus légères. Il a, pour l'hygiène, la supériorité incontestable d'être inaccessible à l'absorption d'humidité et aux processus fermentatifs ; il tient peu de place et permet d'augmenter d'autant le cube intérieur; enfin, il est incombustible. Pourtant, si l'on généralise l'usage des métaux, on tombe dans de sérieux inconvénients, dépendant surtout de ce que les métaux sont des corps bons conducteurs du calorique. Les toitures en zinc, par exemple, nous ont toujours paru merveilleusement propres à entretenir, sous les combles, une température torride en été, glaciale en hiver. Les mansardes, il est vrai, sont destinées à l'habitation des pauvres gens , mais ce n'est pas une raison. Il paraît aussi que l'incombustibilité du fer n'est pas un avantage lorsque se déclare un incendie, né delà combustion du mobilier, comme c'est la règle ; l'ossature de fer se dilate au feu, s'allonge, se tord, aide au besoin à la chute des murailles et est inabordable

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aux pompiers. La même propriété comporte la rétraction des charpentes en fer, sous l'influence des grands froids; cette rétraction peut arriver à un point tel que les poutres transversales dégagent leurs extrémités de la maçonnerie qui les supporte et qu'une toiture tout entière manque d'appui ; le marché du Château-d'Eau s'est effondré pour cette raison, sous le poids de la neige, dans l'hiver 1879-80. Il est vrai que ce danger peut être prévenu, suivant Émile Trélat, en supprimant les ancrages et les scellements qui unissent les fers aux supports en maçonneries, en rendant l'ensemble de l'œuvre solidaire de telle sorte que le ramassement mécanique qu'éprouve le métal ne fasse pas perdre aux organes leurs « figures de résistance ».

Divers tissus et surtout des papiers peints complètent cette liste des matériaux employés dans les habitations. Les papiers sont collés à même sur le revêtement interne des parois en maçonnerie ou en bois, ou bien sur une toile qui les écarte un peu de la muraille ; celte dernière disposition est préférable pour l'assèchement des locaux et la conservation des papiers, mais à la condition que l'on prévienne l'introduction des parasites de toute nature dans l'espace resté libre, ce qui ne manque pas d'arriver, dès qu'il y a une solution de continuité à la toile. Depuis quelques vingt ans, l'emploi des papiers peints a soulevé de sérieuses questions de salubrité, qui donnent un autre aspect à ce détail d'hygiène. 11 ne s'agit plus, en effet, d'une substance plus ou moins propre à conserver la chaleur ou l'humidité ; les papiers peints, surtout ceux de couleur verte, sont préparés avec des sels arsenicaux ; d'autres le sont avec des sels de plomb. Et il est malheureusement prouvé que, soit les contacts, soit la chute spontanée de parcelles pulvérulentes venant de la surface de ces papiers, peuvent provoquer des phénomènes d'absorption et, par conséquent, des symptômes d'empoisonnement. 11 y à donc là un danger à signaler et contre lequel il faut se mettre en garde. On peut y joindre le danger des émanations de la térébenthine vulgairement employée dans la peinture des boiseries.

Enfin, les papiers de tenture peuvent tirer une fâcheuse influence de la corruption de la colle qui sert à les faire adhérer. Il intervient, en effet, des matières organiques dans certains actes de la préparation d'une maison. Ainsi, la gélatine dans l'enduit des plafonds, la colle de pâte dans l'application des papiers de tenture. Les matériaux qui servent à fabriquer ces substances, putréfiables par elles-mêmes, sont souvent avariés et corrompus d'avance. La fermentation continue donc quand les plafonds sont faits et que les papiers sont posés. E. Yallin a observé un cas d'accidents gastrointestinaux graves dus à la putréfaction de la colle de pâte sous des papiers récemment appliqués et, en appelant l'attention sur les dangers qui peuvent venir de ce côté resté inaperçu, a conseillé l'introduction dans la colle d'un peu d'acide salicylique ou d'acide borique (15 grammes pour 1,000 de colle] .

Quelques abris improvisés et qui ne sont pas destinés à durer ont été recouverts, sur la charpente du toit, d'un papier grossier et épais, enduit de bitume; ainsi, les baraques élevées dans Paris pour les troupes de la

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défense pendant le siège. Un tel revêtement a trop peu de solidité pour pouvoir servir autrement que dans les cas d'urgence.

Structure des parois. — Les divers murs de l'habitation comportent des nuances de construction en rapport avec le but et la situation de chacun d'eux; il est clair que les murs de refend et les cloisons n'exigent pas les mêmes conditions que le mur extérieur.

Le plus habituellement, les murs extérieurs sont construits tout d'une pièce, en bâtisse massive, un peu plus épaisse dans la partie qui plonge dans le sol, moins épaisse aux étages supérieurs. Comme la très grande majorité des matériaux de construction sont toujours assez poreux pour ne pas empêcher la ventilation interstitielle et que, d'ailleurs, le degré de celleci n'est pas assez connu pour dispenser de moyens voulus et calculés, il semble que le mieux, en tout pays, soit de donner aux murs une épaisseur sérieuse, c'est-à-dire de leur demander de rendre l'intérieur des appartements à peu près indifférent aux oscillations de la température du dehors. Les parois minces, dans les pays tempérés et en hiver, permettent une grande déperdition du calorique obtenu par les moyens de chauffage ; en été, chez nous et surtout dans les pays chauds, elles n'empêchent pas réchauffement de dehors en dedans et, comme elles n'immobilisent pas moins l'air intérieur, le séjour dans les appartements devient très pénible. Ainsi en va-t-il de beaucoup de maisons bâties dans les villes d'Algérie par des spéculateurs et offertes à des locataires qui n'ont pas le choix, officiers, employés, etc. L'épaisseur de 0m,50 peut être considérée comme une moyenne.

Si l'on a des raisons valables d'exécuter des constructions légères, il est possible d'y atteindre tout en respectant le principe de préserver l'atmosphère intérieure contre l'équilibre de température. C'est en ménageant dans l'épaisseur du mur un espace vide analogue à ce que nous avons vu pratiquer dans les fondations, dans le but de parer à l'humidité ; en d'autres termes, il s'agit d'élever des murs à doubles parois. Les nouveaux pavillons militaires, construits sur les plans de Tollet, ont une paroi formée à l'extérieur de briques pleines, doublées à l'intérieur d'un revêtement en briques creuses qui viennent ajouter à la paroi un véritable matelas d'air; on a pu, de cette façon, limiter l'épaisseur de la paroi à 22 centimèt. et même à 15; Tollet pense qu'on pourrait la faire plus mince encore, la réduire à 10 centimèt., sans nuire sérieusement à la conservation du calorique intérieur. C'est peut-être une exagération.

Si l'on introduit dans la muraille des couches imperméables, placées de champ, en vue de la protéger contre l'humidité, il faut que ces revêtements soient tout à fait superficiels; autrement, une certaine épaisseur de la bâtisse donnerait toujours accès à l'humidité et serait envahie par les moisissures. La brique cuite, le béton fait de scories, paraissent suffisamment hydrofuges pour la paroi considérée en elle-même ; il y a aujourd'hui une tendance à rendre imperméable la surface interne, au moyen de plaques métalliques, de verre, de poterie vernissée, de brique émaillée, et surtout

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de peinture à l'huile sur enduit. Dans les pavillons Tollet, cette imperméabilité a été obtenue si complètement qu'on en a fait une objection au système ; en effet, la vapeur d'eau exhalée par les habitants se condense sur ces parois impénétrables et ruisselle le long des murs jusqu'aux dalles ; si ce n'est pas un danger d'un autre genre que les moisissures dans la muraille, ce ne peut être qu'au prix de précautions spécialement dirigées contre cet excès d'eau intérieure. En effet, il est évident que cette condensation de vapeur sur les parois de la pièce implique un degré hygrométrique de l'air, voisin de la saturation; la vapeur d'eau de la respiration et de la transpiration tégumentaire est d'ailleurs fortement animalisée ; n'a-t-on pas retenu l'infection au dedans, pour l'épargner à la muraille? La solution de la questionne consiste peut-être pas à appliquer rigoureusement quelquesuns des principes, sans se préoccuper des autres, et il se pourrait qu'il valût mieux n'obtenir qu'imparfaitement l'imperméabilité des parois et débarrasser les habitants d'une part de la vapeur tiède et organique qu'ils se font à eux-mêmes par un séjour un peu prolongé, la nuit par exemple.

Il est assez curieux de constater la divergence des opinions relativement aux conditions que doivent remplir les parois de nos abris. Wiel et Gnehm veulent des murs secs, mais poreux, comptant formellement sur la « ventilation naturelle », qui se fait à travers ces pores et que la présence de l'eau dans les interstices empêcherait. Naegeli, au contraire, trouve des avantages sérieux aux murs humides ; l'obstruction des pores de la muraille par l'eau empêche l'air du sol d'y pénétrer de bas en haut ; cet air filtre avec lenteur et d'une façon égale et fixe les corpuscules pulvérulents dangereux. De même, la paroi humide des murs fixe à sa surface les poussières, parmi lesquelles se trouvent beaucoup de schizomycètes, et qui sont moins funestes ainsi que voltigeant dans l'air. Y eût-il des moisissures sur la muraille, elles n'ont pas de pouvoir funeste et elles ne fixent pas moins les germes vrais de maladies, que la respiration introduirait dans nos organes, s'ils voltigeaient dans l'air.

Dans cette controverse, nous continuons à croire que l'atmosphère de nos demeures vaut mieux quand elle n'a que le degré hygrométrique intentionnel et qu'elle se renouvelle encore à l'aide des pores de hasard, sans préjudice d'orifices voulus et de capacité calculée. Dans les nouvelles maisons de Lille et même dans quelques anciennes, l'on a adopté la peinture à l'huile pour la face extérieure des murs et pour l'intérieur des corridors, paliers, cages d'escaliers. Il nous semble que la suppression de la ventilation de porosité, entraînée par cette méthode, communique des qualités désagréables à l'atmosphère des chambres pour peu qu'on y ait dormi ou séjourné quelque temps. Ces chambres n'ont, naturellement, d'autre moyen de ventilation que l'ouverture des fenêtres ; lorsque l'occlusion de celles-ci a persisté pendant plusieurs heures, l'air des pièces habitées devient odorant, fade, épais. Cette sensation se perçoit au mieux, en hiver, lorsqu'une raison quelconque ralentit le tirage des cheminées. Quant à la peinture des corridors, elle ruisselle par les temps humides, et la vapeur d'eau qui s'y précipite finit par l'écailler.

Toiture. — Le toit, ou paroi supérieure de l'habitation, est essentiellement destiné à la protéger contre les précipitations atmosphériques. Là où

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celles-ci sont fréquentes et abondantes, ce revêtement est incliné dans un sens ou dans plusieurs, d'une façon plus ou moins aiguë; dans les contrées où la surcharge du toit par les pluies et surtout par les neiges n'est pas à craindre, on le fait en terrasse à pente insensible. Cette pratique mauresque a été fort maladroitement copiée dans quelques maisons de nos pays du Nord.

Dans des cas spéciaux, les usines en général, on utilise en même temps le toit pour l'introduction de la lumière sous un angle plus favorable au travail accompli dans l'intérieur que l'éclairage latéral. Sur une faible étendue, ce but est atteint en remplaçant une petite portion de la surface du toit par une vitre (vitre hollandaise); lorsqu'on a besoin de généraliser cette disposition, l'on construit le toit en scie (Sâgedach); dans chacun des saillants, la pente la moins inclinée est vitrée, l'autre est recouverte comme les toits ordinaires. Ce mode est très favorable à l'éclairage intérieur, mais il porte les constructeurs à oublier qu'il faut néanmoins des ouvertures latérales pour l'aération.

Le toit est fait d'ardoises imbriquées, de tuiles ordinaires, de tuiles plates (Montchanin), de nattes en chaume, de plaques de bois ou de métal, etc., supportées par des traverses en bois ou fer. L'ardoise et la tuile d'argile cuite sont les meilleurs de tous ces matériaux.

Au bord inférieur de chaque plan incliné que forme le toit, court un demi-cylindre métallique, à concavité supérieure, destiné à recueillir l'eau qui descend la pente du toit et à la diriger vers des cheneaux ou des tuyaux de chute qui la versent dans l'endroit voulu (citernes, égouts, canaux ouverts).

La surface du toit ne saurait être absolument continue. Indépendamment des cheminées qui la traversent et des orifices vitrés, ménagés pourprendre jour par en haut, les orifices de ventilation sont très bien placés dans laparoi supérieure de l'habitation, puisque l'air chaud s'élève naturellement. Il ne faut pas négliger d'utiliser cette force qui ne coûte rien. Mais, comme la pluie ne doit pas entrer par le même endroit qui donne issue à l'air, on protège les ouvertures du toit par des dispositions spéciales (vitre française), tendant à en rendre le plan vertical. Toutefois, l'on peut, à l'aide de la pratique du surtoit (Reiterdach), laisser cette ouverture dans un plan horizontal; mais alors elle regarde en dessous. Ce surtoit s'applique aisément aux bâtiments dont la toiture n'a que deux pentes, en sens opposé l'une de l'autre, telle qu'on la fait aux baraques ; ces deux pentes, au lieu de se rejoindre sur la ligne de faîte, s'interrompent et laissent entre leurs bords supérieurs une baie de quelque largeur, au-dessus de laquelle on établit le petit toit, ou surtoit, de telle sorte qu'il ne se relie au grand que par des montants verticaux ; entre le bord inférieur du surtoit et le bord supérieur du vrai toit, il y a donc un espace libre. On donne à cet espace la largeur voulue et le bord inférieur du surtoit s'avance suffisamment pour le dissimuler, de façon que la pluie ne pénètre pas par cette baie, même lorsqu'elle est chassée obliquement par le vent. D'ailleurs, pour l'hiver, il est facile d'obturer l'espace libre à l'aide de vitres mobiles, dont on ouvre ou

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ferme le nombre que l'on veut. Le lecteur trouvera le dessin de cette disposition à l'article consacré aux baraques (voy. plus loin).

Distribution des locaux. — Dépendances et accessoires. — Dans les

habitudes modernes, l'immense majorité des habitations sont composées de compartiments superposés que l'on nomme, en procédant de bas en haut : cave et sous-sol, rez-de-chaussée, étages (Ier, 2e, etc.), greniers et combles.

Caves et sous-sols. — La cave est absolument favorable à la salubrité de l'habitation, à la condition qu'elle serve à tout, excepté au séjour des humains. Rien n'est plus propre à défendre les pièces habitées contre les influences du sol qu'un espace vide intermédiaire, dont le fond a été préparé comme nous l'avons dit, dont les parois latérales sont munies des dispositifs indiqués et dont la paroi supérieure est une voûte de maçonnerie ou tout au moins un solide plancher. Des moyens convenables, ne fût-ce que les courants d'air spontanés, peuvent d'ailleurs parfaire l'assèchement de cet espace et enlever, au fur et à mesure qu'elles se produisent, les exhalaisons du sol. Mais, à coup sûr, il n'est point bon que des hommes se trouvent sur le trajet de ces exhalaisons et dans le milieu où s'opère cet assainissement, qui est si nécessaire et qui peut ne pas être parfait à chaque instant. De plus, quelle que soit la perfection des précautions prises, la lumière ne pénètre dans les caves qu'à l'état de lumière diffuse ; leur sol ni leurs parois ne peuvent jamais être directement ensoleillés. Et c'est là une raison péremptoire d'interdire l'usage des caves comme demeures habituelles. Il ne paraît aujourd'hui douteux à personne que l'habitation des caves ne soit éminemment propre à altérer et à déprimer d'une façon définitive la nutrition générale, ce qui revient à dire que là est l'origine de bon nombre d'affections tuberculeuses et scrofuleuses.

En réunissant 25,171 malades de Berlin, Lehnerdt trouve que les habitants des caves comptent dans ce nombre pour 2,247 ou 89,3 p. 1000 ; mais la proportion des habitants des caves vis-à-vis de toute la population était alors de 91,8 p. 1000. Gela ne démontre pas précisément que les caves soient plus insalubres que les autres locaux. Toutefois, certaines affections particulières avaient, chez les habitants des caves, des chiffres au-dessus de la moyenne ; la coqueluche, 110,5 p. 1000; le typhus (abdominal, sans doute), 115,8; la diphthérie, 116,9; le choléra et la scarlatine, 118,6; la fièvre puerpérale, 168,4. En revanche, le rhumatisme aigu, la fièvre intermittente, tombent au-dessous de la moyenne (73,5 à 67,6), et la pneumonie n'est guère au-dessus, 97,8. Hirsch avait constaté que, pendant le choléra de 1866, les habitants des caves fournissaient 11,6 décès p. 1000, alors que la moyenne générale n'était que 9,2 décès p. 1000 habitants.

Au congrès des hygiénistes allemands à Dantzig (1874), le docteur Schwabe, relevant la mortalité selon les étages à Berlin, à chaque époque de dénombrement entre 1860 et 1870, obtenait les proportions suivantes :

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Habitation.

Gaves «

Rez-de-chaussée

Premier étage

Deuxième étage.

Troisième étage. .

Quatrième et au-dessus,

Décès p. 1000 bab.

Bien que le chiffre relatif au 4e étage soit plus fort que celui des habitants des caves, l'auteur pense qu'il est relativement moins grave, parce que les locataires des combles sont pour la plupart des malheureux, tandis que ceux des caves sont des boutiquiers, marchands de comestibles ou de boissons, aisés et bien entretenus. De même, Schwabe constata, sur 10,000 habitants, 14 mort-nés pour les deux premiers étages, 16 au rez-de-chaussée et dans les caves, 17 au 3e, 21 au 4e.

Il est très significatif qu'à Berlin, où la mortalité par maladies épidémiques s'est élevée de 1800 à 1873, l'aggravation de la léthalité a été plus accentuée chez les populations des caves que dans le reste ; pendant qu'elle montait ici de 34,4 p. 100, elle s'augmentait de 39,5 p. 100 chez les habitants des caves. L'excès de mortalité par le fait de ces demeures porte surtout: sur les maladies infectieuses, la phthisie, les affections diarrhéiques ; en vingt ans, les premières ont augmenté chez les habitants dans la proportion de 1000 à 3800, la seconde de 1000 à 3000, les autres de 1000 à 7000. Les caves sont donc comme un « foyer d'incubation» pour les germes de ces maladies.

Le séjour des caves était naguère encore très en vogue à Lille et, aujourd'hui même, les classes les plus aisées ne se défont pas sans peine de l'habitude héréditaire ; on séjourne volontiers dans des sous-sols d'aspect flatteur, de construction perfectionnée et récente, qui ne sont qu'à moitié des caves, mais des caves en réalité. Avec d'autres conditions agissant dans le même sens, cette regrettable pratique semble bien avoir multiplié, dans le Nord, la scrofule, la tuberculose, le rachitisme, et n'a certainement pas élevé l'ensemble de la population au point de vue de l'esthétique non plus que sous le rapport de la vigueur et de la résistance vitale.

Les sous-sols, en effet, ne sont pas notablement meilleurs que les caves, à titre d'habitation permanente. Une loi anglaise, Act for promoting the public health, de 1848, exigeait que les caves ou sous-sols habités eussent au moins 2m,44 de hauteur entre le plancher et le plafond ; que celui-ci atteignît au moins à 1 mètre au-dessus du niveau de la surface de la chaussée ; qu'une tranchée de lm,50 de profondeur et de 0m,80 de largeur, descendant plus bas que le sol de la cave, séparât toute la maison du terrain environnant. C'était un fâcheux compromis ; la société des hygiénistes allemands, réunis à Munich en 1875, répudia absolument les caves et soussols à titre de demeure permanente ; elle n'eut qu'un tort, à notre avis : ce fut de les tolérer pour le séjour intermittent, en qualité de cuisines ou d'ateliers, sous réserve toutefois de sages et nombreuses dispositions d'aération et d'assèchement, que nous reproduirons plus loin.

Lorsqu'il n'y a pas utilité à ménager, sous la maison, une cave qui servira de dépôt à des denrées ou à des ustensiles, on la remplace pour l'hy-

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giène en élevant le plancher des pièces qui doivent être habitées, à quelques 50 ou 60 centimètres au-dessus du sol, dont on les isole par un remplissage de gravois sec, de scories, de fragments de briques, etc., de façon à maintenir néanmoins dans la demeure un espace où l'air circule et difficilement accessible aux animaux parasites (les rats, par exemple). Il va sans dire que ce procédé nécessite quelques marches d'escalier à l'entrée du logement.

Rez-de-chaussée. — La valeur hygiénique du rez-de-chaussée se juge d'après ce qui est au-dessous et, dans les groupes d'habitations, par ce qui est au-dessus. Suffisamment élevé au-dessus du sol, avec une cave construite suivant les règles, le rez-de-chaussée est toujours très salubre s'il n'a pas d'étages par-dessus (en lui supposant d'ailleurs le cubage et l'aération convenables). Lorsque les étages interviennent, sans provoquer une condensation exagérée de population, ils ne compromettent la salubrité du rez-de-chaussée qu'autant que, d'un côté à l'autre d'une rue, les bâtisses élevées se font ombre réciproquement ; en d'autres termes, quand la hauteur des maisons est hors de proportion avec la largeur de la rue, convenablement orientée. Ce qui, en effet, peut nuire aux locaux du rezde-chaussée, s'ils sont bons en eux-mêmes, c'est que l'arrivée jusqu'à eux de la lumière solaire et des courants aériens soit interceptée par une circonstance dépendant de leur situation par rapport aux étages.

Étages. — Qu'une famille, même nombreuse, fût-elle un régiment, dispose, dans une bâtisse unique, du rez-de-chaussée pour les installations culinaires et de propreté, pour la salle à manger, pour le local où s'accomplissent les œuvres professionnelles, et celui où l'on satisfait aux relations extérieures banales; d'un premier étage, pour la demeure de jour, le cabinet de travail, le salon de réception des personnes que l'on veut honorer, d'un deuxième étage pour le dortoir, commun ou fragmenté ; il est évident que le tout sera parfaitement sain en soi, pourvu que les dimensions et les jours convenables aient été assurés à chacun des locaux. Il est rare, en pareil cas, que l'on ait besoin d'un troisième étage, sauf pour les chambres modestes des domestiques, lesquelles n'en sont pas plus mauvaises, puisque tout le monde est au large.

Malheureusement, cette distribution excellente et presque idéale d'une maison est le privilège du très petit nombre dans les grandes villes. D'ordinaire, chaque étage contient toute une famille, quelquefois deux ou plus, qui ont tous leurs locaux sur le même plan, se gênant l'un l'autre. Les étages représentent des habitations complètes, des maisons superposées. La situation devient inquiétante, et tout d'abord il est clair que cette superposition ne saurait se répéter beaucoup, sans devenir un véritable encombrement. Il y a une limite à imposer à la multiplication des étages, en vue de la salubrité de toute la maison et sans parler de ce fait que les familles les moins aisées, sacrifiées à l'ordinaire, sont celles à qui échoit fatalement l'étage supérieur, avec la fatigue et la gêne qu'emportent les relations au dehors, les montées et les descentes qu'exigent les plus simples besoins d'approvisionnements.

DES HABITATIONS PRIVÉES OU COLLECTIVES

[Hygiène

On a pris l'habitude de régler la largeur des rues de ville sur la hauteur moyenne des maisons et d'exiger que la première égale au moins la seconde, mesurée entre le sol de la rue et le milieu du faitage au-dessus des mansardes. Cette règle apporte naturellement une limite à l'élévation de l'habitation. Le règlement de police de Paris (1869) interdit une hauteur de maisons supérieure à llm,70 dans les rues ayant moins de 7m,80 de large; à 14m,75 dans les rues au-dessous de 9m,75; à 17m,55 dans les rues au-dessus de 9m,75. Sur les boulevards et rues de 20 mètres, la hauteur des maisons peut également aller à 20 mètres. Les hygiénistes allemands demandent que l'on ne dépasse pas cinq étages, y compris le rez-dechaussée, l'entresol et les mansardes; ils ne tolèrent l'installation de locaux à feu, sous le toit, que dans les maisons qui n'ont pas plus de quatre étages, et à la condition que ces logements soient pratiqués dans la première partie des combles et non sur les entraits, que leurs parois latérales soient en maçonnerie, qu'ils aient une hauteur d'au moins 2m,7 dans la moitié au moins de leur étendue, et qu'un libre accès de l'air et de la lumière soit assuré par les fenêtres. Nous serions disposé à repousser absolument toute habitation permanente dans les combles, comme nous l'avons fait du séjour même intermittent dans les sous-sols. Ce n'est pas l'aération qui nous inquiète le plus, en ceci, au moins immédiatement, mais la calorification, étant admis préalablement que la hauteur absolue de logements pareils n'est pas assez considérable pour infliger un véritable surcroît de travail aux habitants, dans l'acte de la montée et celui de la descente. Les logements dans les combles sont très froids en hiver, très chauds en été (surtout avec les toits métalliques) ; c'est un péril absolu. De plus, par contre-coup, le froid de l'hiver oblige les pauvres gens (à qui ces combles sont naturellement réservés) à se surchauffer avec leurs appareils primitifs et dangereux, à s'aérer d'autant moins, de même que l'excessif échauffement de l'atmosphère intérieure pendant l'été les porte à ouvrir leur logement à tous les courants d'air et à s'exposer aux refroidissements nocturnes.

Les habitants des combles sont des malheureux, parmi lesquels la mort fauche naturellement avec plus de sévérité qu'ailleurs. Cependant, à considérer les chiffres empruntés à Schwabe (Voy. plus haut, page 380), il semble bien que les conditions mêmes de leur demeure aggravent notablement la situation. Viichow soupçonnait que le simple fait de gravir quatre ou cinq étages d'escalier devait directement et mécaniquement compromettre l'issue de la grossesse chez les femmes de cette classe, qui représente précisément le prolétariat. Sommerbrodt a tenté de trouver l'expression numérique de cette influence en recherchant les rapports, à Berlin, de la multiplication des maisons à quatre étages avec la mortinatalité. Les chiffres prouvent que celle-ci croît comme celle-là. En 1822, il y avait, à Berlin, 1,5 mort-nés p. 1000 hab. ; en 1870, 1, 8; en 1873, 1,7 p. 1000 et 4,8 p. 100 de toutes les naissances (en 1822, 4,4 p. 100). Ces résultats ne sont pas, à la vérité, suffisamment démonstratifs, attendu que par l'augmentation numérique des habitants la misère générale augmente aussi.

générale.] CONSTRUCTION. 383

Par ailleurs, les combles et les greniers sont fort utiles à la maison quand ils ne servent qu'à remiser des denrées ou des effets ; ils l'assèchent et l'aèrent par en haut, comme la cave par en bas; ils enferment ou laissent passer au-dessus des pièces habitées une épaisse couche d'air, éminemment apte à réaliser l'indifférence de l'atmosphère du dedans vis-à-vis des alternatives de la température ambiante.

La véritable raison de l'insalubrité de la superposition des étages réside en ceci : qu'elle est un mode de l'encombrement. Si l'individu vicie incessamment, par tous ses actes vitaux, l'air et le sol, il est clair que le groupe familial les compromet davantage et que la superposition en hauteur de semblables groupes augmente les souillures jusqu'à un point intolérable, surtout si, comme dans les grandes villes, le même fait se répète dans le sens latéral, par la juxtaposition de nombreuses habitations à étages multiples. Chaque individu d'un groupe doit disposer d'une surface de quelque étendue; il est difficile d'en calculer et d'en fixer le minimum, mais on peut dire qu'en général la santé des agglomérations humaines croît comme les dimensions de cette surface. On compte, par maison, 8 habitants à Londres, 32 à Berlin, 35 à Paris, 52 à Pétersbourg, 55 à Vienne. La capitale anglaise n'a guère qu'une mortalité de 22 p. 1000, moins élevée que la moyenne de toute la France.

Destination des pièces. — Dans les conditions moyennes, le logement comporte une cuisine, une pièce où Ton mange {salle à manger), une pièce où l'on travaille, une pièce où l'on reçoit [salon; quelquefois confondu avec un local d'une autre destination), une ou plusieurs pièces dans lesquelles on dort. Il faut y ajouter le local, non moins indispensable que le reste et qui a des rapports si étroits avec la salubrité de l'habitation, dans lequel on satisfait aux besoins naturels; en France, cela s'appelle : cabinets d'aisance.

Celles de ces pièces dans lesquelles on ne fait que passer, comme la salle à manger et le salon de réception, préoccupent peu l'hygiène. D'ailleurs, les habitants sont portés à soigner d'une façon particulière ces locaux, que l'on montre au public, et, d'habitude, le confortable y est d'autant plus complet qu'il y est moins réellement utile. 11 n'en est pas de même des autres.

Sous le rapport de la situation respective de ces locaux de destination spéciale, les maisons à un ou deux étages, occupées par une seule famille, se prêtent admirablement à la distinction entre les pièces affectées aux relations extérieures et le véritable logement de la famille, telle qu'on Ja retrouve dans les maisons de Pompéï, dans les maisons mauresques d'Algérie, et telle que les Américains modernes la recherchent. Les Italiens des premiers siècles du christianisme ne mettaient pas leurs fenêtres sur la rue, mais sur des cours intérieures ; la première de ces cours était celle des affaires, des visites, des occupations journalières; la seconde, nettement séparée de la précédente, donnait accès aux pièces réservées à la famille. Les maisons mauresques d'Alger, de Constantine, ont aussi cette

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double cour et les fenêtres en dedans, tout au moins un étage inférieur où se font les affaires, et un supérieur, auquel donne accès une galerie en saillie, où se tiennent les femmes et les enfants, et que l'homme regagne à l'heure où il veut être chez lui et s'appartenir. Dans nos mœurs, il n'y a plus ni gynécées ni harems, et c'est apparemment un progrès ; mais, tout en ouvrant les fenêtres de la maison sur la rue, c'est une pratique louable d'affecter, comme les Américains, le rez-de-chaussée aux relations extérieures et le premier étage au réel chez-soi. A Lille et dans d'autres villes du Nord, cet agréable et salutaire usage de la maison à un ou à deux étages pour une seule famille persiste et même s'étend à la faveur des constructions nouvelles que comporte l'agrandissement de la ville : salle à manger, salon et cabinet d'affaires, cuisines quelquefois, sont au rez-de-chaussée ; la vie de famille se passe au premier et au second étages. Sous le rapport de la salubrité des habitations, la classe moyenne, et à plus forte raison les classes riches, seraient dans des conditions très favorables si, comme il a été dit, beaucoup ne cédaient encore au besoin de faire dans le sous-sol la salle à manger des jours ordinaires, et à celui de fragmenter, par des cloisons intempestives, en cabinets de toilette, en alcôves, des pièces qui eussent fait une bonne chambre à coucher, en leur laissant toute leur tenue.

Cuisine. — On admet trop aisément que la cuisine soit installée au soussol, une véritable habitation de cave, sous prétexte que les hôtes de la maison ne doivent pas être gênés par ce qui se passe dans la cuisine, ni inversement. Le séjour du sous-sol étant positivement mauvais, il semble d'un bel égoïsme que les maîtres l'infligent à une ou plusieurs personnes chargées justement de préparer les éléments de la fonction primordiale, l'alimentation. Notez que la cuisine en action est un art à quelques points de vue insalubre, puisqu'il use du charbon et produit des détritus organiques et des eaux impures. Que l'on commence au moins par lui offrir une atmosphère primitivement irréprochable.

Donc, les cuisines au rez-de-chaussée, qu'il est d'ailleurs facile d'écarter un peu et d'isoler de la salle à manger et du salon, doivent être seules approuvées absolument.

Wiel et Gnehm demandent, avec raison, que la cuisine soit spacieuse, haute de plafond, bien ventilée, et tout particulièrement bien éclairée. Ces exigences légitimes ne trouvent pas aisément leur satisfaction dans les souterrains. Je préfère de beaucoup la pratique de quelques « cottages » anglais, qui placent la cuisine sous le toit. Toutefois, cette disposition n'est compatible qu'avec la maison à un seul étage, à cause de ïa nécessité de ménager, à côté de la cuisine, un local pour le dépôt de combustible et de ne pas en éloigner sensiblement l'endroit où sont conservés au frais la viande, les légumes, les boissons. Dans les grandes bâtisses divisées en appartements que le propriétaire loue à autant de familles, chaque logement a sa cuisine particulière qu'on place le plus possible du côté du nord-ouest et sur la façade postérieure.

La cuisine étant exposée à la fumée et aux gaz de la combustion du bois ou du charbon, elle doit avoir au moins une fenêtre s'ouvrant à l'air libre

générale]

CONSTRUCTION

et divisée en deux compartiments, dont le supérieur à châssis mobile, pour pouvoir rester presque habituellement ouvert, plus ou moins. Le foyer sera particulièrement soigné, quel que soit l'appareil en usage, et un tirage énergique et sûr y sera adapté. Les fourneaux à enveloppe de briques sont préférables aux appareils de fonte, parce qu'ils échauffent moins l'atmosphère.

Le sol de la cuisine demande à être dallé, carrelé ou en ciment, pour être prêt à de fréquents lavages; les parois latérales, pour la même raison, devront être revêtues, jusqu'à une certaine hauteur, de briques vernissées ou de carreaux de faïence. Si ces parois ne sont pas peintes à l'huile et susceptibles de lavages, il faudra les blanchir à la chaux au moins une fols par an. La cuisine doit posséder un robinet d'eau situé au-dessus de l'évier, et un tuyau de conduite des eaux ménagères s'abouchant par un siphon avec Tégout. Toutes facilités seront données pour le collectionnement provisoire des détritus et pour leur enlèvement, et une surveillance assidue s'exercera sur ce local et ces manipulations qui fournissent si aisément l'occasion et la matière de fermentations putrides, dangereuses pour le cuisinier d'abord, pour toute la maison ensuite.

Il y a quelquefois, au voisinage immédiat de la cuisine, une buanderie. En raison de l'humidité, des vapeurs, des odeurs, de la chaleur, que dégagent les appareils à lessiver quand ils fonctionnent, cette annexe n'est inoffensive qu'autant que la cuisine et la buanderie sont à la fois en plein air, un peu reculées des pièces d'habitation.

Chambres de travail et chambres à coucher. — Ces pièces ne doivent pas avoir moins de 3 mètres de hauteur. On tolère 2m,7 et même 2m,6 (règlement de police de Paris) dans les entresols et à l'étage supérieur; aussi le séjour en est-il le moins avantageux. La chambre de travail doit être plus longue (dans le sens de la façade) que profonde ; une pièce qui a 2m,5 de façade et une seule fenêtre devient obscure au delà de 5 mètres de profondeur. La table de travail sera placée de façon que la lumière arrive par la gauche des personnes qui y sont assises.

Toute pièce, dans laquelle le séjour peut se prolonger plusieurs heures, réclame une lumière suffisante et un air pur; l'orientation et l'espace intérieur sont la base de la réalisation de ces conditions, mais il ne faut pas que l'ameublement et la parcimonie des ouvertures rendent illusoire une installation d'ailleurs satisfaisante. 11 faut à la plus petite chambre à coucher au moins une fenêtre s'ouvrant à F air libre, de plus d'un mètre de large, et le plus possible ayant la hauteur même de la pièce ; si la chambre est spacieuse, on lui donnera une fenêtre par chaque 2 mètres, au plus. Ne pas oublier que les meubles diminuent l'espace primitif, et, à titre de surfaces « ou matériaux infectables », supprimer rigoureusement tout ce qui multiplie, sans profit, les angles, les plis, les surfaces propres à recevoir et à garder les poussières, cloisons superflues, alcôves, rideaux de lit, boiseries de revêtement avec des moulures, des encadrures. Wiel et Gnehm sont antipathiques aux armoires ou placards, pratiqués dans le mur et servant principalement de garde-robes ; ces armoires, recevant les vêtements qui

Arnould. — Hygiène. 2o

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[Hygiène

ont été portés, s'imprègnen.t d'odeurs, d'émanations, sont envahies par les parasites, et n'en restent pas moins très difficiles à ventiler et à nettoyer. Les armoires mobiles sont évidemment préférables, pourvu que, dans les dimensions de la pièce, on ait tenu compte de la place qu'elles occuperont.

C'est particulièrement la chambre à coucher qui doit être spacieuse, haute de plafond; 3 mètres de hauteur à la campagne, 3m,50 à la ville, sont des chiffres moyens. On ne mettra pas hors de cette loi les chambres de domestiques, les chambres de logeurs ; moins le locataire a le tégument propre, plus il a besoin d'un cube d'air généreux. Les commissions des logements insalubres font la guerre aux soupentes et font bien ; pour être la famille d'un portier, on n'est pas garanti contre l'horrible insalubrité de ces réduits où vont se réfugier les miasmes de chaque jour, sans qu'un courant d'air puisse désormais les en déloger.

Des hygiénistes conseillent d'avoir soin que le lit soit situé de telle sorte que la lumière de la lune n'arrive pas à la tête du dormeur. Le conseil est bon; même sans être « lunatiques », beaucoup de personnes ont le cauchemar pour avoir négligé cette précaution (Wiel et Gnehm).

Paliers, corridors, escaliers. — Les corridors, paliers, cages d'escaliers et tous autres espaces vides, dans la maison, protègent le logement proprement dit vis-à-vis des influences atmosphériques extérieures (température et humidité) ; ils ont, de plus, le sérieux avantage d'agrandir la surface habitée et, lorsqu'on le veut, d'être des prises d'air qui atténuent la violence et la crudité des courants directs. Mais cet heureux résultat n'est atteint qu'autant que ces espaces intermédiaires sont eux-mêmes dans de bonnes conditions de salubrité, larges, spacieux, hauts de parois, donnant un libre accès à la lumière et pouvant en fournir un semblable à l'air extérieur par l'ouverture de grandes fenêtres. Il arrive parfois qu'il est dangereux d'aérer la chambre d'un malade, en hiver, par les fenêtres de la chambre même ; si l'air des paliers ou corridors est satisfaisant, on peut lui ouvrir la porte du malade sans refroidir celui-ci. En général, on réussit mieux à obtenir un espace lumineux et aéré avec un palier qu'avec un corridor; c'est aussi plus élégant.

Les escaliers en bois, par économie et peut-être en prévision des chutes, sont préférés aux escaliers en pierre, pourtant plus salubres. Mais si, pour obvier à l'usure des marches en bois, l'on en garnit les bords avec du métal, le même inconvénient reparaît, âvec cette circonstance en plus que le frottement polit la garniture de métal et la rend dangereusement glissante.

Dalles, carreau,' plancher. Revêtements divers. — Les locaux du rez-dechaussée, et à plus forte raison du sous- sol, comportent très bien le dallage ou le carrelage du sol. Le carrelage en briques est moins bon conducteur du calorique que la dalle et doit être préféré, dût-on adopter des carreaux vernissés ou émaillés. Dans les pays tempérés ou froids, d'ailleurs riches en bois de construction, on use du plancher plutôt que du carreau, précisément parce que le bois est encore plus mauvais conducteur. Quelques

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bâtisses destinées à l'habitation collective se contentent de revêtir le sol de béton, de ciment ou d'asphalte.

Dans aucun cas, le revêtement ne doit porter à même sur le sol, mais sur des poutres transversales qui éloignent le premier du second.

Les inconvénients à prévoir en ce cas particulier et en dehors des précautions générales sont la putrescibilité du revêtement et l'introduction des poussières et des germes dans les interstices. 11 va de soi que les planchers véritables présentent ces inconvénients au plus haut degré. Le parquet en bois dur et sec les a moins que les -planchers de sapin ; chez ceux-ci euxmêmes on les atténue considérablement à l'aide des vernis, de la cire, de l'encaustique ou de quelques couches d'huile de lin bouillante, suivant le conseil de Morache pour les planchers de casernes.

Les habitants aisés ajoutent au plancher ou parquet, aux marches d'escaliers, des tapis de laine plus ou moins épais. Cette pratique, favorable à la calorification et agréable au pied des visiteurs, n'a guère l'assentiment de l'hygiène. Ces étoffes villeuses recueillent la poussière, les émanations, empêchent d'appliquer au plancher même les soins de propreté qu'il réclame. Il sera pourtant difficile de lutter contre cette habitude de sensualité et qui procure au luxe une occasion de paraître ; au moins faut-il prescrire que les tapis soient fréquemment levés, battus et exposés au grand air.

Cabinets d'aisance. — Nous n'envisageons ici que le local, nous réservant d'étudier séparément la vaste question des appareils destinés à recevoir les excrétions humaines et des moyens de les éloigner de l'habitation.

C'est un endroit qui ne doit pas être sacrifié ; le soin et même la recherche qu'on y apportera entraîneront des précautions corrélatives dans la construction des appareils et bénéficieront tout d'abord à la propreté et, par conséquent, à la salubrité de la maison. Le cabinet d'aisance, sans avoir besoin d'être très spacieux, réclame plus impérieusement que d'autres locaux de l'air et de la lumière ; de la lumière, parce qu'il sera difficilement maintenu propre sans cette condition ; de l'air, parce que les appareils les mieux compris ne sauraient prévenir la nécessité d'une désinfection immédiate et intermittente, comme leur fonctionnement même. Cette désinfection immédiate et qui ne porte que sur le cabinet ne peut se faire mieux que par l'ouverture d'une fenêtre donnant sur l'extérieur. Celle-ci doit être grande et large; quelques-uns la veulent même descendant jusqu'au plancher du cabinet, pour assurer l'évacuation des gaz lourds. Dans tous les cas, et il n'est guère besoin de le recommander, on tourne cette fenêtre du côté opposé à la rue ; c'est dire que le cabinet d'aisance est généralement reporté sur l'arrière de la maison. E. Trélat voudrait que le cabinet fût parfaitement ensoleillé ; le vœu est légitime, mais à condition que les locaux habités aient d'abord pris leur part d'insolation.

Les Américains font plus, sinon mieux. Ils séparent tout à fait le cabinet d'aisance de l'habitation et l'établissent dans un jardin ou une cour, à quelque distance. Pour l'atmosphère de l'habitation, c'est un grave souci de moins ; mais les locataires doivent souvent en être gênés et si cet avan-

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tage devait être acheté au prix de l'installation en permanence de la chaise percée dans la chambre à coucher, la valeur en serait bien amoindrie. En Europe, le cabinet d'aisance est contigu au logement, ou peu s'en faut; il y en a un à chaque étage, lorsque la maison abrite plusieurs familles, et il est difficile qu'il en soit autrement. Dans les maisons peu élevées d'étages et ne renfermant qu'une famille, une bonne pratique serait d'avoir à la fois un cabinet au fond de la cour ou dans le jardin, qui serait habituellement fréquenté, et un autre dans le logement, qui serait réservé aux surprises nocturnes ou aux cas de maladie. Quelques-unes des nouvelles maisons de Lille possèdent cet heureux dédoublement.

Il y a, en France, de si grands progrès à réaliser dans l'éducation hygiénique de la population sur le point qui nous occupe, que l'on ne risque rien de recommander un certain luxe dans l'installation des cabinets d'aisance. Une dalle en mosaïque, un parquet élégant, un siège vernis et ciré, des murs stuqués ou peints à l'huile, prêchent la propreté et l'imposent presque. De tels matériaux, d'ailleurs, permettent des lavages, non pour enlever les souillures solides ou liquides, qui ne doivent jamais atteindre les parois du local, mais celles dont les gaz inévitables finissent par les imprégner plus ou moins. Il faut absolument que nous arrivions, même dans les habitations collectives, écoles de tout degré, casernes, hôpitaux, à supprimer ces horribles « latrines à la turque », hangars ouverts et immondes, où l'acte de la défécation s'accomplit à plusieurs, presque en public, que des lavages répétés soir et matin n'empêchent pas d'être ignobles, et contre lesquels aucun procédé de ventilation, aucun désinfectant, ne protège l'atmosphère des demeures voisines. Un jour viendra où les latrines publiques, sous les ponts, dans les gares de chemins de fer, sous la sauvegarde des mœurs nationales, deviendront décentes et abordables, comme elles le sont en Belgique par exemple, et où l'on ne reconnaîtra plus les Français à ce que les lieux d'aisance d'où ils sortent sont impraticables pour les visiteurs qui viennent après.

Annexes de l'habitation. — Les écuries, quand il y en a, doivent avoir le moins de rapport possible, de sol et d'atmosphère, avec l'habitation des humains. Le mieux est de les séparer tout à fait ou de leur attribuer un petit pavillon faisant angle sur le flanc de la maison; quand la bâtisse est commune, l'écurie doit avoir son entrée spéciale et ne pas communiquer par d'autres portes avec le logement. D'ailleurs, l'écurie elle-même sera spacieuse, haute de plafond, à sol dallé ou pavé, avec une pente légère pour l'écoulement spontané de l'urine des animaux, munie de fenêtres et de ventouses d'aération en haut et en bas. Si l'urine des animaux est recueillie, elle sera dirigée vers une fosse à purin étanche, recevant aussi les eaux du fumier. L'emplacement de celui-ci, le plus écarté possible, se fera sur un sol exactement pavé ; l'enlèvement en sera fréquent; il aurait lieu tous les jours qu'il faudrait s'en féliciter ; dans certaine caserne anglaise, le fumier est reçu dans des caisses de tôle et transporté au dehors quand les caisses sont pleines, comme on le fait des fosses mobiles.

Les cours et les jardins, il est à peine besoin de le dire, assainissent l'ha -

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bitation, puisque la façade qui regarde le jardin ou la cour est en plein air et que le maintien de ces espaces libres est une garantie contre la densité excessive de la population par rapport à la surface. Mais il ne faut pas que ces termes de cour et de jardin n'aient que la valeur d'une étiquette mensongère ; on décore quelquefois du nom de cour, dans les bâtisses énormes des grandes villes, une sorte de fente ou de puits hors terre, qui n'a guère plus d'un mètre de largeur, destiné simplement à faire pénétrer un peu de lumière dans les arrière-pièces de deux maisons accolées en un seul massif. On conçoit que ce mince bénéfice ne compense pas l'inconvénient de l'entassement architectural et de l'encombrement humain que cet artifice permet de réaliser.

Une controverse s'est élevée (J. Jeannel, Fonssagrives) sur la question de savoir si le voisinage des arbres est avantageux ou nuisible à l'habitation. 11 semble que le problème ne soit pas si difficile à résoudre ; il est évident que la végétation et la verdure sont choses agréables et utiles, au voisinage de l'habitation; mais que les grands arbres deviennent défavorables s'ils couvrent de leur ombre une partie plus ou moins considérable de la maison, dans nos pays où les étés sont fort courts et où Ton doit rechercher la lumière et l'assèchement bien plus souvent que l'on n'a à craindre les excès d'irradiation solaire. A Montpellier, ce ne serait peut-être pas la même chose.

Orientation. — Rapports des pièces entre elles. — Il y a de notables

divergences entre les hygiénistes relativement à la meilleure orientation de la maison. Personne ne conteste le principe : que l'habitation doit être ensoleillée pendant une partie du jour; mais on en comprend diversement l'application, ou bien encore on fait fléchir le principe devant des nécessités particulières.

Une maison isolée, qui veut recevoir beaucoup de soleil sur sa façade principale, tourne celle-ci vers le midi, ou le sud-ouest, ou le sud-est; mais la façade opposée reste éternellement dans l'ombre et prend un aspect assez triste. Un micrographe, qui tient à recevoir constamment une lumière douce et égale, préfère que ses fenêtres s'ouvrent au nord et, pour l'hygiène de la vue, nous verrons que l'on peut étendre cette pratique aux salles d'école.

Dans un double alignement de maisons, comme est la rue d'une ville, si un rang de façades est tourné au sud, l'autre l'est au nord et n'a jamais de soleil. Bien plus, les maisons qui regardent le midi, lorsqu'elles appartiennent à un groupe, ne sont pas dans les meilleures conditions pour recevoir la chaleur et la lumière solaires. La direction de rue recommandée en Allemagne est d'est-sud-est à ouest-nord-ouest ; en France, on conseille en général la direction du nord-est au sud-ouest. C'est une tradition; mais, comme le fait remarquer Zuber, elle ne repose pas sur « des données scientifiques et précises ». A. Vogt (de Berne), constatant d'abord l'influence heureuse de l'insolation directe sur l'assèchement des parois, la nécessité d'y soumettre surtout le rez-de-chaussée et le sous-sol, sa valeur sanitaire

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telle qu'il y a une différence de 4 3 p. 100 dans la mortalité au préjudice du côté non ensoleillé, a soumis la question de l'orientation et de la largeur des rues à des calculs mathématiques. Il en ressort que, si on laisse les maisons monter aussi haut que la rue est large, on n'obtiendra jamais une insolation complète des maisons, même avec l'orientation la plus favorable ; de plus, que cette orientation de rue la plus favorable est Y orientation méridionale, c'est-à-dire du sud au nord, de telle sorte que les façades des maisons en regard soient tournées à l'est et à l'ouest. C'est l'orientation du château de Versailles (est-ce pour cela qu'on l'appelle aussi royale ?)

D'autre part, en cherchant à évaluer expérimentalement et par le calcul la quantité de calorique absorbé respectivement par chaque façade d'une maison, suivant l'exposition, Ad. Vogt a obtenu, pour le 25 juin et le 29 juillet 1879, jours pendant lesquels le ciel est resté constamment pur (à Berne), les résultats suivants :

Calories absorbées de 5 heures du matin à 7 heures du soir.

Paroi Est Paroi Ouest Paroi Sud Prop. p. 100

Le 25 juin 5342 3994 3630 100.75.68

Le 29 juillet 4386 3840 3780 100.88.8 ;

C'est donc la paroi sud qui a absorbé le moins de chaleur, tout en étant exposée au soleil plus longtemps que les deux autres. Ce résultat, un peu inattendu, prouve que l'angle d'incidence des rayons solaires prédomine sur « la force absolue de l'insolation ». Il est à remarquer que l'auteur expérimentait, non sur une maison véritable, mais sur trois tables de molasse, encadrées de bois, de 0m,50 carrés de surface, et de 14 millimèt. d'épaisseur, et disposées en fer à cheval de façon à regarder, chacune, l'un des trois points cardinaux indiqués; d'après la quantité extraordinaire de calorique qu'a absorbé cette mince muraille artificielle on peut concevoir ce qu'il en est d'un mur réel, épais de 50 centimètres et de plusieurs mètres carrés de surface.

A Berlin, Fliigge, à l'aide de thermomètres enfoncés dans les murailles à des profondeurs variables (thermomètres superficiels à 3 ou 4 centimèt. ; thermomètres profonds à 35 centimèt.), a constaté que la paroi nord, qui n'est guère touchée par le soleil, conserve sensiblement la même température pendant toute la journée et à toute profondeur ; que la paroi sud présente, elle aussi, une température uniforme, nuit et jour, de 2,5 à 3 degrés supérieure à la première ; qu'enfin les oscillations les plus importantes sont celles des parois est et ouest, qui sont, il est vrai, dépourvues de fenêtres. Le docteur Zuber, à qui nous empruntons ce résumé, expose ainsi qu'il suit les oscillations des thermomètres appliqués à ces deux parois. « Le thermomètre profond de la paroi E. monte rapidement dès le matin jusqu'à 3 h. du soir, époque du maximum, et à partir de ce moment descend insensiblement jusqu'à 6 h. du matin. La hauteur absolue du maximum est très remarquable ; à 0m,30 de profondeur, elle est de 7 à 8 degrés au-

générale.]

CONSTRUCTION

dessus de la température moyenne de la journée et de celle des murs soustraits à l'action du soleil.

« Le thermomètre superficiel de la même paroi présente naturellement des oscillations moins apparentes, dont les maxima et minima sont retardés par suite du temps que la chaleur met à cheminer dans la muraille ; le maximum, qui se fait sentir entre 9 et 10 heures du soir, est inférieur de 3 à 4 degrés à celui de la profondeur. Le minimum qui arrive vers 9 h. du matin, est peu important, parce que à cette heure l'influence de Fair chaud se fait déjà sentir à travers les fenêtres, ouvertes ou fermées.

« Le thermomètre profond delà paroi 0. indique, à partir du matin, une ascension graduelle; à partir de midi, une élévation rapide; le maximum, à 9 h. du soir, est encore plus élevé que sur l'autre paroi. Le thermomètre superficiel donne des résultats à peu près semblables à ceux de la paroi opposée, sauf que le maximum coïncide avec 3 heures du matin.

« 11 semble résulter de cela, d'après la situation relative des maxima et des minima, que la chaleur met en moyenne six heures pour pénétrer de l'extérieur à l'intérieur de murailles ayant une épaisseur ordinaire (0m,50). »

Les murailles peuvent donc, avec une orientation convenable, devenir des réservoirs importants de chaleur. La conclusion dépend du point de vue que les circonstances imposent à l'hygiéniste et l'on comprend aisément, avec Zuber, que Vogt s'applaudisse, en songeant aux longs hivers de Berne, du même fait que Flùgge déplore, en considérant les quartiers ouvriers de Berlin, auxquels on peut, partout, adjoindre les logements des combles. En effet, après avoir fait un calcul très large des moyens dont disposent les habitants de ces demeures pour perdre les 2700 calories physiologiquement réglementaires (Helmholtz), l'auteur arrive à cette conclusion que « la déperdition de calorique de notre corps devient, dans des locaux étroits et encombrés, un problème difficile à résoudre. » Aussi pense- t-il qu'une part de la mortalité excessive des enfants à Berlin, pendant les mois d'été et dans les étages supérieurs, peut bien ne pas dépendre uniquement d'une alimentation défectueuse. Nous sommes d'autant plus de son avis que nous avons montré ailleurs comment, d'après les résultats de la statistique, la mortalité infantile s'élève uniformément à l'époque des chaleurs, quelque soit le milieu. La mauvaise alimentation et l'été s'associent, d'ailleurs, trop bien dans le même effort de destruction.

A Lille, les deux artères principales (boulevard de la Liberté et rue de Solférino) sont dans le sens du nord-ouest au sud- est; d'où il suit que les façades principales d'un côté regardent le nord-est et de l'autre le sudouest. Celles-ci sont les plus favorisées; les autres ont la compensation de pouvoir établir sur l'arrière les locaux préférés pour le séjour habituel de la famille; ce que, du reste, elles font d'instinct.

Gomme il ne peut pas y avoir, dans une ville, rien que des rues méridionales, on fait peut-être bien de donner aux grandes voies cette direction intermédiaire afin de ne pas trop sacrifier les petites rues perpendiculaires, de communication. Mais une maison isolée fera toujours bien de prendre l'orientation royale, la façade antérieure à l'est, la façade postérieure à l'ouest.

Quelle que soit l'orientation de la maison, il y a toujours un choix à faire quant à l'installation respective des pièces, selon la destination de chacune. Celles où l'on séjourne davantage ont le plus besoin d'être atteintes par les rayons solaires. Aussi conseille-t-on d'établir préférablement les locaux de jour au sud, la chambre à coucher à l'est, la salle à manger, la cuisine, le cabinet d'aisance, au nord.

Groupement des habitations. — Rapport avec la surface. — Les bâtiments d'habitation sont isolés ou groupés ; dans le second cas, ils ont un petit nombre d'étages ou bien cinq, six, sept étages superposés; ils servent à une seule famille ou à de nombreuses familles. Ces circonstances différentes influent diversement aussi sur la pureté de l'air et l'intégrité du sol, au voisinage immédiat de l'habitaiion.

Dans les villes françaises et même dans la plupart des villages, c'est le système du groupement par contact des maisons qui prédomine ; à Paris et dans beaucoup d'autres villes importantes de notre pays, de même qu'en Allemagne (Etats du Sud), les maisons sont groupées en longues rues à double file ou en massifs, ce qu'on appelle encore a pâtés » de maisons; de plus, elles ont beaucoup d'étages superposés et, souvent, plusieurs familles à chaque étage. Lille, avons-nous dit, fait une heureuse exception ; elle a bien les rues et les massifs polygonaux d'habitations accolées; mais le plus ordinairement, il y a une maison pour une seule famille.

Aux États-Unis d'Amérique, dans l'Allemagne du Nord (à Brème spécialement), en Hollande, dans la Frise orientale, à Zurich, en Angleterre surtout, Ton a également la salutaire habitude d'une maison pour une famille unique ; c'est, à vrai dire, la seule façon d'être à peu près chez soi dans une vaste cité : my house is my casUe. Londres continue à la pratiquer, sans crainte d'exagérer son effroyable étendue. Quand on fait plus et que la maison est entourée d'un jardin, ou tout au moins « sise entre cour et jardin », l'on a réalisé l'idéal du « Cottage- System », autant que le terme puisse trouver son application dans une grande ville. Quelques villages modernes, autour de Paris, ont inauguré méthodiquement le Cottage- System et, comme on pense, s'en trouvent bien ; à vrai dire, ce n'est pas là qu'il est le plus nécessaire de se donner de l'espace. Autour de Lille, dans le Pas-de-Calais, eu Normandie, les villages sont souvent construits sur ce type ; malheureusement, la maison disparaît sous les grands arbres, que l'on a plantés tout contre et qui, en y entretenant l'humidité, lui font perdre une part du bénéfice de son isolement.

Une statistique, résumée dans la Deutsche Vierteljahrsschrift fur offentliche Gesundheitspflege (J 869), contient d'intéressantes données sur le nombre des habitations en divers pays et sur le chiffre moyen d'habitants par maison. Pour un bâtiment d'habitation, et pour tout le pays, il y a en France 4 ,9 habitants ; en Angleterre et pays de Galles 5,1 ; en Belgique 5,2; en Irlande 5,6; en Hollande 5,9; en Italie 5,9; en Espagne 5,9; en Bavière 6,2 ; aux États-Unis 6,3; en Norwège 6/4; en Autriche 6,6; à Bade 6,8 ; en Hanovre 6,9 ; en Suisse 7,2 ; en Prusse 8,9 ; en Saxe 9,7. Dans les

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villes seules, il y a par maison : en Belgique 6,3 individus ; en Hanovre 8,4 ; en Suisse 8,8; en Bavière 10,2; en Norwège 11,5; en Prusse 12,7; en France 13,1 ; en Saxe 14,8. Relativement à la densité des habitations par rapport à la surface du territoire, on compte par mille carré : aux États- Unis, 36 bâtiments ; en Norwège 46 ; en Espagne 281 ; en Hanovre 401 ; en Prusse 425 ; en Autriche 438 ; en Suisse 462, en Bavière 563 ; en Irlande 679 ; en Italie 715 ; dans le Duché de Bade 752; en France 774; en Saxe 890; aux Pays-Bas 934; en Angleterre et pays de Galles 1441 ; en Belgique 1624. On voit par là que c'est TAngleterre et la Belgique qui réunissent les meilleures conditions d'hygiène puisqu'elles ont à la fois le plus grand nombre d'habitations par rapport à l'unité de surface et presque les plus petits chiffres d'habitants par maison.

Suivant une autre statistique (citée par Wiel et Gnehm), on compte, pour une maison, 8 habitants à Londres, 32 à Berlin, 35 à Paris, 52 à Pétersbourg, 55 à Vienne. Or, la mortalité p. 1000 hab., qui est de 35 à Vienne (d'Avigdor), n'est que de 25,4 à Paris et de 22 à Londres. Il semble donc que la mortalité diminue dans une proportion semblable à celle dont les habitants s'étendent en surface.

La surface totale de Paris, selon Alex. Boulanger, représente aujourd'hui environ 133 mètres carrés par habitant (en admettant une population de 2,000,000 d'âmes). Mais cette moyenne de surface, si avantageuse, s'évanouit quand on envisage tel quartier spécial, telle maison de ce quartier. Ainsi, pour le quartier Saint-Gervais, qui n'est pas un des plus populeux de Paris et qui est traversé par quelques larges voies (rue de Rivoli, quais), la moyenne par habitant n'est que de 8mq,55 ; pour certains îlots de ce même quartier, elle s'abaisse à lniq,67. Tollet estime à 40 mètres carrés par habitant la surface dont dispose la population parisienne. A Londres, elle serait le double.

Il serait difficile et téméraire de fixer un minimum de surface par tête. Nous croyons, du reste, que cette surface doit augmenter dans les habitations collectives; c'est le contraire de ce qui se passe. Elle doit augmenter encore dans les habitations qui n'ont que du terrain bâti, sans cour ni jardin. Les hygiénistes allemands, réunis à Stuttgard en 1879, veulent que la surface carrée des dortoirs des logements d'ouvriers ne soit pas inférieure à 4 mètres carrés par individu ; mais, s'il y a quatre étages pareils et occupés dans la maison du logeur, la surface de terrain n'est plus que de 1 mètre carré par personne, en supposant qu'il n'y ait pas de jardin ni de cour. Dans de pareilles conditions et même avec un cubage suffisant, l'on conviendra que les locataires ne sont pas encore bien loin de l'entassement. Le docteur Pistor, rapporteur de cette question, remarque judicieusement que, pour une pièce donnée, la surface ne saurait être remplacée par la hauteur; autrement, l'on pourrait arriver à une multiplication malheureuse des pièces contiguës sur le même plan, on se tasserait dans le sens de la latéralité. J'en conclurais volontiers que, plus une maison est haute, ou mieux : plus elle a d'étages habités, plus large doit être sa base ; car des hommes superposés quatre par quatre ne sauraient ne pas s'écarter quatre

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fois autant que des hommes logés un par un, si l'on veut conserver une salubrité égale.

Les règlements militaires français exigent une surface de 3mi,75 à A mètres par homme dans les casernes; en réalité, nos bonnes casernes (elles sont rares) disposent de 10 à 15 mètres de terrain bâti ou non bâti par homme. La commission anglaise de 1857 a estimé à 9 mètres de terrain bâti le minimum de surface à allouer à chaque homme. Cette fixation nous paraît rigoureusement applicable aux logements d'ouvriers et à toute habitation collective.

Rapports de voisinage. — Ce besoin d'étendre la surface dans l'intérêt des habitants des hautes bâtisses de nos villes, à étages multiples renfermant des familles nombreuses (Miethskasernen), légitime et même commande les rues larges, les places, couvertes ou non de végétation (squares). C'est encore une raison, avec d'autres (mais celle-ci est directe), de placer à la périphérie des villes, ou même un peu excentriquement, les grandes habitations collectives : casernes, hôpitaux, lycées, couvents, pensionnats. A l'époque où le secours aux malades était une charité et où l'aumône? humiliante d'ailleurs, était une inspiration religieuse, on pouvait mettre l'Hôtel-Dieu « à l'ombre de Notre-Dame ». Aujourd'hui que le secours aux malheureux est un devoir national, ne servant à glorifier ni à humilier personne, l'hôpital ne doit être à l'ombre de rien, mais au contraire au grand air et en plein soleil. Il s'élève, en ce moment même, à Lille, enclavé dans les maisons d'un quartier populeux et s'ouvrant sur une place, un hautbâtiment que l'on dit devoir être une Maternité par entreprise privée; si le respect de la liberté individuelle oblige la municipalité lilloise à tolérer cette sorte de défi au progrès, il est douteux que le quartier ni les futures malades de cet hôpital, d'ailleurs massif, aient plus tard à s'en louer.

Ce n'est pas là un voisinage attrayant, ni salubre; il faut le fuir, lorsque l'on a le choix de l'habitation. Bertillon vient de faire reconnaître par les médecins de la Société de médecine publique que les quartiers de Paris, situés sous le vent des hôpitaux dans lesquels sont reçus des varioleux et des diphthériques, prennent une part exagérée aux épidémies de ces deux types. Un jour viendra où la même démonstration sera faite pour d'autres espèces. Par bonheur, de nos jours les établissements insalubres, sur lesquels les administrations régulières ont prise et qui ne sont point l'œuvre de coteries arriérées, sont écartés d'office et systématiquement des centres populeux; les habitations particulières n'ont pas à s'en garer, ce sont les foyers miasmatiques qui sont forcés de se retirer à distance : ainsi les abattoirs, les cimetières, les clos d'équarrissage, les usines dans lesquelles des fermentations de matières animales ou végétales compromettent l'atmosphère, celles qui répandent des gaz dangereux, etc.

Il n'est guère nécessaire de recommander que l'habitation s'éloigne de tout foyer marécageux et que, si l'on est en pays palustre, elle se protège par un rideau d'arbres vers les points d'où les effluves miasmatiques pourraient lui venir. Cette particularité oblige quelquefois à faire

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entrer la considération des vents dominants dans l'orientation des bâtisses.

Forme des habitations. — La forme des habitations dépend beaucoup du mode de groupement ou de dissémination. La variété en est, d'ailleurs, presque infinie.

Si l'on peut appeler habitation le bivouac du soldat, sous prétexte qu'on y passe la nuit derrière un brise-vent, enveloppé dans une couverture et les pieds au feu, c'est assurément le mode le plus simple. Il l'est trop pour l'hygiène et ce ne sera jamais qu'un des nombreux et durs sacrifices de la guerre.

La tente est déjà un abri sérieux, surtout si l'on en double la toile; susceptible d'être un bon milieu respiratoire, à la condition de ne pas en multiplier les hôtes, d'en soulever les portières pendant le jour et de la déplacer souvent. La fig. 74 représente la tente conique ou marabout, la plus usitée dans l'armée française.

Fig. H. — Tente conique et à murailles, à un mât.

Les huttes, les gourbis, suffisent dans les pays chauds ; ils ne protègent efficacement que contre le soleil. Si de telles habitations devaient être complètement closes pendant quelque temps et si elles étaient durables, l'atmosphère intérieure cesserait d'y être sans reproche.

On a eu, dans ces dernières années, quelque engouement pour les baraques; il n'était pas difficile d'en démontrer la supériorité sur de mauvais hôpitaux, infectés de longue date, et sur de mauvaises casernes, absolument dans le même cas. Le fait est que la baraque est un détestable abri, d'été parce qu'il est horriblement chaud, d'hiver parce qu'il est glacial ou humide. Elle ne se ventile pas toute seule plus qu'un autre abri; il a fallu un parti-pris d'optimisme bien décidé pour voir un procédé de ventilation dans les joints insuffisants des planches de baraque ; c'est là un

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moyen de refroidissement et une source de névralgies, mais non un mode d'aération. Malgré cela, les baraques ont rendu de grands services dans les cas de guerre, lorsque le nombre des blessés menaçait d'encombrer les hôpitaux et les ambulances improvisées, sous bâtisses en maçonnerie; l'important est alors de disséminer les patients. Ceux-là craignent plus la putridité atmosphérique que les courants d'air. Et puis, l'on peut brûler la baraque, quand elle est imprégnée de miasmes; on garde l'hôpital en moellons.

La figure 75 donne un spécimen (coupe) des baraques les mieux construites; on y voit le surtoit {Reiterdach), dont il a été parlé précédemment.

Fig. 75. — Baraque à double toit, avec vérandah sur les deux faces, pouvant servir pour le logement de la troupe ou pour un hôpital.

Toute tentative faite en vue de systématiser la baraque et de la rendre durable, devra être tenue en extrême suspicion, puisque les principaux mérites de la baraque sont de pouvoir s'improviser et disparaître, avec une facilité égale. La baraque n'ayant réellement point de vertu spéciale par elle-même (au contraire), dès qu'on cherche à la faire durer en y introduisant le ciment, la brique, le fer, on lui enlève le plus précieux de ses attributs; ce n'est même plus une baraque, mais une maison très médiocre.

Ceci ne paraît pas devoir s'appliquer aux pavillons sans étages que construit l'ingénieur Tollet, pour habitations collectives, casernes et hôpitaux, en matériaux imputrescibles et incombustibles (ciment, brique et fer). Les briques creuses permettent d'obtenir une paroi peu conductrice, quoique mince; c'est donc un réel abri vis-à-vis des agents météoriques. D ailleurs, le sol est préparé suivant les règles et le plancher (en ciment

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ou quelquefois parquet) des pavillons, séparé par un intervalle de 50 à 60 centimètres du sol naturel, à l'aide d'un remplissage de gravois, scories, fragments pierreux, etc. L'auteur a donné à ces pavillons la forme ogivale (fîg. 76), en vue de diminuer les angles intérieurs, où la poussière se collectionne, et d'augmenter le cube d'air.

Nous avons dit précédemment le reproche dont sont susceptibles ces logements, en raison de l'imperméabilité voulue des parois. Mais, d'autre part, chaque homme y dispose de 45 à 50 m. q. de surface (les chevaux d'autant) et d'un cube d'air de 18 m. La ventilation en est, évidemment, des plus simples à réaliser et les mesures en conséquence ont été prises.

Les médecins militaires (Larrey, Sarazin, Chassagne, Dauvè) se sont montrés favorables au système et les observations recueillies jusqu'aujourd'hui à Bourges (casernes et hôpital) et à Gosne témoignent de son heureuse influence sanitaire. En 1879, une commission de la Société de médecine publique, dont Emile Trélat fut le rapporteur, se transporta à Bourges et reconnut la supériorité de deux casernements Tollet sur ceux du type essayé en 1874, en France. Ce qui paraît l'avoir particulièrement frappée, c'est la suppression des cloisons intérieures de tout sens, diminuant le danger d'infection par les murs en même temps que le contact atmosphérique est augmenté. Comparativement aux casernes de 1874, les hommes habitant le casernement de Bourges sont douze fois moins menacés par l'infection des murs, tandis que l'accroissement pour eux de contact atmosphérique est de 1,50. Si l'on multiplie ces deux chiffres l'un par l'autre, 18 représentera l'accroissement des conditions de salubrité obtenu.

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[Hygiène

A notre avis et sans prétendre aucunement diminuer la valeur de ces calculs, il est apparent que la supériorité sanitaire des pavillons Tollet repose sur deux conditions d'une parfaite solidité, à savoir : 4° l'établissement à la périphérie ou même en dehors des villes (casernement rural); 2° la fragmentation des locaux et la dissémination.

Des statistiques répétées en des points très divers ont mis hors de doute la supériorité sanitaire des campagnes sur les villes. Or, les habitations rurales sont presque partout médiocres en elles-mêmes ; c'est donc que le simple fait d'être à la campagne rend tolérables des maisons qui seraient mauvaises ailleurs ; par conséquent, toutes celles que l'on y établira en respectant les plus simples exigences de l'hygiène seront excellentes, encore qu'elles aient pu, à la ville, ne pas élever sensiblement le niveau sanitaire des habitants.

Le casernement Tollet est constitué par un ensemble de pavillons de 40 mètres de longueur sur 6m,30 de largeur et 6 de hauteur, pouvant abriter une cinquantaine d'hommes, et séparés les uns des autres par un intervalle de 10 mètres, absolument libre (voy, fîg. 77). Il en faut donc une vingtaine de pareils pour contenir un régiment d'infanterie sur le pied de paix. En plaçant de même à distance les locaux annexes, école, infirmerie, cuisine, latrines, écuries, etc.; en plantant d'arbustes les espaces non bâtis de la périphérie, on dispose la caserne à revêtir au mieux la physionomie du type préféré des Anglais et des Américains : le Block- System; encore un peu, elle atteindrait au très élégant et très saïubre Cottage- System qu'ont réalisé les baraquements du fort Vancouver (Washington), sur les bords de la Colombie. Ceci serait fort louable au sein d'une ville; dans la zone suburbaine, presque dans les champs, ce ne peut être que très bon.

Ainsi se révèle l'avantage d'une large distribution de l'espace superficiel. On a objecté, nous l'avons fait nous-même, que des pavillons ruraux pourraient sans inconvénient posséder un étage au-dessus du rez=de-chaussée, ce qui permettrait aux villes de limiter les achats de terrain, de séparer dans le même pavillon le dortoir du réfectoire, de la chambre de jour, de la salle de nettoyage. Tollet a tenu bon pour son pavillon sans étages, où le rezde-chaussée est salubre précisément parce qu'il n'y a rien par dessus et, bien qu'il ait fait le plan de pavillons à un étage sur rez-de-chaussée, il répudie cette construction dans laquelle les pièces du dessus gâtent celles du dessous, où le rez-de-chaussée perd le bénéfice de la forme ogivale et qui, en définitive, retourne aux vieux systèmes de limitation de l'espace superficiel.

On sait comment l'architecture des habitations collectives a réalisé jusqu'à présent cette fâcheuse économie de surface en superposant les étages et les humains. Tantôt, on fait une bâtisse massive, énorme, avec un faux air de monument, ayant des pièces sur deux faces opposées ou même sur les quatre faces, des paliers et des couloirs plus ou moins obscurs, difficilement accessibles à l'air. Tantôt, de longues salles superposées constituent quatre corps de bâtiments qui se rejoignent à angle droit; elles ont jour à l'extérieur d'un côté et, de l'autre, sur une cour intérieure que limitent les

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quatre rectangles unis ; c'est le système quadt -angulaire, cher à Vauban, que l'on voit à l'école de Saint-Cyr et dans un grand nombre des casernes et des

hôpitaux de l'armée. Ou bien la superposition se fait linéairement, c'est-àdire que les quatre rectangles de tout à l'heure se trouvent placés bout à

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bout au lieu d'avoir des rapports angulaires; cette disposition est moins mauvaise que la précédente, puisqu'elle supprime cette malheureuse cour intérieure, qui ne voyait guère le soleil et immobilisait l'atmosphère; mais il est rare qu'on la pratique rigoureusement. Les architectes aiment à ramener les extrémités du bâtiment en ailes perpendiculaires au corps principal, comme cela s'est fait pour la caserne Saint-Charles, à Marseille, et pour la caserne récente du régiment Prince Georges n° 108, à Dresde. Que si, au lieu de faire les pièces dans l'épaisseur entière du bâtiment de façon qu'elles aient des fenêtres opposées, on en établit un double rang dans la longueur, avec un long couloir intermédiaire, comme dans le type du génie 1874-1875, on retombe dans les conditions les plus médiocres d'aération, tout en conservant l'encombrement en hauteur et en multipliant les surfaces pariétales d'infection.

Il faut prendre un parti radical : rompre ce vieux faisceau de murs et d'étages qui était l'habitation collective d'autrefois, fragmenter dans tous les sens, en long, en large et en hauteur, la bâtisse massive et d'une seule tenue. L'on séparera les uns des autres les quatre rectangles de Vauban, on coupera en quatre les vastes casernes du système linéaire, on démontera les étages ; et les seize, peut-être les vingt morceaux qui en résulteront, seront éparpillés dans l'ordre qu'on voudra, pourvu qu'aucun d'eux ne soit rapproché de moins de 10 mètres de son voisin, sur un espace dont l'étendue sera nécessairement une cinquantaine de fois plus grande que la base du bâtiment primitif.

Le lecteur s'aperçoit bien que ce « démontage » est impraticable vis-à-vis des bâtiments qui existent. Mais il peut devenir la règle pour les plans de ceux que l'on construira désormais. Quant aux anciens, il est à désirer qu'on les abandonne peu à peu. Que faut-il pour satisfaire à ce vœu de l'hygiène? De l'espace. On ne le trouvera pas dans l'intérieur des villes; mais qu'est-ce que cela fait puisque, justement, on demande que l'hôpital et la caserne gagnent au plus tôt la zone excentrique, la campagne même. Toutefois, le terrain a toujours une valeur et peut coûter cher, s'il faut l'acheter. Mais on achète bien des terrains pour le passage d'un canal ou d'un chemin de fer, et la conservation de vies humaines est aussi un placement de capital dans des conditions éminemment avantageuses pour la fortune publique.

Les hygiénistes feront bien, en ceci, de ne pas être indulgents pour les demi-mesures. Çà et là, les administrations élèvent des hôpitaux, des collèges, qui font d'importantes concessions aux exigences modernes, mais qui les tournent ou les trompent dès que cela est possible. A Lille, on a récemment terminé un hôpital commencé sous l'empire, qui s'appelle Sainte- Eugénie, et qui a tous les caractères d'une démonstration monumentale de philanthropie, comme on les aimait à cette époque où l'on faisait tant pour le dehors et si peu au fond; 5 millions y ont été dépensés. L'hôpital est sur la circonférence extérieure de la ville, dans un quartier très peu peuplé; c'est bien, quoiqu'il eût mieux valu ne pas l'adosser au rempart. Il se compose de deux pavillons écartés l'un de l'autre, dans lesquels les salles, petites

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et grandes, tiennent toute la largeur du bâtiment et, par conséquent, ont des fenêtres en regard; c'est encore bien conçu. Mais chaque pavillon a deux étages sur rez-de-chaussée et s'élève suffisamment pour projeter une ombre gigantesque sur l'espace intermédiaire; cet espace lui-même est presque annulé par le fait que les bâtiments administratifs le barrent en avant, en réunissant les deux pavillons de malades, et qu'une chapelle assez

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