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VI. Éloignement des immondices

Les espèces animales, à l'état sauvage, n'infligent au sol d'autres immondices que leurs matières excrémentitielles ; lorsque l'espace de terrain qu'elles occupaient en est infecté, elles ont un moyen d'assainissement très simple, celui d'abandonner le foyer putride pour aller chercher un coin de terre vierge. L'homme, essentiellement sociable, invinciblement sollicité vers la vie par groupes d'individus et de familles, produit beaucoup plus de déchets organiques putrescibles et n'a plus la ressource de fuir le sol imprégné de ses excrétions.

Aux matières fécales et aux urines rejetées par les animaux, l'homme joint les résidus de ses préparations culinaires, les eaux salies par les soins de propreté accordés au corps et à certaines parties du vêtement, les déchets d'industries variées à l'infini ; lui-même meurt et son cadavre est enfoui avec la dépouille de ses ancêtres dans l'étroite enceinte où il a vécu et où les restes de ses descendants le rejoindront. Cependant, la grande famille qui a adopté ces quelques hectares de terre s'y attache d'autant plus qu'elle y a habité plus longtemps ; individuellement, on ne les quitte qu'à regret ; dans l'ensemble, on n'en est chassé que par des calamités publiques et non par l'accumulation de la putridité.

Les peuples nomades, bien moins menacés parleurs propres immondices que les sédentaires, ont pourtant des coutumes et même des lois ou prescriptions sacrées (Moïse), qui les défendent contre leurs excrétions. A plus forte raison faut-il que les sociétés fixes luttent avec une ingéniosité et une énergie toujours croissantes contre cette « marée montante », on peut le dire, des immondices qu'elles produisent fatalement et qui, d'une manière non moins inévitable, doivent un jour les déborder.

Nous laissons de côté, pour le moment, les inhumations et d'autres souil lures du sol des lieux habités pour ne nous occuper que des souillures qui incombent le plus étroitement à l'habitation et sont le plus générales, savoir :

1° Les eaux ménagères et industrielles ; 2° Les excréments humains ; 3° Les excréments des animaux.

Nous ajouterons ici, aux estimations déjà énoncées à l'article des souillures du sol (page 90), les calculs suivants dus à Lent et relatifs à la ville de Cologne qui, par sa population (150,000 hab.), le nombre et la nature de ses industries, le taux de sa distribution d'eau (100 litres par jour et par tête), se rapproche beaucoup de la ville de Lille.

a. 100 litres d'eau par jour et par tête, en admettant une évaporation de moitié, donnent 50 litres d'eaux ménagères, soit 7 millions et demi par jour pour 150,000 âmes, et 2,700 millions de litres (ou kilog.) par an.

b. L'excrétion moyenne d'urine par personne pouvant être estimée à 1,200 centimètres cubes par jour, on a, pour 150,000 habitants, 180 millions de centimètres

DES HABITATIONS PRIVÉES ET COLLECTIVES

[Hygiène

cubes, ou 180,000 kilogrammes par jour ; d'où 64 millions de kilogrammes d'urine par an.

g. A raison de 100 grammes de fœces par jour et par tête, 150,000 personnes fournissent 15 millions de grammes, ou 15,000 kilogrammes, et, par an, 5 millions 2/5 de kilogrammes de matières fécales.

Ces trois ordres de produits seraient donc dans les rapports ci-dessous

Si l'on suppose que l'urine renferme 4 p. 100 de matières fixes et les selles 25 p. 100, on a un total de 3,770,000 kilogrammes de matières fixes par an pour la cité.

Il y a, à Cologne, i ,700 à 1,800 chevaux, sans compter ceux qui, de la campagne, viennent y séjourner plus ou moins longuement ; 2,918 chiens, 250 bêtes bovines, etc., dont les excrétions s'ajoutent aux précédentes pour menacer Fair et le sol.

Les industries les plus communes, dans Cologne, sont les brasseries, distilleries, tanneries, raffineries de sucre, filatures, tissages, fabriques de colle-forte, d'amidon, de savon, de tabac, les boucheries, les marchés aux poissons.

A Bâle, suivant Goppelsrôder, à la faveur d'un sol constitué par des débris roulés, on constata la présence de l'arsenic jusqu'à 8m,50 de profondeur dans une terre qui recevait les résidus d'une fabrique d'aniline ; la proportion s'élevait à op. 100 d'arsenic, et, à 7m,50, on reconnaissait aisément la matière colorante. A une centaine de pas de l'usine, des puits étaient empoisonnés au point de renfermer 2 centigrammes d'arsenic par litre ; plusieurs personnes en furent malades. A Barmen des observations semblables ont été faites (Sander).

Il est difficile de donner une formule générale de la quantité de matière putréfiable fournie parles eaux industrielles; le volume de ces eaux varie selon les industries ; les unes évacuent surtout des substances minérales, d'autres mêlent aux eaux des matières organiques (distilleries, raffineries, dégraissage des laines, boyauderies, tanneries, etc.). Les seules eaux de condensation entraînent de la graisse des machines à vapeur. A Birmingham, on compte 0mc,222 par tête et par jour d'eau industrielle ; à Glasgow, 0mc,363 ; à Reims, où l'on connaît l'importance des industries de la laine et autres, 0mc,406. En somme, pensent Schlœsing et Durand-Claye, si l'on peut estimer de 100 à 150 mètres cubes par jour et par tête la quantité d'eau d'égout dans les villes ordinaires, il faut doubler le chiffre pour les villes essentiellement industrielles.

Le tableau ci-après, dû à Ladureau, compare les eaux d'égout de deux villes très industrielles, Lille et Roubaix, à celles de Paris. Remarquons qu'à Lille les excréments humains ne sont versés systématiquement à l'égout, ni totalement ni en partie.

Eaux ménagères,

Urine.

Fœces

Pour 100.

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