‹ Nouveaux éleménts d'hygiène [electronic resource]Chapitre 82 sur 267 · WATER-CLOSETS · texte numérisé non relu

WATER-CLOSETS

31 décembre.

DECES TYPHOÏDES

réels.

p. 100,000 habit,

DES HABITATIONS PRIVÉES ET COLLECTIVES

[Hygiène

Au sujet de la mortalité élevée de Tannée 1874, qui frappe dans ce tableau, Varrentrapp fait remarquer avec raison que la fièvre typhoïde fut sévère dans le même temps par toute l'Europe (en France particulièrement) ; lui-même s'est livré, avec A. Spiess, à une enquête sur les circonstances particulières qui pouvaient avoir contribué à la gravité de l'épidémie ; il lui sembla que les travaux de canalisation pouvaient n'y être pas étrangers, par ce fait qu'au moment d&s chaleurs on avait dû remuer profondément le sol des vieux quartiers, imprégné des immondices séculaires de plusieurs générations.

11 serait à désirer que des comparaisons semblables à celles que nous reproduisons ici, d'après Sander et Varrentrapp, fussent établies pour les grandes villes. C'est l'épidémie typhoïde de Bruxelles en 1869 qui a été le point de départ des travaux d'assainissement dont cette capitale jouit aujourd'hui. Pour Paris, la canalisation souterraine s'étend sans cesse, les latrines infectes se suppriment peu à peu, des procédés convenables d'éloignement des immondices s'introduisent ; les sévices de la fièvre typhoïde diminuentils dans la même proportion? Il est quelques villes anglaises dans lesquelles la mortalité typhoïde a augmenté après la canalisation (Penzance, Ghelmsfort, Worthing).

Il faut ajouter que, de nos jours, la propreté générale gagne partout et dans toutes les classes ; il se peut que cette raison aussi tende à faire baisser le chiffre des victimes de la fièvre typhoïde, qu'elle soit ou non aidée d'installations spéciales en vue de l'éloignement des matières excrémentitielles.

Propagation du choléi^a par les selles des malades. — Sauf que l'on suppose toujours un principe spécifique dans les déjections incriminées, on a fait, à l'égard de l'influence des selles cholériques sur le développement de la maladie, les mêmes hypothèses que pour la fièvre typhoïde, et des observations analogues. Pettenkofer lui a appliqué sa doctrine (dite tellurique, voy. plus haut, p. 60) avec une grande insistance ; les déjections cholériques ont, selon lui, une importance de [premier ordre, mais absolument subordonnnée à la nature du terrain [substrat), puisque le choléra importé reste stérile dans certaines localités (Lyon, Versailles, Birmingham, Wiirzbourg, Stuttgart, Francfort-sur-le-Mein, Grefeld, Munster). D'autres auteurs ont formellement mis en cause le transport du germe cholérique par l'eau de boisson ; Pellarin, Bœhm et Snow ont revendiqué la priorité de cette conception, qui daterait de 1849. L'idée du principe spécifique dans les selles a trouvé un appui dans les expériences de Karl Thiersch (1856), qui a procuré des accidents cholériformes à des souris en leur faisant grignotter du papier à filtre imbibé de liquide intestinal de cholériques, et dans celles de Legros et Goujon (1866). 11 paraît même (Sander) que des hommes se sont prêtés à l'épreuve dégoûtante de l'ingestion de matières excrémentitielles de provenance cholérique ; il n'en est résulté aucun accident, ce qui, naturellement, ne prouve ni pour ni contre.

Snow (1853), comparant entre eux les quartiers de Londres atteints par l'épidémie, constate qu'on peut les partager en deux catégories : l'une, assez maltraitée (71 maisons sur 10,000), est alimentée par une eau défectueuse;

générale.] ÉLOIGNEMENT DES IMMONDICES. 5ol

l'autre, peu éprouvée (5 maisons sur 10,000), reçoit une eau meilleure. Virchow, à Berlin (1866), faisait des observations de même sens. Nous avons nous-même reproduit l'histoire de cette vieille dame de Londres qui, en 1854, ayant fui son quartier en proie au choléra pour se réfugier dans une rue indemne, se faisait apporter de l'eau du puits de son ancienne demeure et fut elle-même atteinte au milieu de la population non envahie. Puis, l'on faisait remarquer la bénignité de l'épidémie de 1866 pour les villes qui s'étaient assuré un bon approvisionnement d'eau dans les années précédentes : Exeter, Glasgow, Hull, New-Castle, Harlem, Halle-a.-S., Kœnisberg; la sévérité de l'épidémie de 1873 pour Hambourg et Magdebourg, qui buvaient l'eau non filtrée de l'Elbe, opposée à l'immunité complète de Halle-a -S., autrefois la ville favorite du choléra, mais qui s'était pourvue d'une bonne conduite d'eau.

Tout cela, néanmoins, quant à la conclusion, reste dans le domaine des choses possibles, mais nullement démontrées. A la conférence de Weimar, Gunther (de Zwickau) assura que les parties de la ville abreuvées de l'eau la plus mauvaise, la plus souillée de matières animales, furent celles qui souffrirent le moins du choléra. Southampton, avec 50,000 habitants, qui n'a qu'une seule conduite d'eau et n'en a pas changé, n'eut en 1865 que 320 cas (Sander). Munich, qui use d'une multitude de puits et de plusieurs conduites, a eu des rues entières également maltraitées dans toute leur longueur, bien que les maisons eussent des eaux différentes, et réciproquement, des groupes de maisons abreuvées à la même eau très inégalement frappés. En 1873, à Paris, le choléra se montra simultanément par petits foyers dans les quartiers les plus divers, alimentés d'eaux tout à fait distinctes. A la même époque, Lubelski constatait que Varsovie, malgré une voirie à l'état embryonnaire, souffrait moins du choléra que les campagnes, et que les vidangeurs étaient moins frappés que les autres classes de la population.

11 n'y a donc pas lieu de chercher de ce côté des arguments précis, moins, encore peut-être que pour la fièvre typhoïde, et la question reste avec l'aspect général un peu large que nous avons cherché à lui donner.

Orig ine fécale deladiphthérie. — En Angleterre et en Écosse, où les affections diphthéritiques font chaque année des milliers de victimes (10,184 décès en Angleterre, en 1859), on est très disposé à ranger la diphthérie parmi les maladies de malpropreté ; « la diphthérie et le typhus abdominal, dit J.-B. Russel (de Glasgow)' sont simplement des maladies fécales. » Et, par un rapprochement au moins étrange, Fergus incrimine spécialement la souillure de l'air des villes par les émanations des égouts, dans le système actuel de beaucoup de villes anglaises (vidange intégrale à l'égout).

A considérer l'état des localités et des habitations où les affections diphthéritiques s'établissent de préférence et prospèrent au mieux, on ne saurait nier que la putridité atmosphérique ne paraisse la circonstance la plus favorable au développement des épidémies de cette nature; nous-même, naguère, avons hasardé l'opinion que la diphthérie, affection infectieuse, transmissible par la formation de foyers, devait relever de conditions assez

DES HABITATIONS PRIVÉES ET COLLECTIVES

voisines de celles qui président au développement des épidémies de fièvre typhoïde. A celle-ci et à celle-là, étant réservée la distinction essentielle des germes, il faut l'intermédiaire du milieu putride pour l'expansion épidémique.

Mais on ne voit plus que les matières excrémentitielles puissent ici s'élever au-dessus du rôle banal de terrain, tandis qu'elles interviennent peut-être spécifiquement dans la fièvre typhoïde et le choléra. Les déjections des malades ne portent pas le poison diphthéritique plus que les exhalaisons pulmonaires et cutanées.

La diphthérie maltraite d'une façon déplorable les grandes villes, où l'imprégnalion putride de l'atmosphère fait effort par mille côtés. Mais il est remarquable qu'elle est au moins aussi sévère aux localités rurales, où l'air extérieur est plus pur que dans les villes, mais où l'accumulation d'excréments humains et autres presse au moins autant l'habitation. Cette plaie est, en effet, atténuée dans les cités qui pratiquent l'évacuation immédiate des immondices. J.-B. Russel, d'après le Registrar gênerai d'Ecosse, calcule que, dans les années de 1857 à 1870, il est mort de diphthérie, par million d'habitants :

117 individus dans les cantons insulaires. 271 — dans les districts ruraux. 216 — dans les districts urbains.

Il meurt énormément de paysans russes par diphthérie, depuis quelques années ; 8,563 personnes en 1876; 18,698 en 1877. En Prusse, pendant l'année 1877, la mortalité diphthéritique a été de 13,6 p. 100,000 hab. dans les communes urbaines, 17,8 dans les communes rurales (Varrentrapp).

Mais il ne faut pas oublier que la diphthérie, comme la variole et quelques autres, a des périodes de suractivité épidémique, alternant, dans la même localité et sur une assez longue série d'années, avec des phases d'apaisement, sans qu'il soit toujours bien facile de préciser ce qui est changé dans les conditions hygiéniques du lieu. On croirait qu'il s'agit d'une atténuation spontanée et propre du virus. L'Angleterre a eu l'une de ces périodes d'activité diphthéritique de 1 858 à 1860, avec le maximum en 1859 (6,606 décès en 1858 ; 10,184 en 1859 ; 5,212 en 1860); depuis lors, elle parcourt une longue phase de somnolence relative ; il y a eu 2,856 décès de cette cause en 1879. La ville de New-York a eu 2,329 décès diphthéritiques en 1875 et seulement 671 en 1879.

En résumant toutes ces considérations, il faut bien reconnaître que les souillures du support et des milieux par les immondices ont une importance énorme dans la genèse et surtout dans la propagation des maladies épidémiques ; mais que leur influence est rarement isolée et qu'elle est souvent primée par quelque autre élément. Il n'y a peut-être pas de « maladies de saleté », dans le sens d'une étiologie rigoureuse.

Néanmoins, il suffit que la malpropreté soit partout menaçante, aussi bien par les maladies banales qui en procèdent fréquemment que de la

générale.]

ÉLOIGNEMENT DES IMMONDICES

part de certaines maladies spécifiques, dont elle constitue pour le moins la préparation la plus favorable et la plus sûre, pour que l'hygiène ait à cœur de détourner ces dangers évidents, encore que le mode n'en soit pas nettement éclairé.

Procédés d'éloignement des immondices. — - Les immondices, tout en menaçant l'air des habitations, sont pour le sol et les eaux ce que les produits de la respiration et les excrétions cutanées sont à l'atmosphère; des impuretés solides ou liquides continuent et aggravent les impuretés aériformes. Les installations et les opérations dont nous allons nous occuper sont aux premières ce que la ventilation est aux secondes ; là, on expulsait de la maison l'air carbonisé et animalisé pour le rendre à l'océan atmosphérique, où d'autres organismes l'utilisent en le purifiant; ici nous allons voir que l'on enlève les impuretés solides ou liquides pour les remettre à la terre, qui livre aux plantes du carbone et de l'azote et reprend en circulation des eaux assainies.

C'est pourquoi, théoriquement, l'hygiène ne peut prévoir des cas dans lesquels on mette systématiquement en dépôt les immondices, pas plus qu'elle n'admet des récipients provisoires du mauvais air. Nous avons dit : éloignement des immondices, sans mentionner le collectionnement plus ou moins durable. L'idéal à atteindre, en effet, est le départ immédiat, de l'habitation, de toute immondice à mesure qu'elle se produit. Tout procédé d'attente est une imperfection, une solution incomplète du problème' et qu'on ne peut tolérer qu'en considération d'impossibilités matérielles de faire autrement. Mais il faut bien compter d'avance que, dans la pratique, nous rencontrerons souvent ces procédés d'attente, soit qu'ils existent de vieille date, nés à une époque d'éducation sanitaire insuffisante, soit que des conditions locales les protègent et excusent, sans le justifier, leur aménagement aujourd'hui encore dans des bâtisses contemporaines. Or, l'hygiène établit des principes et indique ce qu'il y a de mieux ; mais elle sait convenir que telle situation est moins pressante dans une petite ville que dans une capitale ; que des conditions topographiques, des habitudes locales, peuvent être prises en considération dans le choix d'un système d'assainissement. Lors même que ses principes ne sont pas appliqués, elle n'abandonne pas les situations compromises ; elle cherche quelque moyen de les rendre moins mauvaises et moins offensives.

Les procédés d'éloignement des immondices se réduisent à trois, savoir: 1° ceux qui consistent à les confier au sol sans intermédiaire ni préparation ; 2° les systèmes qui comportent un collectionnement plus ou moins durable et la vidange ; 3° les procédés qui ont recours à la canalisation, soit exclusive, soit partielle, soit combinée avec les précédents.

A. La première catégorie comprend d'abord ces procédés qui n'en sont pas, que Ton voit encore usités dans un grand nombre de villages et qui consistent à jeter par la fenêtre ou à laisser couler devant la maison les eaux ménagères; à déposer à la porte, sur le sol naturel, le fumier des animaux dont la partie liquide s'infiltre nécessairement en terre ; à répan-

DES HABITATIONS PRIVÉES ET COLLECTIVES

[Hygiène

dre autour de l'habitation les excréments humains, abandonnant aux animaux et aux agents météoriques le soin de les faire disparaître. Elle comprend encore ces dangereux « puits perdus , puits absorbants », dont il a été déjà question, qui ne sont d'abord inoffensifs qu'autant que le sol à demi perméable, comme pour les cimetières (Voy. p. 94), permet la décomposition lente des matières organiques, l'absorption des gaz nuisibles et la filtration insensible des eaux dans la couche profonde. Dans de pareilles conditions, il y a une purification spontanée du sol et les eaux ne circulent dans la nappe souterraine que chargées des produits ultimes delà décomposition organique, lesquels sont sans influence nuisible (eau, acides carbonique, nitrique, etc.). Mais de telles propriétés se maintiennent malaisément ; le sol finit par être saturé ; ce n'est pas ici comme dans les cimetières où le même point ne reçoit un cadavre que tous les dix ou quinze ans, c'est tous les jours que la matière organique arrive au puits. A la longue, la terre devient imperméable et ne filtre plus du tout ; il faut creuser un autre absorbant.

C'est une pratique à extirper des habitudes urbaines. Joignons-y, généralement, l'habitude de verser les eaux ménagères dans le ruisseau, ou fil d'eau de rues sans égout (en Suisse : « GmbH »), d'où les liquides malpropres se dirigent à l'aventure, atteignant un cours d'eau favorable quand la pente des rues s'y prête, mais exposés d'ordinaire à séjourner devant les habitations, à fermenter et à exhaler des odeurs en rapport avec les propriétés des gaz qui s'y développent, indépendamment des infiltrations dans le sol. Une telle coutume n'est tolérable, et encore, que dans les villes bâties sur des collines et dans lesquelles une eau abondante et pure lave incessamment de haut en bas les bords déprimés de la rue. Fribourg-en-B. est donc dans ce cas (Wiel et Gnehm).

Enfin, l'on rangera dans la même classe de dispositions primitives et à abandonner définitivement les galeries souterraines sans pente et sans circulation d'eau de nettoyage, que l'on trouve encore dans quelques villes. Ce sont des réservoirs plutôt que des conduits d'évacuation, et l'on croirait que l'intention des constructeurs a été de dissimuler les immondices à la vue plutôt que de les éloigner réellement. La preuve de leur insalubrité est que les maisons bâties sur ces voûtes trouvent difficilement des locataires.

B. Systèmes comportant la vidange. — Ces systèmes sont de trois types essentiels : les fosses fixes, les fosses mobiles, et le système diviseur, qui use à la fois de la vidange et de la canalisation.

Fosses fixes. — Ce système est probablement de très vieille date ; on le voit encore dans toutes les petites villes fonctionner exclusivement et, dans beaucoup de grandes, résister à l'introduction de procédés progressifs, avec un succès qui ne permet pas de présager sa disparition dans un terme rapproché.

Les fosses d'aisances sont des récipients en maçonnerie, pratiqués à un niveau plus bas que le sol de l'habitation, et auxquels aboutit le tuyau de

générale.]

ÉLOIGNEMENT DES IMMONDICES

chute des latrines. On les installe souvent perpendiculairement sous les pièces habitées ; la plus vulgaire prudence exige qu'on les tienne au moins latéralement au corps de logis, à 1 mètre du mur d'enceinte, soit que les cabinets soient eux-mêmes un peu à l'écart, soit qu'on donne au tuyau de chute l'inclinaison nécessaire, qui toutefois doit être peu éloignée de la verticale.

La première condition à remplir, dans la construction d'une fosse, c'est de lui donner des parois imperméables. 11 n'est pas absolument malaisé d'y arriver tout d'abord et tant que la fosse a peu servi, dût-on lui donner des parois métalliques ; mais l'expérience démontre qu'il n'en est guère qui résistent à un long usage. Peut-être pourrait-il en être autrement de nos jours, où l'industrie du ciment et de la brique cuite a fait de si grands progrès. Il est évident que le bois doit être repoussé de ce travail ; la pierre, la brique, le ciment, l'asphalte, sont les meilleurs matériaux. Le revêtement en ciment doit être intérieur et extérieur; encore les alcalis et l'acide nitrique du contenu finissent-ils par altérer le ciment, de même que l'ammoniaque forme un savon soluble avec la résine de l'asphalte. Sander conseille de faire une double paroi, bien cimentée, avec un espace libre de 30 centimètres qu'on remplit d'argile plastique ou de béton. A Stuttgart, quelques fosses sont en pierre de taille d'un seul morceau ; à Augsbourg, on en voit en fonte de fer. Les réservoirs du système Schleh sont en fer revêtu d'asphalte.

11 est à désirer que les fosses ne soient ni très profondes ni de grandes dimensions; on les videra plus souvent et l'on se rendra mieux compte de leur état de propreté. Une bonne disposition est celle qui consiste à supprimer à peu près le tuyau de chute de telle sorte que l'ouverture de la fosse soit immédiatement sous la cuvette du siège. On évitera le plus possible les angles dans l'intérieur; le fond sera régulièrement concave. La fermeture supérieure se fera également en matériaux imperméables, fer, pierres détaille, dalles, argile, de manière à supprimer l'action de l'air extérieur et les exhalaisons de dedans en dehors. A l'exception des opercules, suffisamment larges (dalles en fonte), que l'on ménage dans le plafond de la fosse pour être soulevés d'une façon intermittente, au moment de la vidange, il ne doit y avoir communication entre la fosse et l'atmosphère que par le tuyau de chute et par le tuyau tfévent ; encore faut-il que la première soit rapide, et n'ait lieu qu'au moment où quelqu'un est venu user des latrines ; on s'évertue précisément à réaliser une fermeture automatique et exacte sous la cuvette, ne s'ouvrant rigoureusement que pendant le temps de la chute des matières fécales.

Les gaz qui se développent dans la fosse tendent à remonter et à s'échapper par l'orifice du siège lorsque leur tension est supérieure à la pression atmosphérique. Il s'en développe d'autant moins qu'il arrive moins d'air au contenu des fosses. La rupture de l'équilibre de pression est, du reste, sollicitée par toutes les causes qui diminuent la pression extérieure : élévation de la température du dehors, vent. L'ascension gazeuse peut varier entre 0 et 10,000 mètres cubes, en vingt-quatre heures, de telle sorte que, moyenne-

DES HABITATIONS PRIVÉES ET COLLECTIVES

[Hygiène

ment, une habitation de 500 à 600 mètres cubes serait aisément remplie plusieurs fois par jour de gaz stercoraux, si l'on n'y mettait obstacle.

Il est pourvu à ce danger: 1° par les dispositifs qui empêchent le retour de bas en haut des gaz de la fosse dans le cabinet d'aisances ; 2° par ceux qui portent au dehors, dans la masse atmosphérique, l'excès des gaz de putréfaction.

1° Les premiers comprennent : le couvercle mobile ou à charnière, adapté à l'orifice du siège ou lunette, et qui vaut mieux que rien ; les soupapes ou clapets automoteurs (cuvettes Rogier-Mothes et autres), très infidèles et qui, dans tous les cas, ne fonctionnent à peu près que dans les latrines fréquentées par beaucoup d'individus en peu de temps ; les coupeair, obturateurs hydrauliques, siphons, tous appareils qui reposent sur le même principe et ne sont que des formes plus ou moins rapprochées de l'instrument qui porte réellement, en physique, le nom de siphon (fig. 123).

Fig. 123. — Type général du siphon ou obturateur hydraulique

Pour que le siphon remplisse son but, il est nécessaire que la partie plongeante, qui correspond à la courbure- concave du tuyau, entre les deux niveaux liquides, pénètre dans l'eau d'une quantité suffisante pour rester immergée même alors que la tension des gaz du cloaque produirait une certaine dénivellation ; en général, dans les latrines de maisons, l'immersion de 6 à 7 centimèt. est suffisante. Le calibre des deux branches du siphon doit être le même ; si, par exemple, il était plus petit du côté de la chute, une faible pression pourrait faire passer tout le liquide de cette branche dans celle du côté de la cuvette et le diaphragme plongeant ne servirait plus à rien.

Les siphons impliquent un aménagement qui assure l'arrivée de l'eau en quantité suffisante, chaque fois que le cabinet reçoit'une visite et, si l'appareil est complet, il reste même une légère couche d'eau sur la valve qui constitue le fond mobile de la cuvette. On les construit d'ordinaire en po-

(*) a, orifice d'accès ; — b, orifice d'écoulement. — F, liquide recevant les matières et aussitôt remplacé par une couche permanente.

générale.]

ÉL01GNEMEJNT DES IMMONDICES

terie vernissée ou en fonte ; il importe que la courbure n'en soit ni trop ni trop peu prononcée et que la surface intérieure de la paroi soit assez lisse pour favoriser le glissement des matières. Les constructeurs et hygiénistes anglais et américains se sont évertués à se rapprocher de la perfection dans ce genre d'appareils. On en trouvera divers modèles dans l'ouvrage de Buck. Nous empruntons à Morache le dessin (fig. 124) du système Jennings perfectionné, très répandu dans les hôpitaux civils français. Le perfectionnement qui lui fait donner la préférence consiste en ce que ce modèle consomme moins d'eau que le type primitif. Une des grandes faiblesses

Fig. 124. — Water-closet, système Jennings modifié.

des fosses fixes est effectivement de ne pas admettre un large usage de l'eau pour le lavage de la cuvette et la chasse des matières dans le tuyau de chute ; on est forcé de redouter que la fosse se remplisse trop vite et que la vidange devienne trop fréquente. Certains propriétaires de grandes villes interdisent absolument à leurs locataires tout déversement d'eau dans les latrines. Les habitations collectives qui ont conservé ces malencontreux récipients sont obligées de se tenir sur la même réserve. L'on sépare tout d'abord les urinoirs et l'on donne aux urines une direction étrangère à la fosse, comme cela a lieu pour les écoles municipales de Lille ; dans les hôpitaux, les « vidoirs » sont également à part dans le cabinet, et les eaux qu'on y jette ne se dirigent pas à la fosse. La figure 125 reproduit en perspective une de ces dispositions ; c'est à peu près celle qui est pratiquée à l'hôpital Sainte-Eugénie de Lille. On ne peut que se féliciter de cette séparation en ce qui concerne la propreté des sièges et des cabinets ; mais nous verrons qu'avec la suppression des fosses, on peut faire aboutir tous les tuyaux à un collecteur unique.

On trouvait, à Bruxelles, en 1872, dans beaucoup de maisons, le genre

558 DES HABITATIONS PRIVEES ET COLLECTIVES. [Hygiène

de coupe-air représenté dans la figure 126, et qui porte en flamand le nom de sterfput; c'est une pierre de taille cubique de 0m,30 de côté, creusée en forme de cuvette et munie, sur une de ses parois latérales, d'une ouver-

Fig. 125. — Cabinets avec water-closets, urinoirs et vidoirs (perspective).

ture formant fente oblique; l'arête aiguë supérieure et intérieure forme diaphragme plongeant.

Un sterfput moins mauvais que celui-ci est formé d'une cuvette analogue, mais où la fente oblique est remplacée par une ouverture à l'un des bords supérieurs, et dans lequel le diaphragme consiste en une petite dalle placée de champ, à distance de la paroi échancrée, et soutenue par une autre dalle horizontale ; le tout, réuni par du ciment. Ce diaphragme plonge de 0m,02 à 0m,06.

Tous les sterfput pèchent par cette circonstance que la surface liquide, du côté de Tégout (ou de la fosse), est beaucoup moindre que du côté de

générale.]

ÉLOIGNEMENT DES IMMONDICES

la maison ; il en résulte qu'il suffît d'une faible pression pour faire passer tout le liquide dans la partie de la cuvette qui est en rapport avec l'atmosphère de la maison et rendre l'immersion du diaphragme insuffisante.

Diverses maisons de Bruxelles font aboutir le tuyau de chute des latrines, long de 16 à 20 centimèt. et de 30 centimèt. de diamètre, dans un chaudron incliné de façon à ne laisser à l'écoulement des matières que le tiers

Fig. 126.— Sterf put ordinaire, avec immersion de 0m,01, en usage dans les maisons

de Bruxelles.

environ de son bord. Le tuyau, en grès ou en fonte, plonge de 0m,25 à 0m,40. Cette pratique intercepte le retour des gaz de l'égout, mais expose aux obstructions, parce que la chasse de l'eau se brise en arrivant perpendiculairement. Quelques particuliers ont adjoint, au chaudron en bas, un siphon placé immédiatement sous le siège. Dès que l'on a le siphon, le chaudron devient dangereux, parce que l'eau projetée dans la cuvette comprime les gaz contenus dans le tuyau et les fait remonter par le siphon, à moins que le coupe-air du chaudron ne soit de beaucoup le moins efficace des deux. Il n'y a pas de meilleur moyen d'assurer l'infériorité au coupeair d'en bas que de le supprimer.

11 est, de même, inutile d'associer le clapet au siphon, comme il arrive dans certaines latrines de Bruxelles, dites anglaises. En effet, le clapet cesse de couper l'air toutes les fois qu'il s'abaisse et si, dans ce moment, quelque chose empêche les gaz de l'égout et du tuyau de remonter, c'est uniquement le siphon.

2° Les dispositions prises pour donner issue aux gaz des fosses en les détournant de l'habitation constituent la ventilation spéciale des latrines. 11 va sans dire que le cabinet a déjà besoin de fenêtres, tout autant que n'importe quelle pièce, et même davantage ; là, encore, on ouvrira avec un fcoin particulier des orifices de sortie de l'air toutes les fois qu'il existera un système régulier d'appel (hôpitaux). Quelque précaution qui ait été prise, en effet, il n'est pas rare que les gaz de la fosse aient gagné le cabinet et dès lors, sous le rapport de l'infection, celui-ci reprendrait le rôle de la fosse même vis-à-vis des appartements. Mais l'on cherche à ventiler aussi la fosse. Tantôt, on ajuste sur le tuyau de chute, un peu au-dessous du siphon, ou même au bas de la cuvette, en supprimant le siphon (par crainte de l'eau) , un tuyau (d'évent) de même calibre qui s'élève jusque sur le toit; on l'adosse à une cheminée, on l'y fait même déboucher, ou mieux encore, selon le conseil de Pettenkofer, on entretient à son extrémité supérieure un bec de gaz dont la chaleur assure un appel constant. Tantôt, le tuyau d'évent part de la voûte de la fosse (système d'Arcet), tandis que le tuyau de chute des-

DES HABITATIONS PRIVÉES ET COLLECTIVES

[Hygiène

cend perpendiculairement jusqu'au bas ; quand les gaz se développent, ils s'élèvent par leur légèreté dans le tuyau d'évent qui les dissémine par-dessus les toits ; l'air descend au contraire par le tuyau de chute et fait appel de l'air extérieur, par les fenêtres, dans le cabinet. Telle est, au moins, la théorie. Il est probable que les courants sont, en effet, dans le sens prévu, lorsque l'air extérieur est froid, pendant la nuit, par exemple ; de là l'empestement atmosphérique qui prend au nez des Parisiens logés un peu haut, lorsqu'il leur prend envie de respirer l'air du matin par leur fenêtre. Mais dans le jour, par la saison chaude, des courants inverses se produisent fréquemment. D'ailleurs, est-ce bien un avantage que de répandre ces exhalaisons dans l'air même qui entoure immédiatement nos habitations et qui va les y réintroduire? Friedr. Sander conseille l'emploi d'un tube de tôle, assez large, qui, partant delà fosse, va rejoindre dans la cave le tuyau de cheminée des cuisines, prolongé par en bas. Cette méthode peut réussir à extraire les gaz de la fosse, mais on ne voit pas qu'elle les empêche d'envelopper néanmoins la maison.

« La Commission des logements insalubres de Paris a été frappée à diverses reprises des mauvaises odeurs qu'exhalaient les fosses dans un certain nombre de maisons. Ces fosses paraissaient bien construites, les tuyaux de chute étaient bien ajustés et le tuyau d'évent, tel que les arrêtés de police le prescrivent, s'ouvrait à l'intrados de la voûte et débouchait au-dessus des toits. Elle s'est demandé alors jusqu'à quel point on pouvait compter sur les tuyaux d'évent et a institué, dans le but de résoudre la question, des essais et des expériences, sur les maisons particulières et les édifices publics.

« Pour qu'un tuyau d'évent fonctionne, il faut que l'équilibre des gaz soit rompu ; il s'établit alors un courant dans les tuyaux de chute et le tuyau d'évent dans un sens favorable ou défavorable à l'assainissement de la maison.

« Cet équilibre peut être rompu soit par une différence de température entre la fosse et l'air extérieur, soit par une forte baisse barométrique qui détermine dans la fosse un dégagement considérable des gaz délétères. Dans ce dernier cas, assez rare, on a toujours constaté une mauvaise odeur dans les cabinets du rezde-chaussée... Le courant est ascendant dans le tuyau d'évent quand l'air de la fosse et du tuyau a une température supérieure de \ degré et demi à celle de l'air extérieur. Si cette différence de température est en faveur de l'air du dehors, le courant est renversé et, par conséquent, défavorable ; avec un écart plus faible, le tuyau d'évent ne fonctionne dans aucun sens.

« La première condition se présente en hiver et, presque toujours, la nuit ; la seconde, dans les journées d'été. » (Lacoste).

On a essayé de régulariser l'appel du tuyau d'évent par l'entretien d'un bec de gaz en permanence. Ce moyenne laisse pas que d'être délicat et même dangereux. On adosse le tuyau d'évent à une cheminée ; on l'y fait même déboucher à l'intérieur, ce qui expose à une pénétration de l'odeur dans les appartements, par renversement du courant ; dans tous les cas, l'appel par la cheminée est intermittent comme le fonctionnement de la cheminée elle-même. Les appareils de ventilation mécanique, à ressort (Hennezel), ou mus par le vent (avec perte de 75 p. 100 du travail),

générale.]

ÉLOIGNEMENT DES IMMONDICES

sont coûteux ou incertains ; les derniers ne fonctionnent, cela va sans dire, que dans les localités où il vente habituellement.

Désinfection des fosses d'aisances. — Il n'y a, en réalité, aucun moyen de désinfecter, dans le sens médical du mot, ces embarrassants foyers de fermentation putride, qui sont les fosses d'aisances, et c'est là le meilleur argument pour leur suppression.

Mais nous possédons un certain nombre de substances, les désinfectants chimiques, qui ont la propriété, soit d'absorber ou de neutraliser les produits de la putréfaction, soit de suspendre ou d'éteindre le processus fermentatif. Tels sont le chlore et le chlorure de chaux, dont l'ancienne vogue est bien tombée et à juste titre ; le sulfate de fer, toujours très recommandé ; Y acide phénique, que la mode éleva un instant très haut et qui se verra bientôt détrôné par V acide borique ; le sublimé corrosif, Y huile lourde de houille et le goudron; Y acide sulfureux, Y acide sulfurique dilué, la chaux, le charbon de bois, la terre sèche pulvérulente, etc.

Il n'a manqué à aucun de ces agents d'être soutenu par une théorie et même par des expériences de laboratoire. Nous préférons la méthode d'Erismann, qui a traité parles désinfectants en excès les matières mêmes des fosses et a observé ce que celles-ci abandonnaient encore à l'air d'acide carbonique, d'ammoniaque et de substances organiques carbonées, en même temps que la quantité d'oxygène absorbée.

Pour 1 mètre cube de matières de fosses, il a trouvé après 24 heures :

Gaz exhalés.

Oxygène

absorbé.

AzH3

SH

grammes.

— l'acide sulfurique dilué . . .

Le sublimé serait donc le meilleur de tous les désinfectants ; malheureusement, dans les circonstances actuellement envisagées, il est d'un prix inabordable. L'acide sulfurique dilué est impraticable, parce qu'il attaque les pièces en métal et le mortier ou ciment. Nous reparlerons de la terre; mais il est facile de concevoir dès maintenant l'embarras que causerait, dans les villes et pour des latrines fréquentées par un grand nombre d'individus, l'usage de cette substance ainsi que celui du charbon de bois, des cendres, corps très absorbants sauf pour l'ammoniaque, mais iont il faut de très grandes quantités (4 kil. de terre pour 1 lit. d'urine) ; ! kil. pour 1 de matière stercorale), soit 1780 kil. par an pour une personne, leste donc le sulfate de fer ; or, on voit qu'il ne diminue guère que de noitié le poids des gaz qui arrivent dans l'atmosphère. Le sulfate de fer ou vitriol vert, en contact avec l'ammoniaque, lui abanonne son acide, et l'oxydule de fer libre forme du sulfure de fer avec hydrogène sulfuré. Ou bien encore il s'oxyde à l'air et détruit les com-

Ahnould. — Hygiène. 36

DES HABITATIONS PRIVÉES ET COLLECTIVES

[Hygiène

binaisons peu stables. Or, l'oxydule, devenant de l'hydrate d'oxyde de fer, agit de nouveau sur l'hydrogène sulfuré, empruntant de l'oxygène aux combinaisons organiques les plus stables, de façon à régénérer du sulfate de fer, qui recommence la série des effets. C'est donc un désinfectant perpétuel (Kuhlmann), auquel les germes échappent difficilement. Pettenkofer et la conférence du choléra, de Weimar (1867), l'ont recommandé. Griesinger, Kiïhne, Virchow, lui sont au contraire hostiles. Le premier effet de cet agent est d'augmenter la mauvaise odeur en rendant libres, par son union avec l'ammoniaque (sulfure d'ammonium), les acides butyrique, valérianique, etc. Gomme second effet, il opère la désodoration. Plus tard, les mauvaises odeurs peuvent reparaître. Il a l'avantage de n'être pas coûteux. On se sert d'ailleurs d'un sel très impur et même de pyrolignite de fer. On ne cite pas d'épidémie de choléra, de typhus ou de fièvre typhoïde qu'il ait jamais arrêtée dans ses progrès, non plus que d'autres désinfectants ; néanmoins, le mérite de diminuer de moitié les gaz des fosses est précieux dans quelques cas, par exemple dans la vidange des cloaques vastes et où les matières ont croupi ; on devrait toujours l'employer lorsqu'il y a à craindre l'asphyxie des ouvriers. On néglige souvent cette précaution parce que les agriculteurs, paraît-il, n'acceptent plus volontiers les matières traitées par ce sel. Les règlements militaires (1855) en ont recommandé l'emploi ; le conseil est souvent oublié ; mais qu'est-ce qui pourrait lutter contre ces abominables latrines à la turque dont la plupart de nos casernes sont encore affligées ?

Le sulfate de zinc est un bon désinfectant, n'était que son prix le range dans la même catégorie que le sublimé. Il est néanmoins prescrit, à Paris, de l'employer à la désinfection des fosses, préalablement à la vidange.

La chaux absorbe GO et décompose SH, en accaparant le soufre ; mais il en faut d'assez grandes quantités, 1 volume pour 3 d'urine, par exemple.

Il fut un moment où l'on put croire que nous possédions, dans l'acide phénique, un agent de salubrité universel. Vacide phénique ou carbolique, plus lourd que l'eau, de consistance huileuse, incolore, répandant une forte odeur de créosote, estobtenu de la distillation du goudron de houille. L'acide crésylique, qui provient de la même opération, la créosote, sont doués de propriétés pareilles à celles de l'acide phénique. On a pensé qu'il s'agissait d'une sorte d'action spécifique ; les solutions d'acide phénique au centième, en effet, ne prennent pas l'oxygène à ses combinaisons, ne coagulent pas l'albumine, et cependant arrêtent la vitalité des micro-organismes (Grookes). Quand on verse cette solution sur de la levûre de bière, et qu'on lave ensuite cette levûre à l'eau, elle cesse de pouvoir faire fermenter les liquides sucrés bien que, sous le microscope, ses cellules n'aient pas changé d'aspect. (Les fermentations qui ne sont pas duesà desferments figurés, telles que la décomposition de l'amidon par la diastase, ne sont pas influencées par l'acide phénique.) Letheby, à Londres, recommandait ce corps à titre de désinfectant exclusif pour les fosses d'aisances (pur ou au 20e), pour les urinoirs, les égouts, les rues (au 2000e). Parkes a répété

générale.]

ÉLOIGNEMENT DES IMMONDICES

cette prescription. On sait quel rôle Lister attribuait à l'acide phénique dans le pansement des plaies. A l'heure qu'il est, bien qu'il soit inutile de contester les services rendus par l'acide phénique, il semble bien que la mode ait considérablement contribué à ses succès de quelques années. Le vent a tourné en faveur de l'acide salicylique (assez cher : 35 fr. le kilog.) et de l'acide borique, qui n'ont pas de chances de devenir, l'un ou l'autre, d'un emploi général pour la désinfection en grand.

Le docteur Emery-Desbrousses attache une grande importance, comme moyen de désinfection des fosses et des égouts, à V hydrocarbure phénique, connu sous le nom d'huile lourde de houille, également dérivé du goudron de houille par distillation (entre 200 et 300 degrés). Outre l'effet ordinaire d'embaumement, cet agent paraît jouir d'une sorte d'action mécanique ; l'huile, en formant une couche mince à la surface des matières de la fosse, empêche à la fois l'accès de l'air et l'issue des gaz, par conséquent fait obstacle matériel à la fermentation. L'auteur de ces observations compare sous le rapport de la fièvre typhoïde les deux années 1876 et 4 877, pendant lesquelles la garnison de Gaen ignorait l'usage de l'huile lourde, avec les deux années suivantes, 1878 et 1879, qui furent marquées par l'introduction et la pratique de ce désinfectant ; il constate :

| 1876 284 cas 36 décès.

Ce court tableau suffit à faire voir que la poussée épidémique diminuait spontanément en 1877, sans que l'huile lourde y ait été pour rien ; et que ce désinfectant n'a point supprimé la fièvre typhoïde (en 1879) après deux années d'application. Il en est de même de beaucoup d'autres et nous verrions avec plaisir que la suppression des fosses fixes et des latrines à la turque dans nos casernes dispensât les médecins de l'armée de se mettre en frais d'imagination pour lutter contre les foyers débordants de putréfaction que la routine entretient dans les plus intéressantes des habitations collectives.

Un certain nombre de désinfectants composés, portant le nom de leurs inventeurs (désinfectant Pétri, Suvern, Saint-Luc, etc.), et quelquefois tenus secrets, ne sont autre chose qu'un mélange de plusieurs des corps dont il vient d'être question. Le mélange Suvern, qui a obtenu quelque vogue en Allemagne, est fait avec un boisseau de chaux éteinte et amenée à l'état de bouillie, dans lequel on ajoute en remuant la masse 5 kilogrammes de goudron de houille, puis 7 kil. 50 de chlorure de magnésie dissous dans l'eau chaude. L'inventeur avait la prétention , outre la désinfection à assurer, d'obtenir par ce liquide un précipité très riche comme engrais et utilisable pour l'agriculture. 11 paraît que cette espérance ne se réalise pas. Le procédé a échoué à Berlin en particulier.

Vidange des fosses. — Le moment auquel on ne voulait pas songer est venu ; après un temps plus ou moins long de quiétude imprudente, on a des

564 DES HABITATIONS PRIVÉES ET COLLECTIVES. [Hygiène

preuves certaines que le récipient des matières fécales est comble ; peutêtre même déborde-t-il. Il faut s'exécuter, soulever lecouvercle de la fosse et extraire cette masse putride, menaçante, pour l'éloigner enfin, définitivement, de la maison.

Il existe pour le faire d'assez nombreux procédés ; les plus parfaits ne sont peut-être qu'une grande atténuation des inconvénients de cette opération.

Le procédé primitif, avec le seau à main, est simplement horrible. Outre les dangers qu'il fait plus immédiatement courir aux ouvriers, c'est celuilà qui répand dans la maison et dans la rue, de la façon la plus prolongée, les odeurs les plus intenses. Il est resté en honneur dans plusieurs villes de l'étranger et de France, particulièrement à Lille, où il fait une concurrence victorieuse aux compagnies de « vidanges inodores ».

A peu près toute l'année, mais surtout au printemps et en automne, la cité est sillonnée entre 6 et 8 heures du matin de chariots rustiques, chargés de tonneaux dans le flanc desquels un trou carré est obturé avec une touffe de paille ; deux hommes apportent chacun de ces tonneaux successivement auprès de l'ouverture de la fosse ; on puise dans celle-ci avec des seaux dont on remplit les tonneaux ; chaque fût plein est reporté sur la voiture, plus ou moins souillé des mêmes matières qu'il renferme dans ses douves. C'est un rude instant à passer pour les habitants de la maison et les voisins, et même pour quiconque, ayant des occupations matinales, est obligé d'être dans la rue à ces heures-là. On ne s'en plaint pourtant pas trop dans Lille ; la population paraît être familiarisée avec ces objets et ces senteurs. Le conseil de salubrité local lui-même a failli préférer, pour l'hôpital Sainte-Eugénie, les fosses fixes (étanches, bien entendu) à toute autre méthode; ce qui n'est pas moins remarquable, le gouvernement a récompensé le rapport qui formulait ces conclusions et un journal d'hygiène fort sérieux ne l'a pas trouvé étonnant de la part d'un Conseil dont il est vrai, d'ailleurs, que « l'éloge n'est plus à faire ».

On pourrait user d'indulgence envers ce procédé, s'il était démontré qu'il n'est rien de plus que fétide, quoique ce soit déjà attenter gravement à de certaines organisations. Mais qui dira que ces émanations, qui font tourner la bière et empuantissent le lait, sont aussi inoffensives pour l'économie humaine que révoltantes pour l'odorat ? Sander croit avoir remarqué que le lait ainsi infecté contribue à multiplier les cas de diarrhée infantile. Or, à ces heures de vidanges matinales, les porteurs de lait à domicile se croisent précisément avec les chars qui emportent à la campagne leur récolte excrémentitielle. J'accorde que l'agriculture y trouve un riche aliment et qu'elle est d'ailleurs digne de tout notre intérêt ; mais n'intervertissons pas l'ordre des choses et ne commençons pas par empoisonner les humains pour pouvoir leur offrir du pain ensuite.

Que l'on n'argue pas du peu de danger qu'offrent les matières dites fraîches et des garanties que procureraient précisément les vidanges fréquentes, répétées deux ou trois fois l'an. On ne sait pas bien à quel degré de putréfaction les excréments sont positivement dangereux et il faut se

générale.' ÉLOIGNEMENT DES IMMONDICES. 565

rappeler que la fermentation commence dans l'intestin même. Des hygiénistes anglais estiment, en conséquence, que les fosses fixes ne devraient être tolérées que sous la condition d'une vidange hebdomadaire. Il est apparent que ce serait déjà un fléau substitué à un autre. Pourtant, ces limites paraissent encore trop étendues à quelques autres, et, logiquement, ce n'est pas être trop exigeant que de réclamer l'enlèvement journalier des matières fécales. Nous voilà conduit à la suppression des fosses fixes et à leur remplacement par les « fosses mobiles ».

Les règlements municipaux d'à peu près toutes les villes prescrivent d'exécuter pendant la nuit les opérations de la vidange, surtout celles qui relèvent du procédé indécent et insalubre de la vidange au seau. C'est épargner les yeux, mais l'hygiène n'y gagne rien. Pour un peu, je regretterais nettement cette prescription. Y a-t-il rien d'odieux comme d'être réveillé par la trépidation du sol sous le passage de ces lourdes voitures, occupant seules la rue et remplissant le silence de la nuit ; par le hennissement des chevaux et les jurons des ouvriers, à qui personne n'a commandé de ménager le repos de ceux dont ce n'est pas le métier d'être à l'ouvrage à cette heure? On ne voit rien, sans doute, mais l'imagination achève trop aisément ce que les oreilles entendent. Si l'opération a lieu dans la maison ou à son voisinage, il n'est même pas besoin d'interpréter le bruit; l'odeur envahit la pièce et, au besoin, réveille les dormeurs par l'impression qu'elle cause sur les sens ; c'est un réel supplice, sinon un danger, que d'être dans son lit sous une pareille atmosphère. Au moins, en plein jour, on peut fuir, ne pas franchir le point de la rue où stationnent les voitures, ou passer très rapidement..., et l'on restera assuré du repos nocturne.

11 semble qu'à notre époque, partout où des raisons plus ou moins plausibles, mais acceptées comme valables par les administrations, font conserver la vieille coutume des fosses fixes, il ne devrait être admis d'autre système de vidange de ces réservoirs (hors le cas de désinfection à la terre) que la vidange par aspiration, qu'il est possible de rendre inodore et de pratiquer à toute heure. Pettenkofer loue ce procédé. L'industrie a trouvé un assez grand nombre d'appareils pour sa réalisation ; elle vient, pour ainsi dire, au devant des habitants et il est vraiment étonnant que ses services, si précieux en pareil cas, ne soient pas acceptés avec plus d'empressement. 11 existe, à Lille, une compagnie de vidanges gratuites par aspiration ; elle a peine à trouver des clients.

La vidange par aspiration se fait, soit à l'aide d'appareils mobiles, applicables à chaque maison en particulier, soit au moyen d'une aspiration centrale s'exerçant sur plusieurs maisons à la fois. Dans ce dernier cas, il n'y a plus, à vrai dire, de fosses fixes pour chaque maison, mais des réservoirs de rue. C'est le système pneumatique du capitaine Liernur, sur lequel nous devrons nous arrêter avec quelques détails.

Les appareils mobiles ne sont, essentiellement, que des pompes aspirantes. Un tonneau très solide, en bois ou en métal, d'assez grandes dimensions, est transporté sur roues à proximité de la fosse à vidanges,

DES HABITATIONS PRIVÉES ET COLLECTIVES

[Hygiène

avec laquelle on le met en rapport par des tuyaux imperméables ; il s'agit de faire passer par aspiration le contenu de la fosse dans le tonneau mobile.

L'aspiration a lieu : ou bien par des tonnes dans lesquelles on a préalablement fait le vide à l'usine même ; ou bien, à l'aide d'une pompe à bras, annexée à l'appareil transportable ; ou enfin, par une petite machine à vapeur locomobile. La figure 127, empruntée à Alb. Buck, reproduit un type du Tunk-system, muni d'une pompe de l'invention de Painter et Keizer (à Baltimore). Les tuyaux de ces machines sont en caoutchouc et de i décimètre de diamètre ; ils doivent pouvoir être aisément obturés pour éviter toute déperdition de gaz ou de liquides quand on les démonte après l'opération terminée. Il est indispensable que le tonneau (tank) porte une

Fig. 127. — Appareil à vidanges inodores (Tank-system).

jauge automatique, indiquant à chaque instant le degré de réplétion du réservoir, afin de ne pas s'exposer à y produire un trop-plein. En outre, partout où il peut s'effectuer un dégagement de gaz, on doit avoir installé un petit fourneau qui les brûle au passage. Cette disposition se voit à la partie supérieure du tonneau, dans la figure précédente, et sur deux points de l'appareil à barils (Barrel-syslem), représenté dans la figure 128. Celui-ci' a sur l'autre cet avantage, que les matières enfermées dans ces barils peuvent aisément être transportées à distance, par eau, par chemin de fer, ou autrement, dans l'intérêt de l'agriculture.

Depuis quelque temps, on rencontre dans les rues de Lille des tonneaux sur roues, élégamment peints, précédés d'une coquette petite machine à vapeur, que l'on affecte de faire fonctionner en plein midi. Les tuyaux, qui mettent en communication la fosse et le récipient, portent dans la partie qui repose sur le trottoir un segment en verre, imité en grand du petit tube

générale.]

ÉLOIGNEMENT DES IMMONDICES

de cristal dont sont munis les tuyaux d'aspiration pour thoracentèse. Les passants s'arrêtent naturellement et peuvent être frappés que l'on voie les matières sans les sentir. Une fois par hasard, la réclame est intelligente et de but absolument louable. L'inscription qu'on lit sur le récipient porte : Système Talard.

Bordeaux fait faire ses vidanges par le système hydro-barométrique ; de grandes tonnes en fer, dans lesquelles on a fait le vide à l'usine, sont amenées sur des voitures jusqu'au voisinage de la fosse à vider ; on établit la communication de la tonne à la fosse à l'aide d'un tuyau, on ouvre un robinet et les matières se précipitent dans la tonne vide. Il y a de l'odeur au moment de l'adaptation du tuyau; mais il est possible d'y obvier en laissant

dans la fosse un tube à demeure, dont le raccord au tuyau de la compagnie est rapide, lorsque le moment en est venu. D'ailleurs, la ville a fait murer toutes les' communications des fosses avec l'égout ; les matières sont transportées dans un vaste émissaire qui se déverse dans la Gironde.

Vidange pneumatique par le système Liernur. — Si l'on pouvait enlever tous les jours les matières fécales de chaque habitation par un procédé qui épargnât à la vue, à l'odorat et en somme à l'atmosphère les inconvénients de l'opération, par exemple en l'accomplissant par aspiration souterraine, il semble que les fosses fixes et leurs « nuisances » se réduiraient à un minimum supportable et, même, que les fosses fixes particulières seraient aisément supprimées, les matières se rendant, sans intermédiaire, du tuyau de chute dans le réservoir où l'aspiration les amènerait. Obtenir un pareil résultat serait évidemment d'un grand prix pour les villes en pays plat, absolument sans pente, dans lesquelles l'usage des canaux souterrains pour l'éloignement des immondices est un problème difficile à résoudre, et la chasse d'eau nécessaire, une source de complications et une lourde charge financière. 11 y a des cités qui conservent les fosses fixes et la

DES HABITATIONS PRIVÉES ET COLLECTIVES

[Hygiène

vidange au seau par routine et qui abritent leur fidélité à cette vieille et fétide coutume derrière le prétexte du défaut de pente des égouts, bien qu'à leurs portes l'industrie ait trouvé le moyen de faire circuler des masses d'eau pour les besoins de son activité ; Lille paraît être dans ce cas. Mais il en va autrement des villes de la Hollande, bâties sur un sol non-seulement plat, mais souvent au-dessous du niveau de la mer. C'est, apparemment, en vue des conditions spéciales à son pays que l'ingénieur hollandais Liernur, ancien capitaine du génie au service des États-Unis, a imaginé le procédé qui porte son nom et qui, à défaut d'autre mérite, a du moins à un haut degré celui de faire du bruit et de susciter les opinions et les jugements les plus contradictoires et, l'on peut dire, les plus passionnés.

Le système Liernur consiste essentiellement à créer une sorte de fosse fixe, étanche, et commune à tout un groupe de maisons, dans laquelle, à l'aide de la raréfaction mécanique de l'air, des tuyaux également étanches apportent les matières confiées à chaque cabinet de maison, en supprimant la fosse particulière. Les matières, reprises dans le réservoir de chaque groupe par le même mécanisme, arrivent dans un réservoir terminal, où on les traite de différentes façons pour s'en débarrasser le plus aisément et en faire bénéficier le plus possible l'agriculture.

Dans les détails, le mécanisme s'est modifié à différentes reprises, soit pour donner satisfaction à des critiques, soit pour combler des lacunes réelles et reconnues par l'auteur lui-même. Nous emprunterons les indications qui vont suivre à l'une des publications favorables au système, les plus récentes, et à laquelle Liernur en personne a participé. Elle a suivi de près le congrès d'Amsterdam, en septembre 1879, dont la réunion devait nécessairement ramener les esprits vers l'appréciation de la vidange pneumatique ; on était dans la patrie de la méthode et dans une ville qui fut des premières et qui est des plus appropriées à en recevoir l'application.

Mais, voici d'abord et pour comparaison ce qui se passait en 1873. En mai (1873), Reinhard et Merbach, envoyés par le gouvernement saxon, ont visité les installations du capitaine Liernur à Amsterdam et à Leyde, et constaté ce qui suit :

A Amsterdam, 8 hectares occupés par 4,000 habitants étaient canalisés en vue de la vidange pneumatique. Les latrines sont situées en dehors du bâtiment d'habitation, mais appliquées contre lui ; les cuvettes des cabinets communiquent par des branchements souterrains, de fonte, avec le canal de la rue, qui vient s'aboucher dans un réservoir de tôle hermétiquement clos et placé au-dessous du sol, à l'extrémité de la rue. A côté du réservoir se trouvent une machine locomobile portant une pompe pneumatique et un tender-chaudière, également monté sur roues. Locomobile et lender sont amenés sur place par des chevaux. Pour opérer la vidange, ce qui a lieu trois fois par semaine, un tuyau de caoutchouc met en communication le réservoir avec la machine pneumatique. L'air aspiré du réservoir passe dans le foyer de la chaudière qui en brûle les parties odorantes. Lorsque le manomètre indique une raréfaction suffisante dans le réservoir, on ouvre le robinet qui sépare ce dernier de la conduite de la rue, et aussitôt le contenu de toutes les latrines du groupe de maisons afflue dans le réservoir par le réseau de canaux. Puis, de la môme façon, on fait communiquer le tender d'une part avec

générale.]

ÉLOIGNEMENT DES IMMONDICES

la locomobile, c'est-à-dire avec la pompe, de l'autre avec le réservoir. Le vide une fois fait dans la chaudière, les matières y sont aspirées (0. Du Mesnil).

L'opération marche rapidement, sans incommoder le voisinage, sauf l'odeur qui en trahit la nature au moment où l'on dévisse les tuyaux. Des grilles ou des tiges de fer convenablement disposées arrêtent les corps volumineux qui auraient pu pénétrer avec les matières, ou permettent de les retirer. Les tenders remplis de vidanges versent leur contenu, toujours par aspiration, dans un va?te réservoir hermétiquement clos, élevé sur un soubassement en maçonnerie, et qui est muni de robinets par lesquels on remplit des tonneaux à pétrole qu'un navire transporte à la mer de Harlem, où les matières sont utilisées par l'agriculture.

A Leyde, qui la première en Hollande a appliqué la vidange pneumatique, la pompe à air, la machine à vapeur, le réservoir souterrain central et enfin le grand réservoir sur maçonnerie, sont tous contenus dans une maisonnette située sur le canal voisin. Le réservoir de la rue est muni de plusieurs robinets au niveau du pavé. Après avoir enlevé la plaque de fer qui les protège, le vidangeur place sur l'un d'eux un manomètre, et renseigné sur le degré de raréfaction de l'air, il établit alternativement une communication du réservoir avec les canaux conduisant aux latrines et avec le tuyau qui aboutit à la station centrale. Les matières sont également transportées dans des tonneaux sur les polders de Harlem.

Dans les cabinets, les cuvettes sont en pierre ; leur orifice inférieur est muni d'un siphon qui sépare l'air du tuyau de chute de celui du cabinet, mais en conservant une certaine quantité d'excréments en place d'obturation hydraulique ; car il ne doit pas être versé d'eau dans les latrines auxquelles ce système est appliqué. Le tuyau de chute a 11 centimètres de diamètre ; il se termine, après un trajet descendant vertical et une courbure siphoïde, dans un branchement latéral aboutissant à la conduite de la voie publique.

Le système « différentiateur » actuel, "de Liernur, sépare absolument les tubes souterrains, destinés aux matières fécales, des tuyaux plus considérables (fig. 129) qui doivent donner passage aux eaux pluviales, industrielles, ménagères, et même aux eaux du sous-sol s'il y a lieu. Il dispose tout, évier des cuisines, bouches d'égout pour l'entrée des eaux pluviales, de manière à interdire l'accès des tuyaux dè circulation liquide à toute ordure de quelque volume, à la boue, aux balayures; le filtrage de leurs eaux est imposé aux industriels . De telle sorte que le liquide charrié par les égouts proprement dits est à peine souillé et peut être versé sans crainte dans les cours d'eau. Il n'y a pas à se préoccuper beaucoup de la pente des canaux, puisque ces eaux ne sont pas sales; d'ailleurs, on utilise l'eau de pluie pour le lavage de ces égouts à l'aide d'un injecieur (fig. 130).

L'autre système de canaux, celui qui aboutit au réservoir de rue et sur lequel s'exerce l'action aspiratrice, ne doit recevoir que les fœces et les urines. 11 est en tuyaux de fonte et transporte une masse encore suffisamment liquide, contenant une partie de matière sèche sur 12 à 15 parties d'eau. Dans leur parcours souterrain, ces tubes sont plusieurs fois infléchis en siphon (fig. 131) ; cette disposition assure mieux la vidange complète par aspiration. Les tuyaux de chute de chaque latrine se réunissent en « tuyaux de rue », ceux-ci aboutissent à un « réservoir de rue », qui est lui-même relié à l'usine, située hors de la ville, par un « conduit expéditionnaire ».

570 DES HABITATIONS PRIVÉES ET COLLECTIVES. [Hygiène

Les pompes sont à vapeur. Le vide est fait directement dans les réservoirs de rue, pendant que des robinets dont sont armés les tuyaux de rue suspendent leur Communication avec le réservoir. Au moment convenable, un ouvrier tourne successivement ces robinets et les matières des latrines correspondant à chaque tuyau se précipitent dans le réservoir de rue. Pour vider

Fig. 129. — Système différentiateur. Coupe en travers. Fig. 130. — Coupe longitudi-

— Égout de rue (*). nale. Injecteur oVègout.

celui-ci, on fait le vide dans un conduit latéral qui communique avec le conduit expéditionnaire ; puis, on interrompt cette communication et l'on ouvre le robinet qui évacue le conduit expéditionnaire dans le réservoir.

Les cabinets et sièges à cuvette ordinaire peuvent s'adapter au système Liernur, pourvu qu'il y ait au bas de la cuvette un siphon ou un coupe-air.

Fig. 131. — Schéma d'un embranchement (**).

Il faut seulement ne pas oublier que le système hollandais exclut l'emploi de l'eau comme obturateur et même comme moyen de lavage. Les partisans du procédé prétendent, avec raison à ce point de vue, que les matières pâteuses obturent beaucoup mieux qu'un liquide ténu. Mais l'inventeur n'accepte la responsabilité du fonctionnement de sa méthode qu'autant que l'on y aura joint les sièges et urinoirs qu'il a imaginés tout exprès.

(*) La ligne ponctuée indique le niveau des caves.

("*) A gauche, tuyau de chute; en bas, tuyau latéraL débouchant dans le tuyau principal.

générale.]

ÉLOIGNEMENT DES IMMONDICES

Le « siège pneumatique » se distingue « par la direction verticale de la paroi postérieure de l'entonnoir » ; on pense qu'ainsi les matières fécales

Fig. 132. — Closet à air. Modèle avec rehaussement du siège. Coupe verticale (*).

ne la saliront pas (il ne faut pas d'eau

' ïï

art

Fig. 133. — Closet à air (**).

fisamment par l'urine qui s'échappe

, la paroi antérieure étant lavée suf-

Fig. 134. — Closet à air. Modèle sans rehaussement du siège (***).

moment de la défécation. — On

(*) a, devant de l'extrémité supérieure de l'entonnoir; b, tuyau de chute; c, tuyau de communication; d, tuyau de débordement; e, poids obturateur. (**) Le gros tuyau est le tuyau de chute; le petit, le tuyau ventilateur.

{**") a, tuyaux de ventilation du réservoir; b, tuyaux de ventilation du réservoir; c, réservoir; d, tuyau de chute ; e, temps de débordement.

DES HABITATIONS PRIVÉES ET COLLECTIVES

[Hygiène

sait partout que d'ordinaire le premier de ces actes précède l'autre. — « Cet entonnoir est garni à sa partie supérieure d'une cuvette intérieure très courte (fîg. 133), qui est séparée du premier par un espace de 2 centimètres ; cet espace est muni d'un tuyau ventilateur qui s'ouvre autant que possible dans une cheminée, ou qui dépasse le toit et porte alors un aspirateur de Wolpert. Le siphon enfin aboutit à un tuyau de chute vertical, qui relie les différents « closets » de la maison, dépasse également le toit et est muni d'un aspirateur de Wolpert. En outre, M. Liernur a donné un modèle de cuvette d'urinoir qui réduit autant que possible la surface mouillée par l'urine, et qui force les personnes à ne se servir que de cette surface limitée; on n'a donc pas besoin d'eau pour le laver. » (Van Overbeek de Meijer.)

Les matières ne passent du siphon sous la cuvette dans le tuyau de chute que par débordement et non par action pneumatique ; quand l'aspiration a lieu, la pression se fait par l'air du tuyau de chute et sur les matières déjà tombées en bas de celui-ci. Pour les délicats à qui l'obturation fécale déplairait, l'inventeur ménage un flacon d'eau de senteur qui envoie automatiquement un jet parfumé dans la cuvette, quand le visiteur se relève du siège. Enfin, il a construit des modèles « avec rehaussement du siège » (fig. 132), ou sans rehaussement (fig. 134), fort ingénieux et qui ont pour effet d'éloigner notablement la matière stercorale obturante des yeux du visiteur, mais surtout d'empêcher de jeter de l'eau dans la cuvette ; en effet, dans ces nouveaux closets à air, les matières ne se vident plus dans le tuyau de chute par le débordement du siphon; elles sont forcées d'attendre l'action pneumatique, s'emmagasinent, s'accumulent, et si quelque serviteur étourdi s'avise de projeter dans la lunette un excès d'eau sale, eau de toilette, urine des vases de nuit, il en est puni par le débordement des matières, de l'entonnoir dans le cabinet ! L'avertissement est sévère, mais malpropre.

Nous ne nous occuperons pas ici de l'utilisation des matières fécales comme engrais, prévue par Liernur et offerte aux municipalités comme un gain réel et une séduction décisive. Cet aspect du système est au moins aussi contesté que le reste et, assurément, n'intéresse qu'indirectement l'hygiène. La propreté des villes est un gain positif en ce qu'elle élève la santé et la vigueur des habitants, qui travaillent et produisent ; mais nous n'allons pas jusqu'à prétendre qu'elle fasse d'abord affluer des fonds à la caisse municipale. On ne demande pas aux villes, a dit un hygiéniste, ce que leur rapporte l'entretien des sergents de ville ou des sapeurs-pompiers.

Le mémoire de Van Overbeek de Meijer, auquel nous avons emprunté les détails qui précèdent, a provoqué une réplique de Durand-Claye, qui s'appuie sur une véritable enquête, et qui, malheureusement, condamne d'une façon presque complète le système Liernur, même perfectionné. On comprend sans peine que les préoccupations légitimes auxquelles donne lieu l'influence des égouts, à titre de canaux d'évacuation des immondices, aient inspiré quelque intérêt pour la vidange pneumatique à des hygiénistes de premier ordre. Mais, en vérité, les témoignages sont accablants et l'épi-

générale.]

ÉLOIGNE MENT DES IMMONDICES

thète de «jouet dispendieux », infligée au système Liernur par les commissaires anglais du Local government Board, paraît un euphémisme auprès des accusations articulées en maint endroit et qui paraissent trop justifiées.

La méthode s'est étendue à Amsterdam, surtout par la volonté de l'administration municipale et, sans doute aussi, parce que l'on a cru pouvoir retirer le bénéfice des premiers frais en en faisant d'autres : il y aura incessamment 25,000 habitants de cette ville astreints à user du procédé. Mais il existe des preuves que, là même où Liernur a multiplié ses perfectionnements, on est loin d'en être satisfait (général Delprat). Dordrecht et Leyde ne demanderaient pas mieux que d'en être débarrassées; Rotterdam et La Haye n'en ont pas voulu. Rawlinson (Rob.), Glare Sevel Read, Smith (S.-J .), inspecteur du Local government Board, l'ont formellement repoussé d'Angleterre. Durand-Glaye estime qu'à Paris il exigerait une dépense de première installation de 50,000,000 de francs et une dépense annuelle de 10,000,000, au très bas mot, pour donner des résultats très inférieurs à 1 éloignement des immondices par canalisation. Il n'a obtenu aucun succès aux États-Unis, malgré une active propagande (William Ford). En Allemagne, il a été essayé à Prague dès les débuts (1868), à Hanau, à Briinn, à Olmùtz, et n'a pas tardé à soulever les plus vives contradictions. Yirchow pensa d'abord que le système méritait d'être mis à l'épreuve et le surprit plus tard en flagrant délit d'impuissance ; Pappenheim le suspecta dès les premiers moments; Hobrecht (Berlin) le condamna d'abord, tandis que Yolger et Glockner s'en faisaient les protecteurs. Il y eut des commissions nommées à Berlin et à Francfort-sur-Mein pour procéder à des expertises ; Liernur, en homme convaincu, s'installa bravement dans cette dernière ville pour être au fort de la mêlée. Il ne paraît pas qu'il ait gagné son procès, car le système ne prend pas d'extension de ce côté et les récents travaux de Sander, de Varrentrapp, lui sont nettement hostiles.

Nous ne prendrons point parti, n'ayant jamais vu la méthode à l'œuvre, dans cette question très considérable puisqu'il s'agit d'installations générales, intéressant hautement les finances des villes. Mais il nous semble, même en lisant la description des partisans déclarés du système, qu'ils ne possèdent pas un sentiment très développé du besoin de propreté intérieure ; on a de grandes chances de rester sale, quand on a tant horreur de l'eau.

Fosses fixes avec séparation des gaz. Système Schleh. — Ge système, auquel Wiel et Gnehm consacrent quelques lignes et une figure, reproduite cidessous (fig. 135;, mérite une mention.

Il adopte un réservoir de grandes dimensions et que l'inventeur prétend être absolument étanche (naturellement), parce qu'il est en fer revêtu d'asphalte. La vidange s'opère par aspiration, en adaptant le tube de la pompe aspiratrice au tuyau p, fermé à vis à son extrémité libre et qui plonge par l'autre jusqu'au fond du réservoir d. L'extrémité libre émerge du mur de la maison en un point choisi de telle sorte que l'opération de la vidange passe presque inaperçue des habitants. On peut évidemment installer cette fosse perfectionnée dans une vieille maison, qui ne possède pas

574 DES HABITATIONS PRIVÉES ET COLLECTIVES. [Hygiène

de rapports avec la canalisation générale de la ville. Mais ce ne sont pas ces avantages modestes, ni ce dispositif, qui caractérisent surtout le système. L'idée originale dont il cherche la réalisation est celle de la séparation des gaz putrides d'avec la masse excrémentitielle, de façon à épargner les

Fig. 135. — Fosse fixe avec séparation des gaz (Schleh)

mesures de ventilation, les risques encourus par l'air, et à rendre plus aisément maniables les matières privées des produits gazeux de fermentation. Pour arriver à ce but, on a renforcé les appareils mécaniques d'obturation, couvercle à la cuvette e, diaphragmes à immersion (coupe-air) sous l'entonnoir et au bas du tuyau de chute a, aboutissant à un récipient en fer b, qui se vide par débordement. Les gaz qui se produisent dans la fosse, arrêtés à ces voies de retour, trouvent ouvert le tube e, qui les conduit dans les vases y, y ; le premier de ces vases renferme du sulfate de fer ou un sel manganique et retient l'ammoniaque et l'hydrogène sulfuré; le second, qui contient de l'acide sulfurique, décompose les gaz organiques carburés,

générale.] ÉLOIGNEMENT DES IMMONDICES. 575

les acides gras ; l'acide carbonique qui résulte de cette action s'échappe par le tube prolongé jusqu'à une cheminée ou jusque sur le toit. Nous ne connaissons pas d'application de ce système ingénieux; il se pourrait que la pratique ne remplît pas les promesses de la théorie.

Vidange à sec. Earth-closet. — Ceux des procédés de vidange à sec qui méritent l'attention la plus sérieuse emploient en réalité les fosses mobiles, complément naturel du système. Mais cet auxiliaire précieux n'est pas indispensable; la vidange à sec est possible dans les fosses fixes et, probablement, a été essayée d'abord sur ces sortes de récipients. Eulenberg décrit un système constitué par deux fosses accolées ; dans ia première tombent les excréments ; dans la seconde se trouve un mélange désinfectant : chacune d'elles est divisée inégalement dans sa profondeur par une voûte poreuse ou simplement grillée et le bas de la cloison verticale est également grillé. La partie liquide des matières filtre de la première en passant dans la seconde, d'où elle s'échappe par la partie supérieure; la masse solide restante est vidangée à la pelle (!). Voilà, certes, une méthode peu séduisante. Mais que l'on ait projeté par intervalle de la terre sèche ou des cendres dans la pâte fécale de la première fosse, et l'on aura certainement une masse désinfectée, tout au moins maniable, s'il est dit qu'on doive l'extraire par le procédé très primitif qui est indiqué.

De même, pourrait-on traiter par la terre sèche les fosses d'aisances des maisons de village, où la vidange est toujours pratiquée selon le mode le plus grossier, et opérer sur le dépôt excrémentitiel à peu près comme sur du terreau. Dans les villes, on n'a pas toujours aisément de la terre à sa disposition, et les cendres de chaque maison ne sont pas abondantes ; néanmoins, la méthode sera bonne encore là où Ton aura le moyen de l'appliquer. En Belgique, en Hollande, en Angleterre, c'est la coutume de jeter chaque matin les cendres dans les fosses d'aisances. A Hull, 30,000 maisons le font systématiquement.

Dans un mémoire qui renferme à la fois une critique très étendue et des observations personnelles, Yallin rappelle que le traitement des excréments humains par la terre est, de très vieille date, une pratique des camps ; elle convenait au mieux aux pays ensoleillés et secs que traversaient les tribus de Moïse, car la terre du désert, au point de vue de la dessiccation, est toute préparée. C'est sous des latitudes analogues et dans l'oasis algérienne de Biskra qu'un médecin militaire français, Fée, a repris récemment ce mode d'assainissement des latrines de troupes et obtenu de remarquables succès.

D'ailleurs, s'il n'y a pas lieu de disputer au révérend H. Moule l'honneur d'avoirdonné sonnomàun systèmequ'il abien étudié et qui en valaitlapeine, il est bon de savoir que, plus de trente ans avant ses essais, les agriculteurs français Ghaptal, Philippe de Ré, Salmon et Payen, Maxime Paulet, etc., avaient fait connaître avec détail le parti que l'on peut tirer du traitement des fœces par la terre sèche ; à la vérité, il s'agissait d'engrais humain, et les intérêts de l'agriculture étaient en jeu plus que ceux de la salubrité.

Les propriétés désinfectantes de la terre varient selon \&nature de celle-ci, mais aussi selon l'office spécial qu'on en attend. « La neutralisation d'une

576 DES HABITATIONS PRIVÉES ET COLLECTIVES. [Hygiène

évacuation solide (150 à 200 grammes) est obtenue, dit Yallin, par les quantités minima qui suivent : argile, un demi-litre ou 700 grammes, et même moins ; — terre de jardin (loam des Anglais), trois quarts de litre ou 800 grammes; — terre de bruyère ou terreau, un litre au moins ou 1 kilogramme. » Il n'en est plus de même pour la désinfection de l'urine : « Un litre d'urine reste à peu près inodore quand il est mélangé avec : terre de bruyère, 2 kilogr. et demi ou 2 lit. 5!) ; — terre de jardin, 3 kilogr. ou 2 lit. 50 ; — argile, 7 kilogrammes ou 5 litres. » Le pouvoir désinfectant de l'argile pour l'urine est donc remarquablement inférieur.

La terre à désinfection doit être sèche, sans quoi sa propriété de retenir les gaz reste faible (Rolleston) ; aussi, en Angleterre, la fait-on sécher au four et, au camp de Wimbledon, sur des plaques de fonte chauffées. Le soleil, en Afrique et dans l'Inde, peut se charger de cette dessiccation ; à Madras, on arrosait au contraire la terre durcie par la sécheresse, afin de pouvoir l'attaquer à la pioche (Mouat), et le procédé restait sans succès.

Il est très important que la terre sèche et en poudre soit répandue à la surface des matières aussitôt après la défécation ; une fois que la fermentation a commencé, le résultat est évidemment moins aisé à obtenir et moins complet.

En pratique, Vallin propose, comme nous l'indiquions plus haut et sans recourir au véritable système Moule, qui est à réservoir mobile, d'appliquer la désinfection par la terre sèche à des fosses fixes de petites dimensions, vidangées tous les trois ou tous les six mois, telles qu'on peut les avoir, à défaut de mieux, dans des petites villes, dans des usines un peu écartées et dans la plupart des groupes d'habitations rurales. La vidange se fait réellement à sec et très aisément, sans dégagements d'odeurs ni de gaz offensifs.

D'après ce qui a été dit, on évitera le plus possible de recevoir les urines dans ces fosses, sauf celles qui sont expulsées dans une exonération complète ; encore est-il possible de donner un autre cours à l'urine, même dans cet acte, sauf quand le cabinet est visité par des femmes.

Le terreau retiré peut servir une seconde et peut-être une troisième fois, après avoir été mis à sécher; ce qui a lieu sous un hangar et s'accomplit sans odeur. En effet, de ce que la terre renferme des matières organiques, il ne s'ensuit pas qu'elle cesse de pouvoir décomposer d'autres matières organiques. Il serait peut-être même plus vrai de dire que, pour jouir de cette propriété, il faut qu'elle renferme des matières organiques, ou mieux, certains organismes. Mûntz et Schlœsing ont démontré que le pouvoir qu'a la terre de brûler les matières organiques des eaux d'égout et de nitrifier l'azote est subordonné à la présence et à la vitalité de protorganismes qui paraissent jouer en ceci le même rôle que le mycoderma aceti dans la fermentation acétique. En fait, la terre de jardin et la terre de bruyère renferment naturellement des matières azotées ; Radcliffe constate 0,31 p. 100 d'azote dans une terre qui n'a pas encore servi.

Il est préférable, selon Vallin, et nous adoptons cet avis, de ne faire

générale.]

ÉLOIGNEMENT DES IMMONDICES

servir qu'une fois la même terre. On la livre ensuite à l'agriculture, qui y trouve un excellent engrais.

En songeant à la vulgarisation de l'engrais humain dans les campagnes autour de Lille et à la nature argileuse du sol, nous ne pouvons nous empêcher de reconnaître que cette terre et la matière fécale ont l'air d'avoir été faites l'une pour l'autre. Mais pourquoi, puisque l'évacuation par les canaux est si difficile à Lille, n'essaie-t-on pas d'interrompre sur quelques points cet éternel mouvement de la matière fécale vers l'argile? Si quelque jour c'était l'argile qui vînt trouver l'autre, l'engrais ne se ferait pas moins, et l'atmosphère lilloise en serait singulièrement soulagée. Tous les hygiénistes accordent que l'approvisionnement de terre est encombrant ; à Lille, il faudrait, d'après ce qui a été dit, environ 200 litres d'argile par an et par habitant, soit 1 mètre cube pour une famille de cinq personnes, si l'on ne traite que les fœces par la terre ; ce n'est pas encore excessif, quoique cela suppose l'entrée enville(sans désagrément toutefois), d'environ 32,090 mètres cubes ; mais si l'on suppose qu'il y ait aussi i litre d'urine par personne et par jour à convertir en engrais inodore, l'amoncellement d'argile à prévoir effraie l'imagination ; sans compter la place nécessaire, les opérations de séchage, etc.

Heureusement, il est possible de détourner une grande part de l'urine de prendre la direction des fosses, et, dans de telles conditions, on ne peut guère hésiter à conseiller la fosse à la terre sèche à toute ville qui déclare ne pouvoir vidanger à l'égout. Ce n'est pas impraticable en grand, puisque cela existe. À Lancaster, des fosses servant à 3,000 personnes sont traitées à la terre et vidangées à sec par une compagnie et par entreprise. Ne trouverait-on pas tout de suite, en temps de choléra ou de fièvre typhoïde, le moyen d'amener la terre sèche nécessaire pour recouvrir les déjections des malades, si les médecins recommandaient cette garantie?

L'importance des latrines à la terre du camp de Vimbledon n'est pas moindre que celle des installations de Lancaster. La prison de West Riding, à Wakefield, avait, en 1874, 800 closets à la terre. Diverses écoles anglaises usent du même procédé, ainsi que beaucoup de casernes et d'asiles d'aliénés. On le retrouve dans les établissements militaires, les prisons, les hôpitaux, des Indes anglaises. En Autriche, Fée cite le camp de Briick, sur la Leitha, comme se l'étant approprié. La méthode ne semble pas avoir gagne l 'Allemagne, à moins qu'on n'assimile aux fosses à la terre celles qui usent du désinfectant Pétri, composé de tourbe, de débris de charbon de terre et. de goudron de houille, et que l'on étend en poudre sur les matières, conjointement avec les cendres et les balayures.

L'adjonction de ce dernier élément réalise évidemment un apport de quelques matières organiques en plus dans la masse à désinfecter. Il serait étonnant que ce ne fût pas un défaut. Ce reproche, avec d'autres encore, s'adresse au système Goux, qui est la manière la plus commune dont fait en France la vidange à sec ; en effet, le mélange dont on garnit les tonneaux dans ce système se compose « des poussières et balayures des greniers à fourrages, de déchets de graines, de crottin sec de cheval, de vase,

Atinoulo. — Hygiène. 37

378 DES HABITATIONS PRIVÉES ET COLLECTIVES. [Hygiène

de tourbe, de fanes sèches » (Valliri), de paille hachée, de débris quelconques, en particulier de résidus de filatures et tissages; le tout, mis à fermenter pendant six à huit mois avant que l'on s'en serve, ce qui, en soi, a l'air d'être tout d'abord une autre insalubrité. Les tonneaux absorbants de Goux ont fonctionné depuis 1871 dans les camps permanents autour de Paris (Satory, Saint-Maur); ce système a été adopté pour le nouvel hôpital militaire de Bourges, où, au témoignage de Sarazin (communication personnelle), il assure un degré de salubrité irréprochable. 11 paraît que hors des établissements où il assainit les latrines, le système Goux suscite de sérieux inconvénients et provoque des réclamations par la pratique des « tas » ou dépôts d'immondices, que l'on forme en plein air avec les matières extraites des tinettes, et qui deviennent des foyers de fermentation mal odorante et une cause d'infiltrations putrides dans le sol. Vallin estime qu'il conviendrait de maintenir pendant quelques mois le « compost » au repos, sous des hangars bien ventilés, où il opérerait lentement sa transformation en fumier. Mais ici, comme toutes les fois que l'on a pris un peu sérieusement à cœur l'utilisation des excréments pour l'agriculture, et que l'aboutissant des opérations d'assainissement a été destiné à devenir une marchandise, le but secondaire a nui au but capital ; Y absorbant des tinettes Goux, pour cette raison, est déjà putride lui-même et on le prodigue le moins possible ; les tas ne sont plus un mode d'éloignement des immondices, mais une fabrique d'engrais.

Fosses mobiles. — Les animaux sauvages déposent leur fiente dans la campagne et s'en éloignent aussitôt; la plupart des paysans, les hommes au moins, qui ont à faire aux champs à peu près tous les jours, profitent de même du large espace, pour confier à la terre qu'ils cultivent, et loin de leur demeure, le résultat de l'exonération principale de la journée; l'habitation est absolument hors de cause. L'homme des grands groupes sédentaires est forcé d'accomplir chez lui cet acte malséant ; mais si, au lieu de s'éloigner du produit, ce qui lui est impossible, il peut le faire «importer à distance au plus vite, le résultat sera à peu près le même pour l'air et le sol des lieux habités ; l'habitation urbaine sera aussi peu compromise de ce côté que l'habitation rurale. Tel est le but des fosses mobiles.

L'hygiène arrive peu à peu ;\ faire pénétrer dans les esprits ce principe : qu'il ne faut plus que les excréments séjournent dans la maison, ni même sous les pieds des chevaux. Et, au fond, comme tout vrai progrès, c'est on ne peut plus simple. Quand l'un de nous est retenu au lit par une affection quelconque et qu'il se voit obligé de satisfaire à l'expulsion fécale, on s'empresse de couvrir soigneusement le vase qui a reçu le produit de l'excrétion et de le transporter le plus loin possible de la chambre; ne peut-on se dire que la maison est l'appartement de la famille, que la ville est celui du groupe, et qu'il faut agir pour la collectivité absolument comme pour l'individu?

A Pékin, selon Morache, « chaque matin, un industriel vient enlever avec sa hotte les matières recueillies dans un grand vase, commun à toute la famille, sorte de chaise percée rudimentaire. » Ce procédé est entouré de circonstances dégoûtantes et s'applique dans un but agricole bien plus que

générale.]

ELOIGNERENT DES IMMONDICES.

dans une pensée d'hygiène. C'est néanmoins le rudiment d'un système qui peut devenir très salubre. Édimbourg, pour un tiers de ses habitations (Sander), a conservé le système chinois et ne s'en trouve pas trop mal.

Mais il y a, évidemment, mieux à faire que de placer, chaque matin, le vase de nuit à la porte, confié aux soins des balayeurs de rues.

La façon la plus simple d'employer les fosses mobiles consiste à placer à l'extrémité inférieure du tuyau de chute des latrines, rendu le plus court possible et s'adaptant exactement avec l'ouverture du récipient, un tonneau à parois imperméables et imputrescibles, percé sur un de ses fonds, pour recevoir l'extrémité du tuyau de chute. A la rigueur, le tuyau peut être tout à fait supprimé, ainsi que le siphon ou tout autre appareil obturateur, si le tonneau est préparé d'avance avec un mélange désinfectant, ou si, aussitôt après la défécation, le visiteur fait arriver sur la selle rendue une

Fig. 136. — Earth-commode {*). Fig. 137. — Son mécanisme^*).

poudre désinfectante, cendre, terre sèche, etc. ; soit avec une pelle à main, soit à l'aide d'un mécanisme analogue à celui qui détermine un écoulement d'eau dans les cuveties des water-closets. C'est ce quia lieu dans Xearthcommode (fig. 136 et 137), originairement proposée par le Révérend Moule, et qui peut, à la rigueur, être introduite dans les appartements.

Il estpresque inutile de recommander d'avoir en double et même en triple le vase récipient; pendant que l'un se remplit, les autres sont mis à sécher.

Dans les latrines de l'hôpital militaire de Bourges, les tinettes du système Goux sont également placées sous la cuvette, sans intermédiaire. Celle-ci a même la forme inverse des cuvettes ordinaires, c'est-à-dire qu'elle représente un cône tronqué à sommet supérieur. Cette disposition a pour effet

(*) A, compartiment supérieur, renfermant la trémie à terre sèche; B, compartiment inférieur, renfermant le récipient mobile.

(**) A, trémie à terre sèche; B, déversoir, dont le contenu tombe par le soulèvement de la poignée H, et qui se remplit de nouveau, aux dépens de la trémie, quand la poignée retombe et le referme.

DES HABITATIONS PRIVEES ET COLLECTIVES

[Hygiène

d'éviter que les matières atteignent et souillent les parois de cette cuvette, dans laquelle il est expressément défendu de jeter de l'eau. Les urinoirs sont à part, et c'est l'entrepreneur qui se charge du nettoyage des sièges et des cuvettes. Nous avons dit plus haut la constitution de l'absorbant; ce mélange est introduit, au dépotoir, dans les tinettes, qui sont des cylindres en tôle ; il est foulé et maintenu dans l'intérieur, contre les parois, par un gabarin en tôle, qui n'est enlevé qu'au moment de la mise en place de la tinette. La coupe de celle-ci présente à ce moment l'aspect de la figure 138.

Les tonnes mobiles devant être enlevées souvent, tous les jours même, il est naturel que l'on suive le conseil de Radclifïe de les placer au niveau

du sol, de telle sorte qu'il n'y ait ni à monter ni à descendre les tinettes, soit pleines, soit vides. Ceci comporte la suppression du tuyau de chute pour les latrines du rez-de-chaussée, mais non point celui des latrines des étages, qui ne pourraient autrement bénéficier du système. On réunit toutes ces tinettes, quand il s'agit d'un grand établissement comme un hôpital, dans un espace voûté, de plain-pied avec le pavé du passage des voitures, possédant sa ventilation spéciale, s'ouvrant sur le dehors et ne communiquant avec aucun des locaux intérieurs. Il faut, dans Ce cas, que les locaux habités du rez-de-chaussée soient eux-mêmes plus élevés que la chaussée, d'environ un mètre. C'est par les portes de cet espace que l'on introduit et que l'on extrait les tonnes, sans que les habitants s'aperçoivent de la vidange. Il est bon que le sol en soit dallé et en pente légère vers le dehors, tant pour faciliter la sortie des tinettes que pour les lavages.

Les tinettes doivent être en métal; la ville de Graz possédait un système de fosses mobiles qui avait quelque réputation en Allemagne ; mais ces récipients étaient en bois, de la capacité de 112 litres pour 60 personnes et un jour, de 280 litres quand la vidange devait être moins fréquente. On s'est aperçu que ces tonneaux s'imprégnaient des liquides excrémentitiels et en gardaient définitivement l'odeur.

Les tuyaux de chute doivent être à paroi interne lisse, pour éviter les lavages que nécessiterait l'adhérence des matières. Le système est, en effet, peu compatible avec un large emploi d'eau. Il ne repousse, cependant, pas absolument cette ressource, pourvu qu'elle soit limitée et que le chiffre de l'eau dépensée soit à peu près invariable. A l'hôpital Sainte-Eugénie deLille, lorsque l'on eut reconnu les inconvénients (locaux) du système diviseur, on voulut, à l'aide d'une sorte de compteur, réduire à 2 à 3 litres à chaque défécation les 18 litres qui avaient été assurés aux tinettes filtrantes. C'était

Fig. 138. — Tonneau mobile pour latrines (système Goux) (*).

(*) T, T, terre désinfectante. — C, C, cône mobile pour servir à tasser la terre.

ELOIGNEMENT DES IMMONDICES

encore beaucoup, puisque cela multiplie par 10 ou 12 la capacité des récipients et le travail qui suffisent lorsqu'on se borne à l'usage des désinfectants secs ; surtout, l'eau un peu abondante exclut presque ceux-ci et, dans tous les cas, en diminue bien l'efficacité. On a dû y renoncer.

D'ailleurs on n'est pas toujours obligé de se rapprocher plus ou moins des tinettes préparées ou de la désinfection à la terre ; à Hull et à Glasgow, à Manchester, on se sert des cendres fournies par les foyers domestiques ; à Rochdale, où plus de 5,000 latrines sont à fosses mobiles, et dans quelques autres cités, les tinettes sont garnies d'un désinfectant au chlorure de chaux ou à la chaux phéniquée. A la rigueur, on peut n'employer aucun auxiliaire autre que les obturateurs de cabinets ordinaires, un système de fermeture parfaitement exact des tonnes, et une appropriation mathématique de leur capacité à la proportion des déjections qu'elles sont appelées à recevoir. Sander calcule que les tonnes en usage à Heidelberg, jaugeant 100 litres, suffisent à 15 personnes pendant trois jours, y compris 30 litres d'eau en prévision des lavages inévitables. Gela suppose 1,600 grammes environ de déjections par personne et par jour; la plus grande partie de l'urine y est évidemment comprise. Les plaintes qui se sont élevées contre le système, àLeeds, où 16,000 personnes en usent, à Birmingham où il y a 2,700 tonnes, proviennent apparemment de négligences dans la fermeture, du manque de précaution vis-à-vis des trop-pleins ou de quelque autre lacune qu'il est possible de combler.

Les hygiénistes les plus autorisés regardent le système des fosses mobiles comme le meilleur après celui de l'éloignement des immondices par canalisation. Pettenkofer l'a conseillé à Munich, en attendant ce dernier, et le conseille à toutes les villes qui ne disposent pas d'eau en abondance. Nous sommes également convaincu de sa supériorité et de la facilité qu'il y aurait d'augmenter encore les garanties qu'il offre ; nous hésitons davantage à choisir entre lui et l'évacuation par les égouts, dont l'influence sur l'atmosphère urbaine est encore une question si peu résolue. 11 est bon de remarquer qu'il existe des statistiques en faveur du système des tonnes, comme en l'honneur de l'autre. Le docteur Seaton, comparant entre elles deux périodes, l'une pendant laquelle la ville de Nottingham était vouée aux fosses fixes, et l'autre qui a été marquée par la généralisation des fosses mobiles, constate que la seconde a vu notablement diminuer le nombre des décès par les fièvres continues.

Proportion

Population. Cas de fièvres. Décès. pour 10, 000 habitants.

1868-1872 85,000 habit. 748 395 9,2 décès.

Le même résultat a été obtenu à Heidelberg (Mittermaier), où le système des tonnes mobiles (sans diviseur) est obligatoire depuis 1876.

Sans doute, une ville qui modifie entièrement un organisme aussi important que la vidange publique institue en même temps quelque autre mesure d'hygiène d'une influence décisive, et la cause de 1' amélioration de la santé générale est complexe. Néanmoins, les chiffres qui viennent d'être

DES HABITATIONS PRIVÉES ET COLLECTIVES

[Hygiène

cités ont une part de signification vis-à-vis du sujet qui nous occupe et nous les tenons pour valables.

On se débarrasse du contenu des tonnes en fabriquant des engrais, comme des eaux d'égout par l'irrigation. Ces aboutissants de la masse fécale des villes sont toujours un grave souci et l'origine de dangers positifs; la salubrité de tout ce qui ressemble à un dépotoir est un problème difficile à résoudre. Ce qui le complique, c'est la tendance à laquelle tout le monde, administrations et particuliers, cède plus ou moins, de diminuer par la valeur de l'engrais les frais de vidange. Comme le prouve l'exemple de Nottingham et de Rochdale, la valeur de l'engrais peut rembourser la moitié environ des dépenses, de telle sorte que la vidange ne revienne pas à plus de 1 fr. 25 ou 1 fr. 50 par habitant. Il est à noter que les excréments plus frais des tonnes sont un engrais plus riche que ceux des fosses fixes, qui ont fermenté. Mais la fabrication de la poudrette n'est point le but, et il ne faut pas que, pour favoriser cette transformation des excréments, si rationnelle qu'elle soit, l'on tolère des négligences ou des défauts dans la confection et l'enlèvement des tonnes, non plus que l'installation du dépotoir dans l'intérieur ou au voisinage trop immédiat des villes.

Système diviseur. — Le système diviseur relie les procédés d'enlèvement d'immondices par vidange à ceux qui comportent la canalisation exclusivement, puisqu'il se sert de l'un et de l'autre mode. Il répond, ou cherche à répondre à un double but: 1° retarder la putréfaction des fseces en les privant d'humidité; 2° simplifier la vidange en diminuant le volume des matières à enlever de toute la partie liquide (urines et eau), qui est en réalité Ja plus abondante. Il est applicable aux fosses, comme l'était le grand diviseur de Dugléré, sorte de tamis ou cloison perforée, demi-cylindrique, cimentée dans le réservoir fixe ; ou aux tonnes, ce qui est le cas le plus habituellement réalisé, ainsi qu'il arrive des séparateurs de Huguin, deCazeneuve, de Chesshire, Taylor, etc.

Ce que l'on appelle en Allemagne « closets à air de Mehlhose » est une disposition qui permet à l'urine projetée contre la partie antérieure de la cuvette, dans l'acte de l'exonération totale, d'arriver dans un vase en fer facile à enlever, en même temps qu'un tuyau d'évent, débouchant dans une cheminée, enlève les gaz dégagés par les fœces, recueillies seules en arrière; deux tuyaux d'accès, ménagés en avant et fermant à coulisse, assurent la rentrée d'air neuf. Cet appareil, qui ne peut bien fonctionner que pour des hommes, réussit dans les casernes et les hôpitaux militaires.

Le docteur Reimer avait installé à l'asile d'aliénés de Gôrlitz une fosse ventilée par la voûte à la façon de ce que nous avons précédemment décrit sous le nom de système d'Arcet, mais de la partie inférieure de laquelle part un tuyau légèrement en pente, avec une courbure en siphon vers le milieu de son trajet, muni à son origine d'une grille séparatrice. Les solides restent dans la fosse ; les liquides gagnent une sorte de puits à parois étanches d'où l'on peut les extraire à l'aide d'une pompe.

La figure 139, empruntée à Joly, reproduit une disposition un moment

générale.]

ÉLOIGNEMENT DES IMMONDICES

-essayée dans Paris et qui a de commun avec la précédente l'écoulement des liquides séparés dans une fosse spéciale d'où on les pompait au besoin, mais qui en diffère par la substitution de la tonne mobile à la fosse fixe.

Nous ne rappellerons pas quelques autres procédés analogues, parce que, le plus habituellement, le système diviseur emploie la fosse mobile ou tinette filtrante et le déversement des liquides à l'égout. Un vase cylindrique, en métal, haut de 80 à 95 centimètres, large de 35 environ, divisé en deux parties très inégales par une cloison percée de trous, placée horizontalement, ou] plus souvent verticalement, s'applique exactement à l'orifice inférieur du tuyau de chute et reçoit les excréments dans son compartiment le plus large ; les urines et l'eau de lavage, quand le cabinet est un water-

Fig. 139. — Système de séparation pure et simple.

closet, ce qui est le cas ordinaire, filtrent à travers la cloison et gagnen l'égout par un tuyau adapté à un orifice que l'on ménage à la partie inférieure de la tinette, du côté du petit compartiment. La figure 140, empruntée à Wiel et Gnehm, représente d'une façon un peu schématique cette disposition. Si les jonctions de la tinette avec le tuyau de chute et avec le conduit d'écoulement des liquides sont hermétiques, ce qui doit être, sans nuire à la rapidité du placement ou de l'enlèvement de ce réservoir, il est inutile de s'occuper de la ventilation de l'espace voûté qui l'abrite et qui doit être dans les mêmes conditions que pour les fosses mobiles (s'ouvrant à l'écart et de plain-pied avec la chaussée). Le tuyau de chute 8, prolongé jusqu'au toit, suffit à assurer le dégagement des gaz de la tinette; on le renforce d'un canal supplémentaire 7, pour les cas d'obstruction. Les cuvettes des sièges sont à [clapet, 1,2, ou à siphon, 3, 4. Le mieux est que le tuyau d'écoulement plonge dans l'eau d'un obturateur hydraulique, 6. Il faut se

DES HABITATIONS PRIVÉES ET COLLECTIVES

[Hygiène

garder de faire passer les liquides dans un canal découvert, même lorsqu'un tel canal ne sortirait pas du caveau des tinettes; le système diviseur, installé primitivement à l'hôpital Sainte-Eugénie de Lille, et qui souleva la juste réprobation du Conseil de salubrité, se servait d'un canal de ce genre, remarquablement fétide, comme on pense.

Il est difficile d'adapter le système diviseur à de vieilles maisons, qui n'ont pas été bâties en prévision d'une disposition de ce genre. Aussi ne fonctionnet-il, à Paris, que dans environ 13,000 maisons et surtout des quartiers neufs (boulevards Malesherbes, Haussmann). On voit dans la figure 141 l'installation présente du drainage dans une des habitations parisiennes qui ont adopté ce mode d'éloignement des immondices.

La Gie Richer (depuis Gie Lesage) plaçait ses tinettes filtrantes dans le branchement souterrain qui conduit de la maison à l'égout; l'enlèvement se faisait par les galeries d'entrée ou les puits de descente, sans que les habitants s'en aperçussent. G'est encore cette disposition que propose Alphand en vue de la généralisation de la vidange liquide dans tout Paris. Les vieilles maisons pratiqueront plus aisément un branchement d'égout qu'une loge à tinettes dans leur intérieur. A la rigueur, elles utilisent comme caveau la fosse fixe supprimée.

Il faut avoir soin de proportionner le nombre et la capacité des tinettes aux besoins des habitants. Ceci s'applique surtout aux habitations collectives, car une seule tonne suffît aisément pendant une semaine et plus à toute une famille. Biirkli calcule qu'une tinette de 200 litres peut servir pendant quatre jours à 20 personnes. Placée dans l'égout, on prétend qu'il n'y a pas d'inconvénient à ce qu'elle séjourne vingt ou trente jours. Je ne partage pas cette sécurité ; le contenu des tinettes finit bien par entrer en fermentation, et il est possible qu'alors celles-ci infectent l'égout beaucoup plus que ne le feraient les matières totales, circulant immédiatement. Le remuement qui s'y produit à l'arrivée de chaque nouvelle déjection est évidemment propice au dégagement des gaz putrides.

Fig. i40. Les tinettes peuvent être chargées sur des voi-

tures et circuler en ville sans inconvénient, si elles ferment bien et n'ont pas été salies extérieurement; ce qu'il est facile d'obtenir. On les dirige soit vers la campagne pour y être utilisées comme engrais immédiat, soit vers un dépotoir ou une fabrique de poudrette. Le système diviseur est regardé par quelques hygiénistes comme le

générale.]

ÉLOIGNEMENT DES IMMONDICES

meilleur de tous ceux qui comportent la vidange et même comme supérieur à tout autre mode, y compris la canalisation intégrale des excréments. Cette opinion ne paraît pas absolument exagérée en théorie; mais, pour mériter ces éloges, il faudrait, à une observation exacte des règles qui viennent d'être tracées, spéciales à ce procédé, joindre d'abord des diviseurs irréprochables, ce qui n'est pas précisément commun et ce qui, à vrai dire, n'est pas aussi simple qu'on le pourrait croire. Un tamis très fin, qui laisse passer entièrement les selles diarrhéiques, ne permet presque aucune perte de liquide de la part des matières qui ont la consistance pâteuse; que les trous soient plus gros et que le cabinet soit à water-closet, l'eau désagrège les fseces et les entraîne à travers le filtre sous forme de grumeaux; il ne reste guère dans la tinette que des morceaux de papier, des épluchures et

Fig. 141. — Tinettes filtrantes à Paris (*).

quelques corps étrangers analogues. On a, à peu de chose près, la vidange à l'égout, avec l'embarras des tinettes en plus et les opérations qu'elles réclament. C'est un peu ce que le Conseil de salubrité de Lille, inquiet à bon droit pour ses canaux sans pente, à faible débit et en partie découverts, constatait de la part des tinettes que l'administration des hospices avait introduites au début à l'hôpital Sainte-Eugénie.

Un architecte parisien, Eugène Miotat, propose de remplacer les tinettes filtrantes par un appareil dilueu?*, ou « boîte grillée » (fig. 143 et 144), de forme carrée, qui serait placée dans une cuvette circulaire, sur le trajet de la conduite d'eau de chaque propriété, se raccordant par la partie supé-

(*) A, tuyau de chute des cabinets; — B, collier mobile à baïonnette pour relier le tuyau à l'appareil; — C, appareil diviseur de 0m,80 de haut sur 0m,40 de large et renfermant une plaque verticale de 0m,25 de large, percée de trous de 0m,006 de diamètre pour laisser écouler les liquides par le tube en caoutchouc à raccords D ; — E, siphon obturateur recevant les eaux des cours ; — F, tuyau d'eaux pluviales servant aussi poulies eaux ménagères à chaque étage ; — H, collecteur général ; — I, siphon obturateur à enveloppe empêchant les émanations de remonter aux étages supérieurs ; — J, siphon ouvert à déversoir, placé dans le branchement d'égout; — K, tampons de dégorgement placés de distance en distance et aux coudes; — L, ventilateur allant jusqu'au toit ; — M, eaux pluviales, côté de la rue. Le tuyau doit plonger en J. (Ch. Joly.)

DES HABITATIONS PRIVÉES ET COLLECTIVES

[Hygiène

Heure avec le tuyau de chute d'aisances des différents étages de la maison. Solidairement avec cette disposition, les eaux ménagères et les matières de vidanges seraient séparées des eaux de la voie publique circulant dans les

Fig. 142. — Drain spécial placé sur le radier de Cégout,

égouts; il suffit pour cela de placer sur le radier des galeries un drain spécial (voy. fig. 142), en poterie vernissée, dans lequel des branchements de

Fig. 143 et 144. — Appareil dilueur (système Miotat); coupe longitudinale et coupe

perpendiculaire.

même construction amèneront les eaux et matières diluées de chaque maison particulière; on ferait, en un mot, dans les galeries actuelles et sans nouveaux travaux, deux canalisations superposées. La boîte grillée, d'ailleurs mobile, serait placée de façon à se présenter

générale.]

ÉLOIGNEMENT DES IMMONDICES

non par une face, mais par un angle, au courant de la conduite d'eau ; on infléchirait en bas, en même temps qu'on le rétrécirait en forme de cône, le tuyau de cette conduite afin d'augmenter l'action de l'eau sur les matières de la caisse. Celle-ci ne retiendrait à peu près que les corps étrangers volumineux.

L'inventeur tro uve à son procédé les avantages : 1 0 de supprimer la vidange; 2° d'assainir les galeries d'égout; 3° d'assurer par la dilution la circulation parfaite des matières et d'éviter la présence de matières solides immobilisées sur les radiers; 4° d'obtenir sous un petit volume les matières fertilisantes, beaucoup plus riches par conséquent et d'un maniement moins coûteux.

Mais peut-être que cette richesse et une certaine densité de ces eaux, malgré la dilution des matières (si les prévisions se réalisent), seraient un autre embarras. Dans tous les cas, il ne faut à aucun prix que la conduite d'eau diluante communique avec la conduite d'approvisionnement; tout au plus admettra-t-on que la conduite des eaux ménagères soit chargée de cette besogne, et à la condition que ces eaux soient abondantes, que l'on prévienne les retours de gaz par en haut, etc.

Lorsqu'on songe que, vers 1857, on enlevait annuellement près de 500,000 mètres cubes de matières excrémentitielles de Paris (le chiffre actuel est plus élevé : 1 ,650 mètres cubes par nuit, dit Vallin ; 600,000 mètres cubes par an) et, par conséquent, que la masse putride envoyant ses gaz sur la capitale n'était jamais beaucoup au-dessous de ce chiffre, on se dit que c'est un réel bienfait que l'administration municipale ait permis le déversement des liquides à l'égout, moyennant des conditions faciles à remplir. L'abonnement à l'eau, que nécessite l'adoption du système, est encore moins coûteux que la vidange des fosses fixes, qui revient à 7 ou 8 fr. par mètre cube. Mais si l'on réfléchit que la soi-disant filtration des tinettes laisse passer toute l'urine et probablement plus des trois quarts des faeces, c'est-àdire au moins 90 p. 100 des matières excrémentitielles, on se demande pourquoi cette même administration a craint de permettre la vidange complète à l'égout, comme nous verrons qu'elle existe en beaucoup de villes.

La commission parisienne de 1874 (pour remédier à l'infection de la Seine) conseillait indifféremment les tinettes-filtres ou les tuyaux de chute directe dans l'égout. Le conseil municipal (séance du 15 novembre 1875), considérant que la vidange complète à l'égout porterait de 43 à 72 grammes d'azote par mètre cube la souillure des eaux d'égout, pensa qu'il était préférable, jusqu'à plus ample expérience, de perfectionner les systèmes actuels d'enlèvement des matières solides. Aujourd'hui, Alphand, directeur des travaux de Paris, déclare que l'écoulement des solides à l'égout présenterait beaucoup plus d'inconvénients que d'avantages et serait même incompatible avec la construction des 600,000 mètres d'égouts de la capitale. La ville propose donc de rendre X écoulement des liquides obligatoire à l'égout, en prélevant une taxe annuelle de 30 francs par tuyau de chute sur les propriétaires. C'est la suppression des fosses fixes, laquelle devrait être définitive après trois ans, et c'est, évidemment, un immense progrès. Mais nous ne sommes pas pour cela absolument convaincu de la supériorité du système diviseur et nous reviendrons sur la possibilité de l'écoulement

DES HABITATIONS PRIVÉES ET COLLECTIVES

[Hygiène

intégral par l'égont. Il paraît, d'ailleurs, que cet écoulement se fait dans Paris même, au moins par quelques établissements : la Salpêtrière, l'hôtel des Invalides, l'hôtel des Monnaies, l'École militaire (Guéneau de Mussy).

Les mérites du système diviseur ont paru illusoires à des hygiénistes de valeur. « Ou bien la tinette divise, dit Guéneau de Mussy (Henry), et dans ce cas elle n'a aucun avantage sur la fosse mobile; elle est à la fois un foyer d'émanations délétères et de fermentation putride. Ou bien elle ne divise pas, et alors son moindre défaut est de ralentir le cours de l'eau de lavage et de diminuer la puissance de la chasse. » L'auteur en conclut à la vidange immédiate à l'égout ; ce qui est également l'opinion de Durand-Glaye et celle que nous allons chercher à faire prévaloir dans l'article suivant.

Bibliographie. — Erismann (Fr.) : Untersuchunqen ùber die Verunreinigung der Luft durch gewôhnliche Abtrittsgruben und ùber die Wirksamkeit der gebrduchlichsten Desinfectionsmittel (Zeitsclirift f. Biologie, XI, 1865). — Hennezel : Ventilation des fosses et assainissement des lieux d'aisances (Annales d'hygiène, 2e série, XXX, 1868). — Rolleston (G.) : The Earth-closet System (The Lancet, 1869). — Husson : Notice sur les lieux d'aisances perfectionnés établis dans les hôpitaux de Payais (Annales d'hygiène, 2e série, XXXIII, 1870). — Freycinet (Ch. de) : Principes de l'assainissement des villes. Paris, 1870. — Buchanan and Radcliffe (J. Netten) : Report on the Systems in use in various Northern towns for dealing with excréments (John Simon's Reports, 1870). — Bockendahl (J.) : Bas Erd-, Gruben-, Eimer- und modificirte Wasser-closet in England. Kiel, 1871 (Analyse par Varrentrapp in D. Vierteljahrsschrift f. ôff. Gesundheitspflg. III, 1871). — Hoppe-Seylek (F.) : Ueber F uulnis s processe und Des infection. Berlin, 1 87 1 . — Parkes and Burdon-Sanuerson : Reports on the Sanitary Condition of Liverpool. Liverpool, 1871. — Goppelsrôder (Friedr.) : Zur Infektion des Bodens und Bodenwassers. Basel, 1872. — Vogt (Adolf) : Ueber Stàdtereinigung und ein ncues System ventilirter Latrinenfâsser* Bern, 187 3. — Radcliffe (J. Netten) : Report on certain means of preventing excrément nuisances in towns and villages (John Simon's Reports. New Séries, II, London, 1874). — Buchanan : On the Dry-EartU-System (John Simon's XII Report, 1874). — Fleck und BiRCH-HinscîiFELD : Chemische und microskopische Untersuchungên von Bodenproben aus stàdtischen Strassen (5 Jahresbericht des Landes-Med. Colleg. ùber das Medicinalwesen im Kônigreich Sachsen d. J. 1872 und 1873. Dresden, 1875). — Schurmann (Ernst) : Das Petrische Desinfektionsverfahren (D. Vierteljahrsschr. f. off. Gesdpflg. VII, 1875). — Fée (F.) : De l'emploi de la terre argileuse comme désinfectant des matières fécales (Rec. de mém. de méd. milit., 3e série, XXI, 1875). — Liger (E.) : Fosses d'aisances, latrines, urinoirs, etc. Paris, 1875. — Schauenstein (Adolf) : Die Abfuhr der Auswurfstoffe und die Gesundheitsverhàltnisse in Graz. Bericht erstattet in der 48 Versammlung deutscli. Naturforscher und Aerzte in Graz (D. Vierteljahrsschr. f. ôff. Gesundheitspflg. VIII, 1876). — Plttenkofer (Max. v.) : Vortrâge ûber Kanalisation und Abfuhr, Mûuchen, 1876. — Hallez (L.-S.) : Questio?i des vidanges de l'hôpital Sainte-Eugénie (Rapport sur les travaux du Gonseil de salubrité du département du Nord. Lille, 1877). — Vallin (Ém.) : De la désinfection par les poussières sèches (Revue d'hygiène, 1879, ncs 1 et 2). — Layet (Alexand.) : Fosses d'aisances (Dictionn. encyclopéd. des scienc. méd. Paris, 1879). — Seaton (Edw.) : The substitution of the pail System for the privy midden System in Nottingham (Journal of the Society of Arts, 1879). — Emery-Desbrousses : De la désinfection des fosses d'aisances par l'huile lourde de houille (Revue d'hygiène, 1880, n° 6). — Guéneau de Mussy (Henry) : Evacuation des vidanges hors des habitations; Rapport sur les systèmes d'évacuation et d'utilisation des vidanges à Paris (Société de méd. publique, 21 novembre 1880, et Revue d'hygiène, 1880, n° 12). — Lïernur (Ch.) : Die pneumatische Canalisation und ihre Gegner. Frankfuft, 1870. — Du même : Das Référât des Professors Novacki ùber das System des Differenzirens, die Canalisation von Zurich betreffend. Zurich, 1876. — Du même : Ueber die Canalisation von Stâdten auf getrenntem Wege im Vergleich mit dem Schwemmsijstem. Frankfurt-a.-M., 1876. — Du même : Die Verunreinigung deutscher Flùsse. Berlin, 1878. — Van Overbeek de Meijer : Les systèmes d'évacuation des eaux et immondices d'une ville (Revue d'hygiène, 1877-1880). — Durand-Glaye (A.) : Le système de Liernur (Revue d'hygiène, 1880, n° 2). — Miotat (Eugène) : Assainissement des égouts et des habitations. Paris, Ducher etCie, 1881, in-8, avec figures.

générale.]

ÉLOIGNEMENT DES IMMONDICES

"Évacuation «les Immondices par canalisatiosi. — Dans les Systèmes

qui ont été précédemment exposés, les matériaux de déchets étaient voitures ou aspirés ; dans celui-ci, ils sont flottés sur une rivière souterraine aux mille affluents. De là le nom expressif qu'il porte en Allemagne : S chwem msys tem .

Ce ne sont pas les égouts qui sont une nouveauté dans notre siècle, mais leur utilisation pour l'éloignement des excréments humains. C'est à ce dernier point de vue que nous sommes autorisé à en parler ici, car ce qui concerne leur construction, leur distribution, leur étendue, appartient à Y hygiène urbaine. D'ailleurs, sauf leur adaptation à laflottaison des matières excrémentitielles, les égouts sont une des plus anciennes installations des villes ; Babylone et les villes de l'antique civilisation égyptienne avaient les leurs ; la cloaca maxima, bâtie par Tarquin l'Ancien dans la Rome des rois, excite encore l'admiration des visiteurs. Il se pourrait même que quelques-uns des égouts d'alors eussent déjà servi à l'évacuation des immondices de toutes provenances ; l'égout gigantesque, construit par Agrippa, gendre d'Auguste, recevait une conduite d'eau puissante qui en faisait peut-être bien un canal de flottaison. De Freycinet a fait remarquer aussi que les procédés modernes pourraient bien n'être qu'un retour vers le passé ; rien qu'en France, Montpellier et Nancy, de temps immémorial, n'ont pas de fosses fixes, et envoient intégralement tous les excréments à l'égout. Pour ce qui est de Nancy, à vrai dire, nous savons par expérience personnelle que l'atmosphère de la ville était reconnaissable à un fumet spécial jusqu'à ces dix ou quinze dernières années ; la ville manquait de la première partie de la « circulation continue», à savoir l'afflux constant et généreux d'eau dans les égouts. Aujourd'hui cette lacune se comble de jour en jour et Nancy va se trouver au niveau des villes anglaises qui, comme la petite Rugby, ont appliqué radicalement le principe de faire passer par l'égout tout ce qui peut y entrer.

Dans tous les cas, comme aujourd'hui, même dans les cités lentes au progrès, avec ou sans conduite d'eau régulière, possédant des pentes variables, les égouts servaient à faire disparaître au plus vite les eaux de pluie qui eussent compromis les habitations, les eaux de lavage des rues avec les impuretés qu'elles entraînent, poussières, boue, excréments des animaux, urines humaines, les eaux ménagères, etc. A Pompéi, l'égout portait ces eaux à la mer.

Les villes bâties sur le penchant d'une colline assez escarpée (comme la ville haute àBoulogne-sur-Mer, et qui ne sont pas extrêmement populeuses, peuvent à la rigueur se contenter des ruisseaux latéraux des rues ; les eaux ménagères et pluviales s'écoulent aisément, grâce à la pente, et, pour peu que l'on ait des robinets de lavages pour ces ruisseaux, la rue reste dans un état de propreté suffisant. Les petites villes utilisent, sans trop d'inconvénients, le cours d'eau qui les traverse et des canaux à ciel ouvert pratiqués en vue de l'assainissement. Mais lorsqu'il s'agit d'une grande ville sur emplacement voisin de l'horizontale, riche en industries, et surtout quand les excréments solides ou liquides prennent en partie ou en

DES HABITATIONS PRIVÉES ET COLLECTIVES

[Hygiène

totalité la direction des canaux, il est absolument indispensable que ceux-ci soient souterrains, à parois étancbes, à pente notable, et assurés d'une chasse d'eau régulière et énergique. C'est ce que l'on entend aujourd'hui par un égout.

Nous ne pouvons faire plus ni moins, dans ce chapitre, que d'énoncer lesprincipes modernes de la canalisation.

Dimensions et formes du profil des canaux. — On distingue toujours les égouts secondaires, les égouts principaux et le collecteur. Chacun d'eux doit naturellement avoir des dimensions en rapport avec la quantité de liquide qu'il est appelé à recevoir en un temps donné. Les petits canaux, ou égouts de maison, se contentent d'un diamètre variant entre 5 et 50 centimètres ; les égouts principaux, ou égouts de rue, ne peuvent avoir moins de 1 mètre ; à Paris, où il y a douze types, les collecteurs de rue ont 2m; 30 de hauteur sur lm,30 de largeur. Le grand collecteur, plus vaste que la Cloaca maxima, a 4m,40 de hauteur sur 5m,60 de largeur. Il est donc pluslarge que haut ; mais ses parois latérales sont munies d'un trottoir de 90 centimètres. La coupe des autres égouts est, au contraire, ovoïde, à grosse extrémité en haut; c'est le type universellement adopté aujourd'hui, afin de rendre plus efficace la chasse de l'eau sur les matières épaisses, qui naturellement se précipitent à la partie inférieure.

« A Paris, dit de Freycinet, le branchement estidentique avecl'égout courant et mesure 2m,30 sur lm, 30 ; il avance sous le maximum de pente disponible jusqu'à l'aplomb du mur de façade de la maison et se raccorde avec l'égout à 0m,15 au moins en contre-haut du radier de ce dernier. Il peut aussi, à la volonté du propriétaire, être prolongé sous la maison, mais en ce cas une grille de fer est établie sous l'aplomb du mur de façade afin d'intercepter la communication avec l'égout public. La fosse mobile à filtre, dans les maisons qui en sont pourvues, trouve place dans le branchement. »

«A Lyon (Lacoste), la communication aux égouts est indifférente ; ce ne sont plus des tinettes filtrantes, mais de vraies fosses fixes à diviseur ; la paroi, dans laquelle sont pratiqués les orifices servant à la séparation des matières, forme la cloison séparative de la fosse et d'un canal en maçonnerie ; ce dernier, de 0m,05 par mètre, ouvre sur l'égout public. »

Dans les grosses et soudaines averses, le calibre de l'égout peut se trouver insuffisant ; de même, lorsque des embranchements de rue se vident dans le cours d'eau qui traverse la ville, celui-ci, par l'effet d'une crue subite, reflue dans l'égout et inonde les caves de la ville basse. Pour parer à ce grave inconvénient, on ménage des « déversoirs » sur divers points du parcours des égouts principaux et du collecteur ; à Bruxelles, ces déversoirs s'ouvrent du collecteur vers la Senne voûtée et non en sens inverse , de sorte que les collectéurs ne sont jamais encombrés.

Pente des canaux. — Plus les canaux sont petits, plus considérable doit en être la pente, afin d'assurer partout une force de chasse égale. La vitesse de déplacement des liquides devant être :

générale.]

ÉLOIGNEMENT DES IMMONDICES

Dans les grands canaux, de 0ra,6 à 0m,8 par seconde....

Dans les moyens 1 ,0 —

Dans les petits 1 ,15 —

kilom.

2,16 à l'heure.

on calcule qu'il faut aux premiers une pente de 0m,75 p. 1000; aux seconds (canaux de rue) 2m, 4 p. 1000 ; aux derniers 10m p. 1000. Les tuyaux de maison devraient même atteindre à une pente de 15 à 20m p. 1000. Biïrkli estime que pour les canaux qui ne sont lavés que par les eaux ménagères, il faut : aux canaux de maisons une pente de 2m p. 100 ; aux petits canaux de rue lm p. 100 ; aux grands canaux de rue 0m,5 p. 100. Toujours en supposant que la coupe de ces canaux est circulaire ou ovoïde et qu'ils sont au moins à demi pleins.

11 va sans dire que la pente doit être uniforme sur tout le trajet du canal, sous peine de stagnation et d'envasement. Lorsque le terrain se refuse à fournir la pente nécessaire, on y supplée par le mode de construction et par des machines élévatoires qui reportent à 15 ou 20 mètres plus haut le niveau des liquides. Londres, Berlin et Danzig ont dû recourir à ce moyen énergique, quoique coûteux. Gela coupe court à toute excuse de la part des villes qui se plaignent de manquer de pente naturelle. 11 y a, à Lille, une puissante machine à vapeur qui élève, pour les besoins de la navigation commerciale, les eaux du canal de Roubaix ; qu'est-ce qui retient les ingénieurs de faire la même chose pour la circulation souterraine ?

Nous verrons quelque autre moyen de suppléer, pour le nettoyage des égouts, au défaut de pente.

Matériaux. — Après quelques tergiversations, qui ont déjà été indiquées plus haut (p. 367 ; , on s'est arrêté au principe de l'étanchéité absolue des canaux souterrains d'évacuation ; c'est ici le « drainage imperméable » , par opposition au drainage «perméable », qui n'a d'autre but que l'assèchement du sol, que l'agriculture met en œuvre et qui s'associe parfois, dans les villes, au précédent, sous le sol de la chaussée. D'ailleurs, le drainage par les égouts assèche aussi le sol, abaisse et fixe le niveau de la nappe souterraine, soit qu'on recouvre de gravier extérieurement la maçonnerie des canaux, soit que le remuement du sol, en creusant les tranchées, ait créé des pores qui n'existaient pas. En quelques points, à Saint-Étienne et à Nuremberg par exemple, on a construit à dessein en matériaux perméables la partie supérieure de la paroi des égouts, dans la pensée que l'eau du sol pourrait y filtrer sans que le canal fût jamais assez plein pour que le liquide intérieur filtrât de dedans en dehors. Cette disposition est mauvaise et les faits trompent la théorie ; par les averses, il y a issue dans le sol des liquides de l'égout. Au contraire, avec les canaux étanches, le drainage du sol se fait sûrement le long des parois extérieures.

11 se passe même un fait singulier, que Wibel a constaté à Hambourg. Dans les premiers temps, les canaux nouvellement construits, bien que les ingénieurs eussent prétendu les faire étanches, n'étaient pas assez imperméables, selon Yarrentrapp, pour échapper tout à fait à la loi physique de la diffusion. A Hambourg, l'eau du sol filtre réellement, de dehors en

DES HABITATIONS PRIVÉES ET COLLECTIVES

[Hygiène

dedans, dans l'égout. Mais le contraire ne se produit pas ; autour de canaux qui servent depuis vingt-cinq ans, on n'a pu, ni à la vue ni par l'analyse chimique exacte, déceler la moindre trace de souillure du sol. De telle sorte que la fameuse plaisanterie, souvent répétée en Allemagne : que les égouts sont des « souricières» pour les impuretés du sol, permettant l'entrée mais non plus la sortie, correspond simplement à une heureuse réalité. Un phénomène physique, également reconnu par Wibel, donne l'explication de ce paradoxe : quand deux liquides sont séparés par une membrane, si l'un des deux est en mouvement, la diffusion de sa part est entravée ou même annulée.

Les canaux construits en briques et ciment, comme on les faisait au début et qui n'étaient pas d'abord absolument étanches, le deviennent à la suite des années, ainsi qu'il résulte des recherches de Wolffhiigel sur les égouts de Munich. En 1862, les égouts, construits depuis 1868 en briques cuites et mortier hydraulique avec la forme ovoïde, furent l'objet d'une première expertise qui démontra leur défaut d'étanchéité ; en plusieurs points, la filtration des liquides hors des canaux fut mise hors de doute, ainsi que l'imprégnation, faible à la vérité, du sol sur lequel reposent les égouts. Or, six ans après, à une nouvelle épreuve, ni les anciens ni les nouveaux canaux ne laissèrent voir de transsudation de leur contenu ; l'état d'humectation de la maçonnerie correspondait exactement au degré d'humidité du sol environnant et à l'éloignement du niveau delà nappe souterraine, autrefois élevé. De huit points qui furent examinés, un seul se fit remarquer par l'odeur de vase dans le sol environnant (Sander). L'analyse chimique donna les résultats ci-dessous :

Matières organiques solubles. (Perte

par la chaleur rouge.)

1868. Sol de l'égout 88

1874. Sol normal 52

Azote

de la vase insoluble.

341 gram. par m. cube de terre.

D'ailleurs, les canaux construits dans ces dernières années, et dont la paroi du fond est en clinquart imperméable, se sont montrés d'une étanchéité bien supérieure. Un mètre cube de la terre environnante renfermait :

A zote

Matières organiques Acide delavase

solubles. Chlore, nitrique. insoluble.

Vieux canaux 96 28 29 73

Canaux récents 90 15 10 40

Sol normal 118 10 12 14

Actuellement, on emploie, pour les égouts de grandes dimensions, la brique et le ciment, avec un revêtement intérieur de ciment lissé en vue d'aider au glissement des matières. Alfred Durand-Claye a construit, à Gennevilliers, 30,000 mètres de conduites en maçonnerie et béton, qui non seulement sont imperméables, mais travaillent en pression, comme des

ÉLOIGNËMENT des immondices.

conduites en métal. Latham a conseillé, pour la paroi du fond, l'usage du clinquart (carreau de briques bien cuites et vitrifiées). Les briques sont commodes pour la voûte ; la pierre de taille, le grès, le sont davantage pour les pieds-droits.

Pour les petits canaux on a, depuis peu, adopté les tuyaux d'argile cuite et vitrifiée, reliés par des manchons de même fabrication. On ne se sert pas de tubes de fonte, parce que les liquides d'égout les attaquent rapidement; on les réserve pour les points du trajet où il y a des coudes, des siphons, une forte pression à supporter. Il est nécessaire que la surface intérieure soit parfaitement lisse et que la jonction des branchements avec les conduits principaux évite l'angle droit, cause fréquente de stagnation des matières solides. Des regards sont ménagés de distance en distance pour le contrôle du bon état des canaux, que l'on ne saurait installer superficiellement, dans la crainte- des gelées ; on a proposé, toutefois, de supprimer ces regards et de laisser ces canaux facilement accessibles à la vue, mais en les entourant d'une enveloppe sans conductibilité pour la chaleur.

Circulation et lavage de l'égout. — Le système moderne d'assainissement des grandes villes a porté dès le début le titre de « circulation continue », et il est indispensable de ne pas l'oublier. Les ingénieurs et hygiénistes anglais (Ward, Edwin Ghadwick, etc.), qui ont fait prévaloir la nouvelle doctrine dans leur pays, ont bien entendu que cette grande fonction devait se composer de trois temps : 1° l'arrivée dans la ville de l'eau pure, due au drainage naturel ou artificiel du sol ; 2° l'entraînement et le cheminement dans Tégout par cette eau, après qu'elle a rendu tous les services qu'on peut en attendre, de tous les déchets et immondices qu'il est possible d'y admettre ; 3° le retour au sol de cette masse liquide impure, organique, pour y être purifiée, et recommencer le cercle. L'existence des égouts et leur utilisation pour l'éloignement des immondices emportent donc l'afflux d'eau dans ces canaux. Cet afflux doit être continu ; l'eau des pluies, nécessairement distribuée par intermittences, n'y suffirait pas. S'il y a stagnation dans l'égoul, les matières excrémentitielles vont y être envahies par la fermentation et, sous le rapport du dégagement des gaz, l'égout ne sera plus qu'une immense fosse fixe.

La circulation dans l'égout est obtenue :

1° Par l'eau des pluies, qu'on reçoit d'abord par nécessité dans les voies souterraines et qui, ensuite, joue un rôle utile. Elle pénètre par les bouches d'égout de la rue, pour la part qui est tombée sur la chaussée et s'accumule dans les rigoles latérales ; par les égouts de maison, pour la part qui tombe sur les toits. Celle-ci doit se réunir dans des tuyaux de chute et arriver par un tuyau spécial dans le branchement de la maison.

2° Par l'eau d'approvisionnement de la ville et qui a servi : — aux besoins culinaires, à la toilette, au lessivage (eaux ménagères) ; — à la consommation des water-closets et des urinoirs privés ou publics ; — à l'industrie (d'ordinaire après désinfection chimique et épuration obligatoires, surtout quand elle renferme des acides ou de l'ammoniaque) ; — au lavage des rues (fontaines publiques, bornes-fontaines, arrosage public). — Dans la

Arnould. — Hygiène. 38

im DES HABITATIONS PRIVÉES ET COLLECTIVES. [Hygiène

maison, les eaux ménagères doivent également passer par un tuyau distinct de celui des latrines ; ce qui, avec la conduite des eaux pluviales, fait trois tuyaux aboutissant au canal qui relie la maison à l'égout de la rue.

Dans l'état actuel des besoins des égouts, on ne peut compter sur une circulation suffisante à moins de 150 à 300 litres d'eau par habitant. Paris

en reçoit près de 200 litres et en recevra 250, soit 500,000 mètres cubes par jour. Londres donne 224 litres à chaque habitant ; Bruxelles, environ 120. On ne se borne pas, du reste, à comp ter sur la chasse naturelle produite par l'écoulement des eaux sur une pente régulière ; il faut, de temps à autre, un effort plus énergique sur des points donnés. On l'obtient au moyen des vannes, derrière lesquelles on accumule momentanément une forte masse liquide, pour la précipiter ensuite dans les canaux en aval; le même effet peut être assuré par des machines élévatoires. A Paris, on cure les grands égouts avec des wagons-vannes qui poussent devant eux les boues et les immondices ; le collecteur, avec des bateaux-vannes qui remontent le courant, en laissant un espace libre entre eux et la paroi latérale du canal; l'eau s'accumule à l'avant du navire et se précipite avec force le long des parois du collecteur.

Obturateurs. Ventilation des égouts. — Bien que le mouvement incessant des liquides dans les canaux souterrains et le lavage des égouts protègent déjà considérablement les habitations contre le mélange des gaz putrides à l'atmosphère, puisqu'ils réduisent à son minimum la production de ces gaz, cependant l'efficacité de l'enlèvement des immondices par canalisation ne pourra passer pour complète que le jour où l'on aura empêché tout retour, parles ouvertures qu'il fautbien ménager pour l'introduction des immondices dans les canaux, des gaz qui s'y développent encore, des odeurs même et des émanations, dont quelques-unes sont peut-être des germes morbides. A un autre point de vue, il est clair qu'il faut prévenir tout ce qui, dans l'atmosphère même de l'égout, compromettrait la santé des nombreux ouvriers qu'exige ce vaste mécanisme. Les gaz de l'égout peuvent remonter dans la maison par l'orifice des

Fig. 144. — Obturateurs.

générale.]

ÉLOIGNEMENT DES IMMONDICES

water-closets, du tuyau de chute des eaux ménagères, de celui des eaux pluviales, s'il est placé dans une cour; dans la rue, et, par conséquent, au pourtour des habitations, par les bouches d'égout de rue.

Disons tout de suite, parce que cela se rattache à une observation qui a fait quelque bruit, que les émanations de l'égout peuvent même gagner l'eau dans les tuyaux de conduite privés, si, au lieu de tenir dans des réservoirs isolés et indépendants l'eau qui sert aux water-closets, on fait arriver directement dans la cuvette du siège un branchement de la conduite d'eau, fermant par un robinet plus ou moins bien entretenu. Une épidémie de fièvre typhoïde à Sherborne, en 1873, a été attribuée par Blaxall à une pareille circonstance.

On se met à l'abri des retours par les orifices situés dans la maison à l'aide des siphons et obturateurs hydrauliques précédemment décrits. Eu général, c'est encore un siphon qui est adapté à l'orifice de la rue, avec une grille pour arrêter au passage les corps les plus volumineux. La figure 144, qui est un schéma d'ensemble, montre : en A, un orifice de rue en siphon et à grille ; en B, un mode d'occlusion par un obturateur breveté, dont le modèle grandi se voit dans la figure 145; en G, le siphon ordinaire. On doit, malgré tout, conserver le tuyau d'évent, 1, débouchant par-dessus le toit.

A. Paris, les orifices de rue sont absolument libres sous le bord du trottoir, à l'exception de la grille destinée à arrêter les corps volumineux. A Lille, il en est de même, ainsi qu'à Lyon. L'obturateur à bascule de Millerat, essayé à Saint-Etienne et à Montpellier, n'a pas réussi à se généraliser, malgré le perfectionnement proposé par Tancrez et Pilât.

Il ne faut pas, d'ailleurs, s'exagérer le méphitisme de l'air intérieur des égouts. Dans des canaux bien faits et bien tenus, comme ceux de Paris, les ouvriers circulent, séjournent, travaillent, sans offrir une réelle infériorité sanitaire (Bouley). Les hygiénistes et même les simples curieux du beau monde vont se promener, sans inconvénient, dans le grand égout collecteur, où il semble que la richesse en immondices atteigne à son summum. La même immunité se présente à Londres, chez les ouvriers employés à la terminaison des grands canaux, à la station des pompes (Sander).

Fig. 145. — Obturateur de siège.

DES HABITATIONS PRIVÉES ET COLLECTIVES

Le 4 février 1862, au rapport de Haywood, ingénieur des égouts de la cité de Londres, quatre ouvriers furent trouvés morts dans l'égout de Fleet-Lane, où ils avaient travaillé. Or, l'égout était neuf, bien lavé et ventilé — L'opinion de Letheby fut que ces morts devaient être attribuées à l'action de l'hydrogène sulfuré, soudainement engendré dans l'égout par des acides qui y ont été déchargés et qui ont réagi sur les dépôts. — C'était un poison chimique et non un poison putride, n0n le méphitisme qu'on aurait pu craindre.

Dans tous les cas, ce fait démontre le danger de la stagnation des matières putrides dans l'égout. Récemment, pareil accident causa la mort de quatre ouvriers dans l'égout du boulevard Rochechouart à Paris ; on l'attribua encore à l'hydrogène sulfuré ; mais cette fois l'on pensa que le gaz toxique provenait bien de la décomposition d'un amas de matière fécale, et l'on découvrit plus tard comment il peut se faire que de tels amas se trouvent quelquefois sur un point de la vaste canalisation souterraine de Paris, où régulièrement les liquides seuls sont admis. Des vidangeurs de fosses fixes, payés sur le cube des fosses vidangées et non au cube des matières amenées au dépotoir, profitent, çà et là, de la nuit et de l'isolement pour déverser en entier leur chargement dans une bouche d'égout ; quelques-uns ont même l'audace d'établir simplement un tuyau de communication entre leur tonneau et la bouche d'égout la plus voisine. Cette pratique criminelle à contribué pour sa part à donner lieu aux plaintes qui se sont élevées, dans l'été de 1880, au sujet des odeurs de la capitale. Jusque-là, l'atmosphère parisienne ne sentait point bon ; mais les tuyaux d'évent des fosses fixes en étaient coupables beaucoup plus que les bouches d'égout. Bien qu'imparfaitement construite et insuffisante, à notre avis, la canalisation de Paris n'est pas une source notable d'émanations ; là où elle fonctionne régulièrement, les passants longent le trottoir des plus beaux quartiers sans soupçonner qu'ils rasent de nombreuses bouches d'égouts (Alphand).

Rawlinson a simplement conseillé de ménager des orifices à air sur le trajet des canaux, tous les 91 mètres ; à Francfort et à Dusseldorf, il y a un de ces orifices par 35 mètres. On y suspend quelquefois un panier à charbon, qui est supposé désinfecter les gaz ; mais il faut considérer que ceux-ci, se diluant dans la masse atmosphérique, sont bien moins fâcheux pour la rue (quoi qu'en pense Fonssagrives), qu'ils ne le seraient pour la maison, dont l'atmosphère est limitée et close.

Des analyses faites dans les égouts de Londres ont indiqué, dans les circonstances les moins favorables, la composition suivante de l'air :

Azote. Oxygène. Acide carbonique.

Air d'égout (en volumes) 78,79 20,71 0,51

Air normal — 79,0 21,0 0,0004

A vrai dire, on ne s'est pas occupé des molécules organiques ni des gérâmes ; c'est peut-être aujourd'hui l'objet le plus en vue.

A Francfort, on a installé, dans les points les plus élevés du réseau, des tours d'appel sans foyer allumé. ALiverpool, en 1870, il y avait 1,200 tours en fer, munies d'un aspirateur à vis d'Archimède ; Parkes et Sanderson ont constaté à l'anémomètre que ces ventilateurs déterminent un très réel mouvement de l'air et peuvent procurer en 77 minutes le renouvellement

générale.]

ELOIGNE ME NT DES IMMONDICES

total de l'air dans la portion de canal que chacun d'eux dessert. Mais il ne leur a pas échappé que cet appel est précisément en sens contraire de celui que détermine le mouvement des liquides dans l'égout et qu'entre deux ventilateurs il y a nécessairement un point où l'action de l'un contrebalance celle de l'autre et où l'air reste stagnant.

En faisant arriver les tuyaux de chute des pluies de chaque maison jusque dans l'égout de rue et en y supprimant tout obturateur, on a tout naturellement un tube d'évent qui amène les gaz de l'égout sur le toit On peut aisément y adapter le filtre à charbon.

La ville de Bruxelles, qui a nettement pris parti pour l'école Anglaise et déverse à l'égout la totalité des excréments, a exécuté certaines mesures de protection qu'il est au moins intéressant de connaître. On les trouvera dans l'analyse ci-dessous du mémoire des hygiénistes et ingénieurs belges: Maus, Gluysenaer, Derote et Van Mierlo, avec quelques autres détails qui compléteront les développements donnés plus haut à cette question.

Trois circonstances entraînaient l'infection des égouts de Bruxelles : 1° le défaut de pente ; 2° le séjour de matières sales, que l'on croyait devoir être utiles à l'agriculture, dans les puisards et dans les cuvettes des égouts publics ; 3° la mauvaise disposition et les dimensions insuffisantes des embranchements d'égouts destinés à conduire les eaux des cuisines et des lieux d'aisances dans l'égout de la rue.

11 a été remédié au premier défaut par les ingénieurs, en assurant aux égouts une pente d'au moins \ centimètre par mètre. On décida de supprimer les puisards et de laisser circuler dans l'égout toutes les matières solides, sauf les corpsvolumineux que des grilles sur les regards arrêteront au passage. Quant à la troisième lacune, Maus montra par son propre exemple et en rectifiant les conduites de sa maison qu'il était possible de la combler, au moins en partie, sans grands frais ; il suffisait de donner aux tuyaux de chute des eaux pluviales et ménagères dans l'égout de maison, jusque là perpendiculaires, une obliquité qui favorisât la chasse des matières par l'afflux de l'eau ; de former le fond de l'égout de deux plaques de pierre sciée, inclinées en forme de noue, afin de maintenir le courant au milieu et d'y ramener constamment les matières ; de faire la voûte et les parois de cet égout en dalles et en ciment étanches (des tuyaux en grès d'un diamètre suffisant rempliraient le même but). Par-dessus tout, il fallait des coupeair irréprochables, dont le diaphragme ou cloison plongeât dans l'eau d'une quantité suffisante pour empêcher tout reflux de l'air d'égout, malgré les dénivellations produites par un excès de tension que cet air peut éprouver.

La ville de Bruxelles étant partagée en ville haute et ville basse, les regards d'égout peuvent être considérés, d'une partie à l'autre, comme des cheminées communiquantes ; en hiver, l'air atmosphérique (froid) entre par les regards de la ville basse et sort par ceux de la ville haute ; en été, c'est l'inverse. D'où une infection alternante de l'atmosphère entre les deux villes. Maus voudrait que l'on supprimât l'accès de l'air dans les égouts, où il ne fait que hâter la fermentation, excepté dans les collecteurs et les égouts de la ville basse, comme nécessaire aux ouvriers obligés d'y faire le curage. 11 est, du reste, impossible d'interdire absolument l'entrée de l'air dans le système d'égout, puisque, si l'intérieur des égouts était complètement isolé de l'atmosphère, les grandes dépressions atmosphériques provoqueraient une émanation des gaz d'égout à travers les obturateurs hydrau-

DES HABITATIONS PRIVÉES ET COLLECTIVES

[Hygiène

liques les mieux construits : l'eau des averses, en pénétrant dans les canaux souterrains et déplaçant de l'air, produirait le même effet par un autre mécanisme.

Il faut que les coupe-air des rues puissent céder à une dépression moindre que ceux des maisons, afin que, si l'air des égouts est expulsé au dehors, il se répande dans la rue plutôt que dans les habitations. Pour la môme raison, on commencera par installer les coupe-air des maisons avant ceux de la rue.

Il conviendrait que les collecteurs fussent ventilés en faisant affluer, sous le foyer de la machine de décantation, les gaz méphitiques qu'ils contiennent, de façon à les brûler sur place. A la partie supérieure du système (ville haute), Maus proposait d'établir un manomètre, qui ferait connaître l'accumulation des gaz d'égout dans les canaux, et un foyer où un conduit les amènerait pour être brûlés.

Comme conséquences, les hygiénistes et ingénieurs belges ont posé ces principes : 1° que, dans un siphon dont les deux branches sont d'égal diamètre, la dénivellation doit atteindre au moins au double de l'immersion verticale du diaphragme plongeant, pour que les gaz d'égout puissent s'échapper ; 2° que l'efficacité des diaphragmes immergés doit être plus grande aux siphons de maison qu'aux siphons de rue ; 3° que tous les coupe-air de même destination, d'une maison à l'autre, d'une rue à l'autre, doivent être d'égale force pour que l'assainissement d'un point n'entraîne pas l'infection de points voisins ; 4° qu'il faut chercher en dernière analyse à empêcher absolument le mélange des gaz d'égout avec l'atmosphère des maisons ou de la rue.

Fig. 146. — Siphon en fonte pour bouches de rue. (Immersion 0m,04 ; dénivellation 0"\ 08.)

En conséquence, ils prescrivent : 1° de projeter toutes les immondices à l'égout et de supprimer les cuvettes des bouches de rue, destinées à retenir les matières solides (la grille suffira à arrêter les corps volumineux) ; 2° d'employer comme obturateurs, ou coupe- air, des siphons, en poterie de grès vernissé pour les latrines, cuisines, eaux des buanderies et des cours, en fer coulé pour les bouches d'eaux pluviales ; ces derniers avec un tuyau latéral ^fig. 146) qui, par le jeu d'un robinet, y déverse un jet d'eau de la distribution municipale en vue d'une chasse énergique, quand il en est besoin ; 3° de donner uniformément aux coupe-air de maisons une immersion de 0,n,0G, exigeant une dénivellation de 0m,t3, et à ceux de rue une immersion de 0m,04 en rapport avec une dénivellation de 0m,08 ; 4° de faire les tuyaux de chute et autres conduits verticaux en grès vernissé ; de prati-

générale.]

ÉLOIGNEMENT DES IMMONDICES

quer des joints étanches ; de donner aux conduits secondaires au moins 0m,10 et au conduit principal, qui raccorde la maison à l'égout public, au moins 0m,225 de diamètre ; d'éviter les coudes brusques, les jonctions à angle droit, et de les remplacer par des courbes et des rencontres très obliques ; de faire reposer les égouts sur terrain solide et d'assurer une pente d'au moins 0m,03 par mètre aux conduits privés ; 5° de brûler les gaz méphitiques, à leur issue des grands collecteurs, dans les foyers des machines d'exhaure (usine de Haeren).

Dans la séance du 27 mars 1874, la section des travaux de la Commission d'enquête du 11 mai 1869 a adopté ces conclusions.

Voici d'ailleurs quelques comparaisons empruntées au même travail.

Au faubourg de Molenbeek-Saint-Jean (Bruxelles), on a établi des cuvettes, avec immersion deOm,lt (fig. 147), sur les bouches d'égout des rues. Mais, comme les coupe-air des maisons n'ont pas été modifiés et qu'ils sont infiniment moins forts que ceux de la rue, on n'a assaini celle-ci qu'en augmentant l'infection de l'air des habitations.

Fig. 147. — Siphon de ru°, à Molenbeek- Saint-Jean (Om,ll d'immersion).

Fig. 148. — Siphon de rue à Liège (0m,04 à 0m,05 d'immersion).

A Liège, comme à Bruxelles, toutes les eaux sales indistinctement, y compris les produits des latrines, sont admises à l'égout public, sauf dans quelques quartiers où les égouts sont trop défectueux. Les bouches des rues ainsi que les maisons possèdent des coupe-air en siphon, généralement en fonte, placés sous les cuvettes et de 4 à 5 centimètres d'immersion. D'autres siphons joignent les égouts privés à l'égout public. La figure 148 représente le type du siphon des rues ; ce modèle est également en usage à Ostende.

La ville de Francfort-sur-Mein a reconstruit à peu près complètement, depuis 1867, son réseau d'égouts. L'administration municipale a pris en main la surveillance

DES HABITATIONS PRIVÉES ET COLLECTIVES

[Hygiène

de tout ce qui concerne le fonctionnement de ce système, soit pour les égouts publics, soit pour les rapports de chaque maison avec la canalisation générale. Les constructions nouvelles sont astreintes à observer les prescriptions municipales ; les maisons anciennes peuvent bénéficier des conduites d'évacuation en pratiquant chez elles les modifications déterminées par l'administration. En fait, l'adjonction des maisons particulières au réseau commun prend de jour en jour plus d'extension.

Ce système comporte des coupe-air de rues et de maisons de divers modèles. Les particularités qu'il présente sont: 1° la conservation, aux bouches de rues, de la cuvette destinée à retenir les matières solides ; 2° l'immersion considérable des diaphragmes (0m,07i) dans les coupe-air des rues et des habitations ; 3° l'adaptation aux cuvettes des rues et aux siphons des égouts privés de tuyaux d'évent (fig. 140), qui permettent l'issue des gaz intérieurs, lorsqu'une chasse d'eau a lieu.

Dans le même but, on a élevé deux hautes cheminées d'aérage (22 et 28 mètres; en des points excentriques, d'ailleurs sans foyer. Il ne s'y manifeste pas de courant sensible.

Fig. 149. — Siphon avec immersion de Fig. 150. — Type de cuvetle avec immersion

0m,071, placé au fond d'un puits sur le de 0m,10, pour bouches d'eaux pluviales des

parcours du principal égout privé dans rues de Gand. les maisons de Francfort.

On voit que ces tuyaux d'évent et ces cheminées maintiennent la communication de l'air des égouts avec celui de la voie publique et des habitations.

Gand est encore sous le régime des fosses pour le produit des latrines. Ses égouts ne reçoivent que les eaux pluviales, ménagères et industrielles. Elles entrent par des cuvettes en maçonnerie ; la cloison plongeante est tantôt une pierre dé taille arrondie, tantôt un entonnoir en tôle goudronnée (fig. 150), destiné à soustraire à la vue, à Févaporation et à la fermentation, la majeure partie de la surface d'eau sale qui, d'habitude, reste exposée à l'air atmosphérique.

Anvers et Oslende ont également des fosses fixes. Leurs égouts sont aisément

générale.]

ÉLOIGNEMENT DES IMMONDICES

lavés par l'alternance des hautes et des basses marées, par conséquent point très encombrés de gaz délétères. C'est une circonstance heureuse pour Anvers, qui n'a pour obturateurs aux bouches de rues que des sterfput de grandes dimensions. Dans cette même ville, on a établi sur des ouvertures spéciales une vingtaine de cheminées, dont quelques-unes de 20 mètres de hauteur, destinées à ventiler les égouts. Ces cheminées, grâce à l'uniformité du niveau d'Anvers, n'ont pas sur l'atmosphère de la ville d'aussi fâcheux effets que s'il y avait des rues hautes et des rues basses ; il ne s'y produit que de faibles courants.

En France, les fosses prédominent toujours. Il y a cependant des hygiénistes, dans notre pays, qui ne reculeraient pas devant-leur suppression complète. Ainsi, la ville de Pau, qui est actuellement (1875) menacée d'insalubrité par ses fosses, venelles et égouts, peut aisément, suivant Lacoste, instituer le système d'évacuation anglais en convertissant en égout collecteur le Hédas, couvert, et en le faisant déboucher dans le Gave, dont le volume et le débit donnent suffisamment de garanties contre l'infection de ce cours d'eau. La cité dispose de 125 litres d'eau par jour et par tête et arrivera aisément à se donner 276 litres.

Nature des immondices qu'on peut admettre a l'égout. — Après les rudes épreuves auxquelles le choléra avait, à plusieurs reprises, soumis les grandes villes d'Angleterre, les hygiénistes du pays, avec la ténacité particulière à cette nation, dénoncèrent spécialement comme un terrain disposé à recevoir toutes les épidémies la souillure du sol et de l'air par les immondices et notamment l'infection fécale des habitations. De ce grand mouvement provoqué dans l'opinion publique résulta l'adoption, par les autorités sanitaires (gênerai Board of health ; metropolitan Board of heallh; local government Board), de ce principe : « Les égouts doivent recevoir tout ce qui est susceptible d'être entraîné par les eaux. » Les matières fécales étaient évidemment dans ce cas, étant établi qu'il serait fourni à chaque maison une abondante provision d'eau et que, désormais, l'eau allait devenir l'agent de la circulation continue entre le sol et le monde vivant. On n'admit pas de moyen terme et l'on fut logique jusqu'au bout ; les matières fécales, liquides ou solides, ne doivent pas séjourner un seul instant dans la maison ; tous les cabinets d'aisances deviendront des water-closets et un flot d'eau entraînera le produit de l'exonération intestinale et vésicale. aussitôt que ce produit aura quitté le corps des humains ; on ne le tolérera même pas, en tout ou en partie, à faible distance, et le courant secondaire qui l'aura enlevé de la maison le portera sans désemparer à un fleuve souterrain qui l'éloignera de la ville, comme le premier l'a éloigné de la maison.

Tel a été le principe que les Anglais, depuis 1850, se sont mis à appliquer sans tergiversation ni accommodement. La réalisation n'en est pas faite partout, mais l'idée maîtresse subsiste, incontestée. Londres n'était pas, à vrai dire, dans des conditions très favorables pour approprier ses canaux souterrains à cette nouvelle destination ; le système, en particulier, manquait d'ensemble et d'équilibre; il en manque même encore, et la canalisation de Paris est bien supérieure. Néanmoins, on pratique la vidange complète a l'égout, tout en modifiant et perfectionnant d'année en année le réseau

602 UËS HABITATIONS PRIVÉES ET COLLECTIVES. [Hygiène

des conduites souterraines et les moyens de la circulation. La Belgique a simplement embrassé la doctrine anglaise ; en Allemagne, les avis sont partagés ; en France, sauf les villes, rares, qui faisaient du s ew âge- System sans le savoir, on repousse assez généralement l'introduction formelle des fseces dans l'égout, et, à l'heure qu'il est, Paris donne l'exemple en retenant (il le croit, du moins) les excréments solides dans les tinettes filtrantes du système diviseur, pour ne laisser passer dans le fleuve souterrain que les eaux impures et les urines. Pourtant, Paris a le plus beau réseau d'égouts du monde ; il est favorisé du voisinage d'un terrain d'épuration qui ne laisse rien à désirer et d'installations d'assainissement des eaux évacuées, que tous les ingénieurs municipaux de l'Europe sont venus étudier et s'efforcent de reproduire. On comprendrait, à la rigueur, les réserves des conseils des villes plates, dont le système de canalisation est incomplet ou défectueux ; en 1863, le conseil de salubrité du département du Nord refusait l'entrée des égouts &x\x eaux ménagères; en 1877, le même conseil condamnait le système diviseur, au bénéfice des fosses fixes ; mais il est en présence d'une administration municipale qui, pour des raisons qui ne sont pas de notre ressort, ne semble pas disposée à attaquer de front les difficultés réelles d'une bonne canalisation de la ville de Lille. Mais Paris a les pentes naturelles, une administration intelligente et animée de l'esprit le plus philanthropique, des ingénieurs d'un talent transcendant ; pourquoi la capitale, qui admet à l'égout les urines des habitants avec des eaux qui ont lavé les matières fécales, entraînant une bonne part de celles-ci et des germes morbides en quantité (personne ne le conteste), si tant est qu'il en sorte de l'intestin, s'inflige-t-elle l'encombrement et le labeur des tinettes ? Il semble bien que, du côté de l'insalubrité provenant du contenu, les égouts parisiens ne soient pas notablement supérieurs à ceux de Londres ou de Bruxelles ; mais, incontestablement, ils ont les tinettes en plus avec un énorme travail en perspective et un gros embarras ; le dépotoir de Bondy déborde et une ceinture de dépotoirs particuliers entoure Paris : il serait étonnant qu'on ne simplifiât pas la besogne et qu'on ne relevât point la salubrité en chargeant de toutes les opérations nécessaires les mêmes usines, les mêmes canaux, les mêmes terrains, qui sont déjà occupés à l'épuration des liquides d'égout,fort épais comme on peut croire.

Le déversement, sans intermédiaire, des tvater-closets à Végout n exige pas de canaux pins grands ni plus coûteux que ceux que Von ouvre aux eaux pluviales, ménagères et de lavage des rues. Un exemple admirable est celui de la ville de Danzig, cité par Sander ; Danzig, relativement pauvre et peu peuplée, a réussi à exécuter le système anglais et à conduire toutes ses immondices jusque sur la dune voisine pour une somme de 2 millions et demi, 32 fr. 50 par habitant ; 90 p. 100 de ses canaux sont de simples tuyaux de faïence de 23,5 à 47 centimères de diamètre.

Dans les villes à fosses fixes, il passe toujours par l'égout un volume d'eau notable, plus considérable même que ne le ferait supposer le débit connu des conduites municipales, à cause des puits qui persistent un peu partout. S'il entre dans l'égout 150 litres d'eau par jour et par habitant, il

générale.]

ÉLOIGNEMENT DES IMMONDICES

est à supposer qu'il y aura bien place encore pour 200 grammes (chiffre fort) de matières fécales en plus. A Paris, où l'obligation des tinettes filtrantes généralisera l'emploi des water-closets, on peut bien affirmer que l'augmentation de volume du contenu de l'égout, si les fèces y arrivaient avec les liquides, serait moins que rien : 3 à 400 mètres cubes de matières semi-solides , ajoutés à 500,000 mètres cubes d'eau ; ce qui donne aussi une idée du degré de la dilution dans lequel se trouveraient ces matières : 1/1300 à peu près. Cette fois, évidemment, on ne prétendra pas que le water-closet consommera plus d'eau pour conduire les matières à l'égout que pour les descendre jusqu'à la tinette ; il n'y a qu'à supprimer celle-ci, et les matières seront arrivées sur la grande route.

La vidange intégrale à l'égout n'augmente pas l'influence des égouts sur la santé publique. Même avec les fosses fixes, il arrive à l'égout une quantité notable de matières fécales, sans exclusion des selles de provenance spécifique. Le lavage des rues en entraîne ; les eaux de lessivage en détachent des linges, qui gagnent également l'égout ; il y en est projeté clandestinement. Quant à celles que laissent passer les diviseurs, cela ne fait pas question. On a dit, à tort ou à raison, qu'en fait de germes spécifiques une petite quantité est moins dangereuse qu'une grande ; mais, du moins, s'il est acquis que la putridité en générai est nuisible par elle-même, il est bon de savoir qu'elle n'est pas beaucoup plus grande dans les égouts qui reçoivent toutes les immondices que dans ceux où ne passent que les liquides stercoraux et les eaux ménagères. Le tableau ci-dessous, dressé par Sander, compare entre elles 15 villes anglaises à fosses fixes, 16 à water-closets ; Paris, qui n'admet pas les solides dans les canaux ; Zurich, dans laquelle 21,000 habitants ont des tinettes filtrant à l'égout et 29,000 ne projetant à l'égout que les eaux ménagères ; enfin Munich, où le Schwemm-system est encore très peu étendu :

Page 1