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RÉACTIFS

QUANTITÉ pour 100

DE MATIÈRES ELIMINEES PAR LES REACTIFS.

Carbone organique dissous.

Azote organique dissous.

Matières organiques suspendues.

« Il conclut à l'exclusion, de tout cours d'eau, de liquides conservant de telles impuretés et restant encore si riches en éléments fermentescibles, caractérisés par le carbone et l'azote organique. »

Le système Wicksted (lait de chaux) à Leicester, qui possédait des appareils mécaniques perfeclionnés pour l'addition et le mélange du lait de chaux, pour l'extraction et le séchage des dépôts, a ruiné ses entrepreneurs en peu de temps, sans avoir trouvé le moyen de verser de l'eau pure à la rivière qui recevait ses liquides soi-disant assainis. Néanmoins, l'idée a été reprise en sous-ordre, à Lille, par deux chimistes distingués, Ladureau et Jean de Mollins, comme étant applicable à l'épuration des eaux d'égout de Roubaix-Tourcoing, d'un assainissement très difficile, selon A. Ronna (ces eaux renferment surtout les détritus organiques des industries de la laine). Mais les résultats publiés démontrent suffisamment qu'ils consistent bien plus en une clarification qu'en une épuration véritable, li faut environ 1 kilogramme de chaux par mètre cube d'eau d'égout. J. de Mollins joint à l'action de la chaux celle du sulfate d'alumine ou même celle de la solution d'argile, qui ajoutent aux combinaisons calcaires un « collage » très satisfaisant à l'œil. Les eaux ne sont pas moins toujours très azotées et les résidus solides assez encombrants, assez pauvres à titre d'engrais, pour qu'il n'y ait guère d'avenir à une application en grand de ces essais d'ailleurs méritoires.

Ce que nous venons de dire de l'action du sulfate d'alumine s'était déjà révélé dans les essais pratiqués vers d868. à l'instigation de l'inspecteur général des mines, Le Châtelier, à Paris. On obtenait la clarification des eaux par « collage », mais non l'épuration; l'acide sulfurique libre, que le sulfate d'alumine renferme d'ordinaire, exerçait pour un moment sur l'eau une action antiseptique, mais elle n'était nullement potable. D'ailleurs, ces opérations chimiques exigent de grands bassins et l'on se trouvait fort embarrassé en présence de l'énorme masse de limon qu'il fallait en extraire après le collage. Comme toujours, à titre d'engrais, ces boues coûtaient plus cher qu'elles ne pouvaient être vendues.

Les procédés chimiques ne paraissent pas mieux réussir sur les eaux industrielles que sur les eaux stercorales. Holden, à Roubaix, retire par la

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concentration des premières eaux de lavage qui ont emporté le suint des toisons, puis par calcination, la potasse qu'elles renferment en grande quantité; l'acide chlorhydrique, puis la chaux, décomposent ensuite les savons et forment un engrais calcaire; mais la plus grande partie des matières azotées restent dans les eaux et le meilleur traitement à leur appliquer est celui que nous indiquerons pour les eaux d'égout, l'épuration par le sol. Il est probable que ceux qui prétendent avoir trouvé mieux se vantent.

Au dire de Mathieu, les eaux de la brasserie du Liesing, près de Vienne, qui empoisonnait le cours d'eau voisin, ont été complètement purifiées par Béranger et Stingl au moyen de très petites quantités de ses quichlorure de fer provenant de la réaction de l'acide chlorhydrique sur un minerai de fer hydraté, qui précipite toutes les matières organiques et les ferments. On pourrait se servir d'un minerai de fer phosphaté, filtrer et utiliser les résidus comme engrais; enfin, substituer les sels d'albumine au fer.

Ernest Anthony annonce un <« nouveau procédé d'assainissement général, de fabrication d'engrais carbo-azoté-phosphoré, noir animal, sels ammoniacaux, goudron, graisses ou suifs et gaz d'éclairage ou de chauffage, par le traitement spécial, en vase clos, par pressage, filtrage et distillation, de toutes substances animales, réputées insalubres et susceptibles de produire des miasmes, telles que : excréments divers, bêtes de la voirie mortes de maladies ou abattues pour cause de vieillesse, viandes ou poissons saisis comme insalubres, déchets des industries traitant des matières animales, débris de toutes matières d'origine animale. » Fournier (Georges) et Bilange (Ch. R.) prétendent épurer les eaux d'égout de Reims par un « traitement chimique », qui aurait reçu l'approbation de Durand-Claye (Léon) et de Lhôte, et ramènerait ces eaux à ne renfermer plus que 13 grammes d'azote total par mètre cube. On se gardera de repousser à priori de telles promesses ; mais il convient, pour se prononcer définitivement, d'attendre que ces procédés soient sortis du laboratoire et aient fonctionné en grand, à titre de service public. Car toute la question est là, et non dans ce que l'on peut faire dans une bouteille.

4. Traitement mécanique. Filiation. — On se sert, pour appliquer ce système, de vastes bassins dans lesquels s'opère d'abord naturellement le dépôt (subsidence des Anglais) des matières les plus lourdes et les plus grossières ; puis d'où l'eau passe à travers des cloisons horizontales ou verticales, faites de matières filtrantes inertes, coke, sable, etc., ou simplement de toiles métalliques. La décantation et la filtration déchargent évidemment de beaucoup d'éléments impurs les eaux qui charrient les immondices ; mais il est non moins clair que ces opérations ne font rien aux substances dissoutes. En revanche, la boue qui reste au fond des bassins devient un insurmontable embarras; elle ne représente pas moins de 300 à 400 mèt. cub. par jour pour des villes de la taille de Paris ou de Londres. Reims, Birmingham, Blackburn, Newcastle-under-Lime, ont essayé sans succès ce système.

5. Projection dans les fleuves ou dans la mer. — De temps immémorial, les groupes humains établis au bord des fleuves ou de la mer ont regardé ces masses d'eau comme les récipients naturels des immondices; ne sont-ce

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pas de grandes routes? Les navires y passent, y séjournent, et les équipages de ces bâtiments y jettent tous leurs déchets, absolument comme le font les paysans dans les champs qu'ils traversent, sans songer qu'ils peuvent, les uns ou les autres, souiller cette vaste étendue. On emprunte même l'eau de la boisson à ce fleuve qu'on a si peu ménagé. Pourtant, un jour vient où divers indices font naître de légitimes scrupules, et l'on filtre cette eau. Bientôt, ce correctif ne suffit plus et il faut mettre le fleuve sous la protection des lois.

Il y en a partout, de ces lois, d'anciennes et de récentes, en Angleterre, en Allemagne, en France, en Belgique. Mais le public ne les respecte guère et les savants les contestent.

L'Angleterre a fait officiellement rechercher l'état de la pollution des rivières et les moyens d'y remédier. Une première Rivers pollution Commission, composée de Rawlinson, Harrisson, Way (1865); puis une seconde (1868), qui avait pour membres Denison, Frankland et Ghalmers Morton; enfin, la commission du Local government Bourd (1875), avec Rawlinson, Glare Sewel Read et Smith, révélèrent une situation véritablement grave et provoquèrent la loi du 15 août : The Rivers pollution prévention Act, qui pose formellement l'interdiction de jeter aux cours d'eau les matières solides, les eaux d'égout, les résidus solides et liquides des usines et des mines, et qui charge le Local government Board de surveiller l'exécution de la loi.

C'est en 1868 (le 11 août), que fut écrite de Wakefield cette lettre restée fameuse pour laquelle l'eau du Calder avait servi d'encre au rédacteur de la pétition contre la souillure du fleuve. A la même époque, la commission de la pollution fluviale constatait que le Beck, cours d'eau de Bradford, recevait de la ville les excréments de 140,000 personnes, les eaux de 168 usines à laine, de 94 fabriques de draps, 10 usines à coton, 35 teintureries, 7 fabriques de gélatine, 10 fabriques de produits chimiques, 3 tanneries, 3 usines d'extraction de graisse!

Les résultats obtenus par Frankland, au point de vue de la chimie, ont paru suffisamment frappants pour légitimer des conclusions sévères et des mesures en conséquence. Cependant, les hygiénistes qui ont gardé l'habitude d'interroger la pathologie plus que les éprouvettes ont montré une certaine hésitation et, même en Allemagne, où Ton se pique d'une aptitude spéciale à raisonner l'étiologie, on n'a pas trouvé la pollution des rivières aussi menaçante que les commissaires anglais la présentaient. Il faut bien dire aussi que Londres, la première, n'a fait que tourner la difficulté. Un jour, il y a quelque vingt-deux ans, deux calamités affligeaient l'Angleterre; l'Inde était révoltée et la Tamise puait horriblement : le Parlement était chassé de la salle de ses séances par les exhalaisons méphitiques du fleuve. Si ce n'était pas malsain, c'était au moins très gênant et c'est de ce moment que fut résolue la suppression du déversement des égouts dans Londres et la construction des canaux qui conduisent les eaux d'égouts à grande distance, aux deux débouchés de Barking-Creeck et de Grosness.

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Mais on n'a débarrassé que la grande ville ; à l'extrémité de leur course, ces eaux sont simplement, à l'aide de puissantes machines à vapeur, jetées dans la Tamise à marée descendante. En 1876, 341 villes anglaises de plus de 5,000 hab. continuaient à jeter leurs eaux d'égout dans les rivières.

Quelques autres villes, situées à l'embouchure d'un fleuve ou sur une baie, font de même, comptant que le flot marin se chargera de conduire au large leurs immondices et de les diluer dans la niasse océanique. S'il en était ainsi, l'Océan est assez vaste pour noyer toute la matière organique abandonnée par les êtres qui vivent sur ses bords; mais le Ilot de la côte ne se môle pas immédiatement aux eaux du large ; ce que la marée descendante emporte, la marée montante le ramène en partie et les vagues peuvent déposer en bordure, sur les plages, les matières suspendues qui ont flotté à leur cime. Il y a toujours bien quelques villages de pêcheurs, à droite et à gauche des grands ports ; ce sont eux qui vont recueillir les effluves de ce dépôt, si même les faubourgs de la ville elle-même n'en ont leur part.

Glasgow déverse toujours ses eaux ménagères et industrielles dans la Clyde, infectée des résidus organiques de 800,000 personnes et d'industries nombreuses. New-York évacue ses égouts dans l'Hudson, par des bouches situées au long des rues.

Au moins, tout le monde convient-il que, si les égouts se déversent au fleuve, il faut absolument reporter au-dessous de la ville l'embouchure du collecteur. Il n'y a, de cette façon, que les riverains en aval de sacrifiés. S'ils réclament, tant mieux; la ville finira par être obligée de prendre des mesures dans l'intérêt d'elle-même et de ses voisins.

Il ne manque pas, en Allemagne, de prescriptions contre la pollution des rivières ; mais les hygiénistes du pays ont prétendu, avec raison, faire passer par le contrôle scientifique la légitimité de ces lois et leur imposer les distinctions opportunes. En 1876, à Diisseldorf, dans la réunion de l'association allemande d'hygiène publique, les ingénieurs Diinkelberg (de Bonn) et Burkli-Ziegler (de Zurich) proposaient à l'assemblée la Thèse suivante : « Le déversement direct de l'eau d'égout des villes d;ins les eaux courantes, que l'égout reçoive ou non la totalité des excréments humains, doit être régulièrement interdit au nom de la santé publique, ou très exceptionnellement admis pour des cours d'eau d'un débit considérable. On se réglera d'après le fait que le déversement d'eau impure dans le bassin du fleuve, en se prolongeant, aura fait passer des inconvénients à peine sensibles à l'état de préjudices réels. Dans tous les cas, cette déperdition de l'eau d'égout est le fait d'une mauvaise économie et nuit aux intérêts agricoles aussi bien qu'à ceux de la cité. » Cette thèse fut acceptée, mais avec le correctif d'une seconde qui exprimait la nécessité de recherches nouvelles sur la nociveté de la souillure fluviale, les conditions et l'étendue dans lesquelles elle s'exerçait.

La haute administration sanitaire de l'Empire parut n'avoir remarqué que la première de ces propositions. Dans l'année qui suivit, un avis émané de la Dêputation scientifique du ministère médical concluait à l'interdic-

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on

tion du déversement des eaux d'égout dans les fleuves, en visant spécialement Cologne et Francfort-sur-le-Mein, très occupées en ce moment même de compléter leur réseau d'égout et d'y relier toutes les maisons. Cet avis produisit quelque émotion chez les hygiénistes allemands ; les rapports du professeur Baumeister (de Carlsruhe) et du docteur Lent (de Cologne), à la réunion de Nuremberg en 1877, expriment très nettement le regret qu'une pareille consultation ait été donnée sans que l'on ait procédé à l'enquête que l'association avait regardée comme nécessaire. Dans l'esprit des rapporteurs, la souillure des fleuves, même par les eaux d'égout, n'a peut-être pas les dangers qu'on lui a supposés un peu à priori. Dans toutes les villes, les cours d'eau sont souillés de matières excrémentitielles lors même qu'on ne le voudrait pas et que la vidange systématique à l'égout, avec déversement de celui-ci au fleuve, ne serait pas pratiquée. Il n'y a pas une différence énorme entre les eaux courantes de Rugby, qui reçoivent l'égout avec la vidange intégrale, et celles de Munich où la projection des excréments à l'égout est interdite par l'administration. Et ainsi d'autres villes. Les cours d'eau de Berlin, Elberfeld, Nuremberg, qui ne reçoivent pas les excréments, sont plus souillés que ceux de Hambourg, de Wiïrzbourg, où les excréments sont déversés à l'égout. On peut même boire cette eau fluviale filtrée, puisque Londres, la ville du monde où le chiffre de mortalité est le plus faible, doit yf de l'eau qu'elle consomme à cette provenance. Y a-t-il vraiment lieu de redouter les germes morbides qui peuvent être charriés par les eaux impures? Mais, en supposant que ces germes ne soient pas une pure hypothèse, il est évident qu'ils sont bien dilués dans la masse aqueuse fluviale et peut-être subissent-ils dans l'eau des modifications qui les rendent inoffensifs ; dans tous les cas, la propagation de la fièvre typhoïde ou du choléra par ce moyen n'est pas démontrée.

Les villes qui déversent Jeurs immondices aux fleuves, d'une façon voulue, les font déboucher en aval; or, les riverains du cours inférieur ne sont pas aussi compromis que les commissions anglaises l'ont prétendu, à la suite d'expériences de laboratoires; le fleuve se purifie lui-même, ainsi que l'ont prouvé les recherches faites sur la Seine, le Danube, l'Isar, l'Elbe, les fleuves américains. Le Nashua (Massachusetts) et le Merrimac passent pour très souillés; ils le sont plus que les cours d'eau de la plupart des petites villes d'Europe. Cependant, les hygiénistes américains, tout en souhaitant mieux, ne pensent pas que les dangers de la souillure fluviale soient assez certains pour détourner leurs compatriotes de boire de ces eaux et pour les engager à faire les sacrifices considérables qu'entraîneraient des installations irréprochables.

Il ne faut pas comparer les petites villes à Londres ou à Paris, les ruisseaux aux fleuves. Cologne peut se servir du Rhin sans arrière-pensée. Hambourg de l'Elbe, Genève du Rhône. Voilà un moyen d'assainissement facile et peu coûteux; en définitive, la pureté du fleuve est atteinte, c'est vrai, et les poissons courent quelques risques; mais vaut-il mieux que les immondices restent dans les rues et les maisons plutôt que de gagner la rivière? vaut-il mieux que les hommes meurent plutôt que les poissons ?

Toutes ces raisons ont au moins justifié le vœu émis par l'association des hygiénistes allemands, qu'il soit procédé à de nouvelles recherches avant d'interdire uniformément le déversement des eaux d'égout et de waterclosets dans les cours d'eau, et la lettre écrite dans ce sens au grand-chancelier de l'Empire.

Nous avons, plus haut (page 163), donné déjà des exemples de l'assainissement spontané des fleuves. En voici d'autres.

Wibel constate qu'à Hambourg, où l'Elbe reçoit journellement 400,000 litres d'urine, il est impossible de reconnaître l'augmentation de proportions des chlorures ; or, on peut les déceler dans une dilution au millième. Si l'on songe à la quantité de chlore que les fabriques, l'urine des animaux, ajoutent à celui de l'urine humaine, on peut bien estimer que la dilution des chlorures dans l'Elbe n'est pas loin de 1 sur 5000. Il y a moins d'acide nitrique dans ce fleuve à Hambourg qu'à Magdebourg :

Résidu Acide Acide Matières Ammonia-

fixe. nitrique. Chlore. sulfurique. Chaux. organiques. que.

Elbe à Magdebourg. 260 1,4 38 48 56 34,5 0

(Reichardt.)

Elbe à Hambourg... 190-290 0-0,5 20-60 4-45 40-70 53-224 0 (Wibel.j

Puisqu'il y a moins d'acide nitrique et plus de matière organique à Hambourg qu'à Magdebourg, ce n'est pas l'eau d'égout, pense Sander, mais la végétation qui a augmenté la proportion de substances organiques. Cette conclusion est contestable ; l'acide nitrique est le produit ultime et définitif de l'oxydation lente des composés organiques ; il peut y avoir beaucoup de matière putride versée dans le fleuve à Hambourg sans que l'acide nitrique s'y présente immédiatement. Quant à celui qui venait de Magdebourg, il en a été consommé en route par les plantes.

Le Loch Katrine, qui approvisionne d'eau Glasgow, est sillonné de bateaux à vapeur dont les passagers et l'équipage ne se gênent pas pour projeter leurs excrétions dans le lac ; sur les bords, il y a quelques habitations et des troupeaux. Cependant, Frankland lui-même regarde l'eau de Glasgow comme la plus pure du Royaume-Uni.

Avant d'entrer dans Londres, la Tamise a déjà reçu les immondices de 800,000 personnes et, cependant, on y trouve à peine des traces d'ammoniaque ; elle n'a pas plus de matières organiques et a moins d'acide nitrique qu'à sa source. Autrefois, l'eau pour la boisson y était puisée dans l'intérieur même de la ville ; ce n'est qu'à la fin du dix-septième siècle que l'on a commencé à établir des conduites d'eau avec prise en amont et ce n'est que depuis 1857 que toute prise d'eau de boisson dans Londres même est interdite. Le fleuve y débitepar jour, au minimum, 1,500,000 mètres cubes.

Cette purification spontanée est appréciée fort diversement par les auteurs. Il est probable que Letheby en exagère la puissance quand il affirme que l'eau d'égout diluée dans 20 fois son volume d'eau fluviale est complètement oxydée après un parcours de 12 milles anglais. Mais Fran-

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kland paraît exagérer en sens contraire quand il estime qu'il n'a pas disparu plus d'un tiers des éléments organiques après un parcours de 192 milles et qu'aucun fleuve d'Angleterre n'est assez long pour parvenir à s'assainir entièrement de lui-même.

Pettenkofer et Lent ont calculé que l'eau d'égout est diluée à raison d'une partie sur 85 d'eau fluviale à Munich, avec 200,000 habitants et 150 litres d'eau d'égout par jour et par personne ; à raison de 1 p. sur 3663 à Cologne : 150,000 habitants. La Seine ne débite que 45 mètres cubes à la seconde par les basses eaux ; à ce taux, l'eau d'égout n'est étendue que dans 15 fois son volume. Si les excréments en totalité étaient versés dans l'Isar, à Munich, l'eau du fleuve en renfermerait 661 milligrammes par litre ; à Cologne, l'eau du Rhin en contiendrait 10 milligrammes. En fait, en amont et en aval de Cologne, qui projette l'eau de ses canaux dans le Rhin, l'eau du fleuve présente une légère augmentation du résidu fixe et de l'acide nitrique, et une faible diminution de la matière organique; des traces de chlore et pas d'ammoniaque. L'eau de l'Isar, qui a une pente notable, révèle, après avoir reçu les égouts, une augmentation sensible du chlore et des substances organiques, mais qu'on ne retrouve déjà plus à 300 mètres audessous de la ville. Le sol, sous les ruisseaux de la cité, n'est pas plus souillé que sous une fosse d'aisance.

En revanche, la Lys ne débite que A mètres cubes à l'étiage, la Deûle 2 mètres cubes, la Marque 0rac,150; tout en recevant des industries du Nord les eaux de condensation des machines, de teinturerie, de dégraissage de laines, etc. L'Escaut est forcé d'admettre, en Belgique où les riverains protestent, l'Espierre, prolongement du Trichon, aboutissant infect des égouts de Roubaix-Tourcoing, renfermant par mètre cube 71 grammes d'azote, 135 grammes de sels solubles, 330 grammes de matières en suspension.

Les préoccupations des hygiénistes allemands et leurs tendances à réclamer le déversement intégral des immondices au fleuve portent principalement sur l'Isar et la ville de Munich, où le professeur Ranke soutient la doctrine du respect des eaux fluviales, tandis que Pettenkofer, Kerschensteiner et Emmerich affirment l'innocuité de la transformation de la rivière en véhicule des immondices, y compris les excréments solides. Dans une discussion qui eut lieu en 1879, sur ce sujet, au sein de la Société de médecine de Munich, Emmerich apporta de nouvelles preuves expérimentales à l'appui de cette dernière opinion. Il confirme le résultat obtenu par la commission anglaise, que l'eau d'égout des villes à fosses fixes est plus chargée que celle des villes à water-closets (Voy. page 603) ; l'asile d'aliénés de Munich possède ce dernier système et, cependant, une injection sous-cutanée de 18 centimèt. cub. d'eau de l'égout de Munich (qui ne reçoit que les liquides, les eaux ménagères, l'eau de la rue) tue un lapin de 1160 grammes en 18 heures, tandis qu'une injection de 2.0 centimètres cubes d'eau de régoût dudit asile, faite à un lapin de 800 grammes, reste tout à fait inoffensive. Lui-même a bu pendant 14 jours de un demi litre à 1 litre d'une dilution d'eau d'égout à 1 p. 100,000, sans en être incommodé ; or, si l'on adoptait le système des égouts balayables par l'eau, la dilution des immondices fraîches dans l'Isar n'atteindrait pas le titre de 1 p. 200,000. On sait, d'ailleurs (Voy. plus haut), que les eaux des fleuves impurs

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[Hygiène

s'assainissent d'elles-mêmes, surtout si le sol de leur lit est favorable, comme c'est le cas pour l'Isar. Enfin, le danger de conserver, plus ou moins croupissantes, dans les égouts, des matières (urines, eaux ménagères, eaux de la rue chargées de crottin) dont la putridité est extrêmement offensive, menace plus la santé que l'arrivée rapide, immédiate et intégrale, de toutes les immondices dans la rivière.

Mais, encore une fois, il n'y a pas lieu, en cette matière, à une conclusion absolue et applicable à toutes les localités ; il y a des degrés de souillure supportables et d'autres qui ne le sont certainement pas. La tolérance que l'on réclame pour certaines villes et certains fleuves tombe devant l'urgence de la situation en ce qui concerne, par exemple, l'Irwell (Manchester), la Vupper (Allemagne), la Tamise à Londres, plusieurs rivières des bassins de la Ribble et de la Mersey, l'Espierre à Roubaix, la Seine à Paris. Le paragraphe qui va suivre sera consacré à montrer comment les immondices compromettent la salubrité dece fleuve etù exposer le système d'assainissement par irrigation, dont la plus belle application jusqu'aujourd'hui a précisément été réalisée au bénéfice de la capitale française.

7. Épuration et oxydation par le sol. Irrigation. — « En se plaçant à Asnières, devant la bouche du collecteur, qui dégage la Seine dans la traversée de Paris et jette toutes les eaux de la grande ville à 2 kilomètres audessous de l'enceinte des fortifications (fîg. 453), on voit là comme une rivière noirâtre se précipiter avec impétuosité, se retourner pour suivre la rive droite et, sans se mêler au courant du fleuve, marcher parallèlement avec lui » (Mille et Durand-Claye). A Saint-Denis, un autre collecteur qui sort de la capitale par la porte de La Chapelle et qui apporte les eaux (ou même la vidange intégrale) de la voirie de Bondy, renouvelle et double l'immonde tribut de son congénère. Au niveau des premières maisons de Saint-Denis, des usines commencent par amener une recrudescence d'infection par le déversement de leurs eaux; mais cette action est peu de chose à côté de celle du collecteur départemental qui débouche à quelques mètres en aval du pont suspendu. Cet égout vomit une eau absolument noire et fétide, dont l'odeur ammoniacale est des plus prononcées. Gela se maintient jusqu'à Épinay. Le courant boueux tient la moitié du fleuve, chargé de débris organiques de toute sorte et recouvert d'une matière graisseuse. La vase s'accumule à 2 ou 3 mètres d'épaisseur, forme des bancs d'atterrissement (fîg. 154) et nécessite des dragages fréquents et coûteux. Aucun être vivant, aucun poisson, aucune herbe verte ne se rencontre dans le. bras droit de la Seine à Glichy (où elle en forme trois).

En 1878, on portait à 250,000 ou 260,000 mètres cubes le cube moyen versé par jour en Seine par les collecteurs (Londres en fournirait 400,000 mètres cubes pour 4 millions d'habitants).

« Les deux tiers environ des matières contenues dans les eaux d'égout (lkg,940 sur 2kg,908) sont solides et formées, pour la majeure partie, de sable ou débris divers enlevés à la voie publique. Les matières dissoutes (0ke,968 sur 2ks,908) comprennent la moitié de l'azote total et des matières organiques et la presque totalité de la potasse. Les eaux de Londres sont

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moins chargées de matières solides et plus riches en azote. » Elles contiennent au mètre cube (Frankland) 643 grammes de matières solides (3 fois moins qu'à Paris), et 645 grammes de matières dissoutes. On a trouvé dans l'eau d'égout de Paris, par mètre cube :

grammes.

Azote 45 \

Autres matières volatiles ou Total partiel. . . 723 gr.

combustibles (organiques en i

grande partie) G7S j

Acide phosphorique 19 \ i T tal énéraL 2 m

Potasse 37 i

Chaux 401 F

Soude • 85 ) Total partiel... 5,185 gr.

Magnésie 22

Résidû insoluble dans les acides (silice spécialement) 728

Matières minérales diverses.. . . 893

Tantôt les anses du fleuve, tantôt des barrages, tantôt la division ou la réunion des bras, modifient la répartition des eaux impures sur Tune ou l'aulre rive. Çà et là, au moment où le fleuve commençait à s'épurer, un nouveau canal y jette des eaux d'usine et ramène l'infection à son premier degré. Entre Bezons et Marly, on retrouve le même état qu'à Asnières. Le tableau ci-dessous, emprunté à Gérardin et Boudet, exprime les conditions qui sont faites aux riverains de la Seine par le déversement des égouts en aval de Paris.

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