‹ Nouveaux éleménts d'hygiène [electronic resource]Chapitre 85 sur 267 · DE LA SEINE · texte numérisé non relu

DE LA SEINE

Pont d'Asnières, amont du collecteur. . .

Débouché du collecteur de Clichy

( bras droit

Clichy aval du collect.-, bras central...

( bras gauche. . .

Saint-Ouen, bras droit

Saint-Denis, bras droit, amont du collecteur

Débouché du collecteur départemental..

Saint-Denis, bras droit, aval du collecteur et du Croult

Epinay, bras droit

Bezons, toute la largeur du courant

Marly, bras gauche, amont du barrage.

Marly, aval du barrage

Saint-Germain

Maisons-Laffite

Conflans

Poissv

Trier.

Meulan

Mantes

Vetnon

Rouen

AZOTE non encore transformé

en sels ammoniacaux, ou

azote organique exprimé en grammes

par mètre cube.

AZOTE total, y compris

les sels ammoniacaux volatils, exprimé en grammes

par mètre cube.

gr.

OXYGENE

dissous, exprimé en

centimèt. cubei par litre d'eau.

OBSKRTATIONS.

Le bras gauche formé par l'île St-Denis présente à la hauteur d'Epinay les doses suivantes :

oc

S t organique 0,35

3 / total Oxygène

DES HABITATIONS PH1VÉES ET COLLECTIVES

Les villes n'ont pas le droit de faire de l'hygiène égoïste et de sacrifier à leur propre salubrité la santé des localités moins importantes, situées audessous d'elles sur le même cours d'eau. Pourtant, il faut bien avouer que les faits positifs observés jusqu'ici, comme conséquence de la pollution de la Seine en aval de Paris, sont plutôt des désagréments que de réels désastres sanitaires et que les dangers qui en résultent sont heureusement encore à l'état d'induction. Gela n'empêche pas qu'on fait bien de prendre des mesures d'assainissement ; les probabilités sont assez graves et assez fondées ; mieux vaut prévenir les accidents que les attendre.

Il est bien démontré que là où des eaux d'égout et surtout des eaux industrielles tombent à la rivière, les poissons désertent ou meurent; on n'en voit pas, non plus que d'herbes de bonne nature, tant que l'oxydation des matières organiques ne s'est pas faite. On peut en induire jusqu'à un certain point (car les poissons sont plus souvent asphyxiés dans ce cas que vraiment empoisonnés) la nociveté de pareilles eaux pour les humains qui seraient forcés d'en boire. Des dérangements gastro-intestinaux sérieux suivraient très probablement cette imprudence, ou cette nécessité, qui, à vrai dire, se réalise rarement. Il est d'ailleurs fâcheux que les poissons disparaissent des rivières; en dehors du passe-temps de la pêche, c'est une ressource alimentaire importante.

Mais au delà de ce principe parfaitement établi : que l'eau renfermant des matières organiques, ou même organisées, à une dose notable, est d'un usage compromettant, à un point de vue très général, on ne rencontre plus de preuves suffisantes, topiques en quelque sorte, que des maladies à proprement parler soient sorties des eaux fluviales souillées d'immondices. Nous avons dit plus haut combien les allégations produites à l'appui de la propagation possible de la fièvre typhoïde ou du choléra par l'intermédiaire de l'eau sont rares et discutables. En ce qui concerne les riverains de la Seine, Proust cite l'observation d'Hérard qui, dans l'épidémie de choléra de 1865-1866, remarqua que la plupart de ses malades provenaient du quartier Montmartre, abreuvé d'une eau prise à Saint-Ouen, au-dessous du collecteur ; celle de Mercier, médecin à Bezons, qui assure qu'un assez grand nombre de cas de fièvre typhoïde se sont déclarés exclusivement chez les habitants du quai dans la partie où le cours de la Seine est ralenti par un barrage. Et c'est tout, sauf que Massart, médecin à Glichy, signale encore une particularité que l'on n'attribuera pas à l'imprégnation animale des eaux : l'augmentation de fréquence des fièvres intermittentes ; c'est évidemment une question de circulation et non de constitution des eaux fluviales.

Quoi qu'il en soit, il y avait de ce côté de grosses menaces et il a fallu aviser. C'est alors que la direction des travaux de la ville a décidé d'utiliser la propriété comburante du sol et d'épurer les eaux d'égout de Paris par les

procédés naturels.

C'est en 1869 que la ville essaya timidement de répandre sur 5 à 6 hectares de mauvais terrain sablonneux, dans la plaine deGennevilliers, quelque 250,000 mètres cubes d'eau d'égout, avec une installation disposée pour

générale.] ÉLOIGNEMENT DES IMMONDICES. 623

en épurer deux fois autant au sulfate d'alumine. La terre à l'essai fut d'abord cultivée par quelques jardiniers de bonne volonté; peu à peu, des cultivateurs de la même plaine demandèrent à recevoir une part de cet engrais ; en 1874, l'étendue irriguée était de 115 hectares, mais pouvait être aisément portée à 1,000. Au 1er juin 1878 (Schlœsing et Durand-Glaye), elle était de 370 hectares et absorbait 70,000 mètres cubes par jour; pour suffire aux besoins actuels, il n'y a qu'à ajouter aux 1,000 hectares irriguables de Gennevilliers le retour de la plaine qui s'étend au-dessous de Colombes jusqu'à Nanterre et Rueil où l'on aura les 2,000 hectares nécessaires, à raison de 50,000 mètres cubes d'eau d'égout par hectare, pour absorber les 100,000,000 de mèt. cub. d'eaux impures jetées par an hors de Paris. Si l'on veut prévoir l'avenir, on a sous la main un désert de 1,400 hectares au nordest de la forêt de Saint-Germain,. que l'État concède à la ville; enfin, soit que les besoins augmentent ou que l'agriculture le réclame, on peut trouver le long de la vallée de la Seine de quoi porter à 6,000 hectares les terrains de l'irrigation. Quelques municipalités ou particuliers font entendre des plaintes ou manifestent leur opposition à ces projets; mais d'autres en réclament l'application et usent déjà intelligemment de ce riche engrais.

Nous ne pouvons nous arrêter à décrire les machines élévatoires qui prennent l'eau d'égout à l'extrémité des collecteurs et les envoient sur la plaine, non plus que le système de canaux et de rigoles pratiqué par les cultivateurs. Ce sont détails techniques qui ne relèvent qu'indirectement de l'hygiène. Nous indiquerons seulement les conditions qui ont paru bonnes ou celles que l'on a reconnues mauvaises pour la pratique de ce procédé, les correctifs qu'il a fallu faire intervenir, les principales objections qui se sont élevées.

1° Il faut au champ d:irrigation un sol perméable jusqu'à une certaine profondeur, assurant Yaêralion et la circulation de l'eau. Les terres, comme celles du pays de Gaux, placées sur des sols filtrants très élevés au-dessus des eaux souterraines, seraient excellentes, mais ne sont pas nécessaires. Presque tous les terrains, sable, craie, argile, tourbe, peuvent s'y prêter, pourvu que l'épaisseur du sol perméable atteigne à lm,8Û (Frankland). A Gennevilliers, la couche de sable caillouteux, anciennes alluvions de la Seine, varie d'épaisseur entre lm,50 et 2 mètres.

2° L'irrigation doit être intermittente. Si l'eau recouvrait ou pénétrait le sol d'une façon continue, l'accès de l'air serait nul, les matières organiques ne se brûleraient pas, mais agglutineraient les matériaux du sol, en feraient de Yalios, comme dans les Landes, désormais imperméable. Le temps nécessaire à lafiltration complète de l'eau d'égout est, à Gennevilliers, d'environ 20 jours. Il ne s'ensuit pas qu'il soit bon de verser d'un seul coup, tous les vingt ou même tous les dix jours, toute la quantité que l'on veut faire épurer au sol ; l'arrosage journalier, à petite dose, est au contraire préférable.

3° Dans les calculs de Frankland, 1 mètre cube de sable épure par jour 25 litres d'eau d'égout de Londres; un sol de 1 mètre carré de superficie et de 2 mètres de profondeur, constitué par du sable, épurerait donc 50 litres

624 DES HABITATIONS PRIVÉES ET COLLECTIVES. [Hygiène

par jour; soit 500 mètres cubes par hectare et 182,000 mètres cubes par hectare et par an. Les ingénieurs de Paris, dans leurs expériences, n'ont trouvé pour Gennevilliers que la capacité d'épurer par an et par hectare 57,000 mètres cubes. Mais il est probable qu'on peut élever ce chiffre dans la pratique.

En réalité, on l'a réduit : il est, en effet, de l'intérêt des cultivateurs de voir s'étendre la surface d'irrigation. Néanmoins, on ne descend pas audessous de 50,000 mètres cubes par hectare à l'année. Il ne faut pas oublier qu'il s'agit encore plus d'épuration que d'utilisation agricole et c'est la première qu'on doit d'abord assurer. Heureusement, le chiffre moyen que l'on a adopté n'est pas loin de satisfaire simultanément aux deux intérêts. En Angleterre, on épure de 80,000 à 200,000 mètres cubes par hectare et par an ; à Merthyr-Tydfîl, qui possède un soi d'argile placée sur du gros gravier, filtrant à 2 mètres de profondeur et d'une façon remarquablement efficace, l'irrigation est pratiquée à raison de 180,000 à 240,000 mètres cubes par hectare et par an.

4° Avec la culture et l'irrigation ainsi régularisée, il n'y a pas d'accumulation de matières putrides dans le sol, ni d'obstruction de ses pores. L'oxydation lente convertit toute la matière humique en nitrates et la plus grande partie de ceux-ci est utilisée par les plantes. Donc, le même terrain peut servir indéfiniment.

5° Dans les pays chauds, la culture pouvant obtenir plus de récoltes successives que dans les régions froides, l'utilisation agricole peut aussi consommer plus d'eau. Cependant, un fait remarquable aide à la culture des champs irrigués, dans le Nord; c'est que Veau d'égout ne gèle jamais et descendra rarement, par les plus gros hivers, au-dessous de 4°. Par les froids excessifs de 1879-1880, les maraîchers de Gennevilliers ont pu continuer leur jardinage et approvisionner Paris de légumes verts. A la bouche du collecteur de Glichy, l'eau était entre 5° et 7°, 5.

6° L'irrigation, à G ennevilliers, n'a pas tardé à élever de 80 centimètres à 1 mètre le niveau de la nappe souterraine; les puits montaient dans la commune et les habitants avaient de l'eau dans leurs caves. On a reconnu que le drainage agricole du terrain était indispensable et l'on y a procédé immédiatement.

7° Frankland porte à la proportion ci-dessous la quantité des substances éliminées ou transformées par la filtration intermittente :

Carbone organique dissous 73 p. 100

Azote organique dissous 88 —

Matières organiques suspendues 100 —

Les ingénieurs parisiens, examinant les eaux filtrées, les ont trouvées limpides, sans saveur, identiques, comme aspect et comme goût, aux eaux sulfatées de la nappe souterraine qui alimente les puits entre Rueil, Courbevoie et la Seine.

générale.]

ÉLOIGNEMENT DES IMMONDICES

Azote organique Azote total par mètre cube

Eau du puits du Jardin de la ville 0,10 0,30

Eau du drain du Jardin de la ville traces. 0,35

Puits de Courbevoie 0,23 0,77

Puits de Colombes 0,23 0,83

Eau d'Arcueil 0,05 0,43

Le procédé de l'irrigation l'emporte aussi sur les autres procédés d'assainissement des égouts, au point de vue de l'élimination : 1° de l'ammoniaque libre et des sels ammoniacaux; 2° de l'ammoniaque organique, 3° des matières solides totales. Angus Smith et Rawlinson (1880) représentent le fait dans le tableau ci-dessous :

LOCALITES

ET PROCEDES D EPURATION.

Aldershot (Irrigation j temps sec

sur le sol) j temps pluvieux.

Coventry (irrigation après précipitation

par l'alun et le fer)

Aïlesbury (précipitation par alun et

argile) •

Burnley (précipitation par la chaux")...

Birmingham (précipitation par la chaux).

Quantités restantes sur 100 parties que contenait l'eau avant l'épuration.

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