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VII. Approvisionnement d'eau

Ce qui vient d'être dit des moyens d'éloigner les immondices légitime la place que nous ouvrons ici à l'étude de l'agent qui est appelé à en être le principal et même le seul véhicule, comme il est naturellement, de temps immémorial, le moyen d'entretien et de nettoyage des ustensiles employés dans la maison, des vêtements des habitants, de certaines parties de la maison elle-même. Nous aurions pu également la faire précéder l'étude des procédés d'évacuation ; car, à certain point de vue, ceux-ci sont une conséquence de l'entrée de l'eau dans les habitations ; des villes considérables ont compromis leur salubrité pour avoir fait leur distribution d'eau sans conduire de pair les travaux de canalisation. En réalité, comme il a été dit, c'est un cercle; par conséquent, il n'y a ni commencement ni fin; en pratique, toutes les parties du cercle se tiennent et se commandent, ce

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APPROVISIONNEMENT D'EAU

n'est que pour les besoins de l'exposition que l'on est forcé de mettre Tune avant l'autre.

1° Nature et étendue des besoins. — On répartit dans l'ordre suivant les circonstances dans lesquelles l'eau est nécessaire :

a. Besoins de la maison. — Boisson, cuisson des aliments, lessivage, soins de toilette, bains, cabinets d'aisances, arrosage de jardins, boisson des animaux, nettoyage des écuries, voitures, chevaux, etc.

b. Besoins de la rue et du groupe d'habitations. — Arrosage des rues et des jardins publics, fontaines publiques, incendies.

c. Besoins de l'industrie. — Des calculs, auxquels il ne faut pas reconnaître une précision invariable, ont réparti les proportions d'eau qu'il convient de prévoir pour ces buts divers. Biirkli estime que les besoins du premier ordre réclament 35 pour 100 de l'eau à fournir; ceux du second, 45 pour 100; l'industrie, 20 pour 100. Parkes fait l'addition ci-dessous, rapportée à un adulte et à un jour moyen :

litres.

Boisson 1,5

Cuisson des aliments 3,5

Soins de toilette corporelle 22,5

Entretien de la maison et des ustensiles 13,5

Lessivage , 13,5

Bain (une fois par semaine) 18

Water- closets < 27

Gaspillage inévitable 12,5

Total 112,5

Avec une prévision de 22nt,5 par jour pour les animaux et autant pour l'industrie, on arrive au chiffre moyen de 157 litres par habitants. Biirkli demandait pour Zurich 190 litres, estimant à 40 litres par individu les besoins de l'industrie, à 27 ceux de la propreté des rues, à 60 litres l'eau nécessaire à l'alimentation des fontaines publiques.

En réalité, ces estimations sont trop larges, et l'on peut bien croire, avec les ingénieurs anglais, que quand il arrive 150 litres d'eau à une ville par habitant, il y en a 50 d'utilisés par la maison, 50 pour la rue, et 50 de gaspillés. « Il faut qu'il y ait trop d'eau pour qu'on en ait assez, » dit Foucher de Careil; ce mot doit peut-être s'entendre plutôt de la quantité disponible que de la quantité réellement distribuée; le gaspillage d'eau n'est pas la propreté et, lorsque l'on compte sur la facilité des lavages, qui d'ailleurs ne sont pas absolument avantageux à toutes les parties de la maison, on s'habitue à se préoccuper trop peu de ne pas souiller inutilement tel point du sol, tel objet d'usage journalier. Être lavé est bon ; ne pas en avoir besoin vaut mieux.

Selon l'ingénieur Grahn, 128 villes anglaises reçoivent une moyenne de 142 litres d'eau par jour et par tête; dans les villes à water-closets, la quantité disponible varie de 180 à 340 litres. A Southampton (54,000 hab.), elle est de 252 litres. Dans 80 villes allemandes qui jouissent d'une distribution d'eau, la quantité disponible est en moyenne de 179 litres par jour

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et par habitant ; la quantité distribuée varie de 41 litres à 163 ; elle est en moyenne de 63 litres. En France, Dijon dispose de 150 litres, Toulouse de 160 ; Marseille de 500; Paris, de 200 (et en aura 250); Lille reçoit 100 litres par personne et peut en avoir le double. Les villes américaines ont des approvisionnements d'eau énormes, 300 à 400 litres par tête: c'est moins pour les besoins actuels qu'en vue de l'extension si rapide de ces cités que leurs ingénieurs les ont pourvues d'une façon qui serait exagérée ailleurs.

Les petites localités et surtout les villages ne sauraient se donner d'aussi larges distributions d'eau et n'en ont réellement pas besoin. Ces petits centres n'ont pas d'égout, d'ordinaire, et une grande quantité d'eaux sales les gênerait fort. C'est là que persistent les fosses fixes, où l'on se garde bien de précipiter 27 litres d'eau de lavage par jour et par personne. S'il n'y a pas de puits particulier dans l'habitation même, le puits communal ou la fontaine publique ne sont pas loin ; l'approvisionnement d'eau n'est pas dans la maison, mais il en est tout près, accompagné d'un abreuvoir et d'un lavoir. On y conduit les animaux trois fois par jour; les ménagères y vont laver leur linge et, chaque matin, à l'aide de deux ou trois seaux, on y prend la provision d'eau nécessaire à la boisson et à la cuisine pendant la journée. En cas de besoins inattendus, rien n'est plus facile que de l'augmenter ou de la renouveler. Les petites municipalités n'ont donc pas autre chose à faire que d'assurer à leurs administrés le nombre convenable de fontaines jaillissantes, alimentées d'eau de source, de construire et d'entretenir des lavoirs et des abreuvoirs. Là où la chose est possible, il vaut mieux que les lavages se fassent au dehors qu'à la maison. Des rigoles bien faites et entretenues, quand la pente est favorable, suffisent à entraîner les eaux sales; un canal couvert, dans tous les cas, suffisamment large, avec une grille à l'entrée et aux regards, serait préférable.

Mais encore cet approvisionnement de bonne eau des localités rurales n'est-il pas toujours la simplicité même, et les communes n'y arrivent quelquefois pas malgré beaucoup de bonne volonté, soit que leurs ressources ne permettent pas d'aller jusqu'au point nécessaire, soit que les entrepreneurs gaspillent, plus ou moins sciemment, les fonds municipaux.

Le gouvernement wurtembergeois a pris l'initiative très louable de venir en aide aux communes rurales du pays, non seulement en accordant une subvention aux plus nécessiteuses, comme ailleurs on en donne pour réparer un clocher, et surtout en mettant à leur disposition un ingénieur de l'État (Staatstechniker), le savant et consciencieux von Ehmann (1869), qui leur donne des consultations gratuites sur les plans et projets et vérifie les comptes. En dix ans, cette salutaire institution a valu des distributions municipales à 130 localités, et un nombre plus grand encore sont en préparation de semblables travaux.

Un des résultats les plus remarquables de cette initiative intelligente est la distribution des eaux dans la Rauhe Alp, dans laquelle l'État est intervenu pour 437,000 marks (546,250 francs). La Rauhe Alp, prolongement du Jura suisse, fait partie des Alpes souabes ; elle est comprise entre Ulm et

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le Schmichathal. C'est une région formée de vallées extrêmement profondes, très encaissées, et de hauteurs couronnées de plaines arides où la végétation est presque nulle ; elle est habitée par des pasteurs de race souabe pure et des individus adonnés exclusivement à l'industrie du lin. Dans le but d'installer là une distribution d'eau suffisante, on a groupé les villages et on s'est servi des cours d'eau qui traversent les vallées. Ces cours d'eau mettent en mouvement les appareils destinés à aspirer et à refouler l'eau dans des conduites ayant de 8 à 12 kilomètres de long. Déversées dans des réservoirs, ces eaux y sont reprises par des machines qui les élèvent dans les régions les plus hautes. Soixante villages environ, habités par 30,000 individus, sur une surface de 22 milles carrés, sont divisés en huit groupes dont chacun a son usine spéciale avec des réservoirs particuliers, d'où l'eau est conduite dans les localités intéressées. Le plan comporte une distribution de 80 litres par tête et par jour (2,400 mètres cubes en tout) et une dépense totale de 3 millions de marks. En 187(3, 34 communes avec 17,000 habitants étaient pourvues ; il en restait 30 à réunir au système. L'eau de distribution n'est point prise aux cours d'eau, mais à des sources jaillissantes et à l'eau du sol du fond de la vallée; les cours d'eau ne fournissent que la force naturelle pour monter l'eau de distribution dans les réservoirs qui sont entre 171 et 314 mètres de hauteur. L'abonnement revient à 5 francs par tête et par an.

On sait combien est aride le calcaire jurassique; les habitants de laRauhe Alp ne s'abreuvaient autrefois que de l'eau de la pluie, recueillie dans les villages ; par les temps secs et la gelée, il fallait aller chercher l'eau péniblement au fond des vallées. Pourtant, telle est la force de la routine, les Souabes de la montagne commencèrent par refuser net les avances du gouvernement ; leurs pères avaient souffert des eaux insuffisantes et mauvaises, de la fièvre typhoïde et des incendies; il ne fallait pas changer la coutume des aïeux. Il fallut quelque énergie et une philanthropie bien décidée pour rompre avec la tradition.

Voilà un bel exemple et que nous sommes heureux de mettre en vue. Les villes comprennent bien que l'eau météorique, retenue par le pavé et entraînée dans les rigoles, n'alimente plus suffisamment leurs puits et que ce qui y arrive n'est qu'une eau sale et putride; mais les campagnes! Honneur à ceux qui les instruiront et leur imposeront le progrès I

2° Provenance de l'eau d'approvisionnement. — Un principe, que nous avons déjà indiqué (p. 367), domine toute cette question de l'origine des eaux livrées à la consommation des groupes. Toute l'eau de distribution doit être aussi pure que si elle devait servir entièrement à la boisson ; il est dangereux de faire deux catégories d'eau, l'une pour les besoins alimentaires, l'autre pour le lavage des objets domestiques, des rues, pour la consommation industrielle.

Or, les collections naturelles auxquelles on a l'habitude de s'adresser pour assurer les besoins alimentaires de l'homme sont : les sources, l'eau souterraine, les cours d'eau. 11 faut joindre à ceux-ci les eaux superficielles

sans écoulement et, avec une importance beaucoup moindre, les eaux pluviales.

a. Les sources. — Nous avons reconnu plus haut les sérieuses raisons pour lesquelles l'eau de source a le droit d'attirer particulièrement le choix des administrations urbaines. Cependant, en pratique, l'utilisation des sources pour l'approvisionnement des grands groupes mérite des observations et des recherches préalables, sous peine de graves déceptions si on les néglige.

Le débit des sources est variable selon les saisons et dans la succession des années. La plupart sont soumises aux fluctuations du régime des pluies dans chaque région ; celles qui donnent issue à l'eau souterraine par les couches supérieures de la nappe peuvent se tarir quand le niveau de celleci s'abaisse notablement; celles qui correspondent aux couches profondes de cette nappe ne sont exposées à presque aucune irrégularité, parce que la pression varie peu. La nature des couches de terrain traversées par les eaux de la pluie influe directement sur le débit des sources ; dans le gravier, l'eau mettrait quatre ans à parcourir 1 kilomètre ; on ne peut donc juger d'après le débit immédiat d'une source, que l'on vient de mettre au jour artificiellement, de ce qu'elle fournira au bout de quelques années. A Francfort, l'eau réellement obtenue des sources est de 25 à 30 p. 100 au-dessous de ce que l'on' avait espéré.

Les sources spontanées et très anciennement connues présentent le plus de garanties, mais ne sont pas elles-mêmes à l'abri de toute variation. Celles qui jaillissent de pentes énormes, comme Jes versants des Alpes, ont probablement dans l'épaisseur de la montagne des réservoirs qui les alimentent dans les temps secs, indépendamment de ce qu'il peut tomber d'eau pluviale dans l'année.

A l'exemple des villes antiques, Paris, Vienne, Francfort, Dresde, et beaucoup d'autres villes du continent, se sont efforcées de faire entrer l'eau de source pour une large part dans leur approvisionnement régulier. En Angleterre, les villes des comtés de Lancashire et Yorkshire s'alimentent à des lacs artificiels que l'on obtient de la manière suivante : on coupe, par un barrage, les étroites vallées que forment entre ces deux comtés des montagnes ardues à sommet désert, inculte et recouvert de bruyères ; en arrière de la digue s'accumule l'eau des pluies qui a filtré à travers le sol des montagnes, jusqu'à la couche imperméable située à une médiocre profondeur. Liverpool utilise ainsi 78 p. 100 des 99 centimètres de pluie qui tombent sur le terrain affecté à ce drainage. Par deux fois, une pareille digue, haute de 25 à 30 mètres, s'est rompue et a causé de grands désastres; à Sheffield, en 1864, 238 personnes périrent dans une inondation ainsi provoquée.

h. L'eau souterraine. — Nous avons dit (chap. I, p. 46), les principales conditions qui caractérisent l'eau souterraine. Au point de vue de l'utilisation pour l'approvisionnement d'eau, il faut se rappeler que l'eau du sol est absolument de l'eau de source ; ce qui la distingue ici, c'est qu'il faut, d'ordinaire, la collectionner et l'élever artificiellement, tandis que les eaux de

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source se laissent amener par la pente naturelle (Gravitationsleitung) ; encore le cas inverse se présente-t-il quelquefois.

L'abondance de l'eau que l'on peut demander au sous-sol dépend : de l'étendue de la surface qui reçoit et absorbe l'eau des pluies ; de l'épaisseur de la couche poreuse, aquifère; de l'aptitude plus ou moins grande de la surface du sol à évaporer l'eau tombée (les espaces boisés évaporent davantage) ; de l'inclinaison des couches imperméables : une pente forte favorise l'issue de l'eau hors de terre, une pente faible la retient.

11 est difficile, autrement que par l'expérience, de savoir quelle quantité d'eau souterraine peut fournir un espace donné. Mais il est toujours bon de choisir une nappe qui ne corresponde pas à un point de la surface sur lequel la culture ou le séjour des groupes humains accumule des matières putrescibles dont les pluies entraînent les débris dans la profondeur. On a vu que le sol, dans de certaines conditions, a une singulière puissance d'assainissement et que les eaux d'égout qui y pénètrent boueuses, infectes, peuvent en sortir avec la pureté de l'eau d'Arcueil. Cependant, il serait possible que des circonstances imprévues troublassent les résultats ordinaires; ce sont des risques qu'il ne faut pas faire courir aux humains ; en hygiène, il n'est pas bon de côtoyer le danger.

En calculant que, dans la région au sud de Munich, où il y a peu de sources, il tombe 78 centimètres d'eau par an ; qu'il s'en évapore 35 p. 100, Thiem suppose qu'il pénètre dans le sol, à l'état de nappe souterraine, 0m,16 à la seconde par hectare ; que, par conséquent, pour fournir 520 litres par seconde, ou 150 litres par jour à une ville de 300,000 habitants, il faut recueillir les pluies de 3,250 hectares. D'où il suit que la moyenne ombrométrique des localités a une grande importance, le régime des pluies en ayant peu. Veitmeyer a fait un calcul semblable en vue de l'approvisionnement de Berlin et a trouvé, au nord de cette ville, un espace de 16 milles carrés, dont l'eau souterraine peut suffire à donner 150 litres par jour à chaque habitant d'une ville de 1,500,000 âmes (Sander).

Les ingénieurs devront s'assurer par des forages de l'épaisseur de la couche aquifère; 8 à 12 mètres sont de bonnes conditions. On évitera les sols de sable fin, qui s'éboulent dans l'eau de distribution et la troublent. On repoussera plus encore les sous-sols ferrugineux qui, en favorisant la décomposition des débris végétaux, appauvrissent l'eau d'oxygène. L'oxydule et l'oxyde de fer donnent, d'ailleurs, à l'eau une saveur d'encre insupportable ; à Leipzig, on dut abandonner une conduite d'eau à cause de cet inconvénient.

Des puits d'essai en assez grand nombre, sur lesquels des pompes fonctionneront d'une façon continue pendant quelques mois, permettront à la fois d'analyser l'eau et déjuger comment l'extraction de l'eau nécessaire influence le niveau des puits existants et celui du fleuve voisin — ou du lac voisin, si c'est vers une collection de ce genre qu'incline la nappe souterraine. Un puits creusé à une profondeur suffisante et épuisé d'une façon énergique fait appel à tout le bassin d'eau souterraine, n'empruntant à peu près rien au cours d'eau ; s'il est sur un point favorable de la pente; il

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aura toujours de l'eau ; si, donc, on fait une rangée de puits ou une galerie de collectionnement, il faut les mettre en travers de la direction de la pente de la nappe souterraine et non dans le même sens. Il vaut mieux éloigner les puits des bords du fleuve que de les en rapprocher; le fleuve ne leur envoie rien et, dans les crues, s'il leur envoie quelque chose, c'est une eau de qualité inférieure.

A Dresde, le fond des puits est à 6 mètres au-dessous de la surface du sol. A Munich, à 5m,8, le maximum de température de l'eau a été 10° G, le minimum 7°, 2; à une profondeur de 18 mètres les chiffres extrêmes furent 9° et 8°,5. A Strasbourg, à 10 mètres de profondeur, l'oscillation de la température de l'eau resta comprise entre 11°, 8 et 11°, 1. Cette profondeur de 10 mètres est généralement avantageuse. En l'exagérant, et surtout si l'épuisement est un peu actif, on risque de provoquer des affaissements de la couche aquifère.

Plusieurs villes d'Allemagne, Munich, Dresde, Halle-s.-S., prennent leur distribution publique d'eau à des puits sur lesquels sont installées des pompes à vapeur. Les calculs qui ont présidé aux travaux n'ont pas toujours été très exacts, et Halle, en particulier, s'est trouvée embarrassée après avoir rendu obligatoire le raccordement de toutes les maisons à la distribution municipale. Mais Dresde, qui depuis 1875 a institué le raccordement facultatif, a pu fournir à 66 p. 100 des habitations, à raison de 400 litres à la seconde pour tout l'ensemble des clients, sans que le niveau de la nappe souterraine générale baissât de plus de 50 centimètres, et sans qu'il y ait jamais dans les puits moins de 2m,45 d'eau au-dessus des tuyaux de collectionnement. La nature de cette eau est excellente :

(Dresde.) Eau de distribution. Eau de l'Elbe.

milligr. milligr.

Résidu fixe 112 par litre. 155 par litre.

Sel marin 13 — 28 —

Matières organiques 4,8 — 18 —

Ammoniaque » — » —

Acide nitrique 2 — » —

(Salbach, Sander.)

c. Les cours d'eau, lacs, étangs. — Ces collections aqueuses séduisent tout d'abord par la quantité. Mais la considération de la souillure des cours d'eau, à la traversée des villes, intervient immédiatement, et la filtration s'impose comme nécessité première. Il est rare qu'il n'y ait pas lieu d'appliquer la même précaution à l'eau des lacs et des étangs, quand elle est appelée à servir à la boisson.

Nous retrouverons tout à l'heure l'exposé des procédés suivant lesquels cette opération peut s'accomplir.

La part des eaux pluviales dans l'approvisionnement ne nous occupera qu'au point de vue des appareils de collectionnement.

3° Collectionnement des eaux. — Les dispositions à établir diffèrent selon la provenance de l'eau.

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Les sources sont l'objet de ce qu'on appelle la captation. L'opération consiste à enfermer d'un mur, dont les fondations descendent plus bas que l'émergence de la source, celle-ci et un petit espace de terrain autour. Le mur doit être imperméable. On recouvre le tout d'une voûte sur laquelle on rejette la terre, de façon à conserver à l'eau intérieure sa fraîcheur normale.

On crée des sources artificielles au moyen d'un système de tubes à drainage perméables, reliés entre eux et aboutissant à un collecteur. A l'émergence de celui-ci, on peut capter l'eau.

Pour utiliser les nappes souterraines, on crée des puits, dont les uns sont creusés, les autres forés. Les puits eux-mêmes sont superficiels ou profonds; enfin, il y a, dans les villes qui s'approvisionnent à l'eau du sol, des puits collecteurs et des puits municipaux, qui sont de véritables réservoirs. Les puits superficiels ou plats (Flachbrunnen) sont sujets à tous les inconvénients que nous avons signalés au chap. I (page 158), au point de vue des infiltrations organiques ; les puits profonds sont, au contraire, généralement louables.

On creuse les puits profonds (au moins 30 mètres) dans le grès, le sable, la craie ; on en revêt la paroi d'une maçonnerie au ciment et à la chaux hydraulique dans la partie supérieure, d'une maçonnerie perméable dans la partie inférieure ; de cette façon, l'eau pénètre par en bas, après avoir filtré dans une énorme épaisseur de terre, et ne peut pénétrer que par là. Elle peut donc s'aérer et se trouve filtrée en arrivant au puits. La maçonnerie est terminée en haut par une margelle, débordant le sol, qui empêche les eaux superficielles d'arriver dans le puits. De même, un toit impénétrable, au-dessus de l'orifice, écarte les eaux de pluie, les poussières, les corps volumineux qui pourraient tomber dans le collecteur. Quand le procédé d'extraction de l'eau s'y prête, il vaut mieux encore fermer hermétiquement l'orifice par un couvercle cadenassé ou une lourde pierre de taille, en vue de parer aux accidents et aux souillures qui pourraient provenir de la malveillance.

Les puits artésiens, obtenus par forage, sont au premier chef des puits profonds ; ils amènent au dehors l'eau de quelque nappe souterraine secondaire, située au-dessous de la nappe du sous-sol proprement dite et de la première assise imperméable (Dntergrundwasser). Ainsi que Dumas et Parkes l'ont démontré, les puits artésiens sont une ressource limitée et ne peuvent servir à l'approvisionnement exclusif des villes ; quand on en perce deux à peu de distance l'un de l'autre, le débit du second fait baisser celui du premier; le forage du puits de Passy (Paris) a réduit à 420 litres par minute le débit de celui de Grenelle, qui était primitivement de 630 litres. Les tremblements de terre compromettent gravement le rendement de ces créations. Fonssagrives, considérant que l'eau de Grenelle (540 m.) sort avec une température de 27°, 6, celle du puits de Passy (586m,5) à 28°, celle du puits de Rochefort (856m,58) à 42°, comme si la loi de Fourier, de l'élévation de température de 1° par chaque 40 mètres de profondeur, se vérifiait en ceci, espère que les eaux chaudes des puits artésiens pourront ser-

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vir quelque jour à installer des thermes municipaux sans aucune dépense de chauffage. Malheureusement, les faits ont prouvé qu'il ne faut pas compter absolument sur la théorie ; on a vu des puits extrêmement profonds donner une eau parfaitement fraîche. D'ailleurs, la constitution de ces eaux a été la suivante :

Puits de Grenelle. Puits de Rochefort. ( Azote 82,6 / Azote 97

Gaz 23cc Acide carbonique.. 22

( Oxygène 7,4 ( Acide carbonique

Résidu salin 08r, 14 par litre. 6er, 1 par litre.

Degré hydrotiraétrique » — 158 —

Les Anglais, dans leur expédition d'Abyssinie, ont employé avec succès un procédé rapide de forage qui avait déjà réussi aux Américains dans la guerre de sécession. C'est la pompe Norton. Elle consiste en un tube de fer d'environ 4 mètres de long, terminé en pointe à l'une de ses extrémités, qui porte aussi des yeux garnis d'une toile métallique ; l'autre extrémité s'adapte à un système de tiges, de poulies et de cordes, destiné à mouvoir un poids qui fait l'office de mouton pour enfoncer par la pointe le tube en terre. Si l'eau s'y présente, on y adapte une pompe ; sinon, l'on visse un second tube sur la tête du premier et l'on continue le jeu du mouton ; ainsi de suite jusqu'à ce que l'on obtienne de l'eau. Les premières portions de celle-ci sont troubles, mais cet inconvénient disparaît bientôt. L'appareil s'enlève en faisant heurter le mouton de bas en haut contre une barre d'appui. Du reste, les Anglais avaient remplacé l'extrémité effilée par une vis, ce qui permet de supprimer le mouton.

Les puits dits en télescope se sont fait quelque réputation en Angleterre. La paroi de ces puits est formée de tubes de fer de calibres différents, s'emboîtant les uns dans les autres, les plus étroits en bas et le plus large en haut.

On peut rendre passables les puits sans profondeur en leur faisant une paroi imperméable de haut en bas et en revêtant leur fond d'une couche de béton à travers laquelle on fait passer un tuyau d'argile rempli de matières filtrantes (fig. 155), de telle sorte que l'eau ne puisse arriver dans le puits qu'en traversant ce filtre. On doit avoir de ces tuyaux de rechange.

Lorsque la prise d'eau se fait à un cours d'eau ou à un lac, on a soin d'éviter le fond du lit, pour ne pas amener de matières terreuses ; la surface, où les variations de température sont au maximum; le bord de l'eau, parce que c'est là que les impuretés arrivent et se maintiennent. Il va sans dire qu'une ville doit se pourvoir en amont. Chicago prend son eau en plein lac Michigan, à 2 milles anglais au large, à l'aide d'un canal qui passe sous le sol du lac. Boston s'est pourvue de la même manière dans le lac Gochituate.

Un certain nombre de villes dérivent en totalité ou en partie, à l'aide de barrages, l'eau d'une rivière et l'amènent dans leurs murs par des aqueducs, que les anciens faisaient aériens, ne connaissant pas le siphon, et que l'on pratique aujourd'hui généralement sous terre. New-York dérive ainsi

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le Craton ; Washington le Potoniac ; Marseille, la Durance (aqueduc de Roquefavour) ; Saint-Étienne, le Furens ; Nancy, la Moselle ; Montpellier, le Lez; Paris, laDhuis, la Vanne, la Somme-Soude. Ces eaux sont d'autant meilleures que la prise en a été faite plus près de la source; c'est ce qui a lieu pour les rivières dérivées sur Paris : l'eau de la Dhuis, au point de distribution, est à 10° en hiver et à 11°, 3 seulement au mois de juillet, à peu près comme les eaux de source.

Fig. 155.— Utilisation d'un puits sans profondeur.

4° Purification de l'eau. — L'eau d'approvisionnement empruntée aux lleuves a toujours besoin d'une purification, même alors que la chimie ne saurait plus en préciser le degré de souillure et que l'on serait certain d'avoir affaire à un haut degré de dilution des matières étrangères dans la masse fluviale. Nous avons dit antérieurement que les eaux courantes se purifient spontanément ; il faut toujours profiter de cet assainissement spontané. Les anciens (Pline) paraissent avoir compté particulièrement sur l'oxygénation par le mouvement ; sur le trajet de la conduite d'eau de Constantinople, on avait élevé des tours en maçonnerie sur lesquelles on montait l'eau et d'où elle se précipitait.

Quelques villes, Lyon, Toulouse, Magdebourg et d'autres, ont essayé ce que l'on a appelé la filtration naturelle: des galeries dites filtrantes, maçonnées et voûtées, étaient établies parallèlement à la direction du fleuve, de telle sorte que leur fond était de 1 à 3 mètres au-dessous du niveau des basses eaux, et, alors que l'on pensait que ce sont les fleuves qui filtrent vers l'eau souterraine, on comptait que ces galeries se rempliraient d'eau fluviale puriOée par son passage à travers le sable ou le grayier qui les séparait du courant. En générai, ces essais n'ont pas réussi ; Vienne, qui avait primitivement une galerie de 40 mètres, -l'a portée peu à peu à 1280 mètres sans obtenir l'eau nécessaire. Parfois, ç'a été la faute de l'exécution même du travail ; mais il faut se rappeler aussi que le filtre naturel s'envase naturellement et que le fond du lit des fleuves n'est habituellement perméable que par points, précisément là où l'eau souterraine s'y épanche, en suivant une direction contraire à celle que les galeries filtrantes ont la prétention de faire prendre à l'eau du fleuve.

Apnould. — Hygiène. ^1

612 DES HABITATIONS PRIVÉES ET COLLECTIVES. [Hygiène

Lorsqu'une ville se charge de distribuer à ses habitants de l'eau fluviale, elle doit la leur livrer filtrée. Cette opération se fait en grand sur de l'eau qui a préalablement séjourné dans des bassins de décantation, où les corps étrangers les plus grossiers se précipitent d'abord ; puis, quel'on fait passer sur le sable. En Angleterre, 7 millions d'habitants boivent une eau ainsi préparée; le filtrage est obligatoire pour les compagnies des eaux. On doit disposer de filtres de rechange pour pouvoir procéder au nettoyage, c'est-àdire au renouvellement du sable de ceux qui ont fonctionné, sans interrompre ni diminuer la livraison de l'eau aux consommateurs.

L'eau filtrée ne perd pas sensiblement de ses matières minérales dissoutes ; mais elle abandonne certainement ses matières organiques non dissoutes, débris putrides, infusoires, ovules et germes ; elle devient même moins riche en matières organiques solubles, parce que l'oxydation de celle-ci a lieu à la faveur du mouvement et de l'air que l'eau rencontre dans les pores du filtre. Gela ne veut pas dire que les ferments putrides et les poisons morbides soient également retenus sur le filtre; on manque de recherches démonstratives à cet égard, mais la négative est probable. Selon Frankland, le carbone organique peut tomber de 1,66 à 0,82; l'azote organique, de 0,84 à 0,42. La filtration a donc plus qu'une action mécanique.

L'opération du filtrage doit se faire lentement. Les compagnies londoniennes qui fournissent la meilleure eau sont celtes qui appliquent le plus rigoureusement cette règle.

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