‹ Nouveaux éleménts d'hygiène [electronic resource]Chapitre 95 sur 267 · U CD · texte numérisé non relu

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Au dire de Robertson et Meyer, une propreté minutieuse règne dans ces bains publics ; chose sérieuse pour des Allemands, il est défendu d'y fumer. 11 y a des bains de première et de seconde classe ; cette distinction n'est pas inutile ; les gens pressés et de peu de ressources trouvent même, à Brème, de petites baignoires dans lesquelles on peut se laver debout ou assis, à raison de 15 centimes. Les baignoires sont en fonte ou en tôle émaillée, en zinc, rarement en pierre ou en bois.

Lk PROPRETÉ CORPORELLE.

Les figures 170 et 171 représentent le plan et la coupe du Bain public de Brème. Nous avons choisi ce modèle parmi les nombreuses figures du mémoire de Robertson et Meyer, parce qu'il nous a paru l'un des plus complets. 11 y manque pourtant une piscine pour les femmes.

Le bassin, long de I4m,25, large de 8m,10, a une profondeur variable de 1 mètre à

lm,60 (fig. 172); il faut une demi-heure pour le vider et l'eau en est renouvelée chaque nuit dans l'espace d'une heure et demie. Il reçoit constamment de l'eau propre, à raison de 10 mètres cubes par heure ; sa température est maintenue à 22 ou 24°, par un afflux de vapeur qui s'opère par le fond du bassin. Les parois de celui-ci sont en briques et ciment, recouverts de carreaux de faïence et de marbre. Des crachoirs sont placés dans les angles.

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En général, ces bains ne sont pas absolument bon marché. Voici quelques exemples. A Vienne (Dianabad), un bain de lrc classe, avec cabinet chauffé et linge, revient après de 4 francs ; un bain de gens du peuple, en baignoire de bois, sans linge, à 62 centimes ; le bain de piscine avec linge coûte 1 franc. Au bain-lavoir public de Berlin, le bain de lre classe coûte 80 centimes; le bain de piscine, 30 centimes; si l'on y ajoute la douche, 45 centimes. Cet établissement a donné, en 1874, 112,277 bains, environ 1 sur 7 habitants. Ajoutons-y toutefois une moyenne de 80,000 bains pris à l'établissement de Y Admirah-Garten-Bad, dont le bassin peut recevoir 1,000 na-

Làngensclinitt.

Fig. 172. — Bain à Brème. — Coupe longitudinale.

geurs par jour et qui, dans les mois de juillet et d'août, en reçoit environ 25,000 (nous en avons, toute proportion gardée, au moins autant dans nos bains froids à eau courante). Il y a des abonnements à prix réduits et des tarifs moins élevés pour les écoliers et les enfants.

La plupart de ces établissements sont une entreprise particulière, constituant une source de revenus assez positifs ; le plus petit nombre appartient aux villes ou à l'Etat.

Londres a 13 établissements de bains publics ; Liverpool 3. Le tarif, réglé par un acte du Parlement (1846 et 1847), en est modéré pour la classe ouvrière: 1 penny (11 centimes) par bain froid, 2 pence (22 centimes) par bain chaud.

Il est clair que partout, y compris notre pays, en multipliant les bassins, en s'ingéniant à trouver pour eux un chauffage économique, on peut arriver à des institutions sanitaires d'une immense utilité. Les gens du peuple sentent fort bien la nécessité du bain ; il ne leur manque que le temps et l'argent. Arthur van Harlingen, de Philadelphie, avoue que le manque de bains pour la population ouvrière est la honte de la civilisation américaine. A Boston et à New-York, les bains publics sont des baraques flottantes, amarrées le long des quais, sur une eau souillée par les déversoirs d'égouts; pourtant, tel est le besoin, ces établissements ont encore des clients. A Philadelphie, il y a quelques années, l'administration municipale avait établi aussi, le long des quais, mais sur une eau suffisamment pure, des bains publics qui avaient été tout d'abord très appréciés des destinataires; malheureusement, après une saison ou deux, ces établissements, pour des raisons d'économie, cessèrent d'être entretenus et tombèrent en ruine. Au-

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jourd'hui, dans cette cité, 1er demeures riches ont assez d'eau pour assurer à leurs locataires des bains à domicile; quant au pauvre monde, il n'en prend que dans la limite des efforts faits dans ce but par quelques associations religieuses. C'est encore là, sans doute, une de ces bonnes œuvres qui dissimulent la propagande cléricale (fût-elle protestante), et que le peuple n'accepte qu'avec défiance.

Pour revenir au bain froid, ou même simplement frais, ce qui a été dit prouve que c'est un agent d'un maniement assez délicat et dont il convient de n'user qu'avec réserve, à moins qu'il n'ait la forme de douche très courte (15 à 20 secondes), d'affusion ou de lotion. Daily loue fort la douche froide, terminant les exercices de gymnastique selon la méthode de Triât et de Paz. Ici la percussion de l'eau tombant de quelque hauteur s'ajoute et dans le même sens à l'effet stimulant de l'eau froide. Mieux vaut pourtant encore l'eau divisée, tombant en pluie, que la douche en nappe. Mais le bain froid, général, est moins constamment utile ou même inoffensif. Indépendamment des congestions internes, des hémorrhagies même, des syncopes, qu'il peut provoquer actuellement, l'expérience de certaines méthodes de cure par l'eau froide a montré qu'à la longue la répétition de ses effets et l'insistance dans son application exaspère la sensibilité tactile, celle de l'ouïe, amène le nervosisme, l'insomnie et des accidents plus graves encore.

Bain tiède. — Cette sorte de bain, à la température de 25 à 30°, n'a aucune raison d'être. 11 donne à la peau la sensation de froid comme les bains frais et n'en a pas les avantages de stimulation.

Bain chaud. — On appelle ainsi le bain entre 30 et 32°. C'est à peu près le point auquel il n'y a pas d'échanges entre la peau et l'eau du bain. Audessous, la peau absorbe de l'eau ; au-dessus, elle en abandonne ; à ce degré, c'est à peine si le pouls et la respiration se modifient. On peut y rester des heures entières, des jours et même des semaines, sans cesser de s'y trouver agréablement : c'est quelquefois un moyen de traitement appliqué aux blessés, dont les plaies tournent à la gangrène ; en soutenant convenablement leur tête, ils dorment dans le bain mieux que dans le meilleur lit. Les individus fatigués d'une longue course s'y reposent avec le plus grand avantage. Enfin, c'est là le vrai bain de propreté ; la température de l'eau y aide infiniment mieux que dans l'eau froide l'action du savon. On le prend en baignoire ou en piscine.

Toutes les grandes villes ont des établissements particuliers de bains chauds en baignoire, toujours un peu trop coûteux pour que la population entière puisse se donner fréquemment ce luxe, qui ne serait que le nécessaire, n'était le prix. En 1850, Darcy calculait que les 125 maisons de bains de Paris ne fournissaient annuellement que 2,116,320 bains, un peu plus de 2 bains par an par habitant, en moyenne ! Les choses ne paraissent pas avoir sensiblement progressé depuis lors.

Bains publics, municipaux et autres. — La sollicitude de quelques municipalités ou la philanthropie des particuliers ont cherché, dans plusieurs villes, à créer des établissements de bains, non gratuits, mais à bon marché et

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que les petites bourses puissent fréquenter. La ville de Lille possède un établissement de ce genre, très insuffisant, mais qu'elle est disposée à reproduire plus en grand et probablement dans plusieurs quartiers. Avec 32 baignoires d'hommes, 14 de femmes et 4 pour bains sulfureux, il est donné, année moyenne, 25,000 bains, à 30 centimes. 11 est remarquable que 441 de ces bains sont pris par des militaires. A Rouen, Michel Durand a fondé un bain public auquel est annexé un lavoir; cet établissement, d'une distribution bien conçue, avec 8 baignoires d'hommes et 6 de femmes, donne 9' à 10,000 bains par an, à 40 centimes l'un. (Le lavoir autrefois annexé au bain public de Lille a été supprimé, n'étant pas fréquenté.)

Ce sont de louables efforts ; mais le petit nombre de bains donnés, relativement à l'énorme population ouvrière de ces deux grandes villes, prouve qu'il reste difficile de résoudre le problème de la propreté corporelle chez les ouvriers ou chez tout autre groupe peu à l'aise de la population, en cherchant dansladirection traditionnelle du bain en baignoire. Ce procédé sera, nécessairement, toujours coûteux et un peu long ; du temps et de l'argent r c'est précisément sur quoi les ouvriers sont obligés de faire les plus rigoureuses économies. La même considération pèse sur les administrations, petites ou grandes,' lorsque la bonne volonté leur viendrait de faire quelque chose pour le lavage corporel, régulier, des groupes confiés à leurs soins. L'administration de la guerre, spécialement, est dans ce cas vis-à-vis des soldats, chez qui, néanmoins, la propreté a une importance sanitaire de premier ordre. C'est cette situation qui a inspiré l'idée du bain-douche, dont il va être parlé.

Bain-douche de propreté. — Tant que le but du bain est essentiellement la netteté du tégument, comme c'est le cas chez les soldats et les ouvriers sains, il est clair qu'on n'a pas besoin d'un hectolitre d'eau et d'une demiheure d'immersion dans une baignoire encombrante, logée dans une cabine individuelle. Les médecins de l'armée, depuis longtemps, s'évertuent à diminuer le temps et la quantité d'eau habituellement exigés pour un bain. Ainsi, Grellois (1861) proposait l'emploi d'une piscine de 7 hectolitres, pouvant servir au nettoyage de 50 hommes; Riolacci (1866) avait imaginé le lavage individuel dans des bassins profonds de 21 centimètres, dans lesquels l'homme était assis et s'épongeait pendant vingt minutes, n'étant naturellementpas immergé. Les bains par affusions froides, pratiqués à Marseille parle DrDunal, contenaient en germe le système du bain-douche; les hommes se plaçaient, par trois à la fois et pendant trois minutes, sous un tube percé de trous en arrosoir, d'où l'eau tombait d'une hauteur de lm,60 au-dessus du sol, et se frictionnaient au savon pendant le même temps. La douche était froide et ne pouvait guère convenir qu'à l'été d'un pays chaud. Il fallait. trouver le moyen de donner le bain-douche chaud et en tout temps.

L'honneur d'avoir réalisé le premier cette salutaire pratique revient au Dr Merry-Delaboste, qui, dès 1873, l'appliquait aux détenus de la prison de Rouen et en proposait la généralisation à tous les établissements pénitentiaires. De l'eau chauffée à 34 ou 35° descend d'un réservoir élevé de

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14 mètres, et tombe en plme par six tuyaux terminés en pomme d'arrosoir, munis de robinets indépendants. Le sol de la salle de bain est cimenté et en pente légère. En quatre ou cinq minutes, on donne au même détenu 4 à 5 douches, séparées par une demi-minute d'intervalle, pendant laquelle il se frotte au savon noir. C'est un autre détenu qui manœuvre le robinet. On admet, naturellement, six baigneurs à la fois. Après la douche, chacun rentre, revêtu d'un peignoir, dans un compartiment qui précède la salle de bains et où l'on a déposé ses effets ; en d'autres termes, le vestiaire.

Quelques années plus tard, le Dr Haro et le colonel Louis instituaient, au 69° régiment d'infanterie, un système d'ablutions analogue et peut-être plus approprié encore aux modestes ressources dont disposent les corps de troupes. La douche était fournie par une pompe d'arrosage ordinaire, munie d'une bâche dans laquelle on versait une partie d'eau bouillante pour deux d'eau froide et d'où la gerbe liquide sortait par une lance flexible, à extrémité libre en arrosoir. Un baigneur dirigeait le jet de haut en bas sur chaque homme placé dans un bassin de zinc et, par suite, les pieds dans l'eau. On pouvait ainsi baigner tout le régiment (1,300 hommes) en quinze jours, pour une dépense de 1 centime par tête.

Dans une caserne modèle, à Dresde, on a régularisé ce système par l'installation permanente, dans une salle appropriée, de tuyaux de douches courant à la fois sous le plafond et sur le sol et permettant de laver 12 hommes ensemble. En hiver seulement, l'eau est chauffée. W. Roth, médecin général de l'armée saxonne, a montré avec une légitime satisfaction cet outillage hygiénique à l'Association allemande d'hygiène publique, réunie à Dresde en 1878. On arrive, avec cet appareil, à laver chaque soldat une fois tous les huit jours. Quelques baignoires sont tenues en réserve pour décrasser d'abord les plus sales, tels que les recrues à l'arrivée. La consommation d'eau est de 2 à 3 litres par tête.

En France, l'ingénieur Tollet associe l'établissement de bains-douches réguliers à ses projets de nouvelles casernes (Yoy. pag. 399).

Quelques-uns de nos régiments de cavalerie ont utilisé, fort ingénieusement, la chaleur développée dans la fermentation des fumiers à chauffer l'eau nécessaire aux bains. Vallin semble louer cette manière de faire; comment la concilier, cependant, avec la nécessité de l'éloignement le plus rapide possible des fumiers hors de la caserne et de la ville ?

11 semble que ce ne soit pas une grande difficulté à surmonter, pour les administrations municipales, que de créer des établissements publics de bains-douches, où les ouvriers trouveraient, en quelques minutes et contre une rémunération insignifiante, le bienfait d'un lavage complet. Il faudrait seulement distinguer d'une façon absolue le compartiment des femmes de celui des hommes, donner au premier des cabines individuelles faites d'un rideau de toile, mettre à la disposition des femmes des capelines en caoutchouc pour protéger la chevelure, leur offrir un vestiaire un peu plus recherché, etc. En attendant, les grands industriels, qui emploient des centaines d'ouvriers des deux sexes, feraient un acte d'intelligente sollicitude à l'égard de leur personnel, en leur ménageant les locaux fort simples, ves-

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tiaire et salle de bains munie de tuyaux perforés, qu'exige la pratique de ce système; il y a de la place dans les usines ; on a sous la main l'eau, la vapeur des générateurs pour l'échauffer, la pression. Il ne manque plus que l'exemple donné par quelqu'un.

Des installations analogues, fussent-elles encore plus rudimentaires, seraient à désirer dans les communes rurales, en les annexant de préférence aux écoles primaires, en vue d'habituer de bonne heure à la propreté les petits paysans qu'on élève beaucoup trop dans l'horreur de l'eau. Dans beaucoup de villages, il n'y a pas une baignoire!

Bains de vapeur. Bains d'étuve sèche. — Dans une atmosphère limitée et remplie de vapeur chaude, le corps ne peut plus perdre de chaleur par évaporation, ni par conduction. Sa température s'élève donc de 2 à 3 degrés, le pouls augmente de fréquence, la respiration est pénible. Aussi le bain de vapeur est- il désagréable et même dangereux, d'une part, aux individus faibles et délicats, d'autre part, aux pléthoriques. Au moins convientil de ne pas pousser la température de l'étuve humide au delà de 50° et de tenir, à côté du compartiment de l'étuve, une pièce aérée, fraîche, dans laquelle le client puisse passer au moment du besoin.

Dans l'étuve sèche, la résistance du corps à réchauffement n'est point entravée ; c'est le contraire. 11 est fait un puissant appel à l'activité des glandes sudorales et l'individu prend en quelque sorte un bain dans sa propre sueur. Une haute température, par conséquent, y est infiniment mieux supportée que dans l'étuve humide. Celle de 50° n'est pas exagérée ; mais il n'est pas prudent d'aller au delà. Quelques pays, et même des industriels dans les capitales, ont conservé ou ressuscité sous divers noms (bains turcs, bains maures, bains romains, etc.) quelque chose qui rappelle les parties essentielles du bain ancien:

lîapodyte?'ium, ou vestiaire et lieu de repos après le bain ;

Le tepidarium, étuve sèche à 32° ;

Le sudatorium, étuve à 50°;

Le frigidarium, avec aspersion ou douche froide. Selon les cas, on y joint les frictions sèches et le massage.

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B. Soins spéciaux. — Les pieds. — En raison des services incessants et pénibles qu'on lui demande, malgré la chaussure dont il est armé, ou plutôt à cause des défectuosités habituelles de celle-ci, le pied a droit à une mention spéciale dans l'hygiène corporelle immédiate. Peut-être plus riche que d'autres parties en glandes sudoripares et sébacées, le pied est plus exposé à conserver le produit de ces sécrétions, et à subir les conséquences de l'irritation locale qu'elles déterminent par ce fait que les orteils sont rapprochés d'une façon permanente dans la chaussure et que rien ne peut s'en échapper au dehors par les mouvements ordinaires, comme cela arriverait des mains, par exemple, si elles fournissaient des détritus analogues. Ces produits de sécrétion s'accumulent, fermentent, sont peut-être résorbés en partie; ils macèrent l'épiderme du pied, disposent aux excoriations, ou au contraire à ces végétations épidermiques et à ces endurcissements du derme, que la pression des chaussures provoque d'ailleurs, et qu'on appelle : callosités, durillons, cors, œils-de-perdrix, etc., accidents trop généralement regardés comme insignifiants et qui, pourtant, atteignent parfois à une extraordinaire gravité.

Les pieds devraient être l'objet de lotions, tous les soirs, plutôt de lotions froides que d'un bain tiède, surtout chez les gens qui marchent et qui ont une disposition reconnue à la sueur des pieds, aux excoriations épidermiques. 11 convient même, dans les cas de friabilité excessive de l'épiderme, de s'abstenir de savonner les pieds dans le bain et d'ajouter à l'eau de celui-ci de l'alcool; au besoin, l'on se contenterait de frictionner les pieds et les espaces interdigitaux avec un linge mouillé d'eau acidulée ou astringente. Morache recommande d'enduire d'une pommade faite de sa-

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von râpé et d'alcool les pieds des soldats particulièrement disposés aux excoriations.

Il importe de ne point laisser les ongles dépasser notablement les orteils, dans la crainte du refoulement et de la compression par la chaussure. On coupe carrément, et non pas en rond, ces revêtements cornés, surtout l'ongle du gros orteil, de telle sorte que les angles de cet ongle soient toujours un peu au-dessus et hors delà pulpe de l'orteil; si l'un de ces angles est enclavé dans la pulpe du doigt, il est presque certain que la croissance entraînera un ongle incarné.

S'il apparaît, sur quelque point, une ampoule ou une callosité, il faut s'en occuper tout de suite. Il est de pratique vulgaire de traverser d'un fil les ampoules sans les ouvrir; la sérosité s'écoule par cette sorte de drain et, néanmoins, Fépiderme quoique soulevé continue à protéger le point intéressé de la peau. Les callosités doivent être détruites à la lime ; les durillons et cors aux pieds, enlevés par petits copeaux, à l'aide d'une sorte de grattage par un canif qui coupe mal. Le rasoir est dangereux en ce qu'il est facile de faire pénétrer l'instrument plus qu'il n'est nécessaire, d'occasionner un léger écoulement de sang et un traumatisme peut-être redoutable. Du moins voit-on, tous les ans, dans les journaux, que cette imprudence a causé le tétanos et la mort. Un cor, qui a été déjà raclé, s'arrête et même rétrograde souvent par la simple application de diachylon ou de percaline agglutinative. Il n'y a là aucune action médicamenteuse, mais plutôt une protection mécanique contre la pression de la chaussure, contre le frottement de deux surfaces cutanées, et une macération de l'épiderme dans sa propre sueur, qui le dispose à une extirpation plus radicale. Lorsque les cors et durillons prennent une apparence quelque peu grave, le mieux. est de s'adresser à un pédicure habile ou même au chirurgien. Il ne faut jamais insister dans la marche quand un de ces accidents, minimes en soi, a déterminé une inflammation plus ou moins étendue de la région.

Nous ne manquerons pas, d'ailleurs, de rappeler et d'affirmer que le plus grand nombre de ces cors et durillons, qui font de la marche un horrible supplice et donnent à l'attitude des individus l'aspect le plus grotesque, cesseraient d'être douloureux et disparaîtraient promptement si l'on voulait bien abandonner la chaussure qui les a provoqués, se résoudre à porter des chaussures qui aient le sens commun et alterner fréquemment entre deux paires qui, néanmoins, seraient l'une et l'autre bien faites.

Les mains. — La propreté des mains, la netteté des ongles, conditions réelles de bonne hygiène, sont d'ordinaire suffisamment imposées par les convenances sociales. Il est bon de dire, cependant, à l'intention de quelques personnes dont la peau des mains est extrêmement délicate, qu'il vaut mieux se laver les mains à l'eau froide qu'à l'eau tiède, en rentrant à la maison plutôt qu'au moment de sortir, et que, dans le cas où l'air froid du dehors devient une cause de gerçures, il est indispensable de porter des gants, de peau plutôt que de fourrures, et même pour dormir. La présence de gerçures doit, d'ailleurs, faire suspendre l'usage des lotions savonneuses

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et il faut se contenter d'essuyer les mains sans les mettre à l'eau ; on fera, avec avantage, des onctions huileuses ou au suif parfumé.

Le choix du savon de toilette, pour la face au moins autant que pour les mains, est d'une certaine importance. Les savons de toilette sont à base de soude avec des corps gras de qualité supérieure, de bonne huile d'olives par exemple. Mais la spéculation en offre à bon marché une quantité considérable, dans lesquels un parfum quelconque dissimule la rancité de la graisse; ces savons sont irritants. Quelques maisons de parfumerie tiennent assez à leur réputation pour ne pas donner leur estampille à ces produits défectueux ; il vaut mieux en passer par leur prix assez élevé que d'user d'une denrée nuisible. En général, les savons transparents sont inoffensifs, parce que l'on ne saurait les fabriquer avec des graisses rances.

La face, la bouche, les oreilles. — Percée des orifices des voies respiratoires et portant les appareils des sens les plus délicats, la face ne saurait être soumise aux bains d'immersion qui effectuent le lavage des autres parties du corps. L'entretien de la propreté ne peut être obtenu ici que par des ablutions; mais il n'est pas moins de rigueur. Il réclame même une attention plus minutieuse, en raison des anfractuosités nombreuses qui caractérisent cette surface et des sécrétions variées qui s'échappent par ses orifices : larmes, mucus, salive, cérumen. Aussi les lotions de la face sont-elles aidées de frictions douces avec l'éponge ou avec un linge de toile. Elles doivent se faire tous les jours, plutôt deux fois qu'une, et à l'eau froide en toute saison ; cette prescription est même plus rigoureuse en hiver, puisque la face est la partie du corps qui est toujours découverte et dont il importe le plus d'augmenter l'indifférence à l'action de l'air.

Chez l'homme adulte, la barbe exige des soins spéciaux. Ou bien elle est portée entière, selon la coutume aujourd'hui très répandue, et qui ne déplaît nullement à l'hygiène; il suffit alors de lotions savonneuses, d'une brosse spéciale et de quelques coups de ciseaux, une fois par semaine, pour la maintenir à quelques centimètres de longueur. Ou bien, elle est livrée au rasoir, sur une étendue plus ou moins considérable; c'est une méthode à laquelle il n'y a pas lieu de faire le procès, bien qu'elle constitue une sorte d'asservissement; mais, au moins, faut-il recommander que ce détail delà toilette n'emploie encore que l'eau froide et le savon de bonne qualité, et surtout que, manié par l'intéressé ou par le coiffeur, le rasoir soit personnel. Il est, en effet, surabondamment démontré que des affections contagieuses peuvent être propagées parle rasoir banal et que, particulièrement, les parasites microscopiques du système pileux sont transmis avec une facilité malheureuse, par les barbiers, d'un client à un autre.

Le docteur Gerlier, médecin à Ferney-Voltaire, a présenté à l'Académie de médecine, par l'organe de Bergeron, la relation d'une épidémie trichophy ligue, qui, ayant probablement son origine dans l'herpès tonsurant des chevaux, s'était introduite chez le barbier unique du village, à l'état d'herpès circiné sur la personne de son fils, et se distribuait, par le barbier à ses clients, sous forme de mentagre. Il va sans dire que le médecin s'empressa de conseiller aux habitants de se raser eux- Arnould. — Hygiène. ^

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mêmes et que cet avis lui valut la colère du barbier ; ce qui est plus étonnant, c'est que les autorités locales aient donné raison à ce malencontreux artiste. Nous rapportons ce fait parce qu'il est récent ; mais, depuis Pline l'Ancien jusqu'à Bazin, on en a observé de pareils. Dans les conditions suspectes, Vallin conseille de chauffer préalablement le rasoir à 100 degrés.

Il existe, cependant, une mentagre traumatique, produite le plus souvent par de mauvais savons ou par un rasoir qui coupe mal {feu du rasoir). La poudre de riz ou de fécule corrige ce fâcheux effet. Il faut, d'ailleurs, prendre un rasoir en bon état et de bonne qualité.

L'autre sexe, et même une partie du sexe masculin, exagère plutôt qu'il n'oublie les soins accordés à la toilette de la face. On ne se contente plus des lotions aqueuses, au savon plus ou moins fin ; on y ajoute des parfums, des teintures alcooliques de résines odorantes, ayant en général, comme la teinture de benjoin, des propriétés légèrement toniques pour le tégument; ou bien encore, on ravive la peau avec des acides légers, on l'assouplit avec des corps gras ; enfin, des couleurs habilement appliquées sur le visage et sur le cou donnent au teint une blancheur mate, aux pommettes des joues un incarnat, aux cils et aux paupières une teinte sombre, qui ne font guère illusion qu'à celles qui ont cru devoir recourir à ce masque, d'exécution pénible. En dehors des acteurs et des actrices, qui ont réellement besoin, sur la scène, de «se faire une figure » correspondant à leur personnage, et dont les traits, à distance, seraient diffus s'ils n'étaient exagérés, personne n'a rien à gagner à cette peinture, qui rapproche si fort les sociétés civilisées des tribus sauvages. En revanche, elle compromet positivement la souplesse et la vitalité naturelles de la peau, encore précieuses lors même que l'âge les affaiblit, et elle ne va à rien moins qu'à faire naître l'occasion d'une absorption toxique, lorsque, sciemment ou par suite de l'indélicatesse du commerce, les consommateurs de «cosmétique»), fard, pâtes épilatoires, etc., étalent sur une partie de leur corps des substances minérales vénéneuses. Le mercure, le plomb, l'arsenic (souvent dans le sous-nitrate de bismuth impur), sont les agents le plus communément coupables en pareille occasion .

A l'égard de la bouche, il convient de rappeler d'abord que sa muqueuse est une surface d'absorption et a été la porte d'entrée d'infections redoutables. D'où l'indication d'urre très grande réserve vis-à-vis des objets d'usage banal que, machinalement, l'on porte à la bouche ; les enfants sont spécialement à surveiller sous ce rapport. Par ailleurs, et en vue de la conservation des dents, la bouche doit être lotionnée matin et soir et surtout après les repas, qui laissent presque nécessairement, en contact avec les dents, des particules alimentaires qui subissent là, sous l'action de la salive, la fermentation acide ou putride. Cette raison rend la toilette du soir plus urgente pour les dents que celle du matin. Pour aider à l'effet des lotions, des frictions seront faites sur les dents, en dedans et en dehors, avec unebrosse douce, trempée dans l'eau pure ou légèrement aromatisée avec quelques gouttes de teinture de myrrhe. La brosse dure excorie et refoule les gen-

générale.]

LÀ PROPHETE CORPORELLE

cives. Il faut se méfier de toutes les poudres dentifrices et l'on pourrait, au fond, s'en passer absolument; cependant, il n'y a trop rien à dire de la poudre d'iris non plus que de celle de quinquina.

La disposition de la conque de l'oreille et du conduit auditif exige que le nettoyage en soit assuré avec quelque attention. On peut porter assez loin dans le conduit une petite éponge mouillée ou le coin d'un linge fin, de façon à prévenir les accumulations du cérumen qui, assez souvent, ont donné l'illusion de la surdité à des individus en parfaite santé. On a dit que le bain de mer pouvait occasionner des irritations de la membrane du tympan par l'action de l'eau salée ; c'est possible, mais Van Harlingen croit que le danger existe plutôt si, comme cela arrive dans les ébats de la natation, de l'eau salée a pénétré dans les fosses nasales et qu'au sortir de l'eau on ait cédé au besoin de se moucher; dans les efforts que nécessite cet acte, de l'eau peut être refoulée par la trompe d'Eustache dans l'oreille moyenne. 11 y a donc lieu d'attendre que le mucus nasal ait entraîné spontanément l'issue de l'eau salée, avant de satisfaire l'envie de se moucher.

Les cheveux, dont la longueur et l'abondance sont l'ornement de la femme, gagnent à être portés courts chez l'homme et même très courts chez les individus qui ont peu de temps à consacrer à leur toilette journalière. Il n'y a, du reste, que la propreté qui en bénéficie, car la coupe fréquente des cheveux, fût-ce au ras de la peau, n'a pas la vertu que l'on croit de les multiplier; elle les rend seulement un peu plus gros et plus fermes; aussi n'est-il point mauvais de couper l'extrême pointe des cheveux chez les jeunes filles. Raser la tête en vue d'arrêter la chute des cheveux est aller à rencontre du but, puisque l'on compromet davantage la vitalité du bulbe pileux, déjà affaibli.

Les cheveux n'ont rigoureusement besoin que du peigne et de la brosse, -d'une aération habituelle suffisante et, de loin en loin, d'une lotion savonneuse rapide. Cependant, les hygiénistes permettent la pommade aux personnes dont les cheveux pèchent par la sécheresse, cas bien rare, et la poudre d'amidon pour l'excès contraire. La brosse et le peigne, d'ailleurs, sont faits pour nettoyer et aérer les cheveux bien plus que le cuir chevelu lui-même; il est fâcheux d'employer des brosses très rudes et d'abuser du peigne fin; beaucoup de personnes, se raclant la peau à outrance pour se débarrasser de « pellicules » un peu abondantes et même d'un réel pytiriasis, ont dû la chute de leurs cheveux beaucoup plus au remède employé qu'au mal luimême. Par la même raison, les femmes qui tiennent à leur chevelure, •et elles ont raison, ont le plus grand tort de la tirailler à l'excès, de la tordre, de la crêper, de donner aux cheveux une direction qu'ils n'ont pas naturellement ; toutes ces manœuvres ébranlent le cheveu dans son implantation et le disposent à abandonner le cuir. Les coiffures les plus simples sont les meilleures, pour l'hygiène et pour la conservation de la beauté.

Parmi les cosmétiques tolérés pour les cheveux, le plus inoffensif est la moelle de bœuf associée à l'huile d'amandes amères. On y ajoute, avec un médiocre succès, il faut le dire, la teinture de cantharides, le quinquina, le jus de citron, en vue d'arrêter la chute des cheveux, lorsqu'elle semani-

DU VÊTEMENT ET DE IA PROPRETÉ CORPORELLE

feste. Quant aux pommades pour « faire repousser les cheveux», elles ne profitent qu'à ceux qui les vendent.

Nous ne dirons rien de la teinture des cheveux. Un mot seulement des cheveux artificiels. Le temps est déjà loin de nous où le sexe masculin, régulièrement, et par mode, s'affublait de perruques plus ou moins monumentales; les hommes aujourd'hui, encore pas tous, il s'en faut, ne portent de perruques que pour remédier à une calvitie réelle et dans le cas où la dénudation du crâne est une cause positive de malaises et même de maladies. Beaucoup de chauves préfèrent s'aguerrir. Mais il est clair qu'on ne saurait blâmer ceux pour qui la perruque est une sorte de vêtement, devenu une nécessité par des conditions spéciales, pas plus qu'on ne blâmerait, en des cas analogues, l'usage d'une coiffure d'étoffe, calotte, bonnet, etc. La perruque, toutefois, doit être légère, perméable à l'air et à la sueur, ne pas faire de constriction sur le crâne, être tenue propre et être quittée le plus souvent possible. Ce sont aujourd'hui les femmes qui, même sans nécessité, sont assujetties à la mode des cheveux postiches, nattes, bandeaux, boucles, chignons. Il est difficile que les faux cheveux se raccordent aux autres sans qu'il y ait quelque tiraillement pour ceux-ci; les chignons surtout étant quelquefois très lourds. En somme, les faux cheveux nuisent évidemment aux vrais et, dès que ce n'est plus qu'un sacrifice à la mode, il sera bon de le réduire au minimum.

Les parties génitales. — Il n'est pas de région du corps qui soit plus exposée que celle-là à l'accumulation des produits de sécrétion. De plus, la conformation des organes détermine la présence de plis, de sillons, au tégument, dans lesquels le contact permanent de deux surfaces cutanées ou muqueuses est une cause spéciale de malpropreté. La circoncision chez l'homme, d'ailleurs absurde, trouve son excuse auprès de quelques hygiénistes dans cette nécessité d'épargner au membre viril, dans des pays chauds et arides, la stagnation du sébum versé par les glandes préputiales. La négligence, en effet, entraîne la persistance de ce produit sous le prépuce, sa fermentation et, par suite, la macération de l'épiderme muqueux, les excoriations et jusqu'à de véritables balanites. Il ne faut donc pas attendre l'époque du bain général pour en débarrasser l'organe et ce devrait être un temps régulier de la toilette journalière. Il n'est pas démontré qu'en habituant de bonne heure les jeunes garçons à ces ablutions indispensables on fasse courir plus de risques à leur moralité qu'en entretenant chez eux la pruderie, la curiosité du mystérieux et le sébum putride qui excite le prurit de la verge et les entraîne à y porter la main; une lotion d'eau froide est parfaitement compatible avec la chasteté; disons mieux, elle y aide.

La même prescription s'applique aux jeunes filles et aux femmes de tous les âges, d'une façon encore plus impérieuse. Mais il y a d'importantes modifications à y introduire en raison de la fonction menstruelle, dont les mères doivent surveiller l'établissement chez leurs filles, en leur enseignant les précautions de toilette que réclame cette époque : l'abstention du bain froid, la suspension des lotions froides, le changement fréquent de linge, etc. Galippe a fait remarquer le singulier travers qui porte les institutrices des

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ALIMENTS PROPREMENT DITS

maisons d'éducation religieuse à faire envisager par leurs élèves cette fonction comme une chose honteuse dont on ne doit ni parler, ni s'occuper, de telle sorte que les enfants s'asseyent, couchent et marchent avec une chemise durcie ; qu'elles ont de véritables pertes pour n'avoir pas suspendu la promenade habituelle de la maison ; qu'elles se lotionnent à tort et à travers et s'exposent à de sérieux accidents. Il est temps, décidément, d'apprendre à nos jeunes filles autre chose que les belles manières, la dévotion et la tapisserie.

Bibliographie. — Chevallier (A.) : Note sur les cosmétiques, leur composition, les dangers qu'ils présentent sous le rapport hygiénique (Annales d'Hygiène, 2e série, XIII, 1860). — Réveil (O.) : Des cosmétiques au point de vue de l'hygiène et de la police médicale (Annales d'Hygiène, 2e série, XVIII, 1862)/ — Lunel (R.) : Dictionnaire des cosmétiques et parfums. Paris, 1864. — Klenke (H.) : Kosmetik oder menschliche Verschônerungkunst auf Grundlage rationneller Gesundheitslehre. Leipzig, 1868. — Razin : Cheveux (Dictionn. encyclopéd. des scienc. méd. 1874). — Du même : Mentagre (Ibid-). — Coulier (P.) : Cosmétiques (Ibid., 1877). — Piesse (S.), Chardin-Hadancourt (F.) et Massignon (H.) : Des odeurs, des parfums et des cosmétiques. 2e éd. Paris, 1877. — Galippe : De la transmission possible de la syphilis par certains jouets d'enfants (Rail, de la Soc. de méd. publ., II, 1879). — Du même : De la menstruation dans les établissements co?isacrés à l'éducation des jeunes filles (Ibid., III, 1880). — Van Harlingen : The Care of the person (A Treatise on Hygiène and public Health by Alb. Ruck., New-York, 1879). — Gerlier : Épidémie trichophytique à Ferney- Voltaire (Bull, de l'Acad. de méd., 1880, n° 3/).

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