‹ Nouveaux aperçus sur les causes et les effets des glairesChapitre 14 sur 27 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

DES AIGRKUR8.

Lorsque T estomac est faible et qu'on a à se plaindre des glaires , il est rare que Von ri éprouve point de fréquentes aigreurs.

Presque toutes les personnes qui ont l’estomac faible , et qui en même temps ont des glaires, se plaignent d’aigreurs ; ces aigreurs, connues aussi sous le nom d’acides , occasionnent fréquemment des maladies très-difficiles à guérir. Les alimens qui contribuent le plus à donner des aigreurs sont ceux qu’on appelé farineux , tels que les haricots , les fèves , ]es pois , le riz , le lait , la chair des jeunes animaux , comme le veau , l’agneau , le cochon de lait, etc.

Lorsque les digestions sont parfaites, et qu’on transpire aisément , le principe de ces

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aigreur» s’échappe par les pores ; cette opinion est confirmée par l'expérience de tous les jours : c’est ce pt iucipe q-ui , coagulant la partie caseuse du lait ( fyomage ), en forme des caillots plus ou moins volumineux, que vomissent les individus qui éprouvent des aigreurs ; c’est encore lui qui épaissit le sang, et l’empêche de traverser les vaisseaux les plus déliés, et qui donne lieu à la paralysie, à l’apoplexie , aux douleurs rhumatismales et souvent au mal caduc , qui s’oppose au développement du corps des enfans ; qui produit les engorgemens de leur ventre , toujours accompagnés de la bouffissure de leur visage; c’est également ce principe qui fixant l’humeur transpirable dans les glandes de la peau , contribue à la formation des dartres , dont l’espèce varie suivant la nature dut vice, qui s’identifie avec cette humeur; aussi reconnaît-on des dartres véroliquçs , scorbutiques , cancéreuses, etc., lesquelles exigent chacune un traitement particulier.

La présence des aigres est annoncée par plusieurs signes, comme les rapports acides , des pieotemens à l’estomac, un sentiment de faim presque continuel, des démangeaisons

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dans le nez , des sueurs au visage, qui se font remarquer immédiatement après les repas , à l’odeur des excrémens.

Lorsque les aigres sont répandus dans les intestins , ils altèrent la couleur et l’action de la bile ; ils donnent lieu à des coliques , à des dévoiemens , à des dy ssenteries ; et che» les adultes comme chez les enfans , à des engorgemens dans les différentes parties du bas-ventre : ce sont eux qui donnent naissance aux pâles couleurs des filles.

Je viens de dire que les aigres produisaient des dartres ; d’autres fois aussi ils causent des rougeurs et des boutons qui surviennent non seulement au visage, mais encore sur toute l’habitude de la peau : ce sont les aigres qui produisent les toux sèches et presque convulsives des adultes , des enfans , les convulsions de ces derniers ; et une foule d’autres accidens qui doivent également leur être attribués.

Ceux qui digèrent parfaitement, et qui transpirent de même , ne sont point tourmentés par les acides, ni par conséquent par les glaires; aussi ne les entendrez- vous jamais se plaindre de maux de nerfs ou des autres maladies dont je viens de faire l’énumération. Si ou

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îês examine au moral , on verra qu’ils sont naturellement gais , et qu’ils recherchent avec empressement toutes les occasions de se réjouir } que personne n’est plus aimable qu’eux en société ; tandis que ceux qui se plaignent journellement d’aigreurs fréquentes et de glaje res , sont en général mornes et silencieux , et comme je l’ai dit ailleurs, toujours inquiets sur leur situation ; ils ne pensent qu’à elle ; le plus souvent ils la trouvent beaucoup plus grave qu’elle ne l’est } ils profitent avec une sorte de répugnance des occasions de se distrairè ; ils aiment la solitude j et le mouvement, qui leur est si nécessaire , est ce qu’ils recherchent le moins. Voici des exemples qui étayent cette assertion.

PREMIER FAIT

Un chagrin vif occasionne le dérangement de l’estomac , qui se remplit de glaires et df aigreurs insupportables. Un homme de 4o ans , qui jusque-là avait été fort gai y en devient mélancolique .

Un malade demeurant à Marseille, m’écrivait, il y a quelques jours :

« Je suis encore jeune , puisque je n’ai pas

« plus de 4° ati s : jusqu’à 35 j’ai joui de la <t meilleure santé ; mon estomac digérait à « merveille; je pouvais manger de tout, je « ne connaissais pas ma force; j’étais toujours « gai; je recherchais les sociétés aimables, et « surtout celles des femmes; j’étais très-leste ; « j’aurais fait dix à douze lieues par jour, <' sans en être fatigué ; mon sommeil était des « plus tranquilles.

. « Tous les ans » au commencement des « chaleurs , je faisais des promenades assez « longues ; j’aimais beaucoap à jouer aux « barres, à la paume, au volant ; en un mot , « à tous les jeux qui m’obligeaient à des exer— « cices que je considérais comme salutaires; « et qui l'étaient en effet, puisqu’ils me fai- « saient beaucoup transpirer : mais depuis un « chagrin violent que m’a causé la perte d’une « épouse chérie , mon estomac a cessé de di- « gérer, et bientôt il s’est trouvé rempli de « glaires , dont on a essayé , mais jusqu’ici sans « succès, de détruire la cause par l’usage de « l'émétique , remède qui semble avoir aug- « menté mon mal; du moins est-il vrai de « dire que mes glaires sont tout aussi abon— « dantes qu’avant d’y recourir; et que j’é-

sw 'Iss Glaires < ÇS

« prouve en outre des aigreurs insupporta - « blés , qui le deviennent encore plus lors- « que je prends quelques alimens ou boissons « acides, comme soupe aux herbes et limo- « nade.

« J’avais autrefois la peau douce;, je transit pirais aisément'; aujourd’hui elle est sèche « et aride ; et dès le commencement du prin- « temps , elle se trouve couverte d’un nombre « considérable de plaques dartreuses; je suis « toujours triste : moi qui , comme je viens « de vous le dire , aimais tant la société des « femmes , je suis loin de la rechercher au- « jourd’hui; je resterais plusieurs mois sans a sortir, si des amis, qui quelquefois me fati- « guent , et contre lesquels je me fâche le « plus souvent, quoique leur motif soit très- « louable , ne m’obligeaient à quitter ma « maison. »

MWUVVUM

DEUXIEME TAIT

"Le chagrin que cause la perte de la fortune ,* donne subitement lieu au dérangement de l'estomac chez un homm de 45 ans , qui commença huit jours après à vomir une 1 humeur limpide et gluante dont l’âcreté était si grande , qu'elle brûlait le bois du plancher , presqu' autant que V aurait fait Veau forte : il éprouve pendant plusieurs années des aigreurs qui brûlent le creux de V estomac.

« J’ai 78 ans, m 'écrit un autre malade , dans « un mémoire à consulter quej’ai sous les yeux. « A 45 ans je n’avais pas encore su ce que « c’était que d’être malade; je. digérais fart cilement tout ce que je mangeais; chaud ou rc froid , tout m’était égal ; peu de chose m’a- « musait , et j’aimais beaucoup la promenade ; « je dormais tranquillement; j’avais, l’été, des « transpirations, qui, je crois, contribuaient « beaucoup à me faire bien porter. Le mal- Vc heur a voulu que j’aie perdu ma fortune dans « une faillite : je ne saurais vous exprimer , h Monsieur , ce qui se passa d’étrange dans « tout mon être , lorsqu’on vint m’apprendre

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* cette faillite ; ce qu’il y a de certain , c’est « que dès-lors mon estomac cessa de dige- « rer : au bout de huit jours je commençai à « vomir une humeur limpide et gluante, qui,

« sans doute, était bien âcre , puisquellc u brûlait le bois du plancher , presque au - « tant que l’aurait fait de Vsau-forte. J’ai « éprouvé pendant plusieurs années des ai- « greurs qui me brûlaient le creux de l es— « tomac : je n’ai cessé d’avoir les nerfs très- « susceptibles , et au point que le moindre « bruit m’effraye.

« Je suis devenu très-timide ; je n’aime plus « le monde; je n’éprouve plus d’aigreurs de- « puis long-temps, mais je ne cesse d’avoir « des glaires auxquelles j’attribue une attaque « d’apoplexie que j’ai eue à l’âge de 65 ans; « mes crachats sont presque toujours très- « collans, quelquefois comme des blancs « d’œufs fouettés ; ils sont salés : ils sont h moins abopdans lorsque je rends beau- « coup d’urines , et qu’elles sont chargées.

«< J’ai la peau toujours sèche ; mes digestions « ne cessent d’être lentes et douloureuses ; je « n’ai plus de sommeil; j’ai de temps à autre *1 des étouffemens qui me font craindre une

« autre attaque d’apoplexie, que j’ai peut- « être évitée jusqu’ici par le soin que j’ai de « peu surcharger mon estomac , et de ne ja- « mais souper. » - . ' •

Je croîs devoir actuellement m’occuper des maladies occasionnées par les'vents , maladies qui , le plus souvent , attaquent les personnes qui ont à se plaindre de l’humeur glaireuse.

Ce sera le sujet du chapitre suivant.

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