DE T. À MÉLANCOLIE ET DE SES CAUSES
En parlant ailleurs des effets des glaires
sur le moral (i), j’ai doüné succinctement le
portrait du mélancolique; je Crois devoir ici
entrer dans plus de détails.
Les Anciens ont cru que la mélancolie ,
l’atrabile Çatrabilis , bile noire) était occa-' sionnée par une humeur excrémenticielle féculente , épaisse t froide , sèche , et comme la lie du sang qui se filtrait et s’accumulait dans la rate ; mais les médecins modernes n’ayant pu découvrir les véritables fonctions de ce viscère , ont regardé celte humeur comme imaginaire ; et l’on s’est occupé de découvrir la cause d’une maladie , -souvent le produit d’affections pénibles de l’âme.
Lorsque la mélancolie est parvenue à un très-haut degré * elle est considérée comme une rêverie, ou une espèce de délire accompagné de craintes et de tristesse. Il est
(i) Traité des Glaires, page ai.
des personnes qui sont naturellement dispersées à cette maladie , presque toujours sans fièvre ; ce sont celles qui sont douées du tempérament du même nom, dont j’ai donne dans un de mes ouvrages (a) les signes caractéristiques déjà décrits par un grand nombre d’auteurs. L’observation prouve en effet que ces personnes sont de leur nature moins gaies et moins hardies que celles dont la constitution est bilieuse ou sanguine , et que ces dernières ne deviennent mélancoliques que lorsque le cœur éprouve des serremens multipliés , aiusi qu’en produisent un chagrin vif, une peur et une frayeur très-grande , uu évènement triste et imprévu.
11 est un autre tempérament qui paraît approcher beaucoup du mélancolique, parce qu’il semble susceptible des mêmes impressions , c’est le plilegmatique ou pituiteux , appelé avec raison par les Anciens , froid et humide , frigidum et hunùdum ; mais les individus qui en sont pourvus ( j’en ai plusieurs fois fait la remarque ), sont ceux qui paraissent prendre les évènemens de la vie a'vec le plus de calme.
(j) Lettres sar les dangers de l’onanisme.
sur ïes G/aires. * «59
On dit bien souvent dans le monde , qu’un homme est mélancolique , lorsqu’on le voit rechercher la solitude et se livrer aux méditations; c’est assez souvent celui qui l'est le moins, et qui jouit d’une tranquillité beaucoup plus parfaite que ceux qui paraissent très-gais : du reste , il est bien difficile de savoir si les personnes même avec qui l’on vit, sont réellement mélancoliques, à moins qu’elles ne soient dans une situation telle quelles ne puissent plus dissimuler ; ainsi que la malade dont il va être question, et que je traite en ce momcDt.- • u .
Une dame trouve sous sa main, sans s’y attendre, une lettre dont la lecture lui donne fortement à soupçonner la fidélité de son mari ; elle, en éprouve un chagrin qu’elle concentre au point que sa gaité n’en paraît poiut altérée ; mais la tristesse de son âme , toujours croissante , et parvenue, à son comble par suite d’une circonstance qui lui semble propre à changer tout à coup en réalité des soupçons qui ne lui paraissaient déjà que trop fondés, augmente tellement sa mélancolie, qu’elle désole toute sa famille; dedouce qu’elle était auparavant, elle devient méchante; son mari
i4° Nouveaux aperçus
lai est insupportable ; ses enfans , qu’elle 'aimait autrefois bien tendrement, ne lui sonÇ plus chers ; elle a même pour les uns et les autres de i’a version ; toutes ses idées sont noires j elle ne voit plus que la mort : peutêtre se la donnerait-elle elle-même si elle n’était autant surveillée ou ' retenue par des principes religieux , qui ne lui inspirent
cependant plus le 1 même respect qu’autrefois.
« J’éprouve , dit-elle dans une espèce de « mémoire écrit 'par elle-même, et où plu— « sieurs répétitions annoncent suffisamment le « désordre de ses idées*- un dégoùt très-grand « de la vie , et dans tout mon corp.s une souf- .« france continuelle , ainsi qu’une grande fai- « blesse dans les organes; je ne sais ce que « je fais et ce que je veux faire; je suis sans « cesse troublée, tous mes monvemens sont « douloureux ; si je prends un objet quelle conque pour le placer dan6 un endroit où «je m’imagine qu’il sera mieux, il tombe « de mes mains sans que j’y pense; je suis « comme si j'étais anéantie; il me semble que « je ne vis plus-; il me prend des bourdon- « nemens d’oreille et des douleurs de tète « toutes les fois que mon estomac cesse de
sur les Glaires. î^t
« souffrir; je suis tourmentée par les vents « et quelquefois par des aigreurs; ma res- « piration est presque toujours gênée; des « glaires amassées sur ma poitrine m’étouffeut « par instant (x). »
Tel est l’état sans doute bien triste où se trouve une femme respectable, une excellente mère de famille , trop dédaignée de celui qui lui devait dés égards éternels ; ses nerfs sont tellement irrites , qu’elle ne peut supporter les laxatifs les plus légers , sans doute bien indiqués , puisqu elle ne peut aller à la garderobe qu’en prenant des lavemens.
Il est une cause de mélancolie dont je ne saurais trop m’occuper. Je veux encore parler de l’onanisme. Plusieurs des individus qui s’y sont livrés avec excès, m’ont avoué qu’ils en avaient des crises si violentes , que souvent ils étaient tentés de s’ôter la vie. J’ai conservé long -temps un billet que m’écrivit un jour un masturbateur. Le voici mot pour mot :
.(i). Sêpt ou huit jours après le redoublement de sa mélancolie , cette dame rendit , à une distance de quiozq à dix-huit heures , par le bas, trois paquets de glaires blanches dont la grosseur , dit-elle , était celle d’ua «euf de poule.
Âr
1 4 a Nouveaux aperçus
« Lorsque vous recevrez ce peu de lignes , « que je me plais encore à vous écrire, je ne « serai plus de ce monde : la vie m’est de- « venue iusupportable ; il est temps que je « cesse d’exister- ». * • '
A peine eus-je achevé la lecture de cet écrit, le fruit de la philosophie , que des hommes assurément bien coupables se sont plu à enseigner depuis nombre d’années , que je m’empressai d’adresser à son auteur la réponse suivante :
« Un lâche seul se détruit; l’homme bravé « supporte avec courage les peines les plus vives. » • ■
• .Cette réponse produisit tout l’effet que j’avais lieu d’en espérer. Je ne tardai, point k voir venir chez- moi celui à qui je l’avais faite, « Vous m’avez , dit-il , en m’abordant, sauvé « la vie; votre lettre a dessillé mes yeux ; « je ne pense plus à mourir , mais à me coq- « duire en honnête homme ; je vais brûle?
« tous les livres in&mes qui ont été la cause « d’erreurs que je n’aurais sûrement pas adop- « tées,.si mon cerveau n’eût été affaibli par .« l’habitude vicieuse que la. lecture de vos « ouvrages m’a fait abandonner. »
sur les Glaires . i^5
Je traite en ce moment un jeune homme âgé de as ans , qui s’est également livré à la masturbation avec' le même excès que le précédent. Presque toutes les fois qu’il vient me demander de nouveaux avis, il me répète qu’il a toujours des idées de suicide , à la vérité moins nombreuses qu’avant de commencer le traitement que je lui ai prescrit.
Comme sa santé a déjà éprouvé de l’amélioration , et qu’il a renoncé par mes conseils à la lecture de ces ouvrages , dont on ne s’occupe pas assez de préserver la jeunesse, j’espère beaucoup que ces idées 1 abandonneront entièrement ( i).
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