Nicolas l
2. La Boétie^ auteur du Discours sur la sen^Uude voiotUairej où il s'élève avec véhémence contre les abus du pouvoir absolu.
sarcasme? Quand on vous raille, vous criez à la mauvaise foi, au blasphème, à la superficialité d'esprit; vous prenez le ton haut et sérieux qui se met au-dessus de la raillerie. Puis, quand vous raillez les autres, vous voulez que cela compte pour bonne raison et vous appelez sots ceux qui prennent au sérieux les objets de vos fades plaisanteries. Comment appelleriez-vous celui qui sur la foi des plaisanteries de Voltaire ferait fi sans examen du christianisme?
Magnifique idée morale de l'islamisme. L'esclave y est puni moitié moins que l'homme libre. (Cf. Coran, iv, 30 et not. Caussin ad hune loctun.) Il a moins de faculté morale (ceci est le mélange impur), il mérite moins, donc il démérite [moins]. Conséquence merveilleusement bien déduite sur des pn'imisses déplorablement fausses. C'est la pensée d'Arislote : le maître est plus grand, car il a plus de devoirs. Le plus noble est celui qui est le plus punissable, s'il pèche. C'est beau. Nos aïeux ne l'entendaient pas ainsi.
C'est une chose affreuse qu'entre tous les gouvernants, depuis saint Louis peut-être, il n'en est pas un seul que l'on puisse regarder comme aijant pris moralement sa charge. Thiers est par sa franchise de ce point de vue : croire et laisser croire sans se gêner que finesse est tout. Les autres, Guizot, par exemple, cachent au moins tout cela sous de la théorie, ce qu'on appelle des principes. Et on veut avec cela que les inférieurs aient de la morale. Allons, comment voulez-vous qu'on ne regarde pas cela comme du machinisme, et qu'on n'abhorre pas cet attrapenigauds? Un historien de l'histoire moderne a-t-il jamais songé à attribuer à une vue morale un acte de gouvernant, de Louis XIV, de Richelieu, etc. Mon Dieul quand donc verra-t-on un homme vertueux gouvernant par des principes de morale? Je vous jure qu'on le respecterait. Car pourquoi crie-t-on après nos hommes? C'est qu'on voit bien qu'ils ne songent qu'à faire leurs affaires. Un type ancien, à la Phocion, est-ce encore possible, proposant de se retirer quand on ne voudrait plus de lui, n'y tenant pas, comme le vieillard de
Crète de Fénelon? Un député seulement de cette espèce, serait une pièce rare et belle.
Un gouvernement n'est établi que pour faciliter le développement d'un peuple. Quel monstre donc qu'un gouvernement qui croit ne pouvoir [se] maintenir qu'en le déprimant, et qui, pour son égoïsme, l'écrase, étouffe tout progrès, tient pour suspect toute tentative d'éveil, cette Pologne par exemple! Rien au monde ne me paraît un plus affreux bouleversement. Que ceux-là y demeurent froids qui s'imaginent que le but de l'humanité est de vivre petitement, isolément, stationnairement, chacun chez soi, fin de momie ! Les absolutistes sont obligés de professer cela, et alors ils ont quelque... [inachevé.]
Ohl que ce charlatan que j'ai vu tout à l'heure à la barrière, en conduisant ces enfants, m'a suggéré de rapprochements frappants avec des charlatans d'un autre ordre! Habit rouge galonné d'or, accoutrement bizarre, parole grosse et forte.
i02 NOUVEAUX CAHIERS DE JEUNESSE
grand tintamarre sur la voiture, emploi de termes scientifiques, désintéressement affecté : Je fais tout pour mon amour-propre, comme Napoléon, notre grand empereur (ceci d'ailleurs est typique, cet homme est devenu définitivement mythe populaire). Et pourtant je vous jure qu'on le croyait. On voyait les {^ysionomies crédules, et d'autres à côté qui cherchaient à faire les fines et à ne pas croire, mais qui au fond croyaient aussi, et à la fin, j'en suis sûr, auront acheté sa drogue. Oh! c'était impayable!
Les distinctions des choses ne sont que dans leurs d^és inférieurs et médiocres : ainsi joie et douleur n'existent que dans les sentiments modérés. Quand ces deux sentiments s'élèvent à une certaine hauteur, les distinctions antithétiques disparaissent, et on éprouve quelque chose qui n'est ni joie ni douleur, mais les deux syncrétiquement mêlés. De même pour sacré, profane. De même pour le génie sublime, toutes les lignes se confondent. Il n'y a plus de beau, de laid, de grand, de petit, mais tout cela en un. De même l'idéal est à la fois science, philosophie,
poésie, vie. En un mot, toutes choses partent d'un centre où elles sont l'une [dans] l'autre, et vont en descendant de là se différenciant en espèces. Le plus haut sommet des facultés humaines est cette confusion syncrétique qui lut aussi son état natif. Car à l'enfance de l'humanité, il n'y a non plus aucune distinction : tout est fondu en un. Un même fait psychologique était sentiment, sensation, réflexion, jugement, tout. L'analyse est l'état intermédiaire.
Deux manières d'expliquer la multiplicité d'animaux dans un animal : l"" c'est une vertèbre qui domine les autres en effaçant leur personnalité; ^'^ c'est l'unité, un être, un résultant de plusieurs, mais n'étant lui-même aucun des plusieurs. La première hypothèse n'explique pas le fait dans son ordre infime; comment dans Tanimal où U ny a pas centraliscUiony y a-t-il unité? Pourquoi monarchie, là où je ne vois qu'égalité? Pourquoi une volonté? Pourquoi n'y a-t-il pas combat de ces individus égaux? La deuxième hypothèse au contraire (l'hypothèse panthéiste) explique fort bien ce fait : c'est l'égalité même de ces parties
qui produit une personnalité supérieure. Mais elle n'explique plus rien aussitôt que la centralisation commence à paraître. Car dès lors on voit évidemment telle vertèbre qui domine, la tête par exemple chez le vertébré. Ainsi l'une des hypothèses explique le bas de l'échelle, et l'autre le haut; l'autre le haut et non le bas, et pourtant elles s'excluent.
Ceux qui ont gagné dans les révolutions veulent absolument qu'elles ne servent qu'à fonder un autre ordre de choses, lequel, lui, soit permanent; ceux qui n'y ont rien gagné n'entendent pas de cette oreille, et prétendent que tout est à recommencer. Théoriquement, ceux-ci ont raison; car rien n'est stable dans le gouvernement des choses. C'est un besoin perpétuel de révolution dont l'une appelle l'autre.
(V. super y If 2-1. )
C'est incroyable comme l'enfant lient à la propriété. Un de ces bambins s'est fait au pied d'un
arbre un petit jardinet de quelques pouces d'étendue, où il a semé quelques fleurs, qui poussent misérablement et ne produisent que quelques petites fleurs étiolées ; il en a à côté de magnifiques dans le grand parterre, eh bien I il ne les regarde pas, il n'a d'amour et d'admiration que pour ses pauvres fleurs. Et quand il a vu qu'elles poussaient, il avait peine à le croire, c'était une admiration I C'est qu'il les avait semées. Et cet autre avec son serin. Il étudie, admire tous ses mouvements. Quand il a vu qu'il avait des œufs, c'était une joie folle, à ne pas se contenir. Et cet autre qui avait enfoui une poignée de terre dans son pupitre, et y faisait pousser quelques lentilles. Il les caressait, les admirait. C'était à lui I 11 s'y mêlait aussi beaucoup de satisfaction de son action propre, et même cela dominait la propriété. L'enfant a peine à croire que son action compte déjà pour quelque chose dans la nature, il s'imagine que rien de ce qu'il fait n'est de bon aloi et sérieux, et il est ravi quand il voit que ce qu'il a fait vaut autant que ce qu'ont fait les grandes personnes. C'est pour cela qu'on fait tant de plaisir aux enfants en les attachant à quelque chose qui soit leur œuvre, aux arbres, etc. J'ai éprouvé cela autrefois. Quand je jardinais, dans
mon enfance, je ne pouvais croire que ce que j'avais fait réussit comme ce qu'avait fait le jardinier.
On a trop dit que le grand homme est celui qui donne l'impulsion à son siècle et le mène. Gela était bon du temps de Charlemagne. Désormais le grand homme sera celui qui prendra le ton de son siècle et s'y conformera. (Cf. Préface du Tableau de la LUiérature du xvm^ siècle par M. de Barante.)
Il faut bien prendre garde aujourd'hui, surtout quand on parle pour la morale, de prendre le ton rhétoricien, laissant un voile de séparation entre l'auteur et son sujet, où tout n'est [pas] vérité, contact immédiat. Autrement on dira : C'est un thème de ses compositions classiques, une forme, un moule qu'il a appris au collège, et désormais nulle impression n'est possible. C'est sa figure de rhétorique, dira-t-on, s'il se permet les anciennes formes comme parallèles
annoncés et cadrés, etc. Remarquez que les premiers classiques ne faisaient pas ainsi. Us faisaient des portraits et des parallèles, mais sans les encadrer avec intention. Les nôtres, au contraire, on dit aussitôt : Ah I ici il a voulu faire un parallèle, là un portrait. Ce sont des formes belles et vraies reproduites artificiellement et faussées.
Cest là une des choses qui contribuetit le plus à donner gain de cause au scepticisme fin ei railleur.
Il y aurait une curieuse étude [)sychologique à faire sur lord Byron, bien plus curieuse encore que sur J.-J. Rousseau. L'expérimentation, en effet, n'est jamais plus facile que quand elle peut s'exercer sur le manque, pour voir ce que produit ce manque. Par exemple, elle ôte le cerveau à tel animal pour voir ce qu'il fait, etc. C'est Texpérimentation des fonctions de l'organe enlevé. Eh bien I on peut faire cela sur Byron. Car ce fut un monstre, un prodige, mais en qui il manqua quelque chose. La morale. Jésus-Christ.
Un résultat n'est bien acquis pour moi que quand j'ai passé deux fois dessus. II faut une sorte de nœud, un premier bout qui s'égare, et attend qu'un second se noue à lui.
L'esprit spiritualiste est évidemment vrai, seul digne de l'homme. Mais la science matérialiste est vraie aussi. Tout cela, je le jurerais, sera concilié. J'ai entrevu tout à l'heure le nœud dans un éclair. Cabanis et Gall seraient maintenus pour les faits, la science ; Cousin et Hegel pour la manière de voir. Tout cela vrai à la fois dans son ordre.
Fait d'association d'idées; je ne puis jamais entendre donner le soir la leçon de musique, sans me rapporter aux premiers temps de mon séjour en cette maison \ si tristes I Car alors je les