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Thèses soutenues en Sorbonnr le i2 juillet

A la sortie de la leçon, Lascaris s'approcha de lui et lui dit : Comment oses-tu te parer?... Politien lui aurait répondu : Ne vois-tu (pas) que dans l'auditoire, il n'y avait que deux ou trois capables de reconnaître le larcin? Origine probable de cette fable (suivant M. Le Clerc). Belles leçons en vers par lesquelles Politien commençait ses cours sur Homère. Les Grecs ayant entendu ces leçons, et jaloux, auront dit : Tout cela est dans Hérodote. — En effet, la similitude est frappante entre les traditions que rapporte Hérodote sur Homère et celles qu'adopte Politien; errant de ville en ville, etc. Du reste l'accusation de plagiat était de mode alors contre tous les grands hommes.

Accusation d'athéisme et d'incrédulité, aussi portée contre tous les grands hommes d'alors, à œmmencer par le pape, lis y donnaient occasion par leur manière de parler toute païenne, et puis se donnant un certain ton de mépriser ce qui n'était pas pur latin. Leur enthousiasme pour le Nou J. classique alla presque jusqu'à en adopter la religion, au moins quant au langage. Bembo le pousse jusqu'au ridicule, ne jure jamais que per deos inwiortaleSy etc. Sérieusement parlant, eùt-il voulu cependant amener le polythéisme? Non, sans doute. (11 y a là un fait psychologique fort remar-

quable. Sorte de rodomonUulc que prennent les savants d'une partie, par rapport à la religion sur ce point- là. Mon Dieu! je ne serais pas surpris que ces hommes eussent à certains moments de vanité classique regretté le paganisme et fait un fi pédant de la religion d'alors.) Politien aurait dit qu'il ne récitait pas son bréviaire, de peur que 2 «t :{. cela ne lui gâtât son latin. Mais c'est faux (M. Le Clerc prétend bi<»n et avec raison que cela peut être très vrai). Quel ecclésiastique avouera qu'il ne dit pas ses Heures? Lettre de lui, où il dit qu'il divise sa nuit en trois parties : la première pour dormir, la deuxième sUjlo^ pour écrire, la troisième horariOy mot alors employé pour le bréviaire. Jamais ils n'eussent dit : Breviarium, Horarium plus ancien, entende qui peut, ainsi pour

une foule d'autres choses. 3® Accusation d'immo-

ralité. Il aurait conçu (c'est le récit de Paul Jove en ses tableaux) une passion pour un de ses élèves, aurait fait une monodie, [à la] mort de l'élève. Politien serait mort ou en se frappant la tète contre un mur en récitant sa monodie, ou en se jetant par la fenêtre, ou gagné une fluxion de poitrine, en récitant sa monodie sous les fenêtres du jeune homme, etc. — Cette monodie existe, mais elle s'applique évidemment à la mort de

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LiuireiU de Médicis. Il y est ap[)elé juvenis^ bien qu'il eût quarante-six ans, mais les Latins donnaient bieu ce nom à des hommes faits, [à] César à quarante ans. Cette pièce diffère d(»s autres de Politien en ce qu'elle est moins soignée, et la douleur y est plus vraie. Cette pièce semble cahiuée sur (juelque chant ou rythme po[)uIaire d'alors, car [elle] n'est pas sur un rythme ancien. Jeux que faisaient les savants de la cour de Laurent sur son nom, sub Lauro, etc. 11 y en a un de cette espèce dans cette pièce. La mali}j:nité aura travesti le ton tendre qui y domine en ton de passion infâme.

11 parait que Politien, dans les dernières années de sa vie, se serait converti, et cjue le pape aurait songé à le faire Ccirdinal. Mais ceci ne dit pas ^^rand'chose. Toutes les biographies italiennes d'alors se terminent par ces mots : « C'est bien dommage qu'il soit mort à cette époque, c^r il allait être fait cardinal. » — A sa mort, il se tit revêtir de l'habit de Saint-François (coutume universelle alors). Pièce précieuse des Franciscains sur sa mort, inductions qu'on en peut tirer. Car les Franciscains étaient alors fort sévères à Florence. Leur général était Savonarole, et celui dont la pièce de Politien est signée est ce fameux de

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Peccici (lui joue un si grand rôle à côtr de Savonarole. Ces deux noms passifs de l'histoire particulière dans riiistoire générale. Sévérité de ces Franciscains, réaction vive qu'ils lémoiguent contre les humanisles relâchés. Ininn^nse autodafé de livres exécuté par suite des prédications de Savonarolc sur la place, dcvîinl ïr palais du duc. Le tas s'élevait, dit-on, jusiju'au Iroisième étage. Les onfanis v mirent le feu. C'est à cet auto<lafé (|u'un altribue la perte d'une foule d'ouvrages devenus aujourd'hui d'une rareté extrême: par exen)|)lo, Veditin princeps de Boccace, devenue introuvable, achetée par une An«,^laise, etc. De plus les Franciscains alors en lutte acharnée» avec les Dominicains. Duels proposés entre les deux ordres. Traverser un bûcher : Savonarole élude : une fois, c'est la |)luie qui éteint, une autre fois, Savonarole consent, mais à condition qu'on lui permettra de porter en main une hostie consacrée; le magistral s'y oppose. Savonarole et de Peccia brûlés plus tard, mais non plus par éjjreuve, mais par la victoire de leurs rivaux. Grand rôle cpie prirent les bûchers dans l'histoire d'alors. — Singulière erreur de Balzac sur Politien. Qu'à toutes les épocpies de la chrétienté, il y a

eu un théâtre, et des représentations (M. Ozanam). Muratori njontre bien des drames composés, mais il prétend que pas représentés. L'analogir de toutes les nations prouve qu'aussi représentés.

/. — On était d'ailleurs fort libre alors dans la conversation : avant la réforme du cmicile de Ti*ente^ foule de choses permises qui plus après, comme anciens Pères avant conciles contiennetU erreurs.

2. — Anecdotiers de cette époque toujours prêts à recueillir les dires hardis des hommes célèbres, car dans leurs livi*esy ils ne les disaient pas, ils étaient pins retenus, Varillas (sur Varila, cf, note à Ixi Bruyère, chap. i, des Ouvrages de l'esprit, fin, p, 1<S, édit. Ilac/iettej en cite beaucoup et d'autres encore. (Cf. Boileau, 1, p. 206, note 2 sur ce Varillas. Est-ce le miUne? Celui de Boileau trivait sous Louis XJV.)

:i. — Politien était chanoine de la cathédrale de Florence y Santa Maria Maygiore (ouvrage sur les [églises] de Florence à consulter).

119 bis.

Thèse française : YAstrée et Honoré dWrfé. — Que nul travail ne peut dispenser de lire VAstrèe. M. le doyen avoue pourtant qu'il ne Ta pas lu el ne le lira jamais. Histoires enchevêtrées comme dans Boccace et l'Ariosle. Quelques-unes fort jolies. Céladon, Astré<', c'est un berger déguisé en

berçère et agissant comme tel. — Histoire de VAstrée. Vogue qu'il eut. Anecdote des Mémoires du cardinal de Retz. Du temps de la Fronde, des seigneurs venant de se battre entrent chez la duchesse de Longueville; ils y trouvent d'autres aussi couverts de poussière, et pourtant il y avait des violons, on dansait : « IJah! disent-ils, nous sommes donc ici en pleine Astrée^ voyons! — Oui, leur répond-on, mademoiselle de Longueville représente assez bien Vénus, mais M. de la Rochefoucauld représente assez mal Céladon. » Passage de la Suite du Menteur de Corneille, où il y a des allusions fréquentes. « Quoi I tu lis ks romans » (elle ne dit pas: des romansj mais ceux du temps, ceux en vogue, il s'agit de VAstrée), Fin de la vogue de VAstrée k l'époque de Louis XIV. Ce qui le tua, ce fut l'esprit de ce siècle. Pourtant il y en eut [des] éditions jusqu'en 17i0. Et tous ces exemplaires sont fort usés par la lecture, on y voit la trace des doigts. Six mille pages sans compter les suites. — Mademoiselle de Scudéry, etc., en dérivent en droite ligne; la seule différence, c'est qu'au lieu de bergers, elle emploie les héros de l'antiquité. Brutus en madrigaux Du moment où il fut dit : « Rien n'est beau que le vrai », VAstvéo dut tomber. {Ita Guigniaul.)

Cours d'amour au mojen âge. — Discussions auxquelles leur existence a donné lieu. — Réunion où on prononçait des cas d'amour, des tensons. Livre intitulé : .1/Te.s/a Amojmm. — II y en avait de cette sorte de beaucoup plus anciens; d'Urfé ne les connut probablement pas. — Tensons chevaleresques. — Romans du moyen âge.

Ce ne sont pas toujours faits controuvés, etc. Quelques-uns de ces romans ou plutôt poèmes sont charmants. Falsifications grossières ; qu'on a continué d'en faire aux xvi*" et xvii^ siècles, et qui ont formé la bibliothèque bleue. Bergers du Lignon. — D'Urfé commence par avertir que ce ne sont pas des bergers véritables, mais des personnes de qualité, absolument, dit-il, comme les bergers qu'on voit sur le théâtre habillés de soie. ]1 s'autorise toujours de Texemple du théâtre. Voilà en quoi il est faux. Ce n'est pas la vie pastorale «omme en Tliéocrite, pas même comme en Virgile, quoique déjà la couleur soit altérée. C'est un mensonge perpétuel. — Bourgeois du temps de la rue Saint-Antoine, qui vendit son bien, acheta un jardin, et se lit avec sa femme berger et bergèie, gardant un troupeau imaginaire.

Roman satiri(|ue (|ui fut fait contre lui et en partie contre irUrfé. On y voit le iils d'un épi-

der (le la rue Saint-Denis qui se fait berger, etc. — Aventure de J.-J. Rousseau aux bords du Lignon. Quand il demande aux environs : « Où est le Lignon? » on lui répond : « Monsieur veut-il se faire apprenti serrurier? c'est un bon pays. » — Des bergers du Lignon viennent les bergers de Racan et de Segrais. Pastorale fausse, au milieu d'un ton détestable, ils ont des vers charmants. (/la Patin.)

Rapports de d'Urfé avec Le Camus, évéque de Rellev. — Camus dit Tavoir vu à Lyon et fait un éloge magnifique de son amabilité, de sa politesse, etc. Saint François de Sales conseille à Camus de faire des histoires dévotes. Camus dit cjue d'Urfé s'en serait tiré à merveille; car, dit-il, « il a montré tant de tendresse de cœur... et d'ailleurs dans ses dernières années, dit Camus, il se montre disposé à composer des histoires dévotes en réparation de son Astrét* ». Il paraît donc qu'il considérait son ouvage comme dangereux. En etfet, quelques passages scabreux; pourtant les amours purs sont seuls récompensés, et les amours grossiers punis. La famille de d'Urfé s'en crut déshonorée et on trouva l'ouvrage dangiireux. Lequel est leplus dang<3reax ou d'un ouvrage où les vices sont représentés

comme aimables (d'Urfé), ou d'un autre, où les vertus sont ridicules (Camus), tenson proposé par M. Le Clerc au récipiendaire? Réponse: le second. Les romans de Camus (énormément fécond, pins de trente), insipides. 11 n'écrit pas si bien que d'Urfé. — Le style de d'Urfé est vraiment fort bon, et cela contribua beaucoup à sa vogue. — Gens qui n^ont (Vautre occupation que dv faire ramour^ voilà les héros de d'Urfé. Jamais on n'avait eu pareille idée. — Mœurs horribles de l'époque qui précéda d'Urfé. Peut-être fut-il un progrès. VAstrée peut-il passer pour un roman moral? — Épisodes historiques de VAstrée. Épisode qui se passe à la cour d'Enric, roi des AVisigoths. L*amour y tient beaucoup de place, pourtant n'est pas tout. L'auteur de la thèse prétendait <iue cet épisode extrait de Toiivrage ferait un roman historique excellent, à com|)arer à ceux de Walter Scott. — En ceci, il i»st vivement attaqué. Ridicule de supposer des intrigues amoureuses à cette épo(|ue de la barbarie. — M. Ozanam lui fournit pourtant un argument: c'est le poème de W'altha d'Aquitaine, dont la scène est en pleine barbarie. Attila y figure. M(L*urs horriblement féroces, massacres, et au milieu de cela, une scène d'amour très caractérisée. Fleur recueillie en pleine

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barbarie opposée à celles un peu plus fanées de rherbier de d'Urfé. — La rédaction de ce poème est fixée, par M. Fauriel (Litt. provençale) au IX* siècle; mais on ne })eut la reculer plus loin que le xr avant les croisades. Les Allemands qui le revendiquent n(^ vont pas au delà. Rédaction est en vers latins. — Qu'on ne i)eut en tout cas le comparer à Walter Scott. Car en d'Urfé il y a foule de traits qui faussent la couleur historique; or cela n'arrive jamais dans les grands romans historiques de Walter Scott. — Ses meilleurs romans historiques sont reux où il ne fait pas paraître de personnages historiques , comme Imnhofy là pas un trait faux; dans les autres, comme celui de la cour d'Elisabeth, il est moins vrai.

Comparaison de d'Urfé avec les romans du jour. — Réflexion du doyen ; que dans cent ans, on ne fera pas de thèses sur le roman du jour, comme on en fait sur d'Urfé. (Ceci est très étroit et très faux, je ne comprends pas cette fois M. Le Clerc. Du moment où tout cela sera devenu antiquité, il sera sérieux de consacrer ses travaux à l'étude di' ce qu'il aura été frivole de lire. Induction du passé; érudits lourds cl sérirnix, commentant romanciers jurées, A[)ulée, d'Urfé, etc.)

Biographie de d'Urfé a été donnée par un autre, M.. . aussi de Marseille, je crois, dans une dissertation spéciale sur ce sujet. Autre ouvrage de d'Urté lÉptlres morales^ dans le genre de Sénèque. Exercice de style. Sénèque, en effet, excellent exercice de se mouler sur lui. Malherbe aussi a traduit les ÉpUres à LucUim. Trait remarquable de cet ouvrage de d'Urfé ; c'est qu'il n'y a aucun trait de christianisme. Cela étonne d'autant plus que d'Urfé se mêla aux guerres de religion, fut prisonnier comme catholique, etc., d'autant plus encore qu'à cette époque les adversaires des catholiques leur reprochaient fort leur ton païen. Cela s'explique par des analogues; ainsi Boèce en sa Comolatioti de la philo.^ophie n'a pas un seul trait qui rappelle le christianisme ; lui pourtant théologien et cité des orthodoxes comme interprète des Ecritures. — Que I M. sZ/vr avait pour les contemporains l'intérêt des personnalités. Céladon était un toi. — Il y a même des clefs, La perte de cef intérêt a bien pu roniribuer à sa chute.

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