‹ Nouveaux cahiers de jeunesse. 1846Chapitre 26 sur 37 · CADEAU D'ENFANT · texte numérisé non relu

CADEAU D'ENFANT

Singulière destinée des mois (et [ce sont] les mots qui font les idées ou au moins leur couleur). Par exemple, blmphème^ mot qui joue grand rôle en notre style oratoire. Il est biblique, mais j^rec; biblique dans l'acception sacrée que nous lui donnons. Ainsi cela a dépendu du caprice d'un vieux traducteur qui a voulu rendre tel mot hébreu par celui-là. Souvent même le contresens joue un grand rôle. Ainsi, en tant de mots bibliques entendus de travers. Petite peuplade de l'Orient. Et le mot hébreu du hasard qui offrit le son imitatif dans telles circonstances phj'siques à tel jiatriarehe. Cdtena rtfvni.

Les appréciations de Voltaire vis-à-vis du christianisme sont types de la vue partielle. Il n'a vu que les ridicules, les ordres mendiants, des Pères Nicodèmes, etc. (Voyez la préface aux Ck)ntes, Guillaume Vadé, etc.). Tout ce qu'il dit est vrai. Chateaubriand a vu la face opposée, tout le beau, le poétique. Chateaubriand eût paru un fou à Voltaire, et Voltaire paraissait un acharné à Chateaubriand, et les deux ont raison.

De tous les hommes de l'antiquité, je n'en vois pas de plus vrai en son ordre, et qui ait été moins dépassé qu'Horace. Je me pâme devant cette grâce, cette prodigieuse délicatesse. Par exemple, O sœpr inccntn me semble le nrc jylus ultra du bon cœur. Ah ! que la vie est jolie et gracieuse prise en ce jour!

Il est remarquable qu'étant tout à fait seul, et en se mettant en dehors des religions établies, on

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est porté à s'en faire une à soi-même, à prier avec des signes extérieurs, etc. Voilà la religion naturelle. Ceci qu'on appelle ordinairement de ce nom est mai nommé. C'est de la philosophie pure.

J'ai aperçu tout à l'heure une petite colline sur laquelle, se plaçant, on voyait la littérature et la philosophie sur le même plan, comme deux antithèses concordantes, la forme littéraire et philosophique. Mais c'était sans doute un effet de parallaxe. Il n'en est pas moins vrai qu'en prenant toutes ces parallaxes et les combinant, on arriverait à la vraie relation des choses.

6 manque.

Notre réalisme trouve absurde tous les sacrifices que l'homme fait de son bien-être matériel sans savoir à quoi. Mais j'aime cela; c'est supposer qu'il n'y a rien au delà de l'utile. J'aime la libation antique; jeter un peu de son bien on ne

sait à (|ui. Maintenant on dirait : l't qnid perdiiio haec? C'est inutile. Ah! inutile! L'invisible n'est donc rien? J'aime qu'on y sacrifie, ne fût-ce que pour sauver la réalité de ce (|ui n'est pas palpable.

Tainie à voir à gaioux devant rien.

x^ et xi*" siècles m'apparaissent comme ciel gris, où les idées flottent dans le vague, demi-lueur brillante, incertaine comme j'ai vu en Bretagne. Les idées sont dans les nuages. Froid avec cela, on se ramasse, sans feu. Pas de mobiles. Subnervés.

Le sauvage ne conçoit pas l'homme civilisé qui se lamente sur la perte de la vie et le civilisé le sauvage qui la perd vaguement. C'est frappant. Cela peint les deux étals réflexes et spontanés. Dites-en autant des exécutions rolleciives de l'Orient et de notre justice individuelle. Nous disons : Ils ont tort ; c'est impropre, ils voient d'un état et nous d'un autre. Eux encore à l'état de vie collective, et nous à Tétat de vie individualisée.

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Crainte qu'on éprouve toujours que tout ce qui est poésie et inopression ne soit qu'en nous, notre œuvre, et rien dans l'objet, par exemple, l'impression des lieux, voyages, etc. En effet, en classifiant les faces des choses, on voudrait dire : Face scientifique ou des choses; face poétique, ou de l'âme. J'éprouve cela en lisant le Voyage de M. Lamartine en Orient.

Phénomène singulier que j'observe à ma lampe. Des corpuscules légers flottent entre la flamme et le verre, suspendus en l'air, allant de haut en bas le long de la paroi intérieure avec une régularité remarquable. Observer si c'est constant. J'explique par la sortie vibratoire du courant d'air, comme dans la musique du gaz, et dans mon expérience de la plaque s'attachant à l'orifice.

Cf. Lamartine, Voyage en Orient^ t. II, page 214 (Édit. Gosselin, 1835). Une remarque remarquable, qui se rapporte bien à mes idées sur les

littératures finies et infimes (à propos du poème d'Antar).

Nous sentons que toute forme exclusive est partielle, par exemple telle et telle manière d'écrire l'histoire. Mais nous voulons que cette connaissance ne sorte pas de la critique. Un écrivain qui écrirait dans tous les systèmes en conséquence de ce résultat critique, nous déplairait; par exemple, un historien qui écrirait séparément dans tous les genres. Après cela, nne œuvre qui synthétiquement renfermerait tout cela, qui par exemple serait à la fois esthétique, scientifique, etc., plairait et serait plus avancée.

La religion supplée à tout pour le peuple. Elle est sa philosophie, son sens esthétique. Pour lui, pas de haut en dehors, syncrétisme de tout l'intellectuel dans le religieux. — Pour le savant, analyse d'où le religieux est banni. Pour l'ultérieur, synthèse en tout cela se réunit de nouveau, mais qui n'a pas encore de nom. Ce ne

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sera même pas celui de philosophie, car il est partiel.

Voyez Michelet, Histoire de France^ fin du quatrième volume, 1422, quelques faits précieux et merveilleusement sentis et décrits sur les faits psychologiques contagieux. Danse contagieuse.

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