Au Concours Lvnéral, 10 août
CADEAU d'eXFANT 263
chez nous avec tout leur caractère (Ficker, 1, 320, Despois, etc.). Les sophistes surtout ont leur parfait analogue, les sophistes s'occupent de politique, occupent de grandes charges, etc., Dion Chrysostôme, Thémistius surtout ; ils sont penseurs jusqu'à un certain point [Cf. Ficker. Philos. (Soph. grecs.). V. Ficker, I, pp. 315 et suiv.]. La philosophie est base de tout ; on est philosophe généralement plus réfléchi, et pourtant il n'y a plus de philosophes. En un sens, on est plus avancé ; plus de critique, plus de science, des vues plus avancées en religion que les anciens siècles classiques; ceux-ci, comme notre siècle classique, avaient eu peu de critique, crédulité, croyance à des fables. Maintenant on n'y croit plus. Il y a même des préfaciers (Ficker, I, 278). Enfin Ltwien^ type de notre littérature. Voyez Ficker, son rôle. Style pur, en apparence classique, sans singerie pourtant. Effort pour ramener la vieille langue et arrêter le penchant, bien inutile sans doute. On parlera un jour de nos classiques universitaires comme de pauvres hommes qui tentaient l'impossible, rétinacles de l'esprit humain. Nous parlons avec mépris des grammairiens et sophistes des anciens, et les nôtres, ce sont des hommes honorables. C'est
qu'il est des genres littéraires qui gagnent au vivant ou à la mort de l'auteur. Le poète gagne à la mort. Le rhéteur et le grammairien-sophiste y perdent tout. Durant leur vie, c'est quelque chose : après leur mort, ce n'est rien. Nos thèses, nos mémoires de l'Académie des Inscriptions, qu'est-ce autre chose que des ouvrages dans le goût des sophistes anciens? Il n'est donc pas étonnant que les sophistes de nos jours aient cherché à relever les sophistes du vieux temps, Viilemain, par exemple. Et, en effet, je ne dis pas qu'ils ont tort ; je n'apprécie pas, je signale une ressemblance. — Autre ressemblance. Mouvement vers les littératures étrangères; grandit influence étrangère (Ficker, II, H7). Vues psychologicjues (Ficker, II, 13o). Envahissement dv la philosophie et drs philosophes de profession à Rome, sous les empereurs (Ficker, II, 138) et 173 (exotique). Parcourez aussi Ficker, II, les deux dernières périodes, vous ven-ez tous les lettrés dans des positions politiques. \ou ita sous Auguste et Louis XIV. Cela a son bien et son mal ; car c'est la preuve que la littérature s'est agrandie; cercle plus large.
Toutes les citations se rapportent à /'Histoire de la littérature ancienne, par Ficker, traduite par Theil, 1SS7,
CADEAU d'enfant 265
La littérature des peuples primitifs, ou pour mieux dire du peuple en tant que peuple, c'est la religion. La religion est éminemment synthèse, c'est la conglobation de toutes les nécessités intellectuelles de l'homme. Elle est à la fois littérature, science, philosophie, esthétique. Voyez au moyen âge, par exemple, la religion seule résume tout l'intellectuel. Il y a la matière et la force; le reste, c'est la religion. Mystère, etc., toute esthétique est religion. C'est le syncrétisme. A un état plus avancé, vient l'analytique, où science, littérature, philosophie, etc., sont des mondes à part, et où la religion, qui n'était que leur compréhension sous un mot général, s'évanouit par la séparation des parties. — Puis viendra la synthèse où tout cela se refondra sous un nom nouveau.
{Voirn^2f.)
Philosophie et pensée n'est qu'une forme, un moule divers d'enfermer et d'encadrer les choses.
Ma pensée précédente me fait saisir cela d'une manière spéciale.
21 {suite de 49).
Les sacerdoces représentant les religions représentent aussi rintellectuel dans ces âges primitifs. Gela a lieu chez tous les peuples, même chez les Romains, qui paraissent avoir manqué du sens esthétique. (Cf. Ficker, II, p. 43.)
Nous api^récions par deux faces l'imitation des Grecs par les Romains, et la réaction queCaton, par exemple, y opposa. Au côté littéraire, nous la reigrettons, la voyons de mauvais œil. Et pourtant, au côté des mœurs, nous reconnaissons funeste l'influence contraire. Pourquoi cela? c'est petit. Car tout est un. 11 faut prendre les choses en bloc, comme elles sont.
C'est ([uelque chose de singulier (jue cet amour nn/al tvagiqm*^ dont il y a si peu d'analogue dans la vie réelle, et dont les Français ont fait la base
CADEAU d'enfant 267
de leur tragédie. On dira un jour : Ce fut une passion faite.
Hommes dont écrire n'est pas le but : Bossuet, Molière. Ils ne font pas do livres. Pour l'action d'abord. Pièces à tiroirs, qu'ils arrangent de cent façons, ce qui ne se peut en livres. Voyez pour Molière, Sainte-Beuve, et, pour Bossuet, les pièces justificatives de Bausset, première pièce du deuxième volume (ou du deuxième livre) sur les Sermons.
Il v a des hommes dans l'histoire intellectuelle qui ne servent à rien créer, mais seulement à continuer la tradition littéraire, à transporter les idées, par exemple, les derniers hommes de la littérature latine : Boèce, etc. Ces hommes ont été les porte- faix, portant sur leur dos l'ancien bagage et nous le transmettant.
Manière des Romains d'accepter un système
philosophique en gros, pour se dispenser d'un examen de détails, dont ils n'étaient pas capables.
Les feuilles de papier sur lesquelles je faisais mes compositions de licence* m'attachaient peu; car elles n'avaient rien de différencié; les mêmes pour tous. Il faut, pour attacher, du différencié, de l'individuel. Là est une ficelle de notre nature ; c'est fâcheux. Car de ces sortes de choses nous concluons tout de suite que nous sommes gouvernés en machines.
Délicatesse du mot d'Auguste à Tite-Live :
C'est un Pompéien -. Il recule de deux crans le débat : au lieu de dire : c'est un Anlonien. Comparez le mot de Napoléon à Fonlanes : Il est pour les anciens, lui ! (Sainte-Beuve.)
«rit ' « Combien Auguste eut peu d'influence sur le