Ouvrage cité, p
condamnés par leur esprit de divorce à n\ivoir qu'une poésie futile et une religion sèche et froide. Dites que tout cela n'est qu'un. Dieu, ridéal, philosophie, poésie. Alors tout est sérieux, et pur, et beau, et vrai. Tout est la fin de Vhomme et il peut sans inconséquefice tout aimer et exercer son activité dans toutes les voies.
2. — // en soutient le séneux, bien plus sérieux que ses vers.
S. — Ce Parnasse encore ou ne siègent que des fous et des rieurs, et encore pas des rieurs fins et malins, mais des faiseurs de rires. Et cette révolte de MM. de la Chancellerie et de Louvois pour recevoir Lui H, dont tout le inérite, comme disait Louvois, (Hait de faire rire. Tout cela est caractéristique.
Les grands hommes, je dis les supérieurs, ont comme deux caractères dans Topinion, selon que vivants ou morts. Gela tout à leur égard. Morts, moins d'actualité, moins d'enivrement, quelque réserve compassée de morts : ils passent aux résultats acquis. Mais aussi bien plus calmes et purs.
Je ne sais pourquoi les faits et incidents extérieurs, les péripéties survenantes, sans être un
pur développement psychologique, me choquent dans le roman et le drame. Je voudrais que ce fût le simple développement de la passion se peignant par des faits extérieurs. Ainsi, dans les pièces de Molière, j'admire tout ce qui est du caractère ; je n'aime pas les incidents qui viennent brouiller la série des faits psychologiques; par exemple, dans Tartuffe, tous les incidents qui compliquent si fort la situation d'Orgon. Encore pire dans le Malade imaginaire. La mort feinte d'Argan, c'est détestable à mon sens, outre que cette fin fourmille d'invraisemblances comme celle Note. Jq Bourgeois gentilhomme. Quand ces incidents sont amenés au hasard ou arbitrairement, je blâme net, et même quand ce ne sont pas des échappatoires de l'auteur pour se tirer d'affaire, je ne les aime pas. Par exemple, dans Hamlet, à la fin, le troc des épées, c'est tout fortuit, tout arbitraire. Johnson eût préféré le poison, mais c'est tout un. — De même l'empoisonnement de la reine, etc., et alia in omnibus tragœdiis.
Je voudrais instituer un système dramutique oii il n'y eût dai'bitraire et de fortuit que le posé des caractères et leurs relations primordiales et qu'ensuite tout se développât par une conduite intéyneure sans intervention de causes fortuites extérieures. Athalio me satisfait à peu près sous ce rapport.
Cf, Aristote (PoéliqueS chap. A7V, % 6 et 7), m pensée est, je crois, celle que j'exprimais tout à l'heure. Cest remarqual)le de la manière dont cest dit.
Il y a quelque chose de faux dans la manière dont on prend d'ordinaire la mythologie grecque. On la constitue de toutes les fictions des poètes ; or, on ne songe pas que ce ne sont là réellement que des fictions qu'eux-mêmes imaginent, ou ({u'ils savent fort bien avoir été inventées avant eux. Ainsi chacun des poètes dramatiques a sa tradition, qu'il exploite à sa façon selon le besoin de sa pièce. Regarder cela comme des mythes religieux est tout aussi ridicule que le procédé de celui qui compterait pour partie intégrante du christianisme tout le merveilleux chrétien, voire même les fictions de nos poèmes épiques modernes, comme Klopstock, etc. Il y avait une foule de personnages donnés par la tradition populaire comme chez nous, et on les arrangeait à sa façon pour la contexture de sa fable, comme
1. Poèliqtte cT Aristote, ^ii-vv-fr^nçiùs avec la traduction et de» notes de l'abbé Batteux, Paris, 1829. Kxeinplairo annoté par Ernest Renan.
Milton. Ce qui le prouve, c'est la forme tout artistique de ces récits; évidemment le poète était à l'aise, et n'était pas restreint au rôle Note. d'historien. Quel ridicule alors d'admettre indiscrètement tout cela comme dogme national I C'était une carrière où le poète taillait à l'aise ses sujets, obélisques, statues, etc. ; et non une tradition formulée qu'il n'eût qu'à raconter. Il est vrai qu'à une époque, la création et la collection fut close, et que les poètes postérieurs comme Ovide, Claudien, etc., ne firent plus que traiter historiquemeni ce qui était donné. Encore se donnaient-ils licence au moins de combiner différemment. Ainsi Virgile. Les Furies, les Nymphes, etc., tout cela au moins était à la main du poète. Il pouvait les faire manœuvrer comme il voulait. Euripide au contraire inventait à sa manière, et contredisait souvent ses devanciers.
Pourquoi pas alors y mettre aussi les fictions de Claudien et des derniers poètes^ les machines poétiques de ces poètes; il y a plus: les fictions mythologiques des humanistes modernes. Assurément les uns étaient tout aussi libres que les autres. Il y a une démarcation entre la mythologie et la fiction poétique, et on ne l'a pas assez sentie.