‹ Nouveaux contes du pays d'Ouest, avec un frontispice de Louis Legrand et une couverture illustréeChapitre 21 sur 38 · XXII. — LA GARE · texte numérisé non relu

XXII. — LA GARE

Lorsque Jeanne Legoadec arriva à Paris, gare Montparnasse, venant de Ploujean, près Morlaix, elle n'eutpas grand chemin à faire pour connaître le logis qui devait Tabrîter. Une cousine à elle était venue l'attendre à la gare, en compagnie du garçon de la gargotte où Jeanne devait faire la cuisine et laver la vaisselle : le garçon chargea la petite malle sur son épaule, les deux femmes le suivirent en bavardant, et presque tout de suite, au coin d'une petite rue et du boulevard Montparnasse, le groupe s'arrêta devant une boutique peinte en rouge grenat qui avait pour enseigne : Hôtel de Chartres et de Saint-Brieuc. C'était là. Le patron, beauceron, et la femme, bretonne, avaient réuni leurs pays sur l'enseigne. Mais la clientèle se trouvait surtout bretonne. En traversant la petite salle, Jeannik entendit parler « breton », et, debout sur le seuil de sa cuisine.

la patronne lui souhaita la bienvenue dans la langue maternelle, quelques simples mots, avec l'accent chantant dont ils furent prononcés, qui suffirent pour faire battre plus vite le cœur de Jeanne sous son corsage noir. L'âme du pays quitté chanta aussi en elle, comme une fine chanterelle qui aurait vibré sous des doigts familiers. La patronne l'embrassa sous les barbes de sa coiffe, et l'exilée oublia son exil.

Le voyage lui avait paru long, et il était long, en effet, toute une journée de Morlaix à Paris, depuis le viaduc de là-bas jusqu'à la gare d'ici. Chaque station que le train passait éloignait Ik voyageuse de son pays, des parents qu'elle y avait laissés, des amis de son enfance et de s» jeunesse. La grande ville vers laquelle Tempor-^ lait la locomotive l'appelait de tottte l'attraction de l'inconnu, elle savait Paris grand et beau, qu'il y avait du monde plein les mes, des voi^ tures pressées les unes contre les autres, et que l'on y gagnait bie^ sa vie quand on avait la chance.

Mais, tout de même, c'était bien loin, au bout du monde I Avant d'être arrivée, elle se demandait quand et comment elle reviendrait de cette ville inconnue. Et elle se demandait aussi quel sort serait le sien dans cet endroit terrible, car elle n'ignorait pas, après la lecture des faitsdivers, qu'il se passait là des drames épouvan-

tables, des crimes affreux, dont elle pouvait être la victime, tout comme une autre 1

EnQn, elle pénétra dans THÔtel de Chartres et de Saint-Brieuc, connut le réconfort d'une récq[>tion cordiale, se crut sauvée de tous les dangers, sinon de tous les ennuis. Evidemment, dans la sombre cuisine, à peine éclairée par une cour étroite, et qui exigeait la 'lumière du gaz presque toute la journée, il lui semblait être enfermée dans une cave, et Todeurde la nourriture, dans cette pièce exiguë, lui donnait, avec le manque d'air, des vertiges et des suffocations. Elle songeait alors à la place de Ploujean, aux chemins montants, aux talus verts tout brodés de l'or des génois et des ajoncs. Mais qu'elle aperçût la bonne figure de la patronne, qu'elle entendit des voix bretonnes, qu'on lui fit un compliment sur sa soupe au lard ou sur son pot-au-feu, immédiatement, l'illusion s'emparait de sa pensée Umide et de son coeur nostalgique.

D'ailleurs, bientôt tout conspira pour lui faire croire qu'il y avait là un peu de sa Bretagne, qu'elle croyait avoir laissée tout entière derrière elle. Non seulement chez ses patrons, mais dehors, elle retrouvait des compatriotes, elle rencontrait des hommes à chapeaux ronds enrubannés, des femmes en coiffes, en robes noires, et en tabliers de toutes les couleurs, des bleus, des verts, des violets comme elle n'en avail vu qu'aux pardons.

lorsque les gens viennent de toutes les paroisses du département pour faire le tour d'une église et toucher les reliques d*un saint. Elle eut, de sa patronne, la permission d'entendre la messe à réglise prochaine, — les deux femmes, pendant la matinée du dimanche, se partageaient, à la cuisine, le travail — et Jeanne, la première fois, eut une joyeuse -surprise à voir, sur les bancs, autour d'elle, tant de payses ù la fois. De même que chez elle, elle trouva, à la sortie, des groupes d'hommes qui attendaient, en devisant, la fin de l'office, et elle fut quelque peu étonnée de ne pas voir, assises auprès de leurs grands paniers, les bonnes femmes qui vendaient des pommes, des noix, des noisettes et des gâteaux secs à la porte de l'église de Ploujean.

Elle se hasarda bien, parfois, avec sa cousine, placée non loin d'elle, à se promener rue de Rennes, qu'elle appelait la Grande-Rue, et à pénétrer un peu dans les petites rues adjacentes. Mais elle n'osait pas courir trop loin, et le jour où sa cousine l'entraîna jusqu'au bas de la rue, jusqu'au boulevard Saint-Germain, et qu'elle vit se dresser sur le ciel le haut clocher massif de Saint- Germain-des-Prés, elle crut de bonne foi aborder une autre ville.

— Mais non, — lui expliquait sa cousine, — il y a bien trois églises à Morlaix, Saint-Melaine, Saint-Mathieu...

— Et Saint-Martin, oui, je sais bien... mais ce n'est pas la même chose, répondait doucement Tobstinée Bretonne.

Ce fut bien pis lorsque son aventureuse compagne lui proposa d'entreprendre un voyage dans Paris à Taide de Tun de ces tramways ou omnibus qui se succèdent sans cesse devant la gare Montparnasse. Jeannik se refusa tenacement à de pareils projets. Les noms qu'elle lisait sur les voitures : Ménilmontant, ou Bastille, ou place de TEtoile, ou les Halles, etc., etc., ne lui disaient rien qui vaille, sinon que c'étaient là, non seulement des villes, mais des régions différentes, aussi éloignées de son quartier breton de Montparnasse que Brest, Lorient, Quimper étaient éloignés de Ploujean. Elle n'avait jamais pris le chemin de fer, ni la diligence, pour visiter ces villes, qui étaient de son pays, après tout. Elle n*allait pas, bien sûr, partir sur ces machines roulantes, pour voir des endroits où elle ne devait jamais vivre.

Comme l'autre lui objectait qu'elle était bien venue de Plouyean à Paris, Jeanne répondait en soupirant que c'était la vérité, mais, qu'elle avait été obligée de consentir à s'en aller aussi loin parce qu'elle avait besoin de vivre, et qu'il lui fallait aider les siens. Elle ajoutait que puisqu'elle avait eu la chance, grâce à sa cousine, d'entrer

dans une maison tranquille où elle était entourée de braves gens de son pays, elle serait bien sotte de vouloir connaître autre chose. Et vite, tenant Tautre par le bras et faisan t de grandes enjambées, comme sur les routes de Bretagne, elle rebroussait chemin sur le trottoir de la rue de Rennes et revoyait avec un soupir d'aise la façade, la toiture et rhorloge de la gare Montparnasse.

Cette horloge — elle aimait à concevoir cette pensée — était celle qui marquerait Theure de son retour au pays. Elle la contemplait sans cesse, et trouvait que ses aiguilles ne marchaient pas assez vite.

Un jour qu'elle était seule, après avoir regardé rhorloge, elle monta les escaliers, entra dans la gare, pénétra dans une salle où elle découvrit au-dessus des guichets des indications qui la firent tressaillir. C'était par là que Ton pouvait s'en aller k Vitré, à Rennes, à Saint-Brieuc, à Morlaix, à Brest !... A Morlaix I Précisément, des gens partaient, passaient entre h guichet et la balustrade, demandaient des billets. La simple fllle sentit s'apaiser toutes ses craintes. Elle savait déjà qu'à Paris il ne se commet pas de crimes paiiout à la |(>is, elle esterait échapper à tous les dangei*sdont ^lle avait frémi, et, par surcroît, elle apprenait d*une façon certaine qu'il était facile de partir pour là-bas, en passant derrière la balustrade et

en demandant un billet de troisième classe pour Morlaix, le malin ou le soir.

Désormais, elle possédait sa distraction, son plaisir, sa joie. Quand elle avait un peu de temps à elle et que sa cousine ne venait pas la prendre pour se promener rue de Rennes, admirer les boutiques, au grand jour, ou dans Téclat des lumières du soir, Jeanne entrait, paisiblement ou fiévreusement, selon son humeur, à la gare Montparnasse, pour prendre une leçon de départ. Elle restait généralement assise sur une banquette, comme si elle atlendait quelqu'un, ou bien rheure du train. Elle enviait ceux qui partaient, et qui n'étaient pas des étrangers pour elle, puisqu'ils se dirigeaient vers Tendroit chéri où ses regrets et ses espoirs volaient comme des oiseaux fidèles vers la tour du colombier.

La femme du guichet qui donnait les billets pour la Bretagne, ne lui semblait pas une inconnue non plus, et les petits morceaux de carton qu'elle maniait si adroitement et distribuait à profusion paraissaient à Jeanne des talismans de contes de fées avec lesquels on pouvait franchir l'espace, revoir les belles routes, les vieilles pierres, la lande dorée, les coiffes blanches.

Quand l'heure arrivait, sans jamais une minute, une seconde de retard ou de répit, le petit guichet se refermait, et ce petit guichet, peu à peu, était

devenu, pour le rêve de Jeannik, la minuscule porte magique, lour à tour ouverte ou fermée, qui permettait ou défendait Taccès de la Bretagne.

Sa cousine, sa patronne finirent par savoir comment elle passait le temps qu'elle avait de libre. On la plaisanta, mais elle ne démordit pas de son idée, continua d'aller voir les allants et venants, lesaflBches où riaient les petites Bretonnes restées au pays, les promesses de prix réduits et de trains de plaisir. On lui proposa trois jours de congé pour revoir ses parents et son Ploujean. Elle hésita, mais refusa : le prix du voyage écornerait trop son pécule, et puis, sans doute, se dit-^Ue, elle n'aurait pas le courage de revenir.

Patience I son jour viendrait, à elle aussi I

Il vint mais au bout de combien d'années I Vingt ans se passèrent avant que Jeanne Legoadec, après avoir aidé sa famille à vivre, put enfin rejoindre son vieux et sa vieille, qui désespéraient de jamais la revoir. Elle dit adieu à tout le monde, un garçon porta sa malle à la gare, elle passa derrière la balustrade, allongea sa main à demi couverte d'une mitaine par le guichet pour donner le prix de son voyage et recevoir son billet, et partit enfin avec un panier au bras gauche, un parapluie sous le bras droit, etsix mille francs cousue dans son corsage.

Elle était la pretnière arrivée, monta dans uo

compartiment, choisit un coin, et la banquette de bois lui parut plus moelleuse qu'une couette de plume.

Le train partit. Elle ne put s'empêcher de rire, malgré les larmes qui coulaient de ses yeux bleus.

— Ça a du bon, — dit-elle à sa voisine, — de demeurer près de la gare, on arrive plus vite !

XXllL — LU FAUVETTE A TÊTE NOIRE

L'histoire de ma fauvette à tête noire est aussi rhistoire d'un pinson et d'un bouvreuil, et je dois dire, pour faire comprendre le drame de ces fragiles existences, par quel concours fortuit de hasards elles se trouvèrent réunies.

C'est par le pinson qu'il faut commencer. Il vint de loin. Je le ramassai, un jour, dans un beau jardin de Bretagne queje n'ai pas vu depuis longtemps, que je ne reverrai plus sans doute, et queje revois souvent par le souvenir. C'était dans une petite ville granitique, aux pierres blanches et grises, non loin de la mer vers laquelle on allait par de grands chemins bordés d'ajoncs, d'où s'envolaient les oiseaux par centaines. Le ciel était d'ordinaire chagrin, envahi de brumes grises. Tout paraissait mélancolique et las, comme d'avoir trop vécu et de regretter le passé. Le grand jardin avait, malgré ses verdures et ses fleurs fraîches, je ne sais quel

visage songeur. Il régnait une paix, un silence que je n'ai ressentis que là aussi profondément. La maison, avec ses fenêtres à cadres et à grosses moulures, le rez-de-chaussée en arcades comme un cloître, où passait de temps en temps une coiffe blanche, semblaient un décor monacal. La vie s'éternisait, silencieuse, discrète. On entendait à peine au loin la rumeur de la mer. Il n'y avait de bruit tout proche que le son des heures, la vibration des cloches, qui tombaient sur les charmilles et les parterres avec la lenteur d'un rythme d'éternité.

La, un matin, me promenant avec tante Céleste, je vis le pinson voleter à ras de terre, trébucher, tomber çà et là, parmi les rames de pois, les carrés de salades, les balsamines en bordure. Je le pris facilement. Il n'était pas blessé, je ne lui trouvai qu'un air piteux, accablé, un peu d'essoufilement, les yeux ternes. Je ne savais qu'en faire.

— Garde-le et emporte-le à Paris, me dit tante Céleste. Ici, le jardinier le donnerait à manger au geai.

Dans une cage d'osier accrochée à la muraille, je vis en effet le geai, gras, lustré, ses ailes bleues sur son habit gris-argent, qui semblait, d'un air féroce et friand, le bec ouvert, guetter le pinson palpitant dans ma main.

Je gardai donc ma trouvaille. Pendant les

quelques jours que je passai là, le pinson resta dans ma chambre, tout bonnement installé sur la table ou sur le barreau d'une chaise, n'essayant pas de s'enfuir. Il ressemblait à tous les pinsons, un gros bec, les ailes longues, la queue fourchue, le plumage roussâtre et vert sombre, un peu de bleu sur la tête, le ventre blanc et rose.

Je l'emportai à Paris dans une petite cage et l'installai dans une autre cage, spacieuse, que j'accrochai à la fenêtre, sur le jardin, au feubourg de Belleville, que j'habitais alors. Ce jardin ne ressemblait guère au jardin de Bretagne, sauf la rumeur de la foule montante ou descendante, qui avait quelque analogie avec le bruit de flux et de reflux entendu là-bas. Pour le reste, il fallait renoncer à tout rapprochement. Le bruit des ateliers voisins, des marteaux, des cisailles, le rythme du labeur ouvrier, le fracas d'un omni- 1ms dévalant la pente, les voix, les chansons des belles filles, les cris et les rires des enfants, les disputes en famille toutes fenêtres ouvertes, cela feisait au jardinet une atmosphère de bruit qui rendait plus lointain le souvenir du jardin claus^ tral. Ici, les massifs de lilas, les légers taillis, les arbres, les plates-bandes appelaient invinciblement le (( berceau », le jeu de tonneau et le jeu de quilles.

Cette gaieté du dehors ne rendit pas mon hôte gai comme pinson, et il était impossible de savoir

s*il préférait rémoi de cette agitation à la torpeur du silence. Ponr la comparaison des spectacles, elle lui était refusée, car on ne tarda pas à s'apercevoir que l'oiseau devenait aveugle. D'abord hésitant et tâtonnant, se cognafit partout, il avait pris le parti de se tenir immobile. Conirairement à Topinion reçue, sa cécité ne faisait pas de lui un chanteur éperdu, recommençant ses couplets et ses refrains à perdre haleine. Il n'avait pas été avenglé, les yeux brûlés ou percés, comme cela se pratique ignoblement en vue des concours de trilles et de roulades. Il devenait peu à peu aveugle comme il arrive fréquemment aux pinsons, et les remèdes usités furent inefficaces.

Malgré le triste sort des oiseaux en cage, il fallut bien essayer de distraire ce prisonnier que Ton ne pouvait songer à remettre en liberté parmi les verdures des Buttes-Ghaumont : il eut donc pour compagnons un bouvreuil et une fauvette à tête noire. Ce monde fît bon ménage. Le bouvreuil élait un brave garçon à gros bec, la poitrine ornée d'un collier rouge, et qui lançait ses coups de siflkte d'une belle voix, ou faisait gravement le ventriloque. La fauvette était délicieuse, toute ^ grise, avec une tête en velours noir, et tout de suite apprivoisée, se réjouissant visiblement, les aîlcs ouvertes, criant de toutes ses forces lorsqu'on s'approchait d'elle. Mais vraiment elle n'était pas née pour vivre en cage. C'était le mouvement per-

pétucl que cette petite bête, une agitation qui ne cessait pas, même pour manger, même, je crois bien, poui; dormir.

Quelle ardente étincelle de vie il y avait dans ce fragile corps, gros comme le pouce I Elle volait, bondissait, d'un bouta Tautre de la cage, se trouvait sur tous les perchoirs à la fois, s'accrochait à tous les barreaux en même temps. Le pinson, tout bouffi, tout triste, se mettait à l'abri dans un coin de la cage. Le bouvreuil, étonné de la présence de cette exaltée, qui bousculait ses airs importants fut vexé, d'abord, chercha à se mettre à l'écart, bientôt ne siffla plus, cessa ses représentations de ventriloque. On aurait dû, à ce moment-là, le délivrer du voisinage de cette enragée sylvie à tête noire qui lui ébouriffait et lui dérangeait à tout moment son collier rouge. L'idée n'en vint pas assez tôt. Un matin, on le trouva mort sur le plancher de la cage, pendant que la sylvie valsait toujours.

Elle vécut seule avec le pinson. Il se passa alors une chose absolument touchante, qui étonnera beaucoup de gens qui ne croient pas à la sensibilité des animaux, et que j'ai observée tous les jours pendant les semaines qui suivirent.

La fauvette ne cessa pas ses danses et ses acrobaties. Elle fit aussi toujours bon accueil aux visages amis qui s'approchaient d'elle, toujours criante, les ailes ouvertes, comme ivre de joie.

Le changement, c'est qu'elle ne voulait plus sortir de sa cage, comme avant, lorsqu'on lui donnait toute la chambre pour tournoyer. Maintenant, pour la faire sortir, il fallait la prendre, et elle poussait alors des petits cris colères, se débattant, piquant du bec. Elle voletait çà et là, revenait bien vite vers la cage, frappant partout, cognant, toc, toc, toc, demandant violemment à rentrer, faisant le tour jusqu'au moment où elle trouvait la porte ouverte. On ouvrit la fenêtre qui donnait sur le jardin, elle resta sur sa cage.

Avait-elle remarqué la mort du bouvreuil ? Je ne sais. Mais elle avait remarqué l'existence du pinson depuis qu'elle était seule avec lui. Ella s'arrêtait tout à coup, le regardait, s'approchait de lui, lui parlait, s'approchait davantage, et il faut bien croire qu'elle s'aperçut de son infirmité, car elle se mit à s'occuper de lui et à le soigner de la manière la plus régulière et la plus méticuleuse. Tous les jours elle le menait, le poussait vers la mangeoire et vers l'abreuvoir, prenait le grain et l'eau dans son bec fin pour les introduire dans le gros bec de Tavcugle. Tous les jours elle lui faisait une toilette complète, l'inondait d'eau, nettoyait et lissait ses plumes, le débarrassait de ses poussières. Puis, elle l'installait et se livrait à ses cabrioles, pour retourner encore à l'aveugle impotent, aussi douce et aussi filiale

qu'une Antigone, elle, ce clown, ce feu follet, cet éclair I

Malgré cette joie d*amour et de bonté qui lui était venue, le pinson, qui se laissait soigner avec une complaisance visible, mourut. Un matin encore, comme on avait trouvé le bouvreuil étendu, on le trouva, et la Sylvie immobile auprès de lui. Après cela, elle se mit à la place où se tenait d'habitude son compagnon, ne mangeant plus, ne se baignant plus. Sa petite tête noire enfla démesurément, elle mourut à son tour, et la cage fut définitivement vide.

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