LE VASE DE PARFU1I
commande à nous par les sentiments qui paraissent l'avoir inspirée. Cet hommage n'est pas seulement agréable à Jésus-Christ parce qu'il lui est adressé, mais parce qu'il est digne de lui. Cet hommage, quoi qu'on veuille dire de sa forme, exprime tout ce qu'une âme chrétienne doit ressentir pour Jésus-Christ. Que devons-nous, en effet, dire à cet Homme-Dieu, et que doit-il trouver dans notre cœur, au moment où nous lui rendons hommage? Quoi! que nous l'admirons, que nous le respectons, que nous le mettons par la pensée au-dessus de tous les sages, de tous les héros et de tous les hommes? Non; mais que, comme il s'est donné à nous, nous, à notre tour, nous nous donnons à lui; que nous sommes à lui; que tout ce que nous avons n'est pas à nous, mais à lui; que nul sacrifice, de notre part, ne nous paraît proportionné à celui qu'il nous a fait; et que nous sommes prêts à tout abandonner pour son service et pour sa gloire. Or, que disait l'action de Marie, sinon tout cela à la fois? La voyez-vous chercher, parmi tout ce qu'elle possède, ce qu'elle a de plus précieux et de plus exquis, pour le perdre en l'honneur de Jésus-Christ? car c'est bien une perte qu'elle à voulu faire, et l'objection des disciples : A quoi bon cette perte ? entre dans son sens bien mieux qu'ils ne se l'imaginent. Ge n'est pas assez d'employer ce parfum, si elle ne le perd; et puisque c'est le perdre que de le répandre tout entier, et en une seule fois, sur la tête de Jésus-Christ, elle veut le perdre; il lui plaît mieux de le perdre en le consacrant directement à l'honneur de Jésus-Christ, que de l'employer plus utilement peut-être, mais en le lui consacrant d'une manière plus détournée. Ah! sans doute que ce parfum était ce qu'elle avait trouvé de plus précieux parmi ses biens ; ah ! sans doute que si elle eût possédé quelque chose de plus précieux, c'est cela qu'elle eût sa-
M^^ ^^^^ i g VASE DE pàbfius, 297
crîfié de préférence, puisque, non contente d'avoir, en un instant, dissipé une si grande \iileur. elle brise encore, sacrifice bien inutile! le vase d'albâtre qui contenait ce parfum. C'est bien là-dessus que Judas pouvait s'écrier avec humeur : A quoi bon cette perte t puisque le parfum répandu pouvait donner quelque plaisir, el que le vase brisé n'en donnait aucun. Mais c'est que vous vous trompez déjà sur la première de ces actions; ce que Marie avait en vue, eu versant comme de l'eau cette huile embaumée, c'était moins de procurer un plaisir que de subir une perte; ce qu'elle voulait à la fois exprimer et prouver, c'est que lien ne lui était cher au prix de son Ssbveur, et 'elle était prête, pour lui, à tous les sacrifices ; et ne ivant les faire tous à la fois, elle fait celui dont l'occase présente, cehii qui est en même temps un sacriet un hommage ; elle réunit dans un mûme acte la ité et le symbole; elle donne et elle adore. C'est dans sens qu'elle a répandu le parfum, c'est dans le même is qu'elle brise le vase. Et que n'a-t-elle quelque autre le à offrir il Celui qui pour elle a tout perdu, tout abanné? Que ne peut-elle se briser elle-même? Mais elle l'a fojl, nies frères; elle le fait au moment même où l'huile de parfum coule à flots sur le front béni de son maître. Elle a brisé un autre vase, d'où se sont exhalés de plus doux parfums; elle a brisé son cœur pénitent, et la douleur, l'amour et l'espérance, parfums plus exquis que le baume, la myrrhe et l'encens, se sont répandus dans la maison et l'ont remplie. Vous ne vous en êtes pa» aperçus, ô disciples intolérants ; ce parfum s'est vainement exhalé devant vous; mais voire mallre l'a respiré; il a compris une action que vos cœurs orgueilleux ne peuvent comprendre encore; il a pénétré le deuil intérieur de cette pauvre Marie; il a entendu les larmes de sa repentancc, qui peut-