‹ Nouveaux discours sur quelques sujets religieuxChapitre 14 sur 22 · Ï LE VASE DE PARFUMS · texte numérisé non relu

Ï LE VASE DE PARFUMS

et de joie dans une femme qui n'avait pas comme eux le privilège d'accompagner Jésus en tout lieu^^ et qui ne jouissait que de loin en loin de sa divine présence; et ils manquaient à la seconde lorsqu'ils voulaient réduire le cœur tendre et peut-être enthousiaste d'une femme dans les gnomes limites où s'enfermaient leur propre respect et leur propre zèle. Il faut^ mes frères^ accorder quelque chose à certaines natures et aussi à certains moments dans toute vie. Il faut que toutes les facultés dont Dieu nous a doués se satisfassent. Il serait aussi injuste d'interdire Tenthousiasme^ qu'il serait insensé de le prescrire. On ne saurait réduire l'àme pieuse à une seule manière d'honorer ce qu'elle aime. Il y a même au fond de toutes les âmes im besoin^ non-seulement de se régler^ mais, de se répandre, besoin qui^ dans certains moments^ nous sort pour ainsi dire de nous-mêmes, et s'efforce de nous unir à l'objet de notre culte plus immédiatement, plus sensiblement que par la simple obéissance.

Ce n'est pas obéissance, ce n'est pas devoir; il n'y a rien là qui puisse vous être imputé; mais ce mouvement qui porte l'âme au-dessus de ses impressions habituelles, et lui donne un sentiment et comme un goût de la divinité, ce mouvement la retrempe, la fortifie, et peut lui rendre l'obéissance plus douce et le devoir j>lus cher. Tout ce qui nous paraît beau n'est pas bon, je l'avoue; mais Dieu a voulu que tout ce qui est bon fût beau, et ces deux choses n'ont eu primitivement qu'un même nom. La beauté est une partie, une forme de la vérité; et si l'on en pouvait douter, qu'on lise les Écritures, où la vérité et la beauté se tiennent de si près qu'on ne saurait les distinguer, et où le plus magnifique langage semble la seule expression possible des enseignements les plus sublimes. Qu'on lise les Écritures avant de condamner l'enthou-

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le, car elles en sont pleines, elles en débordent, et l'on y voit le cœur des prophètes a bouillonner pour pro- « noncer des paroles excellentes. » Toute la Bible est un vase de parfums, dont les émanations immortelles montent de siècle en siècle jusqu'au trône de l'Agneau. Toute la Bible est un concert sublime dont iesaccords, dictés par Dieu lui-même, sont commeleprélude, tour à tour joyeux et mélancolique, humble et triomphant, du concert éternel des cieux. Ah! si l'Esprit forme encore dans les âmes pieuses des soupirs qui ressemblent à des chants, laissezles s'échapper vers le ciel avec toute leur harmonie. Vous avez laissé Marie rompre le vase de parfums : combien d'autres onl, comme elle, un vase à briser et des parfums à répandre ! Que la religion, qui est une vertu, soil aussi im hymne, quand Dieu l'aura voulu. Accordez à l'avenir ce que vous admirez dans le passé. Le christianisme, dans les anciens âges, ne s'est pas contenté de couler dans la vie de l'homme comme un fleuve dans son lit; il a débordé de son cœur et de son génie, et la terre s'est couverte de mcneilles; et le monde n'a pins pu regretter, dans les magniticences do la vérité, l'élégance anlique des fables. Sous toutes les formes il a vu des merveilles éclore, dont l'homme naturel n'avait jamais eu l'idée. La religion en produira encore, elle en produira toujours; car ni la vérité, ni l'Ame ne s'épuisent jamais.

Mais j'ai hâte, mes frères, d'arriver à une dernière et importante instruction. La bonne intention, qui n'est astre chose que l'amour, peut se tromper sans doule; mais elle ne se trompe pas à jamais. Dans la Hamme divine qu'allume le Saint-Esprit, la lumière est inséparable de la chaleur, et nous sommes dans tous les sens obligés de convenir que celui qui veut faire la volonté de Dieu counaltr non-seulement la vérité fondamentale que l'Évangile pra

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clame» mais toutes les vérités qui lui donnent^ dans la vie, un corps et une application. Même en aimant nous pouvons nous tromper sur beaucoup de choses^ nous tromper longtemps; mais pourtant Tamour est une lumière^ l'amour aspire à la lumière. Aimer Jésus-Christ^ et se borner toujours à répaoire des parfums sur sa tête ou sur ses autds; négliger les œuvres qu'il a données à faire^ ou les bire dans un autre esprit que le sien; oublier les pauvres qu'il nous a recommandés et qui le représentent^ non, mes frères^ cela n'est pas possible^ et il faudrait bien finir par révoquer en doute la pureté de l'intention là où les effets n'y répondraient pas. La marche de l'humanité^ et celle de chaque homme vers la vérité^ est lente^ laborieuse^ nuds sûre; et il y a du moins cette justice à rendre au christianisme^ que ses disciples sincères sont altérés de vérité^ scrupuleux sur la vérité^ et que quand ils la possèdent ils la suivent^ à mesure qu'ils sont chrétiens. Il y a des erreurs impossit)ies. Marie ne put sans doute^ après que son maître ne fut plus avec elle^ oublier que les pauvres étaient avec elle^ et que lui-même était encore avec elle dans la pe^ sonne des pauvres. Loin que son amour pour son Sauveur pût lui faire oublier les pauvres^ plus elle l'aimait^ plus elle les aima. Elle le vit dès lors en chacun d'eux. Ds lui furent chers et sacrés^ et comme objets d'une même divine charité^ et comme de vivantes images du maître qu'elle pleurait. Elle retrouva dans chaque pauvre Celui qui n'avait pas eu un lieu où reposer sa tête> dans chaque exilé Celui que les siens mêmes n'avaient pas reçu» dans chaque opprimé le Juste que la haine du monde avait accablé; elle ne put voir enfin un malheureux pécheur sans se rappeler Celui qui s'est fait péché afin que nous fussions rendus justes. Chaque infortuné fut à ses yeux un portrait de Jésus humilié^ condamné et soufirant. Et ce que nous

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diluons de Marie n'a-t-il pas été vrai de tous les vrais chrétiens 1 Jésus-Christ, en leur disant celte parole mémorable : 11 Vous aurez toujours des pauvres avec vous, s leur avait légué à jaitiais ceux à qui l'on ne peut ôter la gloire singulière d'être d'une fagou spéciale, au moins h l'extérieur, les pareils de Jésiis-Cbrist : cet héritage a-t-il été répudié? et le cœur des vrais chrétiens n'a-t-il pas été, dans tous les temps et dans toos les pays, le sûr asile des infortunés?

On peut aller plus loin : c'est déjà bien servir Jésus- Christ que de l'honorer dans les pauvres; mais II faut encore ne se pas tromper dans le bien qu'on leur fait. Ici, a&surénieiit, la charité ne sullit pas. La bienfaisance est une chose compliquée, un art difhcile, dont un honmie sans compassion., mais éclairé, peut posséder mieux certains cléments que l'homme simplement charitable. Mais de ce que la charité appelle à son secours l'expériencCj 1» savoir et le génie, que pourrait-on conclure à s* lage? La charité est-elle par elle-même savoir, expériemMf' et génie? Ne lui sullit-il pas d'être charité? Et lorsque, dans son ardent désir du bien, elle s'entoure de tous ses auxiliaires nalureU, ne fait-elle pas tout ce qu'elle doit faire? Ne fail-elle pas beaucoup? Mais certainement elle fait davantage. Elle n'ouvre pas le cœur sans ouvrir l'e prit. L'intérêt qu'elle crée dans l'àme est le principe d'uM attention soutenue et de précieuses découvertes. Préc cupée à la fois des besoins physiques et des besoins nuM J ru», elle les réunit toujours dans sa pensée, et ne satisfûît 1 jamais les uns au préjudice ou à l'exclusion des autres. Elle a son industrie, elle a son génie propre, par lesquels bien souvent elle étonne et surpasse les plus habites. Elle a peut-être, à elle seule, plus inventé que la scjence, plus deviné que le génie. Comme toutes les affections | fondes, elle féconde l'intelligence; ell« n'enseigne |

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tout; mais que de choses^ sans elte^ on n'apprendrait jamais!

Et quoi qu'il en soit, mes frères, l'amour est le vrai bien, le seul bien absolu, le seul éternel. En sorte que, si, par charité même, nt)us devons désirer que l'art de faire le bien se perfectionne toujours davantage, nous devons s^^ tout désirer que l'amour se perfectionne, se fortifie et se propage. Lorsque toutes les amélioratioilt dont nous sommes témoins, dans l'art de diminuer les souffrances da pauvre et toute espèce de souffrances, s'accompliraient sans amour, nous nous croirions obligés d'en remercier Dieu, qui a toujours pitié de l'espèce humaine, et qui s'occupe sans cesse à verser du baume sur les blessures qu'elle se fait à elle-même. Mais ce dont nous le remercierons davantage, mais ce que nous lui demanderons avant tout, c'est de multiplier sur la terre et dans le cœur de chaque homme ce principe de vie et de bonheur, cette vérité, cette beauté de l'existence humaine, la charité. Car de quoi servirait, en définitive, le soulagement et même l'abolition de toutes les misères, si la plus grande de toutes les avait remplacées, et si le cœur humain, au milieu de toutes ses richesses, restait pauvre et toujours plus pauvre d'amour? Ah! comprenez la Providence de Dieu; elle vous semble avoir créé la charité dans l'intérêt des pauvres : elle a bien plutôt créé la pauvreté dans l'intérêt de la charité. Ne dépendait-il pas d'elle qu'il n'y eût plus de pauvres? elle ne l'a pas voulu, elle ne l'a pas promis; eUe a promis au contraire que nous aurions toujours des pauvres avec nous; elle l'a promis aux riches, elle l'a promis aux pauvres; car il n'est pas de pauvre qui ne puisse trouver en son chemin quelque autre pauvre à secourir, et si ce n'est un pauvre, au sens ordinaire du mot, ce sera un pauvre d'une autre espèce, ce sera quelque mdheureux de

corps ou d'espril, à qui lo plus indigent, s'il est chielieiij trouvera quelque chose à donner; car, dans ce sphs, on peut bien dire, et avec consolation, que le plus pauMc d'entre les liommcs est assez riche pour prêter a l'Éternel U y a des pauvres, il y a des malheureux, non-seulement parce que le péché nous a faits malheureux et pauvres, mais aussi (car Dieu a tiré du bien de tout mal) pour que la charité trouve des occasions, et qu'elle ne s'endorme pas faute d'emploi. Réjouissons-nous donc de ce que la chaiité, de plus en plus, devient sage et industrieuse, nous le devons; réjouissons-nous de ce que Marie a vendu son parfum et en a tiré trois cents deniers; mais réjouissons- JWUS surtout du scnLiment qui tour à tour la met aux pieds Jésufi-Christ et la met aux pieds des pauvres; réjouisis-nous de ce qu'elle aime; demandons que le principe de charité chrétienne auquel doivent leur naissance tant d'institutions bienfaisantes, se fortifie de jour en joue dans l'Église et dans le monde; que nous ne soyons pas con- R <^mnés à voir ni même à prévoir un jour où, le soutHe de jwvie se retirant de ces savants systèmes de philanthropie, BBne resterait de toute cette ancienne charité que des formes ' Seulement; prions pour qu'un véritable amour, un amour «elon Dieu, anime de plus en plus les œuvres que nous admirons; et prions donc aussi pour que Jésus-Christ soit conpu, pour que son amour soit senti, pour que son œuvre tout entière soit comprise et acceptée ; car là est le renouvellement des cœurs et le renouvellement du monde.

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