‹ Nouveaux discours sur quelques sujets religieuxChapitre 16 sur 22 · LA FIN ET LB GOMUENCEUENT · texte numérisé non relu

LA FIN ET LB GOMUENCEUENT

« de Dieu qui consiste en la foi; » puis^ déblayant d'un mot ce terrain embarrassé de décombres^ mettant une pensée unique^ mais puissante^ à la place de tant de vaines pensées^ il s'écrie : a La fin du commandement^ c'est a l'amour ! »

Il avait dit ailleurs : « La science enfle ^ mais la charité a édifie; » (1 Cor., VIII, i.) comme si la science, séparée de la charité, ne faisait que donner une forme au vide^ comme si là science n'était que la connaissance du formel et du relatif, et comme si la charité était la seule vérité absolue et substantielle. Pensée avec laquelle s'accorde trèsbien cette parole de saint Jean : « Celui qui aime son frère « demeure dans la lumière, » (1 Jean, II, 10.) et celte autre du même évangéliste : a Quiconque aime, connaît « Dieu. » (1 Jean, IV, 7.) La vérité n'est pas un nom, une formule; la vérité, c'est l'être, c'est la vie; c'est donc l'amour, puisque dans le monde moral, qui est le monde vrai, c'est l'amour qui est la vie et l'être, et que, dans cette sphère, tout ce qui n'est pas amour n'est pas.

Il y a, nous venons de le voir, des abîmes dans les paroles qui paraissent les plus simples. Celle qui nous sert de texte est pleine aussi d'un sens profond : (( La fin du comc( mandement, dit saint Paul, c'est l'amour. » Au lieu du commandement y vous pouvez dire la loi; au lieu de la fin du commandement y lisez la fin de la loi. Vous pourriez aussi, comme dans quelques versions de nos saints livres, au lieu de la fin, lire le but. Dans ce sens, la loi aurait été donnée^ ou pour produire l'amour, ou pour donner lieu à l'amour. Ce sens est admissible; mais il est moins simple et moins clair que celui que présente le mot de fin. Qu'est-ce que la fin d'une chose? C'est son dernier point ou son dernier moment; c'est la partie de l'objet à laquelle on arrive après avoir traversé toutes les autres; c'est, quand il s'agit d'une

loi, le terme qu'il faut atteindre pour l'avoir eiitièreiiieiil accomplie; c'est le point avant lequel il n'est pas permis de s'arrêter, c'est celui où la loi elle-même s'arrête, et cesse de rien exiger. Or, il est vrai que l'amour, en s'ajoutant à toutes les parties de la loi, en complète l'exécution, el, pour ainsi dire, couronne la loi. Mais le mot de (in présente encore nn sens plus élevé que le précédent, et dans lequel le précédent se trouve enveloppé. La fin, c'est la somme, le résumé, le total; non-seulement ce qui termine, complète, couronne, mais ce qui, en soi seul, réalise purfaiteraentj renferme tout, suliit à tout, accomplit tout; tellement qu'avoir dit : Tu aimeras, c'est avoir dit tout le reste; tellement qu'avoir aimé, c'est avoir tout accompli. Voilà le sens que nous adoptons, et que nous avons à justifier; et vous verrez qu'il n'exclut aucun de ceux qui se sont d'abord présentés à nous. Mais prenez-y garde : même dans ce sens, il faut distinguer entre l'accomplifsement de la loi cl la loi elle-même, ou, pour nous en tenir aux termes du texte, entre la fin de la loi et son comviencement. L'amour, mes frères, est la fin de la loi, mais il n'en est pas le commencement. Il en est la fin, en ce qu'il en est ou le but ou l'accomplissement; en ce que, tous les préceptes eussent-ils été observés, ils l'auraient été illusoirement et vainement si l'amour avait manqué; mais il n'en est que la fin, en tant que ces préceptes ont leur fondement hors de lui, leur sanction hors de lui, je veux dire dans la cai^m science j et qu'avant d'être accomplis par l'amour, ^î^ étaient recommandés, intimés par la justice.

C'est sur ces deux idées : l'amour est la fin de la loi, l'amour n'en est pas le commencement, que nous voudrions successivement fixer votre attention. Ce sujet est important; mais l'importance ne s'en fera bien sentir qu'à a sure qu'il se déploiera devant vous. C'est en s'expliqiu

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qu'il se recommandera de plus en plus à votre intérêt; mais les éléments seuls dont il se compose^ les mots seuls par lesquels il s'exprime, ces grands mots de loi, de justice et d*amour, ne suffisent-ils pas à vous avertir, à m'avertir moi-même, que nous allons pénétrer dans un lieu saint, à l'entrée duquel il faut déchausser nos pieds? Déchaussons-les ; n'y portons rien de la poussière du dehors; et marchons avec précaution parmi les questions graves et délicates qu'un tel sujet nous fait tout au moins pressentir.

Nous avons remplacé le mot de commandement par celui de loi ; nous pouvons également substituer au mot de loi celui de justice; car, d'une part, un précepte est juste par cela seul qu'il fait partie de la loi de Dieu ; d'une autre part, tout ce qu'il y a, dans la loi de Dieu, de permanent, d'universel et d'immuable, est juste en soi, je veux dire, confirmé par la conscience ou conforme à ce qu'elle exige de nous dans chacun de nos rapports. Mais en quoi consiste la justice, soit rétributive, soit distributîve? Elle consiste à rendi'e à chacun ce qui lui est dû. Ces choses, mes frères, étant convenues, disons, sans craindre de nous écarter de la pensée de saint Paul, que l'amour accomplit la justice.

Mais l'amour ne peut accomplir la justice que parce que, d'abord, il est juste lui-même. Nous disons que l'amour est juste; juste, non-seulement parce que la loi le commande, mais juste avant la loi, mais juste en soi. Ne parlons d'abord que de l'amour de Dieu, quoique le texte ait particulièrement en vue l'amour du prochain. Dieu luimême nous commande d'aimer Dieu de tout notre cœur, de toute notre âme, de toute notre force et de toute notre pensée. Ce commandement est juste ; car, s'il n'était pas juste d'aimer Dieu et de l'aimer ainsi, rien au monde ne

serait juste; et s'il n'était pas injuste de ne pas l'aimer, rien au monde ne serait injuste. Si donc nous voulons que quelque idée de droit et de devoir subsiste sur la terre, si nous ne voulons pas livrer l'humanité aux seules inspirations de l'égoïsme et du caprice, si nous voulons conserver notre qualité d'hommes, et ne pas nous assimiler aux brutes, il faut reconnaître que Dieu doitélre aimé, aimé comme il l'ordonne. Mais si ce Dieu, à qui nous ne pouvons rien refuser après avoir reconnu l'obligation de l'iÉimer de tout noire cœur, de toute notre âme et de toute notre pensée, nous commande encore d'aimer notre prochain comme nous-mêmes, il en résulte évidemment qu'il est juste d'aimer le prochain, injuste de ne pas l'aimer, injuste de ne pas l'aimer comme nous-mêmes.

Ce commandement, d'ailleurs, est juste en soi comme tous les commandements de Dieu. Dieu nous a tous aimés. Dieu nous aime tous, et si, selon l'expression de saint l'aul, il nous a tous enfermés dans la rébellion, c'est pour faire miséricorde à tous. En permettant que son Fils luimême vécût de notre vie et mourût de noire mort pour nous sauver, il a témoigné de quel prix était à sfs yeux une créature humaine, et de quelle ineffable compassion il était rempli pour chacun de nous Or, cette compassion, la seule chose qui puisse raisonnablement nous rendre précieux k nos propres yeux, pourrait-elle ne pas nous rendre précieux ceux qui ont été l'objet du même amour, et au salut desquels Dieu a mis le même prix? Des frères pourraient-ils aimer leur père sans s'aimer entre eux? Attendront-ils pour s'aimer que leur père le leur commande, quand ils se voient les uns les autres aimés parce même père? Ne croiraient-îls pas offenser grièvement leur père, je ne dis pas en se haïssant les uns les autres, c'estîMlire ea haïssant ce qu'il aime, mais seukiinent en ne

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