‹ Nouveaux échos du Mont-Royal [microforme]Chapitre 38 sur 64 · A TROMPEUR, TROMPEUR ET DEMI POUR LES PETITS “MALINS · texte numérisé non relu

A TROMPEUR, TROMPEUR ET DEMI POUR LES PETITS “MALINS

Au sortir de son somme de l'uprès-diner, Bébé, se frottant le yeux, s'en Va trouver son fidèle ami, Azor, et lui raconte les jolies choses qu'il a vues durant son sommeil : De beaux jardins remplis de fleurs, de belles taties chargées de Confitures, de beaux carrosses où les bébés Montaient : ur aller courir dans les nuages et jouer à cache-cache avec los ang s du bon Dieu, et co. bien d'autres merveilles qu'il sôrait trop long de vous énumérer : puis tout ému :

— N'est-ce pas, Azor, Que c'est beau ?

Azor, la queue frétillante, réponé à sa façon, c sant de sa langue souple les joues roses de Bébé—

st-à-dire en caresur Bébé a les joues roses, de belles joues roses ; les yeux bleus, dè beaux grands yeux bleu‘ : le nez mignon, un beau petit nez mignon: les dents blanches, de belles petites dents blanches, et une chevelure blonde, une superbe

4 * Cachant des oreilles qui doivent être très fines, Ah! c'est un boau Béé, un très beau bébé : et, si l'on en croit sa maman, il n'y a pas au monde un seul bébé aussi beau que ce bébé-là, Mais, ce beau bébé-là aime À faire son "os malin, et chaque fois que l'nc- Casion s'en présente, il joue quelque bon tour—non Pas à ses petits frères et à ses petites sœurs, il n'en à pus, malheureusement, mais à Mimi, son chat, et au fidèle Azor, Je chien & son papa.

Pas plus tard au'hier, Azor fut victime d’une farce de Bébé. Bébé, après avoir dévoré une bonne partie de la galette dorée Que lui avuit apportée sa tante Louise, appelle à grands cris Azor et Mimi, Le chien et le chat, flairant Je morceau de galette, s'empressent d'accourir, Azcr en gambadant et Mimi en rOnronnant, le dos en rond.

Bébé, tenant le morceau de galette entre le Pouce et l'index, ev à une hauteur prudente, s'adresse à ses deux amis et leur tient à peu Près ce langage :

—Ce que je tiens là, mes amis, est une partie de la galette que m'a apportée ma bonne tante Louise

Parce que je n'avais Plus faim. Je voudrais bien vous en donner à Chacun,

Et Bébé, gravede'carton, l’un plus long que l’autre, les Présente à Azor, Qui, en chien bien appris, enlwe délica-

—Tu as gagné, Azor, s'écrie Bébé‘; À toi la £galette !

Azor répond Par un ‘‘Ouaou’’ Joyeux. Bébé lui présente le moreau, et au moment où Azor allait le happer, Bébé se retourne vivement et donne la galette au Chat, en s'écriant :

Attrapé ! Azor, attrapé !

$-rrant la queue et portant bas l'oreille, le Pauvre Azor va se Coucher dans un Coin, en jurant Par tous ies chiens Qu'il aurait sa re- Vanche. 11 l’eut, en effet, mes amis, comme vous l’allez voir.

Dong ! dong ! dong ! äong. Le timbre de l'horloge sonnant quatre heures, rappelle à Bébé qu’il doit avoir faim. Aussi le voit-on A&PParaître, la main droite derrière le dos, tandis Que, de la main gauche, il porte à sa bouche... — Quoi donc ? — on dirait une flûte — Une flûte! oh non: Bété n’est pas encore Musicien À ce pointlà ; et puis, une flûte ne se joue Pas par ce bout. C'est une longue tartine de beurre, sucrée, pleine de saveur, at qui vaut Bébé que toutes jes flûtes du monde.

mieux pour

Mais le petit bonhomme, malgré son air de Saint-Nitouche, médite Sans doute quelque grand dessein, Puisqu'il oublie ce croquer son pain beurré, sucré, plein de saveur.

—Si je jouais un bon tour à Mimi ! se dit notre petit farceur, la beurrée serait bien meilleure !

Aussi, se18 plus tarder, il aPPolle Mimi. Mimi, sachent parfaitement que c'est l'heure du goûter du Bébé, s'empresse d'accourir, et trèt Calin, lui dit :

oute, mon beau Mimi, comme tu es un amour de Minet, très sage et très fin, je L'invite à Prendre part à mon repas. Seulement, tu n'en diras rien à ton ami Azor: il srait jaloux. Eh bien ! voilà Comment nous allons procéder pour 4ue le partage soit égal: En ma Qualité de Bélé, je vais Prendre une première bouchée—et Bébé mord à belles dents la tartine—en ta qualité de Minet tu prendras la deuxième. Alors, Bébé étend la main vers le chat, le chat allonge la patte vers la beurrée, Bébé retire Vivement la main, et ce manège se répète un certain nombre de fois, à la grande joie de Bébé, Qui rit comme un bossu. Azor, de son coin où il fait semblant de dormir, suit de l'œil tous les mouvements dé Bébé. Celui-ci, après une derniére offre À son cher Mimi, porte la tartine à ses lèvres, y mord du bout des sents, et, s'adressant au chat :

— Cher Mimi, n'est-ce pas que C'est bon ? fait-il, en se saressant l'estomac.

Et, ce disant, il ramône la main gauche derrière son dos où, de toute sa longueur, la tartine S'allonge du côté d'Azor.

Azor, Qui guettait l'occasion, s'avance à pas de loup, fait un clin d'œil à Mimi, puis ouvrant toute grande sa æueule de chien, happe d'un coup de dents et engloutit la tartine: mais déchire la robe de Bébé ; puis, satisfait, se cache sous un meuble, où il digère en sûreté €t sans remords le puin beurré-sucré plein de saveur de Bébé.

Les deux poings sur les yeux, la bouche grande ouverte, Bété pleure comme un petit veau. A ses Pieds, assis comme un Pacha, la queue en trosse, les oreilles à pic, Minet se moque à son tour de Bébé, Ele- Yant sa Voix de Minet au diapason de la voix de Bébé, Mimi, lee Yeux brillants, hurle comme les Chats et les enfants seuls savent hure ler. Pauvre Bébé !

Or, mes enfants, depuis ce jour, Bébé, Azor et Mimi sont plus grands amis Que jamais ; car Bébé, tout de bon corrigé, ne s'avise plus de jouer de vilains tours à ses fidèles compagnons à quatre pattes, qui sont pleins d'attentions, de Prévenances pour lui, et ne savent que faire pour lui être agréables.

Moralité. — 11 ne faut jouer des tours à personne, Pas même aux chats et aux chiens, car le proverbe dit : A trompeur, trompeur et de mi !

Mais, mes amis, comprenez-vous bien ce que ces paroles signifient? Non, peuttre, Eh bien, cela signifie que le ‘‘gros malin’’ qui se plait à jouer ce qu’il appelle ‘‘de bons tours” — bons- pour lui qui s'en réjouit, mais mauvais Pour ceux Qui en sont les victimes — finit toujours Par rencontrer un jour ou l’autre, ot au moment qu'il s’y attend le moins, un autre petit ou gros malin, plus malin que lui, qui le joue de la belle façon et le fait passer pour un dindon,

Du reste, la satisfaction éprouvée à la suite d'un bon tour bien réussi doit, si je ne me trompe, durer moins longtemps qu’une tartine de confitures sous la mâchoire d’un Mignon Qui aime les bonnes choses.

Aussi, cr «

> ct ies conseils de votre vieil ami :

Loin de vous aviser de jouer ces tours, exercez-vVous à faire Plaisir, à rendre service, et vous verrez, aPrè une bonne action, combien le Cœur bat heureux et tranquille,

11 y a quelques anné 8, les touristes qui se rendaient sur le sont Saint-Hilaire Pour en admirer le Petit lac en forme de cratère, et pour jouir, du haut du ‘‘Pain-de-Sucre’”, de l'admirable Panorama, qui se déroule, à perte de vue, tout autour de la montagne, ne Munquaient Pas d'être arrètés, à mi-chemin, par une petit vieillard, à l'aspect la- Mmentable, venu on ne savait d'où, et habitant, depuis longtemps déjà, Une Ville maison en ruines, et Qui leur demandait invariablement î ‘La charité, s'il-vous-plait, Pour l'amour de Dieu."

Les touristes avaient-ils été nombre 1X et généreux, le petit vieux se hâtait le lendemain matin, vers le Village, pour échanger ses petits et ses gros sous, contre des pièces blanc} . jamais en son nom, bien entendu

‘adressant de préfé S commerçants de l'endroit : ’Seriez-vous assez bons, leur disait.i], Pour me donner une petite pièce blanche pour ces vingt-cinq sous ? C'est Monsieur un tel qui m'envoie Puis quand le Bonhomme’ se Voyait en possession de Quatre pièces blanches, de vingt Cinq Centins : ‘‘Voudriez. S avoir l'obligeance de me donner une gross pièce, pour Ces petites pièces ; c'est madame une telle qui m'envoie... et les HTOSSæS pièces d'argent pour des Pièces d’or; plus rares, celles-ci : mais le vieux savait où les trouver, 11 se rendait dure dare chez le Seignour de l'endroit, dont les coffres, disait-on, en étaient toujours pleins. ’

Et si un curieux s'avisait de dire au Viéillard : ‘Vous devez être riche comme un Crésus ?’ il recevrait invariablement la réponse suivante: Oh! mon bon monsieur, riche, moi ! c'èst À peine si j'ai pu

mettre de côté Quat'piass, pour mes vieux jours ! Qquat'piass', Monsieur, quat'piass’ ! !

Or il arriva que le vieillard qui, de son nom s'appelait Lalimace, ne tarda pas à étre désigné sous ceux de ‘‘Le vieux Lapièce Quat'Piass’ Lapièce, disaient les gamins. Lalimace faisait ce commerce-là dep plus de trente ans : et dame rumeur, qui n'a pas toujours tort, prétendait que, SOUS Quelque vieille Pierre de la muasure il Y avait Un Vrai trésor ; d'autant Plus que le vieux vivait aux crochets de tout le monde et ne déboursait jamais un sou.

Du reste, à diverses reprises, plusieurs touristes, qui s'étaient attardés sur la montagne, avaient, €n Passant près de la villa en ruines, le soir, cru entendre le son caractéristique de pièces de métal remuées à pleines mains : c'était le vieux Quat'Piass’Lapièce Passant une partie de ses nuits à compter et recompter sa fortune.

Un cimanche du mois d'août de l'an de grâce 1893, je me trouvais en visite, chez mon oncle B..., qui, outre sa fortune possédait les trois plus charmants garçons du monde : Bruno, Maurice et Alexis, âgés respectivement de Quinze, seize et dix-sept ans, mes compagnons d'étude et mes (amis) cousins enchantés de passer l'été à la campagne, dans la magnifique villa élevée sur le bord de la rivière Riche lieu... Allons au Lac ! La Proposition est acceptée, et, une heure plus ‘ard, nous devisions gaîment sous le chène, Plusieurs fois séculaire, qui essaye, Mais en Vain, de mirer ses branches dans les my rieuses et sombres eaux d'un lac, grand comme Ja main, mais profond comme un cœur de femme: nul, di < ca ättéiiire le fond.

En passant devant la masure, nous n'avions pas manqué d'étre salués par l'éternel refrain du vieux Lapièce : “La Charité, s'il vous plait, pour l'amour de Dieu.'’

Vous devez avoir un joli magot, père Lalimace, lui avions-nous dit

—Oh ! mes bons Messieurs, Je possède bien Peu de chose ! C'est à peine si j'ai pu mettre de coté ‘’Quat'piass'' pour mes vieux jours ; ‘‘Quat'piass'", messieurs, ‘‘quat'piass'’ ! Et ce disant d'un air piteux, Lalimace avait porté furtivement set regards vers le fond ds la cabane, prêt à bondir, 8j nous eussions fait mine d'y entrer,

Le souvenir du ‘Bonhomme m'obsédait.

Voulez-vous jouer un bon tour au vieux ladre. dis-je tout à coup à mes cousins ?

—Comment cela ? répondirent-ils —En le soulageunt de son magot.

—Nous nous ferons assommer !

—Ne craignez rien, je m'en charge, Et j'explique mon Plan: oh! plan bien simple, comme vous allez voir.

Au crépuscule, j'envoie les trois frères en avant, leur recommandant de saluer très haut le Vieux, et de m'attendre sous le couvert à Quelque distance :e la masure, mais sans éveiller la susceptibilité de l'avare.

Pour moi, travesti de mon mieux, visage barbouillé, Chapeau d#formé, manches et Pantalons troussés, je descends, une heure après ; arrive à pas de loup, devant les Quelques planches servant de porte au logis du vieil Harpagon, mais solidement barricadées.

Quat'Piass’ caressait son or : j'entends les pièces roulant en cascade dans quelque sacoche, Je frappe violemment. Lalimace bondit, et, enfouissant Précipitamment ses ‘chers petits” sous la Paillasse :

—Qui va Ià ? fait-il, d'une Voix moins que rassurée.

—Un pauvre chrétien égaré qui meurt ce fatigue et de faim, dis-je, en imitant la voix chevrotante du vieux.

La charité, s'il vous plaît, pour l'amour de Dieu,

—""Je n'ai rien, s'empresse de répondre le vieux ladre. Je viens de manger ma dernière croûte... Je Suis plus pauvre Que vous... Suivez le chemin, il mène au Village... 11 n'y a Pas loin’

Je m'éloigne, faisant sonner très fort les cailloux de la -oute ; puis, revenant brusquem>nt sur mes pas, je rampe comme un sauvage, vers un énorme peuplier, en face de À maison en ruines.

Le vieux Quat’Piass’Lapièce tremblant pour son or, ne le croit, Plus en sûreté dans la masure. Il écoute longtemps, longtemps, très longtemps, immobile, l'oreille collée aix planches.

N'entendant plus rien, il se précipite sur son trésor, le saisit, le caresse aVec amour, le presse sur son Cœur, telle une mère, son unidue enfant échappé à la mort ; lui adresse les mots les plus tendres Comme aussi les plus passionnés : ét, doucement, bien doucement, sans bruit, pieds nus, se glisse au dehors, le Corps ployé en deux. le nez ra. la terre, lit ct l'oreitie au guet,

Où va-t-il ? Je l’ignore, mais ne bouge mie.

Fientôt 1 X rovient dans son taudis, se lotte sur son grabat, agité, inquiet Sion le lui prenait !

TUE semble qu'on à marché sur le chemin. 11 ne lève, poussé pur UN ressort, couté, et va s'assur ue son or est bien IA où it l'a en foui Trois fois ce Iaunège se répète Finalement, harnssé, le Pauvre

home s'endort

Be ma cachette je m'élance, sur le bout des Pieds, vers un vieil orme À moitié desséché et finissent tristement ses jours à une ving tuine de Vorges en arr de la bicoque Plongeant bras dans le Ventre creux de l'arbre, je m'empure du mugot, et, bondissant com un el Vreuil, je rejoins mes cousins

Le Vieux q'a-til entendu ou bin la corde qui relie son cœur d'a

Vare au trésor n-t-olle vibré ?

Quoiqu'il en soit, Lalimace s'élunce à son tour

1 vient à peine de disparaitre derrière los murailles en ruines Qu'un cri terrible, un seul, traverse les aire, troublant le si dre fond de la nuit, Ces À nos orcilles, si déchirant, si ungois Que nos cheveux se dressent Sur notre téte, et tous ensemble, en "ns, Étus, auprès du vieil ormenau

quelques sauts, nous à Au pied de l'arbre git une masse sombre.

C'est le cuduvre du vieux Quat'Piuss Pupièce foudroyé par la dou leur

Lançant li sacoche au fond dé l'ormenu, je m'enfuis éperdu, pré cédé de mes trois cousins, filant comme des lèvres

Le surlendemain, sulement, on découvrit le pauvre diable. Tout le monde crut à une mort naturelle, car nous wvions gardé un prudent silence. Et si, aujourd'hui, je fais Publiquement ma confe: sion, C'est afin de soulager ma conscience bourreté Par lé remords, depuis quatorze ans

La masure fut fouillée de fond en comble, Pour toute fortune on découvrit, sous le grabat, quatre grosss pièces d'argent : jes quart piass”, Monsieur, les quat'piass', que l'avare avait mises en résers non pour ses Vieux jours, hélas ! mais pour payer les frais de son enterrement

Et le magot du vieux Lalimace—Quat'Piass’Lapièco—repose probablement encore, dans la souche VeTmoulue du vieil ormeau emporté par le vent; car ni mes cousins ni moi n'avons eu la tentation d'aller l'y quérir

Avis aux ‘“hercheurs de trésors

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