‹ Nouveaux échos du Mont-Royal [microforme]Chapitre 47 sur 64 · LE LAC MONTREAL · texte numérisé non relu

LE LAC MONTREAL

Aprelé, pur une pressante dépéche, à Puris, où j'ai des intérète considérables dans une importante manufucture de ‘membres artificiels électriques", je prenais, hier, Passage ur le tréple nérostat ‘Le Trinité"! qui, malgré les vents et ln tem put fait le service quotidien entre Montréal ot Paris, et vice versa.

Le départ eût lieu à 11 heures qu soir, du haut du magnifique otservatoire construit ss le point l6 plus &levé du Mont-Royal

Dix heures après, la nacelle (un vrai Palais) ln nacelle du Trinité rePose tranquillement sur ln plate-forme de ln Tour Eiffel où, entre autres, fonctionne, en permanence, un appareil fort ingénieux qui, non seulement enregistre instantanément les moindres catastrophes de l'univers entier, mais encore se charge de les unnonc les unes après les autres, à tous les grands centres du globe

Or voici les premières nouvelles qui suluèrent mon arrivé

La Tour penchée de Pics s'est tresse !

Tant mieux pour elle !

Le Schah de Perse s'est cassé ln jambe Pauvre homme !!

Læ sommet di: Mont-Blanc est descendu en avalanche

Allons, bon ! Si les montagnes maintenant, se mélent de perdre la tte, que nc 's restera-t-il donc à faire, à nous, pauvres hommes."

À peine ai-je formulé cette ironique réflexion qu'une sonnerie en- “ablée annonce un événement exXtfaordinaire. En méme temps, une puissante projection de lumière éclipsant celle du soleil, illumine, d'un bout à l’autre, le firmament sur lequel, ahuri, je lis, en caractères mi Kaniesques, ces mots abracadabrants, clumés aussitôt, d'une voix de tonnerre, aux quatre coins de Paris, par un Quadruple phonographe : A 3 heures, ce matin, l'Ile de Montréal à disparu !

Hein ! m'écriai-je, en voilà une blague !

Et comme le départ du Trinité, pour Montréal, ne éoit s'effectuer que deux heures plus tard, je me Précipite dans l'ascenseur de la Tour, et me trouve, en quelques : condis, dans les rues de ln Ville-Lumière

Une foule grouillante les encombre.

Magasins, boutiques, manufactures banques, hôtels, cafés, kiosques, tout est iermé.

L'excitation est à son comble

L'Ile de Montréal à disparu ! L'Ile de Montréal a disparu ! Ce cri domine tous les autres, mais ne m'apprend rien de nouveau,

Presque fou d'anxiété, je reviens au ballon, me demandant si je ne réve Pas, si je suis bien éveillé. Tandis que j'attends l'heure du départ avec une impatience facile à Concevoir, l'énorme phonographe continue à hurler ces mots qui me glacent jusqu’à la moëlle des os,

L'Ile de Montréal à disparu !

, à 1 5, hous ieVons l'ancre, et le ‘Trinité, plus rapide qu'une flèche, m'emporte avec cinq ou six cents passagers, tout droit sur le Canada.

Parvenus au-dessus du golfe Saint-Laurent, nous distinguons quatre fluttes d'aérostuts, accourant des quatre points cardinaux, et dont les narelles, larges comme des navires, sont bondées de curieux, avides de constater, de visu, la réalité d'une si invraisemblable nou velle. Parmi eux pércrent plusieurs savants, démontrant, sans doute, Par A plus DH, les causes probables et méme improbables d'un événe iment si extraordinaire, d'une catastrophe si soudaine et gi imprévue

Il est six heures et quart Nous mettons le cap droit sur Montréal, à toute électricité Moins d'une heure apr le Trinité plane à Quelques pieds au-dessus d'un flot d'une certaine longueur, mais fort étroit, sur lequel, comme des âmes en peine, errent Ça et là, pleurant et gémissant, un certain nombre d'hommes, de femmes et d'enfants. Ce sont les habitants affolés de Notre-Dame de Grâces, dont nous apercevons le clocher et le village à l'extrémits sud-ouest de cet ilot, qui n'est autre Que la crète du Mont-Royal émergeant tristement non loin des bords d'un lac nouveau. L'observatoire est en ruines, Montréal et le reste de l'île n'existent plus. Riches Pauvres, petits et grands, églises, palais, monuments, tout, tout à Plongé comme une masse de plomb, dans un abîme Qui, soudain, s’est creusé sous les assises de l'ile infortunée. Et maintenant, humains, animaux et choses dorment pour toujours, hélas ! sous ies ondes d'un luc uni comme un miroir, calme comme lu mort !

En face de cet effroyable malheur, 6étreint Par une angoisse sans nom, broyé par une douleur ndicible, je jette un grand cri et... me réveille brusquement, baigné de larmes, tremblant comme la fouille secouée par l'aquilon.

Quel rève étrange !!

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