CHAPITRE SECOND
Canal excréteur du pancréas (i).
De chacune des granulations du pancréas partent des radicules, qui vont successivement s’ouvrir dans un conduit unique, appelé canal de TP irsung., du nom de l’anatomiste qui l’a décrit le premier. Ce canal, placé dans le centre de l'organe , s’étend transversalement de son extrémité gauche à la droite et s’élargit de plus en plus, dans le même sens, à mesure qu’il reçoit un plus grand nombre de petits conduits secondaires. Au niveau de la tête de la glande il reçoit le conduit appartenant au petit pancréas o\x à la portion recourbée de l’organe, et offre alors les dimensions d’une plume de corbeau. Passant ensuite derrière la seconde portion du duodénum, il s’engage dans l’épaisseur de ses parois, au côté gauche du canal cholédoque, et se
(i) Pour le découvrir, incisez le pancréas, avec précaution , d’avant en amère et de haut en bas; de la sorte, vous ne pouvez manquer de tomber perpendiculairement sur lui , et il ne vous restera plus , aussitôt que vous l’aurez aperçu , qu’à le suivre vers les deux extrémités de l’organe.
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termine en s’ouvrant, tantôt dans ce dernier, à la base du marne* Ion dont j’ai parle', tantôt, ce qui est plus rare, directement dans l’intestin, à une distance variable de ce mamelon. Au point où le canal pancre'atique se termine dans le cholédoque , on remarque un éperon valvulaire qui empêche le reflux de la bile vers lui.
Structure. Le conduit de Wirsung a des parois très minces , très dilatables, blanchâtres et lisses à l’intérieur, comme les membranes séreuses. Il est difficile d’y reconnaître plusieurs couches; ce que l’on peut assurer seulement, c’est qu’il est muqueux à l’intérieur , cellulaire ou cellulo-fibreux à Texte'rieur.
Développement. Suivant Meckel , dans l’origine , il y a deu^ conduits pancréatiques , l’un qui s’abouche avec le canal choie-* doque, l’autre qui s’ouvre isolément dans l’intestin.
Variétés. Assez souvent , le pancréas est pourvu de deux conduits séparés , qui se terminent ensemble ou isolément dans le duodénum.
La rate (i),
La rate, cr^Xyiv des grecs, lien des latins, est un organe vasculaire placé profondément dans l’hypochondre gauche et accolé à la grosse tubérosité de l’estomac.
Sa forme est irrégulièrement elliptique. Son volume et son poids absolus varient beaucoup suivant les individus et suivant le genre de mort. Sa pesanteur spécifique est à celle de l’eau : : 1 160 : 1000. Sa couleur est d’un rouge brun. Sa consistance est peu considérable; son tissu s’affaisse facilement sous le doigt et fait éprouver, quand on le presse, une sorte de crépitation assez analogue , suivant la remarque de M. Cruveilhier, au cri de V étain. Son grand diamètre est à peu près verticalement dirigé.
Conformation. La forme de la rate permet de lui distinguer deua: faces, deux bords et deux extrémités.
De ses deux faces, l’une est corivexe et l’autre concave. La pre-
(1) Les relations de la rate avec le foie, par rinterniédiairo du système veineux , l’ont depuis long-temps fait décrire en même temps que l’appareil hépatique ; mais la vérité est qu’on ignore si son action est ou non relative à la sécrétion de la bile.
mière, externe et lisse , est en rapport avec le diaphragme. La seconde, interne, est accolée à l’estomac ; cette face est partagée en deux parties d’inégale étendue, l’antérieure, plus grande que la postérieure , par une scissure au niveau de laquelle elle est unie à l’estomac par un repli péritonéal appelé épiploon gastrosplénique.
Ses deux bords sont lisses et revêtus par le péritoine^ l’antérieur est plus mince que le postérieur et plus souvent que lui interrompu par des incisures plus ou moins profondes. Le premier est en rapport avec l’estomac; le second avoisine la colonne vertébrale, et plus immédiatement le psoas et le pilier gauche du diaphragme qui recouvrent cette tige osseuse.
Son extrémité supérieure est épaisse, arrondie, recourbée sur elle-même , souvent unie au lobe gauche du foie , et en rapport avec le diaphragme. Son extrémité inférieure , plus effilée et plus mince que la première , touche au rein , à la capsule surrénale et surtout à l’extrémité supérieure du colon descendant.
La direction et les rapports de la rate varient un peu , suivant les alternatives de distension et de retrait de l’estomac. Dans l’état de vacuité de ce viscère , la rate est disposée comme il vient d’être dit ; mais pendant sa réplétion , elle lui est plus immédiatement accolée , elle est dirigée obliquement de haut en bas et d’arrière en avant, elle s’éloigne du rein et glisse un, peu en arrière.
Structure. La rate, comme je l’ai dit en commençant, est formée par un tissu essentiellement vasculaire, tissu protégé à l’extérieur par deux membranes, une séreuse., l’autre fibreuse.
La membrane séreuse de la rate est une dépendance du péritoine. Elle existe partout , excepté dans le fond de la scissure. En dehors elle est libre ; en dedans elle est intimement unie à la membrane fibreuse.
La membrane fibreuse est la véritable capsule de la rate ; c’est elle surtout qui maintient son tissu. Elle revêt tout l’organe jusqu’à sa scissure , y pénètre un peu , puis se réfléchit bientôt sur elle-même, se porte sur les vaisseaux et s’identifie avec leur gaine extérieure. En dehors, elle est unie à la tunique précédente; en dedans, appliquée sur le tissu propre, elle y envoie un grand nombre de prolongemens qui le sou-
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tiennent et qui concourent à le former. Elle est épaisse^ dense , re'sis tante et a beaucoup de tendance à s’encroûter de matière cartilagineuse , même de phosphate calcaire.
Le tissu propre de la rate est de nature érectile, et tout-à-fait vasculaire , comme je l’ai dit en commençant (i). Il est formé par d’innombrables filamens entrecroisés de mille manières, de façon à former des aréoles qui communiquent toutes ensemble, et dans lesquelles le sang paraît stagner quelque temps pendant la vie, et se coaguler après la mort.
C’est du sang veineux qui remplit les aréoles de la rate. Celles -ci appartiennent eflectivement au système veineux , et sont principalement formées par la veine splénique. En pénétrant dans cet organe, et après s’être divisées un petit nombre de fois à la manière ordinaire, les branches de ce vaisseau paraissent d’abord comme criblées d’une foule d’ouvertures qui communiquent avec les aréoles voisines ; bientôt leurs parois se décomposent elles-mêmes en une foule de lanières, la veine cesse réellement, et il n’y a plus à sa place que des cavités remplies par du sang.
C’est particulièrement sur la rate des grands quadrupèdes qu’on peut, avec avantage, faire les observations précédentes; celle du cheval y est particulièrement propre. Il existe toutefois cette difïérence entre cette rate et celle de l’homme, que la veine splénique s’y décompose plus rapidement , presque dès son entree, tandis que chez nous, elle n’oifre cette curieuse disposition qu’après un certain nombre de divisions successives. Mais à part celte circonstance , fort digne de remarque , je puis assurer qu’il y a identité complète de structure de Tun et de Tautre côté.
Les idées admises autrefois sur la nature glanduleuse de la rate ont dû porter naturellement à rechercher dans cet organe les granulations qui caractérisent les glandes véritables. Malpighi a cru avoir trouvé ces élémens anatomiques, et les a décrits sous le nom de grcinulcitions de la rate. Ces corpuscules admis par les uns, rejetés par les autres, considérés comme vasculaires par ceux-ci, comme cellulo-fibreux par ceux-là,
(i) Pour bien Pétudier , il faut l’examiner sur une rate dépouillée de ses membranes , et qui a été long-temps malaxée sous un filet d’eau.
sont rares dans la rate de riiomme et plus abondans dans celle des animaux ; mais ils n"ont certainement rien de commun , soit pour la structure, soit pour les fonctions, avec les grains glandulaires; dans les recherches auxquelles je me suis livré, il y a déjà long-temps , sur ce sujet , il m’a semblé cju’iis étaient formés par des renftemens des filamens fibreux intérieurs de la tunique de la rate.
Les artères de la rate émanent de la splénique, branche du tronc cœliaque. Elles se comportent dans cet organe, à peu près , comme les artères des autres parties du corps : elles se divisent et se subdivisent sans s’anastomoser entre elles d’une région de* la rate à l’autre , suivant M. Cru^eilhier , et , devenues capillaires, elles se terminent, d’une manière peu connue, dans les aréoles spléniques.
Les veines, comme je Tai dit, forment la partie essentielle de la rate. Réduites originellement à la condition d’un tissu aréolaire , elles revêtent petit à petit la forme ordinaire avant de sortir de l’organe, s’entourent de parois incomplètes d’abord, bien entières plus tard et , après s’étre réunies en un ou plusieurs troncs , elles sortent de la scissure et vont concourir à former la veine porte.
La rate paraît ne posséder que des vaisseaux lymphatiques superficiels, vaisseaux qui se rendent dans les ganglions voisins de sa scissure.
Les nerfs spléniques émanent du grand sympathique. Quoiqu’on en dise, je n’ai jamais pu y suivre de filets du pneumogastrique ou du diaphragmatique correspondans.
Développement. La rate ne commence à paraître que dans le second mois de la vie intra-'Utérine. Elle reste long-temps petite. Cependant les granulations y sont alors beaucoup plus apparentes, au dire de Meckel, que dans les derniers temps de la vie.
Dans la vieillesse, la rate diminue de volume et s’atrophie quelquefois presque complètement. Sa membrane fibreuse présente des plaques cartilagineuses, qui s’étendent par fois profondément , compriment le tissu propre de l’organe , et finissent , chez certains sujets, par l’envahir tout entier. Ces plaques tendent, du reste, à subir la transformation osseuse et la présentent à la longue.
Variétés. La rate manque constamment chez les acéphales, mais jamais ou presque jamais dans d'^autres circonstances.
Il est assez commun d’observer plusieurs rates accessoires ou surnuméraires. Ces rates sont placées dans l’épiploon gastrosplénique ou dans le grand, plus ou moins loin du lieu qu’occupe la rate principale, et sur le trajet des veines. Elles sont arrondies ou ovalaires. Leur nombre varie beaucoup : Otto assure en avoir rencontré vingt-trois sur le même sujet. Hu reste, pour la couleur, la consistance et la structure, ces rates accessoires ressemblent complètement à la rate principale.
Les scissures des bords de la rate acquièrent quelquefois une telle profondeur, que cet organe se trouve subdivisé par elles en plusieurs lobes distincts.
Action. La rate se gonfle dans certains cas et s’affaisse brusquement ensuite; elle est susceptible, en un mot , d’une véritable terection. Mais quelles sont ses fonctions? quel est le but de «on érectilité? Ce point de la science est encore enveloppé des plus épaisses ténèbres. Ce qu’il est seulement permis d’assuïer à cet égard, c’est que la rate doit avoir une importance physiologique assez grande, quoique inconnue, car la nature en a doté tous les animaux vertébrés.