SUR CLOVIS
La monarchie , à l'époque où nous sommes, était pour ainsi dire élective. Les quatre iils de Clovis, pour succéder à la couronne, durent obtenir le consentement des Francs, et leurs quatre royaumes formèrent une espèce de fédération avec une assemblée commune. Clotaire, l'un des fils de Clovis, hérita de ses trois frères après avoir tué les fils de Clodomir élevés par Clothilde. A la mort de Clotaire, un nouveau partage eut lieu entre les quatre fils qu'il laissa, toujours avec le consentement des Francs.
Ce partage causa dans le principe territorial une lésion profonde dont l'effet se fit sentir dans les deux siècles suivans.
EMPIRE ROMAIN D'ORIENT
race justinienne en orient.— justïn. Pendant que les peuples de la Germanie démembraient l'empire d Occident,
6e SIÈCLE. 3 15
celui d'Orient, destiné à lui survivre malgré les vices de son gouvernement, était ébranlé par des dissensions religieuses et politiques, et ses frontières exposées aux attaques successives des Huns, des Golhs, des Bulgares, des Perses et des Arabes. Un gouvernement militaire et despotique, des vices de mœurs et de luxe, tel est en général l'aspect qu'offre l'empire de Byzance dans cette période, et, à peu de différence près, jusqu'à l'époque de sa destruction. Si son existence s'est prolongée malgré tant de maux qui l'affligeaient et les dangers qui la menaçaient, c'est grâce à l'heureuse situation de la capitale, aux qualités éminentes de quelques empereurs et à la désunion même de ses ennemis. Justin le Thrace, homme vulgaire, qui ne savait ni lire ni écrire,, établit sa domination dans l'Orient qui, depuis Arcadius, avait eu plusieurs souverains étrangers. Sous son règne, l'empire est. assez tranquille ; niais Anastase, son prédécesseur, avait excité les Perses à prendre les armes, et ces derniers avaient enlevé l'Arménie et la Colchide. La guerre était assoupie quand Justin parvint au trône, à l'âge de 68 ans; elle se ralluma vers la fin de son règne. Il voulait laver la tache imprimée au nom romain par le traité honteux qu'Anastase avait fait avec Cabadès, roi des Perses, qui avait enlevé aux Romains plusieurs provinces ; mais il ne vit pas la fin de cette guerre, et mourut presque aussitôt; après l'avoir commencée. Juslinien, son neveu, que depuis longtemps il avait appelé auprès de lui, lui succéda, 527.
justinien. — Justinien avait alors quarante-cinq ans. Son règne est une des plus brillantes époques du Bas -Empire; sa longueur, sa gloire et ses désastres le rendent digne de l'intérêt le plus vif. L'empereur' était doué d'une belle figure ; il avait jde la grâce et de la dignité dans ses manières, et donnait à ceux qui l'approchaient l'idée de cette majesté, objet de toute son ambition. 11 avait l'art de- choisir et d'employer les hommes : c'est ainsi qu'il donna la direction des finances à l'adroit Jean de Cappadoce; qu'il confia la législation à l'érudit Tribonien, et qu'il mit à la tête de ses armées, qu'il ne commanda jamais, l'intègre et vaillant Bélisaire, l'habile et rusé Narsès, dont le courage lui conquit la Lombardie et dont la perfidie la fit perdre à son successeur, et Germain, son neveu, qui brilla même à côté de deux rivaux si redoutables. Naturellement pacifique, il fit pourtant respecter les armes romaines, depuis long-temps objet de la risée des Barbares, et releva la gloire de l'empire d'Orient tombé si bas dans l'esprit des peuples. Il termina heureusement la guerre que son oncle avait commencée contre les Perses, et dicta en maître les conditions du traité. Il s'occupa du commerce, de la science économique, introduisit la culture du mûrier, fit construire des fabriques de soie et des manufactures.
Mais les périodes de gloire ne sont pas toujours pour les peuples des périodes de bonheur. On a remarqué que chacune des trente-huit années de son règne fut marquée par quelque invasion des Barbares, et que chaque invasion coûtait cent mille su-
316 6e SIÈCLE.
jets à l'empire. D'autres fléaux semblèrent se réunir pour faire expier leur gloire aux Romains. Deux cent cinquante mille personnes furent écrasées sous les somptueux monumens d'Antioche, métropole de l'Asie, détruite entièrement le 20 mai 526 par un affreux tremblement de terre qui se renouvela à de courts intervalles jusqu'à la fin du siècle ; la peste, apportée de Peluse, décima encore la population, en sorte « que cette période, illus- « trée par tant de monumens, peut être considérée avec effroi « comme celle des funérailles de l'espèce humaine. »
A tous ces malheurs venaient se joindre encore les dissensions intestines inséparables du gouvernement absolu, surtout tel qu'il était dans. le Bas-Empire, où les chefs de l'état se mêlaient des disputes théologiques, et prétendaient imposer leurs opinions comme des articles de foi. Ce fut une des faiblesses de la vieillesse de Justinien, qui se jeta dans les obscures subtilités mises à la mode dans ce siècle d'hérésies, aussi bien par le clergé orthodoxe que par les novateurs, et les doctrines d'Eutychès, qui depuis plusieurs années bouleversaient l'empire, furent de nouveau un sujet de troubles et de discorde.
Un autre motif vint encore allumer une quasi-guerre civile, et causer de grands malheurs. Dans les courses de chars, au cirque, les cochers étaient revêtus d'un uniforme, les uns vert, les autres bleu. 11 y avait entre eux rivalité, et la populace se partageait entre les deux couleurs; de là deux factions, la faction des bleus et la faction des verts, chacune applaudissant et défendant ses héros. Jusque là on s'en était tenu à des vociférations ou à quelques engagemens partiels qui avaient été facilement réprimés.
Mais Justinien eut l'impolitique de faire de cette rivalité une affaire d'Etat en embrassant l'un des partis, de compromettre la dignité impériale et la majesté de la justice en se déclarant pour la faction des bleus, et en poursuivant les verts pendant tout son règne. 11 faillit être la victime de son imprudence; car, en 352, il s'éleva une révolte terrible que l'on désigne sous le nom de son cri de guerre Nica, ou victoire. La capitale fut pendant cinq jours livrée à la fureur de la populace excitée par les ner veux d'Anastase, qui prétendaient au trône, et Justinien ne dut son salut qu'à la fermeté de Théodora, sa femme.