MAIRES BU PALAIS
Les maires du palais n'étaient, dans le principe, que de simples officiers qui menaient sous les yeux du roi les pétitions et les représentations de ses sujets; ils joignirent à cette charge celle de surveiller les autres officiers de la maison du prince, et n'étaient , sous ce rapport, que des espèces de majordomes, d'intendans-généraux , dont les fonctions peuvent en quelques points être comparées à celles de nos intendans de la liste civile. Mais peu à peu ces fonctions s'étendirent , les maires passèrent de l'économie domestique au gouvernement de l'État, quittèrent l'administration particulière pour les affaires publiques, et. comme nous l'avons dit, ce fut à l'époque des guerres entre Brunchaut et Frédégonde , pendant la minorité des trois rois francs dont elles étaient les tutrices , que se révéla cette nouvelle puissance qui devait un jour absorber toutes les autres. Landry, cet amant de Frédégonde qui en avait fait un duc après l'assassinat de Chilpéric, et maire du palais sous Clotaire II; Garnier, maire de Thierry II, roi de Bourgogne, sont les premiers chez lesquels on remarque cette influence politique que devaient porter si haut leurs successeurs. La nature de leurs fonctions primitives peut nous expliquer ce changement et la suite des événemens nous donnera la clef de l'accroissement de leur puissance. Préposés qu'ils étaient à l'intendance générale du palais, les officiers devinrent insensiblement soumis à leur empire et souvent à leurs décisions. Us se trouvèrent ainsi d'abord à la tête des grands toujours en lutte avec la royauté; puis, quand avec leur aide ils furent entrés dans le gouvernement, tantôt soutenus par les nobles qui voulaient prévenir le despotisme royal , tantôt maintenus ou agrandis par les rois qui cherchaient à réprimer les grands, se déclarant pour les uns ou pour les autres selon leurs intérêts, ils ne tardèrent pas à arriver au faite du pouvoir et à dominer à la fois les deux partis. Dès lors véritable premier ministre, tuteur presque de droit des rois mineurs , commandant les armées, disposant des revenus, le maire du palais fut souvent élu par les assemblées nationales, et par conséquent indépendant du roi qui ne pouvait lui ôter ce qu'il tenait du suffrage de la nation. Sa charge devint bientôt héréditaire, au moins de fait; Warnachaire, pour récompense de sa perfidie, s'était fait déclarer perpétuel par Clotaire II , du consentement des grands , qui depuis long-temps prenaient part aux choix de ces ministres et finirent par s'en attribuer exclusivement l'élection. Grimoald succéda à son père Pépin de Landen , et probablement son fils lui eût aussi succédé, s'il n'eût voulu devancer le temps, et accomplir une révolution qu'un siècle encore devait mûrir.
Avec la famille des Pépin, ces mordoms électifs, chefs des hommes libres, petits propriétaires, nommés arimans , eurent pour successeurs les ducs héréditaires d'Austrasic, capitaines
des leudes ou hommes qui s'étaient également dévoués à un service également héréditaire , moyennant quelques concessions de terres. Ces ducs étaient secondés par tous les autres ducs qui combattaient pour l'aristocratie contre la royauté, et aussi voyonsnous tous les seigneurs mécontens du gouvernement d'Ebroïn qui voulait les réprimer, recourir à l'Àustrasien Pépin d'Héristal qui soutint leurs prétentions les armes à la main. Leur victoire fut signalée par un second triomphe de la langue teutonique sur la latine et par le rétablissement des diètes ou assemblées de la nation.