SITUATION
INDUSTRIELLE, POLITIQUE, SOCIALE ET LITTÉRAIRE, DE LA GAULE AU 7e SIÈCLE.
Les arts avaient fait dans les Gaules des progrès considérables, si l'on en juge par la quantité de monumens religieux qu'on y avait élevés, par les draps de soie, par les ornemens d'orfèvrerie dont ils étaient décorés. Le commerce avait aussi recouvré une activité nouvelle ; le besoin des épiceries de l'Inde , celui des manufactures de la Grèce étaient universellement sentis par les grands avides d'augmenter les produits naturels de leurs immenses propriétés. Quelques-uns de ces chefs entreprirent d'exercer le commerce à main armée , et d'établir une communication entre la France et la Grèce par la vallée du Danube. Les marchands partaient de la Bavière où finissait l'empire de France, et s'avançaient jusques au Pont-Eiixin, défendant leurs convois avec leurs épées. L'un d'eux, nommé Samo , se distingua tellement et rendit aux Vénèdes, peuple Slave qui habitait la Bohême, de si grands services, qu'ils le nommèrent leur roi, et Samo conserva la royauté trente-cinq ans.
Si nous passons à l'état politique de la Gaule à cette époque, le partage du royaume entre les fils du roi , la rivalité de Brunehaut et de Frédégonde et les crimes qui en furent la suite, les guerres entre les Neustriens et les Austrasiens, la lutte des grands contre le peuple et les rois, l'autorité d s maires pourront nous en donner une idée. C'était un choc continuel d'un pouvoir contre un autre pouvoir, et, de là, confusion partout. Cependant l'élection dominait ce chaos, possédée d'abord par le peuple, puis bientôt accaparée par les grands qui en firent l'instrument de leur ambition. Quelques historiens qui ont fait école ,et dont l'abbé Dubos est le chef, ont prétendu que sous la première race la royauté était héréditaire , et que le principe d'élection ne prévalut que sous les Carlovingiens. Mais tout dément ce système et chaque ligne de nos vieilles annales atteste la souveraineté du peuple.
La société en elle-même était restée romaine; les Francs qui n'a\ aient établi leur domination dans les Gaules que graduelle-
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ment "et avec le temps, n'avaient pu attaquer et détruire les lois et les coutumes des vaincus ; mais eux-mêmes s'étaient soumis à leurs mœurs et avaient adopté leurs usages. D'ailleurs, depuis long-temps en eontact avec les Romains dont ils avaient été tour à tour les ennemis et les alliés, ils n'étaient pas étrangers à la civilisation qu'ils rencontraient dans les Gaules. Tout donc était encore romain au 7e siècle, religion, lois, administralion. La nature de la propriété ne changea pas ; l'esclavage ne fut pas le résultat de la conquête, comme quelques-uns l'ont prétendu , puisqu'il existait plus dur chez les Romains que chez les Barbares qui leur succédèrent ; les Gaulois, qui étaient libres avant, restèrent aussi libres après la conquête; les Francs ne firent personne esclave , ils prirent ceux qui l'étaient déjà. Quant à l'état des personnes, le tarif des compositions est une preuve de leur dégradation morale aux yeux du conquérant, mais nullement de leur changement d'état, de leur réduction à la servitude.
Le fait qui domine tous les autres à cette époque, c'est l'accroissement de l'influence du clergé , la marche ascendante de l'Eglise vers le plus baut point de sa domination. Seuls possesseurs des lumières , les évêqucs appelés dans les assemblées nationales ne tardèrent pas à les diriger, à acquérir la prédominance. Réuni en corps, le clergé formait une société complète, indépendante et forte , qui, au milieu de l'apathie et du découragement des curiales, leur succéda et s'empara des premières magistratures municipales. Ce fut là pour ce corps un immense moyen d'influence, et il s'en servit si habilement qu'il ne tarda pas à arriver à la tête des affaires et à gouverner l'État comme naguère il gouvernait la cité. Les rois et les grands dont tour à tour il soutenait les prétentions et les droits, contribuaient chacun à l'augmentation de sa puissance, et lui préparèrent ce règne brillant qui commençait sous de si heureux auspices , et qui devait dans la suite du moyen-âge atteindre l'apogée de l'éclat et de la grandeur.
Le 7e siècle est une des périodes de l'histoire où les documens authentiques manquent pour suivre avec exactitude l'enchaînement des faits, et la raison en est que les lettres brillèrent peu au milieu de ces querelles terribles qui ensanglantèrentles Gaules. Grégoire -de-Tour s, qui écrivit jusqu'en 591, est partial et confus ; Frédégaire jusqu'en 641 ne répand qu'une faible lumière sur les Francs. — En Orient, après les histoires de Procope ttû'Jgathias, contemporains de Justinien, on se trouve réduit à des récils incomplets , diffus , et à des chroniques qui n'offrent que des dates. Ces ténèbres cessèrent, lorsque les Arabes recueillirent tout à coup l'héritage des lettres que l'Europe laissait échapper.
Lecture. — Histoire de la civilisation en France, par Guizol \ Esquisses littéraires de l'auteur.
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EMPIRE D'ORIENT
héraclius, empereur d'Orient. — Héraclius 3 exarque d'Afrique, succéda à Phocas que le peuple avait élu et qui , par ses cruautés, s'était rendu odieux. La première expédition de ce prince fut dirigée contre Chosroès, roi de Perse , qui avait envahi la Syrie, livré aux flammes Antioche , Damas et Jérusalem. Héraclius porte la guerre en Asie, reprend toutes ces villes , bat Chosroès , et enfin conclut une paix solide avec Siroès 3 fils de Chosroès , qui avait détrôné et fait périr son père. L'empire fut assez tranquille jusqu'à l'invasion des Arabes. Après la mort d' Héraclius , Héraclius- Constantin , son fils et son successeur, est empoisonné ; son autre fils Héracléonas monte sur le trône.
Lecture.— La tragédie $ Héraclius , par P. Corneille.