AAROUN -AL - RASCHÏLD OU LE JUSTE CALIFE
Aaroun était le cinquième calife de la race des Abassidcs; il monta sur le trône en 78b' et mourut en 800. C'était un prince inconcevable par le mélange de ses bonnes et de ses mauvaises qualités : brave, magnifique, libéral; mais perfide, capricieux, insrrat. Il répandit des bienfaits sur ses peuples et lit périr la famille des Barmécides, à laquelle il devait une partie de sa gloire. Il avait donné sa sœur en mariage à Giafar lîarmécide, son favori ; ct soit que sa politique craignit la fécondité de cet hymen, soit qu'il eût ressenti un funeste amour pour celte princesse,
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que la proximité du sang lui défendait déposséderai lui imposa la condition de vivre avec sa compagne comme s'il eût été son frère. Barmécide manqua à sa promesse, et le calife le condamna au dernier supplice avec cinquante des siens. Ses conquêtes s'étendirent depuis l'Espagne jusqu'aux Indes. Huit batailles qu'il gagna en personne, les arts et les sciences ranimés, les gens de lettres protégés, ont rendu son nom illustre. Ce calife fit présent à Charlemagne, pour lequel il avait beaucoup de considération, d'une clepsydre ou horloge d'eau, et d'un jeu d'échecs. C'est à lui que les Français doivent leurs meilleures espèces de fruits et de légumes.
Un seul trait fera connaître l'administration de ce prince : une femme va se plaindre à lui que ses soldats, dans leur marche, ont fait de grands ravages sur ses terres. Aaroun lui rappelle qu'il est dit dans le Coran : « Que lorsque les armées des « grands princes vont en campagne, les sujets sur les terres des- « quels elles passent doivent souffrir. » Oui, prince, répliqua la femme, «mais il est dit aussi que les terres de ces princes qui « permettent l'injustice seront désolées. » Aaroun lui fit rendre ce qu'elle avait perdu, et la combla de présens et d'éloges.
Aaroun partagea , avant sa mort , son vaste empire entre ses trois fils, Amin, Mamoun et Motassem. Le règne d'Amin ne présente que commotions et guerres civiles entre ce calife et son frère Al-Mamoun. Son excessive indolence lui fait abandonner les rènes de son gouvernement à Al-Fadel, qui donne à son maître le dangereux conseil de changer la succession ; conseil fatal qui précipite Amin du trône sur lequel monte Al-Mamoun.
Lecture. —Espagne, par Viardot; tragédie des Barmécides, par Laharpe.
EMPIRE ROMAIN D'ORIENT
Depuis la mort d'Héraclius (641) jusqu'à l'avènement desComnènes (1081), les annales byzantines présentent une succession uniforme de cri nés , rarement interrompue par l'apparition de quelques princes guerriers, plus rarement encore par celui d'un prince vertueux. Au milieu des révolutions sans intérêts et d'usurpations sans grandeur, une superstition universelle dégrade le culte et la morale publique, en donnant matière aux plus indécentes querelles religieuses, et en servant d'instrument à la politique. Nous signalerons dans cette période les querelles religieuses, le schisme de l'Eglise grecque, les guerres avec les Russes, avec les Bulgares, contre les musulmans et les Turcs seljoucides ; nous nous arrêterons à la guerre des Iconoclastes.
Léon III, l'Isaurien, empereur d'Orient, humilié des reproches d'idolâtrie que lui adressaient les musulmans, ordonna la destruction des images. Une secte d'iconoclastes ou briseurs d'ima-
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ges, se forma dans l'Orient ; elle s'attacha à la lettre de la loi de Moïse, qui défend de rendre aucun culte à des idoles, Le pape Grégoire II se déclara contre l'empereur et condamna son édit, au deuxième concile de Kicée (787). Sous le règne des empereurs iconoclastes, cette ardeur, poussée à l'enthousiasme, fit ce.ss/er les travaux des artistes, les églises, les moulinions furent détruits de toutes parts. Ce ne fut qu'au temps de l'impératrice Thèodora que les arts reprirent quelque empire à Constantinople (842).
Constantin V Copronyme proscrivit, comme son père l'Isaurien, le culte des images ; son fils Léon IV se conduisit d'après les mêmes principes; il avait épousé l'Athénienne Irène, qui eut à sa mort (800) la régence de l'empire et qui changea de système.
IRÈNE. — Cette princesse remporta de grands avantages sur les Sarrasins et les Bulgares, et convoqua à Nicée un concile contre les iconoclastes. Dans la suite, son fils Constantin Porphyrogénète, voulut s'affranchir de sa dépendance, et il exila la régente. Mais des partis se formèrent, et la replacèrent sur le trône. Constantin fut renfermé dans un monastère où on le priva de la vue : Irène régna seule. Elle ne jouit pas long-temps de son triomphe ; le trésorier Nicéphore la détrôna, et la relégua à Mytilène où elle mourut peu après dans l'indigence. Elle a étés par ses crimes, la Frédegonde de l'Orient.
Lecture. — Irène, tragédie de Voltaire.
ÉGLISE
BENifS-LE-PETïT , abbé romain, Scythe de naissance, qui vécut du temps de l'empereur Justinien, vers l'an de J.-C, 550, fut l'auteur de l'ère vulgaire qui reçut sa forme actuelle vers l'an 720, par les soins 'de Béda-le- Vénérable, moine anglais. Des chronologistes modernes ont fait observer que Denys et Béda s'étaient trompés dans leurs calculs, et font remonter la naissance de J.-C. jusqu'à 5-4 ans plus haut. C'est ce qui a donné lieu à la distinction entre l'ère véritable de J.-C. et l'ère vulgaire ou dyonisienne que l'usage a consacrée. Cependant cette ère ne fut adoptée par les rois de France que depuis la fin du 8e siècle, et par les papes seulement depuis le 11e,