PUISSANCE TEMPORELLE DES PAPE.S
Quatre causes générales contribuèrent surtout à établir le pouvoir du clergé:
1° Les vastes domaines des évêques, qui leur firent prendre place dans cette hiérarchie de grands propriétaires a laquelle la société européenne a si long-temps appartenu ;
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2° Leur intervention dans le régime municipal et la prépondérance qu'ils acquirent en recueillant directement ou indirectement l'héritage des anciennes magistratures;
5° Leur qualité de conseillers du pouvoir temporel, qui les mit à même d'entourer les nouveaux rois et de les diriger dans leurs essais de gouvernement ;
4° Une dernière cause, plus puissante peut-être que les trois premières, qui semblent n'en être que des conséquences, c'est la constitution de l'Eglise à cette époque. Le clergé formait alors un corps, une hiérarchie, une société complète, indépendante, possédant de nombreux moyens d'action. Seul il était fort et constitué au milieu de la faiblesse et du chaos des autres institutions; seul il était éclairé au milieu des ténèbres générales. Le pouvoir spirituel dominant, par les doctrines, les pensées et les volontés de tous, se trouvant ainsi à la tête de l'activité intellectuelle humaine, ne devait naturellement pas tarder à saisir le pouvoir temporel et à s'arroger le gouvernement du monde. D'un autre côté, l'Eglise, profitant habilement de 1 état de désordre et de- violence où se trouvait la puissance temporelle, devint, en défendant les peuples contre les rois, la protectrice des uns, la rivale des autres, et les domina tous deux.
C'est sur cette quadruple base que s'éleva dans les Etats naissans le pouvoir épiscopal.
Deux circonstances particulières amenèrent une étroite alliance entre la royauté et la papauté ; le péril que les Lombards faisaient courir aux papes, et le besoin qu'eut Pépin-le-Bref du pape pour faire sanctionner son titre de roi. Cette alliance remarquable est une véritable révolution politique : dans l'ordre civil, la royauté prévalut ; dans l'ordre religieux, la papauté. Ainsi s'éleva une nouvelle race de souverains.
Le clergé, depuis cette époque, vit tous les jours augmenter sa puissance. 11 s'assembla des synodes fréquens qui donnèrent plus d'unité et de force à son action, et, les papes à sa tête, il parvint à exercer une sorte de suprématie qui changea la face du monde barbare par le contre-poids salutaire qu'elle opposa à la force brutale des conquérans.