‹ Nouveaux élémens d'histoire générale, rédigés sur un plan méthodique et entièrement neufChapitre 170 sur 277 · CONSÉQUENCES DE LA FÉODALITÉ · texte numérisé non relu

CONSÉQUENCES DE LA FÉODALITÉ

L'exercice continuel des armes, chez une noblesse

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Hère, intrépide, active, et toujours en guerre ou pour elle-même ou pour ses suzerains, les liens qui unissaient entre eux les possesseurs de fiefs et d'où découla le principe du dévoûment, de la loyauté, de la fidélité aux engagemens, enfantèrent la chevalerie ; le langage de l'honneur tempéra la barbarie du langage féodal, et l'honneur remplaça l'instruction. La vie de château favorisa les développemens de l'existence domestique, resserra les liens de la famille, et ce fut alors que la femme acquit l'importance qui devint de plus en plus grande. Mon Dieu, ma dame et mon roi, telle fut bientôt la devise du chevalier.

L'esprit d'hérédité, étant inhérent à l'esprit de famille, ne prit nulle part un aussi grand développement que dans la féodalité. C'est là l'effet de la nature de la propriété à laquelle la famille était incorporée. Transformant toutes les existences en modes de possession territoriale, elle introduisit nécessairement cette hérédité , règle naturelle de transmission des successions privées, et détruisit l'élection, règle naturelle de transmission pour les emplois publics.

C'est encore de la féodalité, c'est-à-dire de cette foule de grandes et petites souverainetés indépendantes qu'est sortie l'unité monarchique, la France moderne, telle que nous l'avons aujourd'hui. En effet, les seigneurs s'étant reconnus astreints d'une manière régulière et générale à la loi de l'allégeance et de la féauté, l'obligation entre le vassal et le suzerain fut d'abord le lien réciproque ; mais peu à peu les rois recouvrant des fiefs par héritage ou confiscation, s'affranchirent de cette gène et continuèrent à exiger gratuitement la fidélité et la sujétion féodales. De là la monarchie absolue.

Quoique radicalement mauvaise en elle-même sous le point de vue social, n'ayant pu fonder ni ordre légal ni garanties politiques, n'ayant pu ni se régulariser ni s'étendre, cependant la forme féodale conserva et sut faire valoir dans la société européenne le droit de résistance, auquel la plupart des peuples modernes doivent leur liberté.

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Louis-le-Gros détruisit l'asservissement du peuple en établissant les communes; institution qui permettait aux membres de chaque commune de s'assembler, de délibérer, de gouverner et de veiller à leur sûreté.

Philippe- Auguste détruisit l'égalité des forces , en confisquant à son profit les terres que Jean-sans- Terre possédait en France , ce qui le mit à même d'avoir une armée capable d'imposer aux grands vassaux.

Saint-Louis détruisit la souveraineté des justices seigneuriales , en établissant dans tout son royaume des tribunaux pour rendre la justice et en admettant l'appel du jugement des seigneurs.

Pkilippe-le-Bel sut faire cesser les guerres que les seigneurs se faisaient entre eux et faisaient souvent même aux rois , en établissant une monnaie commune pour toute la France. Les seigneurs, qui jusque là battaient monnaie, et pouvaient avec leurs richesses suffire aux frais de la guerre, se virent contraints d'y renoncer.

Ainsi que nous venons de le voir, les quatre soutiens de la féodalité étaient détruits sous le règne de Phiiippe-le-Bel ; mais les fiefs subsistèrent encore jusqu'au règne de Louis XVI, où la révolution vint les renverser en 1789.

Lecture.— Histoire de la Civilisation européenne , par Guizot; Gaule poétique, h l'article Féodalité, par Marchangy ; Analyse raisonnée de l'Histoire de France , dans les Etudes historiques, par Chateaubriand ; Esprit des Lois , par Montesquieu ; Histoire critique de l'établissement de la monarchie française , par l'abbé Dubos ; Lettres sur V Histoire de France > par A. Thierry.

Tableau à faire de la féodalité.

©es successeurs tîe Cliarles-le-Chairre 9 jusqu'à Cliarles-le-SimpSe. ~ Les progrès de la féodalité et les ravages des Normands, des Esclavons et des Hongrois, continuèrent sous les succès*

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seurs de Charles-le-Chaiive ( Louis II le Bègue, 877- 879). — Louis III et Carloman (879-884), et de Louis-le-Germanique, en Allemagne. — Charles-le- Gros, son troisième fils , appelé à gouverner la France à la mort de Carloman, à l'exclusion de Charles-le- Simple, fils posthume de Louis-le-Bègue , réunit sous son sceptre la plupart des pays qui avaient composé l'empire de Gharlemagne (884).

Ce prince fut incapable de maintenir son autorité contre l'insubordination des vassaux ; la lâcheté dont il fit preuve au siège de Paris ( 885 - 886 ) , que le comte Eudes, fils de Robert-le-Fort, et l'évêque Gozlin défendirent vaillamment contre les Normands, acheva de le rendre méprisable et le fit déposer successivement par les Italiens, les Allemands et les Français (881).

Cette déposition suivie de la mort de l'empereur (888) sépara à jamais les peuples qui avaient obéi à Gharlemagne; Guy, duc de Spolète, et Bérenger, duc de Frioul , deux princes du sang carlovingien , se disputèrent la couronne d'Italie. Les Allemands décernèrent la royauté à Arnoul, duc de Carinthie; fils naturel de Carloman , roi de Bavière et d'Italie. Les seigneurs de France élurent roi Eudes, comte de Paris, pour le récompenser des services qu'il leur avait rendus contre les Normands. C'est la victoire des Neustriens contre les Austrasiens.

C'est à la même époque ( 888 ) que se forma, sous Rodolphe Guelfe (Welf), arrière-petit-fils de l'impératrice Judith, le royaume de Bourgogne transjurane, par la réunion d'une partie de la Savoie , du Valais , du pays de Genève et de la Suisse occidentale.

Précis historique et généalogique de la maison de Bourgogne. — Les plus célèbres d'entre les Celtes, les Eduens, habitaient entre la Saône et la Loire , c'est-à-dire une partie du pays nommé depuis Bourgogne , et compris sous les Romains dans la première Lyonnaise,

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En 415, le pays des Eduens lut envahi parles Burgundiones , peuple belliqueux , dont l'origine est incertaine, mais qui, suivant Pline, était vandale. Les Burgundes ou Bourguignons avaient alors pour roi Gunddaliaire ; ils s'emparèrent insensiblement du pays entre le Rhône et les Alpes, et le royaume qu'ils fondèrent fut gouverné par cinq rois jusqu'en 534 , qu'il tomba au pouvoir des Francs, qui se le partagèrent.

Clotaire Ier, qui survécut à ses frères, réunit tout le royaume de Bourgogne à la monarchie franque; à sa mort , il devint un royaume particulier.

Les Carlovingiens le confondirent de nouveau avec la monarchie ; et lors du partage de la France entre les enfansdeLouis-le-Débonnaire, Charîes-le-Chauve eut la partie de l'ancien royaume de Bourgogne située à la droite de la Saône , et connue , depuis cette époque, sous le nom de duché de Bourgogne : Lothaire eut le reste de ce royaume.

En 855, deux fils de Lothaire héritèrent du royaume de Bourgogne : Lothaire eut la Bourgogne transjurane , c'est-à-dire la Suisse et la Franche- Comté , avec quelques portions de l'Alsace ; et Charles, la Bourgogne cisjurane, qui comprenait les pays situés entre la Saône, le Rhône, la mer et les Alpes.

Charles-le-Chauve confia le gouvernement de la Bourgogne cisjurane à son beau-frère Bozon, qui, en 879 , se fit élire roi ce ce pays, connu depuis sous le nom de royaume d'Arles ou de Provence. Son fils Louis, qui lui succéda, conquit une partie de l'Italie et porta le titre d'empereur.

La Bourgogne transjurane, échue à Louis-le-Germanique, fils de Lothaire, lui fut bientôt enlevée par Rodolphe, qui se fit couronner roi à Saint-Mauricele-Valais (888), et depuis ce temps elle eut ses rois particuliers.

Les deux Bourgognes furent réunies sous Conradle-Salique, empereur d'Allemagne en 1223 ; mais ses successeurs , et même les Souabes Hohenstaufen,

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n'eurent que le titre de rois et les hommages qui y étaient attachés. Le vaste pays de Bourgogne, profitant des troubles de l'Empire avec les papes , se démembra presque aussitôt.

L'existence du duché de Bourgogne date, comme nous l'avons dit, du règne de Charles-le-Ghanve (863). Eudes, troisième duc de Bourgogne, fut élu roi de France en 888; les ducs continuèrent à tenir ce duché jusqu'en 1001, époque à laquelle il retourna au roi RoberlAe-Pieux qui en fit porter le titre à Henri son second fils.

Henri Ier, en montant sur le trône de France, donna, en 1032, le duché de Bourgogne à la race capétienne. Cette branche subsista trois cent vingtneuf ans, sous douze ducs, et s'éteignit en 1361, dans la personne de Philippe de Rouvre.

Le duché de Bourgogne passa alors à Jean lî, roi de France, par sa mère, Jeanne de Bourgogne, grand'tante du dernier duc. Jean le donna à son quatrième fils, Philippe, surnommé le Hardi. Ce dernier prince fut la source de la seconde branche des ducs de Bourgogne, qui finit avec Charles, dit le Téméraire, en 1477, après avoir duré cent treize ans, sous quatre ducs. Ce fut alors que Louis XI réunit pour toujours le duché de Bourgogne à la couronne de France.

Marie de Bourgogne, unique héritière de Charlesle-Téméraire, fut forcée d'épouser le prince Maximilien, archiduc d'Autriche; elle lui apporta en dot le reste de ses vastes états. Ce mariage fut la cause de longues guerres entre les maisons de France et d'Autriche.

Les ducs de Bourgogne de la première branche se sont montrés courageux et grands guerriers. Henri Jer, petit-fils de Robert, premier duc, passa en Espagne, vainquit les Maures , et prit le titre de comte de Portugal; ce fut son fils, Alphonse Henriquez, qui fut le premier roi de ce pays. On remarque particulièrement Hugues F/, qui accompagna

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saint Louis dans son voyage d'outremer, en 1248, et dont un des fils, Jean, seigneur de Charolais, épousa Agnès de Bourbon. De ce mariage naquit Bèalrix de Bourgogne, héritière de Bourbon, mariée à Robert de France, un des fils de saint Louis, dont la postérité prit le surnom de Bourbon, Elle descendait au quinzième degré de Roberl-le-Fort.

La seconde branche des ducs de Bourgogne a jeté beaucoup plus d'éclat que la première, et son ambition a causé de grands désordres en France.

Philippe-le-Hardi, brave, puissant et habile, mais qui fut tellement prodigue qu'à sa mort ses créanciers vendirent publiquement ses meubles (1404). Il avait épousé Marguerite de Flandre, héritière de la Flandre d'Artois et de Franche-Comté , Nevers], Réthel; elle était veuve de Philippe de Rouvre.

Jean-sans-Peur, que l'on voit à la tète des guerres civiles sous Charles VI. îl fit assassiner Louis d'Orléans, et fut lui-même assassiné à Montereau par Tanneguy JDucliàtel (14 19).

Pli'dîppe-le-Bon qui désola la France pour venger son frère, en signant le traité de Troyes (1420). Il hérita du Luxembourg, du Brabant, de la Hollande, et institua la Toison d'Or (1467).

Charles-le- Téméraire, célèbre par son ambition, par sa politique et ses querelles avec Louis XI. Il fut tué devant Nancy, en 1477 ( voir le quinzième siècle).

Cette maison de Bourgogne donne une suite de princes, bien funestes à la France par leur caractère et leur puissance ; et quand elle s'éteint, elle lui crée par son héritage, dans la maison d'Autriche, un rival et un voisin dangereux.

A faïre : Tableau généalogique des ducs de Bourgogne.

Lecture. — Quelques passages de V Histoire des ducs de Bourgogne, pdr M. de Barante;/e$ Généalogies européennes de l'auteur.

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